Bonsoir ! J'ai eu vraiment beaucoup de mal à me remettre dans "Illusions" mais finalement j'ai réussi... J'ai terminé mon plan, l'histoire devrait faire 18 chapitres en tout mais je n'en ai pas un seul d'avance (juste pour vous prévenir, je ne vais pas publier aussi vite que pour mon autre fic en cours). J'espère ne pas avoir perdu tout le monde en route.

Pour ce qui est de la végétation... disons particulière d'Adenia, je me suis inspirée à la fois d'Harry Potter (j'adore le saule cognard), du Seigneur des Anneaux (pour ceux qui ont lu Tolkien et pas juste vu les films, je pense que la forêt adenienne risque de vous rappeler un peu la Vieille forêt du Pays de Bouc - mais ici, pas de Tom Bombadil pour sauver tout le monde) et... c'est tout pour ce chapitre, mais il y aura - évidemment - d'autres emprunts dans les suivants. (Y en a qui ont vu Jumanji ici, ou c'est vraiment trop daté ?!)

Si vous avez lu mes autres fics, vous attendez certainement le moment où Spock commence à en baver... Eh ben... c'est maintenant. Il commence juste, hein, je vous ai dit que je prenais mon temps, je commence doucement, mais quand même. (Si vous trouvez ce qui lui arrive dès maintenant - c'est aussi un clin d'œil à un livre que j'aime beaucoup - vous êtes super super forts et vous avez droit à toute mon admiration. J'attends vos hypothèses.)

Au prochain chapitre, retour sur l'Enterprise, où les choses commencent également à se gâter.

Chapitre 5 - « Sont-ils ennemis, capitaine ? – Je ne suis pas certain qu'ils le sachent eux-mêmes. »

Korsa'uh au.

Protège-les.

C'était ce qu'il avait fait – et il n'avait pas l'intention de s'arrêter là. Depuis le moment où il avait constaté que les trois humanoïdes avaient disparu des relevés du tricordeur, Spock avait soupçonné un piège, sans en comprendre immédiatement toute la portée. Puis son attention avait été détournée par la créature qui les avait attaqués, la chute des deux hommes dans le cours d'eau, la nécessité de trouver un abri, de fabriquer des armes, de faire un feu…

Protège-les.

Il avait semblé au premier officier que Nyota avait légèrement insisté sur le pronom pluriel, comme si elle pensait qu'il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour protéger le capitaine, mais qu'il ne se donnerait peut-être pas autant de mal pour le docteur McCoy. Ce qui était un raisonnement parfaitement humain, et donc erroné. Spock n'utilisait que la logique pour décider de ses actions, et n'agissait certainement pas en fonction de ses affinités particulières.

Cela signifie-t-il que tu as des « affinités particulières » avec James Kirk ?

C'était une question qui méritait qu'il s'y arrête (pas maintenant, cependant). Il ne se l'était pas réellement posée jusqu'ici, obéissant à la seule logique qui voulait que le capitaine fût protégé avant tout autre homme, étant irremplaçable à bord. Et James Kirk avait tout en lui pour devenir un grand capitaine. Mais il était également logique de protéger n'importe quel membre de l'équipage, le médecin en chef passant avant beaucoup d'autres, dans la mesure où lui-même pouvait sauver des vies. Or, Spock n'était pas aveugle : McCoy était un médecin exceptionnellement doué.

Les craintes de Nyota étaient donc infondées.

Voilà pourquoi, lorsque McCoy s'était éloigné du feu pour faire les cent pas dans la clairière en attendant l'appel de Chekov, Spock l'avait suivi des yeux.

Voilà pourquoi il avait perçu le danger avant lui, et s'était précipité pour pousser le médecin sur le côté.

La branche de l'arbre percuta le sol avec une violence inouïe, creusant un trou dans la terre à l'endroit précis où le docteur McCoy s'était trouvé quelques secondes auparavant.

Les deux hommes battirent précipitamment en retraite vers le feu, Spock traînant presque le médecin, qu'il avait fermement agrippé par sa veste d'uniforme, avec toute la force vulcaine qu'il pouvait se permettre de déployer sans le blesser. Le capitaine, qui avait réagi presque aussi rapidement que le Vulcain, s'était levé et approché d'eux, prêt à faire face au danger, mais le premier officier lui fit signe de revenir derrière les flammes.

A une dizaine de mètres devant eux, l'arbre – un immense spécimen d'une variété inconnue – agitait furieusement ses branches dans l'air, que pas un souffle de vent ne faisait frémir.

Comme si le végétal était profondément contrarié d'avoir manqué sa proie.

- Qu'est… qu'est-ce que… c'était… que ça ? haleta McCoy, que Spock avait fini par lâcher, une fois à l'abri du feu.

Le premier officier ne répondit pas immédiatement, cherchant à percer les ténèbres. Une voix sinistre se faisait entendre à travers la forêt.

- Spock ! Vous allez bien ?

Le Vulcain se tourna vers le médecin en chef, qui le scrutait d'un œil inquiet, et réalisa alors qu'une des plus petites branches de l'arbre lui avait fouetté le front – il pouvait sentir le sang couler le long de sa tempe et de sa joue.

- Une égratignure, répondit-il en essuyant le liquide vert d'une main ferme. Les végétaux ici semblent plus vivants (c'était une phrase illogique, puisque tous les végétaux étaient vivants, mais le sens demeurait cependant très clair) que sur la plupart des planètes que nous avons visitées, et j'ai peur que notre feu n'ait irrité les arbres les plus proches.

- Irrité ? répéta Jim avec un léger ricanement, mais il était très pâle. Spock, si vous n'aviez pas été là, Leonard aurait été écrabouillé par ce… ce truc ! Bones, ça va ?

Le médecin, blanc comme un linge, hocha la tête affirmativement. Il avait déjà sorti son tricordeur pour évaluer les dégâts causés par la branche sur le front du premier officier – superficiels, ce dernier pouvait déjà le lui annoncer, mais il le laissa faire ce ne fut que lorsque le docteur McCoy s'apprêta à gaspiller de façon parfaitement illogique une de leurs précieuses compresses qu'il l'arrêta.

- Ce ne sera pas nécessaire, docteur.

- Spock, ne soyez pas stupide. L'arcade sourcilière saigne toujours beaucoup.

- Justement, la blessure est plus impressionnante que dangereuse. Gardez les compresses pour le moment où nous en aurons vraiment besoin.

Le médecin s'apprêtait à répliquer, probablement de façon peu amène, mais le son du communicateur le réduisit au silence.

- Capitaine ?

La voix de Chekov semblait légèrement paniquée, et le premier officier se demanda s'il était vraiment sage de l'avoir laissé mener l'expédition jusqu'au centre de données. Il ne souhaitait pas qu'il arrivât quelque chose au jeune homme. Si ce dernier s'était engagé dans Starfleet, c'était parce que lui, Spock, l'y avait encouragé. Il n'était certes pas responsable des actions de qui que ce fût, mais il avait cependant toujours gardé un œil vigilant sur le jeune pilote.

- Que se passe-t-il, Chekov ?

- Impossible de vous faire parvenir les données. Mon communicateur fonctionne, mais je ne peux rien télécharger depuis la banque centrale d'informations.

- Vous pensez que les pirates l'ont bloquée ?

- Ca m'en a tout l'air, capitaine. J'ai la carte de la région sous les yeux, mais je ne peux pas vous l'envoyer.

- Est-ce que vous nous avez localisés ? demanda Jim.

- Oui, capitaine.

- Dans ce cas, essayez de nous décrire le chemin à parcourir jusqu'à la ville la plus proche.

Spock décida qu'il était temps pour lui d'intervenir. A chaque seconde qui s'écoulait, les Adeniens risquaient de découvrir que Chekov et Uhura s'étaient introduits nuitamment dans le centre de données.

- M. Chekov, procédez à une description informatique à l'aide des coordonnées dont vous disposez. Vous avez une minutes et trente secondes.

- Oui, commandant, répondit le jeune Russe, qui s'était probablement mis au garde-à-vous en réaction au ton volontairement autoritaire qu'avait employé le Vulcain – et il commença à réciter à toute vitesse une suite de chiffres probablement incompréhensible pour tout autre que lui.

Moins de soixante-dix secondes après, Spock avait assez d'informations pour guider ses deux coéquipiers jusqu'à l'une des deux villes les plus proches.

- J'ai tout retenu, M. Chekov. Maintenant, quittez le centre de données immédiatement !

- Oui, commandant.

Il y eut un silence d'une vingtaine de secondes (18,7 exactement), suivi d'un juron, un bruit de course, des cris, et la communication fut brusquement interrompue.

- Chekov ! s'écrièrent en même temps le capitaine et le praticien.

Spock resta silencieux, essayant de faire le vide dans son esprit.

Le sage Vulcain cherche la paix parce qu'elle est la seule façon de vivre.

Les enseignements de Surak étaient précieux, mais parfois extrêmement difficiles à suivre, songea-t-il en forçant son esprit à se détourner de ceux qui risquaient peut-être, en ce moment même, leur vie à bord du vaisseau. Pour leur venir en aide.

Il n'était que logique d'honorer cette aide. Se perdre dans les affres de l'anticipation négative ne servait à rien.

- Capitaine, déclara-t-il fermement, il est toujours dangereux d'échafauder des théories sans posséder de données solides. Nous devrions nous concentrer sur les actions à entreprendre ici, sur la planète, plutôt que de penser à ce qui a peut-être lieu sur l'Enterprise en ce moment.

Le capitaine soupira bruyamment et se tourna vers le premier officier.

- J'ai un peu de mal avec ce genre de raisonnement, mais je dois admettre que vous avez raison. Vous avez une idée de ce qu'il faut faire, là ? Parce que moi, pas du tout.

- Et moi non plus, cracha McCoy, qui avait visiblement besoin de passer son angoisse et sa frustration sur quelque chose.

Etonnamment, il s'abstint de tout commentaire désobligeant sur l'indifférence de Spock – probablement car ce dernier lui avait sauvé la vie dix minutes auparavant.

- Oui, capitaine. M. Chekov m'a fourni une description mathématique du chemin à suivre – une suite de coordonnées, si vous préférez. Deux villes adeniennes sont relativement proches de notre actuel point de location, toutes deux au nord-est, à respectivement soixante-treize et soixante-quinze kilomètres…

- Soixante-quinze kilomètres ? s'étrangla le docteur McCoy.

- Affirmatif.

- Dans la forêt ?

- Adenia est recouverte, pour la majeure partie, de forêts. Il me semble que cette option est préférable à la savane, compte tenu de ce que nous y avons trouvé…

- Dans une forêt pleine d'arbres vivants qui peuvent vous écrabouiller en un clin d'œil ?

- Je comprends votre point de vue, docteur, mais il me semble que ce type de végétal ne soit dangereux qu'à la tombée du jour. Sinon, il aurait probablement cherché à nous nuire alors que nous ramassions du bois sous son tronc.

- Vous marquez un point, Spock, déclara le capitaine. Il n'empêche que ça ne va probablement pas être une partie de plaisir.

A ces mots, McCoy ricana amèrement, puis, à la grande surprise du Vulcain, prononça ces mots parfaitement sensés :

- Dans ce cas, Spock, vous feriez mieux de nous décrire le chemin, au cas où nous soyons… séparés pour une raison ou une autre.

Le premier officier acquiesça et transcrivit en termes concrets ce que Chekov lui avait appris de façon mathématique. Une demi-heure plus tard, tous trois étaient suffisamment familiarisés avec le chemin à suivre pour pouvoir, le cas échéant, le parcourir seul. Spock avait bien compris l'euphémisme « au cas où nous soyons séparés » – il avait appris, depuis trois mois qu'il travaillait avec des humains, que ces derniers n'aimaient pas entendre formuler clairement la possibilité de leur mort. C'était illogique, car la mort était une chose naturelle, mais il se plierait aux us et coutumes humaines s'il le fallait, aussi continua-t-il à employer le mot « séparation ».

Le communicateur resta silencieux, et les deux humains le fixaient du regard comme s'ils avaient eu le pouvoir de le faire sonner.

Illogique, encore une fois.

- Je vais prendre le premier quart de veille, déclara soudainement McCoy. Plus tôt on dormira, plus tôt on pourra partir demain. Spock, savez-vous combien de temps dure une nuit adenienne en moyenne ?

- A cette époque de l'année, 8,52 heures.

Le médecin lui jeta un regard indéchiffrable, marmonna quelque chose où il était question d'un « ordinateur sur pattes », et haussa les épaules.

- Dans ce cas, je vous réveillerai dans…

- 2,31 heures, pour que nous ayons un temps de sommeil équitable, en tenant compte des 1,59 heures qui se sont déjà écoulées depuis la tombée du jour, compléta Spock, qui ne comprit pas pour quelle raison le docteur McCoy se frappa le front avec la paume de la main, ni pour quoi le capitaine essayait vainement de réprimer un sourire.

La nuit se déroula sans incidents. Lorsque Jim, qui avait pris le dernier quart de veille, réveilla Spock et le médecin, le soleil se levait dans un ciel rosâtre, le feu s'était presque éteint, et les arbres de la clairière étaient calmes, leurs feuilles oscillant calmement sous l'effet d'une légère brise.

Ils n'avaient reçu aucune nouvelle de l'Enterprise, mais personne ne mentionna le fait.

Le docteur McCoy, non sans un regard suspicieux à l'arbre qui avait bien failli le tuer la veille, promena le tricordeur aux alentours et insista pour que tous trois mangent quelques fruits comestibles avant de partir. Puis, sans échanger un seul mot de plus, ils prirent la direction indiqués par Chekov, et qui suivait la rivière.

Ils progressèrent lentement au milieu d'une végétation touffue, qui semblait tout faire pour leur barrer la route et les éloigner du cours d'eau. Bien sûr, en toute autre circonstance, Spock eût négligé cette impression, mais étant donné ce qui s'était passé la veille au soir, il n'était pas illogique de penser que la végétation adenienne différait légèrement de la végétation terrienne ou vulcaine, et pouvait posséder une certaine forme d'intelligence. Ils enjambèrent des troncs pourris qui semblaient avoir été placés là dans le seul but de les retarder, se prirent les pieds dans des épineux qui semblaient apparaître miraculeusement sur leur chemin – et se firent également attaquer par des nuées d'insectes.

- Spock, qu'est-ce que cette histoire de discipline vulcaine dont vous avez parlé avec Chekov ? demanda soudainement le médecin en chef avec une brusquerie que le premier officier jugea inutile et déplacée.

- Probablement la raison pour laquelle nous sommes encore en vie, docteur, répondit-il calmement.

- Peut-être pourriez-vous nous expliquer ? demanda le capitaine, qui marchait en tête, écartant un buisson de feuilles collantes qui semblait vouloir s'enrouler autour de leurs bras. Vous avez parlé à Uhura en Vulcain hier soir, mais ni Bones ni moi ne connaissons cette langue.

Spock hocha la tête. Il avait utilisé le Vulcain car il s'agissait de la langue qui lui semblait la plus appropriée pour parler de méditation et de paix de l'esprit.

- Je ne souhaitais certes pas vous exclure, capitaine (il omit volontairement le praticien). Ma langue natale me vient naturellement lorsqu'il s'agit de techniques propres à mon espèce. M. Chekov pratique régulièrement la méditation vulcaine et il m'a demandé quelques conseils à ce sujet. Je suis devenu, il y a quelques temps, son guide dans cette discipline, qui permet de vider son esprit et d'atteindre à une certaine paix intérieure. Pour nous autres Vulcains, la méditation remplace d'une certaine façon le sommeil. Nyota est également sensible à cet exercice et elle médite parfois avec moi.

- J'imagine qu'elle a bien besoin de paix intérieure, marmonna McCoy, étant donné avec qui elle a choisi de passer sa vie.

Le Vulcain laissa le capitaine soupirer à sa place.

- Bones, c'est bon, arrête un peu. Spock, vous pensez que cette… technique a permis à Chekov et Uhura de lutter mentalement contre les pirates ?

- Oui, je le pense. Je leur ai donc donné des conseils afin de lutter plus efficacement. En revanche, j'ignore comment Mlle Chapel a pu résister.

- Je pense savoir, intervint le médecin, songeur. Si l'on part du principe que ces types parviennent à modifier les ondes cérébrales, Christine a un atout qu'ils ignorent.

Il se tut brusquement, comme s'il en avait trop dit. Le capitaine se retourna et le regarda d'un air interrogateur.

- Désolée, Jim. Secret professionnel.

Les trois hommes se turent et Spock, qui fermait la marche, apprécia le silence et le calme à sa juste valeur, sans relâcher sa vigilance un seul instant, certain que cette forêt recelait des dangers qu'ils ne soupçonnaient pas. Il avait l'impression que son corps pesait plus lourd qu'à l'ordinaire, ce qui était impossible, car la gravité sur Adenia ne différait pas de la gravité terrestre. Une idée stupide ne le quittait pas depuis qu'il s'était réveillé : il lui semblait qu'il avait conservé dans ses poumons une partie de l'eau qu'il avait ingurgitée la veille. Bien évidemment, son imagination lui jouait des tours (ce qui, en soi, était surprenant), car comment ses poumons pourraient-ils fonctionner efficacement s'ils étaient emplis de liquide ?

Justement, ses poumons ne fonctionnaient pas efficacement – encore une impression désagréable, qui venait probablement de l'air chargé de senteurs végétales lourdes. Une certaine torpeur s'empara du Vulcain, qui remarqua, un peu tard, que ses compagnons marchaient également plus lentement depuis quelques minutes…

- Capitaine, nous sommes en train de nous endormir, dit-il, la bouche pâteuse, étonné d'éprouver autant de difficultés à prononcer cette simple phrase.

Les deux autres se retournèrent vers lui, les yeux papillonnant et luttant visiblement contre le sommeil.

- Je pense qu'une des plantes… relâche une sorte de… gaz ou… ou un produit…

Le médecin eut du mal à terminer sa phrase, mais il secoua la tête pour se sortir de sa torpeur, et mit le tricordeur en marche.

- Un gaz soporifique, confirma-t-il. Venez dans l'eau avec moi.

McCoy marcha vers la rivière et, sans hésiter, s'y enfonça jusqu'à mi-mollets, puis il se pencha, recueillit de l'eau dans le creux de ses mains et s'en aspergea le visage et la nuque.

Jim et Spock suivirent en trébuchant. Chacun de leurs mouvements semblait lourd et difficile. Le médecin leur envoya au visage une giclée d'eau qui les fit tressaillir. Le premier officier reprit ses esprits et inspira profondément – et, presque immédiatement, une douleur intense lui traversa la poitrine et il eut l'impression que sa respiration s'arrêtait. Il n'avait aucun doute que si on lui avait passé une lame chauffée à blanc au travers du poumon, la sensation eût été la même. La douleur ne dura cependant que peu de temps, et l'instant d'après, il ne sentait plus rien du tout. Les deux hommes n'avaient pas remarqué sa faiblesse momentanée.

Il choisit de ne rien dire.

- Il faut qu'on quitte cette zone, déclara le capitaine. Pourquoi ne pas marcher carrément dans l'eau ? La rivière est assez calme par ici, et nous ne devons pas nous en éloigner avant un certain temps.

Spock et McCoy acquiescèrent et tous trois reprirent leur marche, pataugeant dans trente centimètres d'eau boueuse. Un murmure de vent dans les feuilles, comme un soupir de déception, les accompagna pendant une dizaine de minutes.

Ils parcoururent, durant la journée, 17,65 kilomètres, sans s'arrêter, mangeant et buvant au fil de leur marche forcée. Moins de vingt kilomètres était une distance relativement courte pour des hommes entraînés à marcher, mais lorsqu'ils s'arrêtèrent au pied d'un rocher moussu, loin de tout arbre potentiellement dangereux, ils se sentaient tous les trois exténués. Ils se forcèrent cependant à faire un feu, tant en raison du froid de plus en plus vif que de la présence d'éventuels prédateurs.

- On dirait bien qu'il n'y a pas de faune autre que ces foutus insectes, marmonna le docteur McCoy en écrasant un desdits insectes sur la manche de son uniforme avec une grimace de dégoût.

Spock ne releva pas, mais la remarque méritait en effet qu'on s'y arrêtât. Il était étrange que, dans une végétation aussi riche et variée, la biodiversité animale fût quasiment inexistante.

Peut-être – probablement – parce que la diversité végétale avait empêché les animaux de s'installer dans les forêts. La seule créature potentiellement animale qu'ils eussent rencontrée provenait de la savane et non du couvert des arbres.

- Qu'est-ce que tu fais, Bones ? demanda le capitaine en fronçant les sourcils.

McCoy était en train de remonter les manches de l'uniforme du jeune homme.

- Je vérifie ces piqûres d'insectes, grommela-t-il en faisant tourner son tricordeur au-dessus d'une cloque particulièrement impressionnante. Je n'oublie pas que tu es allergique à presque tout ce qui existe dans l'univers. Non, c'est bon, pas de réaction problématique. Un coup de chance, parce que je ne sais pas ce que je ferais si tu me faisais un choc anaphylactique maintenant

Le médecin se mordit les lèvres, et Spock sentit un élan de sympathie inhabituel envers le praticien (déjà peu taillé pour l'aventure, il avait en outre la responsabilité de la santé de ses coéquipiers, alors qu'il ne possédait ni outil médical ni médicament) – jusqu'à ce que ce dernier, après avoir vérifié une boursouflure violacée sur la nuque du capitaine, se tournât vers lui.

- Et vous ? Vous avez été piqué aussi ?

Pour toute réponse, le premier officier remonta la manche droite de son uniforme. Etrangement, les insectes s'étaient concentrés uniquement sur cette partie de son anatomie.

- Ça vous fait mal ?

- Négatif, docteur.

McCoy fronça les sourcils devant l'écran de son tricordeur.

- Votre température est 1,1°C supérieure à la normale. Vous faites peut-être une réaction…

- La température interne de mon espèce peut fluctuer en fonction de la température extérieure, répondit le Vulcain. Etant donné la relative fraîcheur du climat, mon corps compense de cette façon. Je vous assure qu'il n'y a pas là un motif d'inquiétude…

De nouveau, sans avertissement préalable, une douleur brusque et violente lui traversa la poitrine de part en part. Ce ne fut qu'un instant, mais cet instant avait suffi pour alerter le médecin.

- Spock, qu'est-ce qui se passe ?

- Rien, docteur, répondit Spock presque machinalement.

- Rien mon cul. Vous êtes plus blanc que les draps réglementaires de Starfleet. Qu'est-ce qui se passe ?

Le praticien était déjà en train de régler le tricordeur, à la recherche d'un problème respiratoire quelconque. Malgré le peu d'affinités qui existait entre le docteur McCoy et lui-même, Spock devait admettre qu'il était un médecin exceptionnel – il mettait le doigt sur le problème avec une efficacité redoutable et ne lâchait généralement son patient que lorsqu'il était certain que ce dernier n'avait rien de plus grave qu'une écharde ou un rhume.

- Ce n'est qu'un léger dysfonctionnement respiratoire, probablement dû au contact de l'eau avec mes poumons. Je vous ai déjà expliqué que mon espèce n'est pas très à l'aise avec l'immersion dans quelque liquide que ce soit.

- Parce que vous avez déjà essayé de nager dans autre chose que de l'eau ? marmonna le médecin. Le tricordeur indique une inflammation de votre poumon droit – rien d'alarmant, mais ça ne me semble pas normal.

- Je vous assure qu'il s'agit d'une réaction parfaitement normale pour un Vulcain.

McCoy hocha la tête, l'air dubitatif.

- Si seulement j'avais pu récupérer votre dossier médical vulcain ! maugréa-t-il entre ses dents. Mes collègues de Starfleet sont des ânes butés, mais si on se sort de cette galère, je vais exiger qu'ils me donnent tous les renseignements nécessaires sur l'anatomie Vulcain-humain, tous les dossiers, toutes les archives. Et cette fois, ils n'ont pas intérêt à me refuser ce que je leur demande !

- Ce sera inutile, docteur.

Spock avait, comme à son habitude, parlé calmement, mais il ne put s'empêcher de sentir la pointe de malaise qu'il éprouvait toujours à l'évocation de ses particularités physiologiques.

- Inutile ? gronda le médecin. Vous voulez m'apprendre mon boulot, peut-être ?

- Absolument pas, répondit le premier officier avec sincérité. Vous êtes parfaitement compétent dans votre domaine. (Le praticien, qui s'apprêtait visiblement à interrompre le Vulcain, referma brusquement la bouche.) Je voulais simplement vous épargner une peine inutile. Vous ne trouverez ni dossier, ni archives, car il n'y a tout simplement pas de précédent.

Après un étrange silence, rompu seulement par le crépitement du feu, qui dura 12,56 secondes, le capitaine se pencha vers le premier officier.

- Vous voulez dire que… que vous êtes le seul à avoir un parent Vulcain et un parent humain ?

- Affirmatif.

- Le seul… Le seul dans tout l'univers ? demanda à son tour McCoy, sans parvenir à dissimuler la stupéfaction dans sa voix.

Spock hésita. Techniquement, il n'était pas le seul – et, en même temps, il l'était. Après tout, il existait un hybride semblable à lui, en tous points semblable, mais il était impossible de le qualifier de « précédent », étant donné qu'il venait du futur.

- Affirmatif, finit-il par répondre.

- Vous plaisantez ?

Le premier officier leva ostensiblement ses deux sourcils, le plus haut possible, s'attirant un ricanement de la part du capitaine et un soupir fatigué de la part du médecin.

- Non, évidemment, vous ne plaisantez jamais. Bon, j'imagine que ça va donc être à moi de constituer ce foutu dossier médical, au cas où il vous viendrait l'idée saugrenue de vous reproduire – et au cas où Nyota ait l'idée saugrenue d'accepter.