Euh... Ça faisait longtemps, il y a encore quelqu'un par ici ? Désolée pour le retard sur cette fic (cahier perdu, pas de courage, etc)... Normalement, si tout va bien, je devrais reprendre un rythme de publication normal. Voire même poster le chapitre 7 d'ici la fin de la semaine.

Chapitre 6 - "Où voyez-vous la réalité ? Vous êtes en pleine fantaisie. Vous vouliez l'aventure, la voici."

Nyota n'était pas, par définition, quelqu'un de jaloux, mais il y avait une chose qu'elle avait toujours envié à Spock (et, par extension, aux autres membres de son espèce) : leur capacité à ne pas paniquer et à garder la tête froide dans les situations les plus critiques.

Par exemple, là, maintenant, alors qu'elle courait dans les couloirs de l'Enterprise, la main de Chekov crispée dans la sienne, et une équipe de sécurité aux fesses, être Vulcaine ne lui aurait pas déplu.

- Par là, chuchota le jeune Russe en la tirant par le bras vers un obscur recoin de l'Enterprise dont elle ignorait jusqu'à l'existence.

Elle se laissa guider.

A peine avaient-ils transmis à Spock les coordonnées requises qu'un bruit étouffé s'était fait entendre dans le couloir, et ils n'étaient parvenus à quitter le centre de données sans être pris sur le fait que grâce aux talents incomparables de Chekov pour pirater les commandes d'ouverture des portes en un temps record.

Décidément, ce jeune homme était plein de ressources.

Visiblement, le nouveau « capitaine » avait donné aux membres de la sécurité des consignes précises sur les endroits stratégiques à surveiller avec la plus grande attention, car pas moins de sept gardes s'étaient mis à leur poursuite – heureusement, ils avait pu prendre de l'avance, et heureusement, Pavel connaissait l'Enterprise comme sa poche. Il entraîna la jeune femme dans un dédale de passages, au fond des entrailles du vaisseau. Il faisait sombre, il faisait chaud, et l'obscurité lui semblait presque palpable, mais le bruit des bottes de leurs poursuivants s'estompa rapidement. Sans dire un mot, ils attendirent que le silence fût total pour regagner les parties civilisées de l'Enterprise et, enfin, la chambre où Christine et Keenser les attendaient anxieusement.

- Alors ?

- Il s'en est fallu d'un cheveu, répondit Nyota en se laissant tomber sur une chaise, la voix chevrotante, mais on a réussi. Chekov, il faut rappeler Spock… Ils doivent s'inquiéter pour nous.

Le jeune pilote, dont les jambes flageolaient, acquiesça et sortit son communicateur. Christine, plus infirmière que jamais, le poussa en position assise sur le lit et tendit un verre d'eau aux deux arrivants. Nyota réalisa alors qu'elle transpirait abondamment et que ses mains tremblaient.

- Commandant ?

Pour toute réponse, un bourdonnement assourdissant sortit de l'appareil, et Chekov l'éteignit précipitamment.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Christine.

- Ils ont brouillé les communications, expliqua Uhura d'une voix blanche (les implications d'un tel acte affluaient à son cerveau et, une fois de plus, elle regretta de n'être qu'humaine et de céder si facilement à la panique). Ils ont dû se rendre compte de notre tentative pour joindre l'équipe au sol.

Ce qui signifiait qu'ils ne pourraient plus parler aux trois officiers restés sur Adenia. Cela signifiait qu'ils étaient seuls, livrés à eux-mêmes sans aide possible. Cela signifiait qu'ils devaient abandonner Spock, Kirk et Leonard à leur sort. Cela signifiait qu'en cas de problème, ils n'auraient aucun moyen de le savoir. Cela signifiait que, peut-être, elle ne les reverrait jamais…

- Lieutenant Uhura, est-ce qu'ils peuvent nous tracer ?

Elle sursauta. C'était également une conséquence à laquelle elle n'avait pas pensé. Immédiatement, elle arracha le communicateur des mains de Chekov et procéda à quelques manipulations, bénissant M. Croutch, le professeur grincheux qui lui avait un jour enseigné les dessous officieux de la partie technique des cours de communication (On ne sait jamais, avait-il coutume de dire, vous pourriez avoir besoin, un jour, de trafiquer des communicateurs – une fois dans l'espace, vous devez savoir TOUT faire par vous-mêmes car vous ne pouvez pas prévoir ce qui vous sera nécessaire. Comme il avait eu raison !) S'ils s'en sortaient vivants, elle se promit d'aller le remercier et lui offrir des chocolats sitôt arrivée sur Terre.

- Plus maintenant, répondit-elle. Et c'est Nyota, Pavel, d'accord ? On est tous dans la même galère, je pense qu'on peut s'appeler par nos prénoms.

Le silence retomba sur leur petit groupe. Ils étaient « dans la même galère », ils étaient quatre contre quatre cents, qu'espéraient-ils faire ? Leur jeunesse et leur inexpérience les frappa soudain. Une semaine auparavant, Gary Mitchell était mort dans une mission qui n'aurait pas dû poser de problème. L'idée qu'ils étaient trop peu préparés à de telles conditions l'avait alors effleurée, mais elle avait bien vite relégué cette idée dérangeante au fond de son cerveau. A présent que le danger les rattrapait, elle se demanda comment le haut commandement de Starfleet avait pu laisser partir à l'aventure un vaisseau dont l'équipage était presque exclusivement constitué de cadets.

- Nous ne devons pas nous laisser aller, s'exclama soudain le jeune pilote. Le capitaine dirait qu'il n'y a pas de problème sans solution.

Le capitaine est un peu trop optimiste parfois, pensa la jeune femme – mais Chekov avait raison : ils ne devaient pas se laisser aller au désespoir. Trop de choses dépendaient d'eux. Trop de choses dépendent de deux femmes de vingt-quatre ans et d'un gamin qui vient tout juste d'accéder à la majorité, ne put-elle s'empêcher de penser.

- Nous devrions élaborer une stratégie, déclara Keenser calmement. Nous avons un atout : nous possédons des connaissances dans des domaines très variés et nous avons, de par nos fonctions respectives, accès à toutes les parties du vaisseau.

Les trois autres hochèrent la tête en signe d'approbation. Nyota se sentit étrangement réconfortée à l'idée que Keenser se trouvait de leur côté. Le petit extra-terrestre parlait généralement peu, mais toujours pour dire des choses intelligentes et sensées – Uhura se demanda brièvement quel âge il pouvait bien avoir, et quels étaient exactement ses pouvoirs psychiques. Comme s'il avait lu dans son esprit (ce qui n'était pas le cas, il lui avait dit un jour qu'il n'était pas télépathe, mais la coïncidence était troublante), il reprit la parole :

- La première chose à faire, me semble-t-il, est de voir si nous pouvons libérer d'autres membres de l'équipage de l'influence des Adeniens. Je n'ai malheureusement pas les facultés psychiques nécessaires pour influer sur l'esprit d'autrui. Mon esprit est conçu pour résister à ce genre d'attaques télépathiques, mais pas pour riposter.

- Je ne vois vraiment pas comment nous pourrions faire, répondit Nyota. Je ne suis pas certaine de comprendre moi-même pour quelle raison nous ne sommes pas touchés par leurs manipulations cérébrales.

- Qu'avez-vous fait pour leur résister ? demanda Keenser. Nous pouvons peut-être commencer par là.

- J'ai… disons fermé mon esprit selon une technique vulcaine que Spock m'a enseignée. J'ai senti que quelque chose n'allait pas et j'ai presque automatiquement basculé dans le Wh'ltri – le premier stade de la méditation. Comme si mon esprit avait inconsciemment compris qu'il s'agissait du seul mécanisme de défense possible.

- C'est exactement la même chose pour moi, renchérit Pavel. A chaque fois que l'un de ces… de ces… (le juron russe particulièrement imagé qui suivit fit sourire Uhura) s'est approché de moi, j'ai réussi à leur dissimuler mon esprit. J'ai bien cru que le docteur… je veux dire le faux docteur… avait compris que je l'avais démasqué lorsqu'il m'a endormi, mais non, il a vraiment cru que j'étais malade. Il ne m'a pas soupçonné.

- Il faut dire que vous lui avez presque vomi dessus, lui rappela Christine. C'était assez convaincant. Mais si cette technique vulcaine est assez puissante pour tromper des télépathes confirmés, on pourrait peut-être organiser des séances de méditation pour l'équipage. Après tout, certains font bien du yoga ou d'autres techniques de relaxation. Ça ne semblerait pas choquant, surtout dans le cadre d'une mission aussi stressante.

Le jeune Russe hocha négativement la tête et devança Uhura dans son explication.

- Le Wh'ltri ne s'apprend pas en quelques heures, ni même en quelques jours. Il s'agit de quelque chose qui nécessite une pratique régulière.

- Pour Nyota, je comprends, dit l'infirmière avec un petit clin d'œil à son amie, mais vous, Pavel, comment se fait-il que, si jeune, vous maîtrisiez cette technique vulcaine ?

- Oh, je… J'ai connu des Vulcains sur Terre, et ils m'ont initié à cette discipline car ils me trouvaient un peu trop… comment dire… un peu trop émotif.

Uhura ne put s'empêcher de sourire à ces mots. Elle imaginait sans peine les Vulcains en question faire remarquer à Chekov que ses explosions sentimentales les perturbait et lui proposer de le guider vers la voix de la sérénité. C'était, en gros, ce que Spock lui avait expliqué également, un jour où elle avait eu devant lui une crise de larmes que le Vulcain avait eu beaucoup de mal à comprendre. Et elle devait avouer que la méditation l'avait beaucoup aidée à un moment où elle se sentait déstabilisée, peu sûre d'elle, et incertaine sur son avenir. Elle avait donc trouvé logique de continuer à la pratiquer avec Spock, quoique, évidemment, à un niveau bien moindre.

Elle avait également l'impression que méditer avec le Vulcain le rapprochait d'elle, d'une certaine façon.

Christine acquiesça et ne demanda rien d'autre. Nyota n'ajouta rien, bien qu'elle sût que l'histoire de Chekov était plus longue et complexe que ce qu'il venait d'en dire. Certes, il avait été initié à la méditation vulcaine sur Terre, et l'avait probablement pratiquée seul jusqu'à la destruction de Vulcain, mais après... Spock était devenu pour lui un pyllora, une sorte de guide spirituel sur le chemin du Wh'ltri, comme il était déjà un mentor intellectuel pour le jeune homme. Elle n'oublierait jamais la première fois que son petit ami lui avait parlé de Chekov, qu'il avait pour ainsi dire ramené dans ses bagages en revenant d'un séminaire en Russie. Elle avait trouvé complètement fou de vouloir intégrer aux cours avancés de l'université de Starfleet un jeune garçon d'à peine seize ans – puis elle avait rencontré Pavel et avait compris. Il était tout simplement brillant, et Spock n'avait probablement pas pu résister face à une telle intelligence. De fait, il avait assimilé en un an et demie des cours prévus pour trois ans au moins, et s'était retrouvé le plus jeune cadet de toute la flotte.

Le silence était de nouveau retombé dans la petite chambre. Nyota leva les yeux vers son amie et se rendit compte qu'elle hésitait à parler – la façon dont elle se mordait les lèvres était caractéristique.

- Crache le morceau, Christine. Qu'est-ce qu'il y a ?

- Il y a peut-être une solution, répondit la jeune infirmière en rougissant légèrement lorsqu'elle vit trois paires d'yeux la dévisager avec espoir. Si je n'ai pas été entièrement affectée par les manipulations des Adeniens, ce n'est pas grâce à de la méditation, comme vous, mais en raison de… de l'implant qui se trouve dans mon cerveau.

Parfois, également, Uhura regrettait de ne pas savoir, comme Spock, lever un seul sourcil en signe d'interrogation, de perplexité, d'incompréhension…

- J'ai participé, il y a six ans, à une expérience illégale sur l'amélioration des capacités cérébrales. Ne me demandez pas dans quelles circonstances, s'empressa d'ajouter Christine. Disons que cela n'a pas été un franc succès. Mais l'implant a été introduit dans mon cerveau de telle façon que le retirer serait dangereux. Il est donc toujours présent et il modifie légèrement mes ondes cérébrales – probablement d'une façon proche de la vôtre, Keenser. J'imagine que c'est grâce à cela que j'ai pu résister.

Elle s'arrêta, visiblement mal à l'aise.

- Vous suggérez, dit alors Keenser, que nous essayions de créer un implant semblable au vôtre pour l'utiliser sur les membres de l'équipage ?

La jeune femme soupira.

- Pas de cette façon, non, mais il y a peut-être quelque chose à trouver dans mon dossier médical. Leonard McCoy est le seul à être au courant. Il a fait des recherches pour essayer de me le retirer. Cela n'a rien donné, mais il a noté pas mal de choses sur la construction de l'implant en lui-même. Cela pourrait être une piste à creuser.

- C'est même la seule que nous ayons, approuva Nyota. Si nous pouvions créer une onde, ou un gaz, ou un composé chimique capable d'imiter l'effet de cet implant…

- Oui ! s'exclama Chekov, visiblement enthousiasmé par l'idée. Mais nous devons aussi essayer de rétablir la communication avec le capitaine, le commandant et le docteur McCoy.

- S'ils ont brouillé les communicateurs, c'est impossible, répondit Nyota. Même en ayant accès au panneau de contrôle de la passerelle, je ne pourrai rien faire sans être immédiatement repérée. En revanche, je me demande si nous ne pourrions pas essayer quelque chose…

Elle se tut un moment, essayant d'ordonner ses pensées.

- Ce qu'il nous faut, reprit-elle lentement alors que l'idée se faisait jour dans son esprit, c'est une trouver une façon de communiquer qui ne soit pas repérable depuis le vaisseau. Je me demandais si des signaux lumineux, avec un laser, ne seraient pas possibles à réaliser.

- Tu crois qu'ils seraient visibles depuis la planète ? demanda Christine.

- C'est une excellente idée, approuva Keenser. Mais il faudrait pour cela que nous nous trouvions juste au-dessus de l'endroit où se trouve l'équipe au sol.

- Nous pouvons nous occuper de… bloquer l'Enterprise à un certain endroit pendant un certain temps, affirma Chekov en jetant au petit extra-terrestre un regard complice. M. Scott pourra certes réparer la panne, mais imaginons que plusieurs problèmes techniques aient lieu à plusieurs endroits en même temps…

- Vous voulez saboter l'Enterprise, Pavel ? demanda Nyota, à moitié sur le ton de la plaisanterie (la vénération du jeune homme pour le vaisseau égalait presque celle de Scotty).

- J'ai l'autorisation du capitaine, répondit-il avec aplomb.

- Nous devons être très prudents, leur rappela Keenser. Si qui que ce soit se rend compte de notre projets, nous n'aurons aucune chance de parvenir à nos fins. Mais l'idée de sabotages est excellente. J'ai moi-même quelques petites choses en tête…

- Nous devrions éviter de nous réunir ainsi, ajouta Uhura. Nous ne sommes pas spécialement proches d'habitude, à l'exception de Christine et moi, et tout changement de comportement semblerait suspect. Je pense que nous devrions organiser un planning de rencontres fortuites au cours de la journée – deux personnes à la fois, pas plus.

Les autres acquiescèrent.

- Dans ce cas, je pense que nous devrions profiter de cette soirée pour mettre au point un plan d'attaque. Je ne suis pas certaine que nous aurons beaucoup d'autres occasions. L'alerte rouge n'a pas duré longtemps aujourd'hui, mais je suis certaine qu'ils vont se rendre compte très vite qu'il s'agissait d'un acte de sabotage, et nous ne savons pas de quelle façon ils vont réagir.

Lorsqu'Uhura retrouva ses quartiers, quatre heures plus tard, elle dut faire appel à toute la force de sa volonté pour ne pas éclater en sanglots. Tant qu'elle avait été avec les autres, planifiant la résistance, proposant des solutions, élaborant des stratégies, elle s'était sentie utile et avait réussi sans trop de peine à détourner son esprit des trois hommes qu'ils avaient laissés en bas. Mais à présent qu'elle était seule, son cerveau, en roue libre, commençait à explorer des idées bien trop dangereuses pour son propre bien. La jeune femme déglutit péniblement et s'assit en tailleur, respirant profondément.

Lorsqu'elle se réveilla lendemain matin, toute ankylosée par la position dans laquelle elle s'était effondrée après une heure et demie de méditation, elle avait l'esprit plus clair que la veille au soir. Ce n'était pas le moment de flancher. Le capitaine comptait sur eux, et le destin du vaisseau, bien que personne n'en eût conscience, dépendait d'eux. Cette idée n'était guère plaisante, mais ils n'avaient pas le choix…

Son communicateur sonna alors qu'elle était en train de finir de s'habiller et elle sursauta. Essayant de ne pas trop laisser l'espoir l'envahir, elle s'empara de l'appareil.

- Uhura.

- Nyota ? Je ne te dérange pas ?

C'était la voix de Spock. Incontestablement, indubitablement. Mais Spock ne l'appelait par son prénom que lorsqu'ils n'étaient pas de service, ni l'un ni l'autre – ou alors, dans les moments d'intense tension. Si Spock avait réussi à la joindre depuis Adenia, il l'aurait appelée « lieutenant Uhura ». Ce qui signifiait…

Ce qui signifiait que de l'autre côté du communicateur se tenait l'autre Spock, celui qu'elle était terrifiée de devoir affronter. Et pourtant, il le faudrait bien à un moment ou à un autre.

- Spock ? Un problème ? demanda-t-elle avec tout le naturel qu'elle put rassembler.

- Je voulais seulement te prévenir que je ne pourrai pas déjeuner avec toi ce matin. Le capitaine m'a envoyé en Ingénierie afin de superviser les réparations. Il va être probablement compliqué de nous voir pendant un certain temps.

Oh. La jeune femme sentit une vague de soulagement la traverser et elle se demanda brièvement si le faux Spock était aussi mal à l'aise qu'elle à l'idée qu'ils puissent se retrouver en tête à tête…

- Pas de problème, je comprends, répondit-elle. Dis-moi quand tu auras un moment de libre, d'accord ?

- Bien sûr.

Nyota referma son communicateur avec un claquement sec et sentit une vague de soulagement la traverser. Bien sûr, le problème n'était que reporté, mais cela suffisait pour l'instant. Elle sortit de sa chambre à 7:25, comme convenu, et tomba sur Christine, qui semblait vraiment passer par hasard dans le couloir.

- Bien dormi ?

- Pas vraiment, avoua l'infirmière. Et toi ?

- Ca a été.

Les deux amies se dirigèrent vers la salle de réfection.

- Ça va ? Pas trop nerveuse ? Je veux dire, par rapport à Spock-qui-n'est-pas-vraiment-Spock ? Tu n'as rien dit hier soir, mais…

- Il vient de m'appeler pour me dire qu'il ne pourrait pas manger avec moi et qu'il aurait probablement beaucoup de travail dans les jours à venir. Tu ne peux pas savoir à quel point je suis soulagée.

- Il t'a appelée ? demanda Christine. Est-ce que ça veut dire que les communications sont rétablies ?

- Uniquement à l'intérieur du vaisseau, répondit Uhura. On ne peut toujours pas joindre l'équipe au sol. Mais au moins, nous pourrons communiquer entre nous, c'est déjà ça. J'ai bidouillé nos communicateurs hier soir de telle sorte que personne ne puisse intercepter nos discussions. Et donc, tu disais que Laura avait l'intention de demander un poste sur l'Enterprise lorsque nous reviendrons sur Terre ? enchaîna-t-elle en voyant apparaître McCoy à un tournant.

- Oh, oui, oui, balbutia l'infirmière. Elle a rompu avec Nagato et elle a décidé qu'elle en avait fini avec l'amour…

Fort heureusement, le médecin en chef continua son chemin et les ignora, mais les deux jeunes femmes décidèrent prudemment de poursuivre leur conversation futile afin de ne rien laisser paraître de leur trouble.

A huit heures moins cinq, elles se séparèrent avec un « bon courage », Christine se dirigeant vers l'infirmerie et Nyota vers la passerelle. Son cœur battait la chamade et elle avait beau s'essuyer les mains sur sa jupe, ses paumes redevenaient moites instantanément.

Pourtant, le vaisseau semblait le même qu'à l'ordinaire. Sur la passerelle, chacun s'installait, se souhaitait une bonne journée, commençait à vaquer à ses tâches quotidiennes…

Le capitaine tourna vers elle un regard scrutateur, et elle lui offrit son meilleur sourire alors qu'elle s'efforçait de penser au James Kirk qu'elle connaissait. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander comment ces trois aliens avaient pu prendre l'exacte apparence des trois hommes qu'ils remplaçaient, comment ils pouvaient connaître autant de choses sur eux, le vaisseau, leurs relations personnelles…

Chekov lui fit un léger signe de tête et elle s'en trouva réconfortée.

- Lieutenant Uhura, veuillez ouvrir une fréquence de communication pour l'ensemble du vaisseau.

- Bien, capitaine.

La jeune femme était tellement soulagée que Spock ne fût pas présent au poste scientifique qu'elle ne comprit pas tout de suite ce qu'impliquait le discours de « Jim » à l'ensemble de l'équipage.

- Ici le capitaine Kirk. Je vous demande à tous votre attention. Comme vous le savez, la planète Adenia a été décimée par un virus extrêmement virulent et notre devoir est de détruire toute vie sur la planète afin que l'épidémie ne se répande pas à travers la galaxie. Une panne de nos torpilles nous en a provisoirement empêchés et nous bloque en orbite autour d'Adenia. Nous avons, depuis hier, acquis la certitude que cette panne est d'origine criminelle.

Le capitaine fit une pause afin de laisser à l'équipage le temps d'accueillir et de commenter la nouvelle.

- Nous avons donc à bord un ou plusieurs saboteurs. Je comprends parfaitement que la décision que j'ai prise ait pu choquer certains d'entre vous et je suis tout à fait disposé à en discuter. J'invite donc le ou les coupables à venir me trouver, au moment qui leur semblera le bon, afin que nous puissions oublier cet incident. Cependant, sachez également que la sécurité a été renforcée à bord du vaisseau. J'attends la coopération de chacun d'entre vous. Si vous repérez quoi que ce soit d'inhabituel, vous en référerez immédiatement à M. Spock, qui a été transféré de la passerelle en salle des machines afin d'aider M. Scott à réparer les torpilles, ou à moi-même.

Le silence retomba sur la passerelle. Pendant un bref instant, Nyota avait été frappée de plein fouet par la force psychique du faux capitaine – elle avait perçu une onde tellement puissante qu'elle avait senti toutes ses convictions chanceler et qu'elle s'était levée dans le but de se dénoncer. Pourquoi avait-elle conspiré contre son capitaine la veille ? Evidemment, détruire la planète était une action parfaitement logique, il avait raison, et…

Son esprit se retrouva soudainement libre de penser par lui-même et elle frissonna à l'idée de ce qu'elle avait failli faire. Qu'un extra-terrestre puisse la forcer à faire quelque chose qu'elle ne souhaitait pas faire, qu'elle réprouvait de toute son âme, lui semblait parfaitement terrifiant.

C'est alors qu'elle aperçut Chekov qui, tourné vers le capitaine, semblait lui aussi sous l'influence de ces ondes maléfiques et prêt à parler.

- Capitaine, dois-je mettre le vaisseau en alerte ? demanda-t-elle professionnellement – et elle vit Pavel sursauter, comme s'il se réveillait d'un rêve particulièrement réaliste.

- Ce ne sera pas nécessaire, lieutenant. Chacun sait ce qu'il a à faire à présent.

Oui, songea-t-elle amèrement. Chacun savait. Jim était en train de transformer l'Enterprise en un nid de vipères, où la délation allait très bientôt prendre une place importante.

Elle entendit la voix de Sulu, qui murmurait à Chekov « Mais qui voudrait trahir le capitaine ? », et elle se força à basculer dans le Wh'ltri. Elle ignorait comment s'y étaient pris les imposteurs pour en savoir autant sur eux, mais s'ils étaient capables de lire dans les pensées, il valait mieux ne pas trop les laisser traîner à la surface de son esprit.

De plus, si elle réfléchissait trop, elle finirait immanquablement par anticiper ce qui allait se produire lorsqu'elle se retrouverait seule avec Spock.

Ce qui n'était pas une pensée très réjouissante.