Franchement, je n'aime pas spécialement les cliffhangers, hein. Mais bon, il fallait bien couper quelque part. Et puis je ne me fous pas de vous, je poste DEUX chapitres à seulement une journée d'intervalle... Avouez que je suis gentille. Voilà pour la partie "Jumanji" que j'avais mentionnée auparavant. (Jumanji est le premier film en VO que j'aie vu de ma vie, et pour cette raison je lui garde une certaine tendresse.) Si vous avez envie de commenter, ne vous gênez pas, comme ça la suite arrivera plus vite... (J'espère vraiment pouvoir la poster avant samedi, parce qu'après je vais devoir délaisser le site pendant une semaine.) Et si vous retrouvez ma source d'inspiration pour les créatures rencontrées dans ce chapitre (les "champignons colorés sur deux pieds"), vous êtes trop forts.

Chapitre 7 – « Journal de bord du capitaine. Date stellaire… Armageddon. »

Bones se souvenait d'avoir dit à Jim, le jour où ils s'étaient rencontrés, que l'espace était un virus et un danger permanents – quelque chose comme ça, il ne se rappelait pas les mots exacts qu'il avait employés, mais cette planète pourrie était la preuve vivante (un peu trop vivante, même) qu'il avait raison.

Leur deuxième nuit sur Adenia s'était pourtant miraculeusement bien passée : aucune plante étrange et meurtrière n'était venue les attaquer dans leur sommeil, les insectes étaient allés se coucher, et ils avaient tous trois dormi dans un confort relatif, à l'abri du vent et du froid.

C'était après que tout avait commencé à déconner.

Ils s'étaient remis en route, après un frugal petit déjeuner de fruits. Forts de leur expérience de la veille, ils avaient redoublé de vigilance. Cette fois, Spock marchait en tête. La progression dans la végétation dense n'était pas aisée, mais le premier officier parvenait à conserver un rythme régulier – et légèrement trop soutenu pour le médecin qui avait commencé à haleter et à transpirer au bout de trois quarts d'heure seulement. Mais il ne serait pas dit qu'il se laisserait distancer par un Vulcain.

Il tint bon pendant une bonne partie de la journée.

Cette marche à travers la forêt, cependant, lui semblait absurde. Ils savaient à peine où ils allaient et ignoraient complètement ce qu'ils trouveraient au bout du chemin, si jamais ils y arrivaient. Peut-être les Adeniens étaient-ils un peuple fort sympathique, mais, pour ce qu'ils en savaient, ils pouvaient tout aussi bien s'avérer anthropophages. Mais Spock avait décrété qu'il était « peu probable » que tous les habitants de la planète fussent de dangereux télépathes dont le but était d'asservir la galaxie, et puisque Spock l'avait dit, chiffres à l'appui, évidemment (le gobelin calculait des probabilités précises au centième près), Jim le croyait.

Ce n'était pas que le médecin fût en complet désaccord avec le plan élaboré par ses deux supérieurs : il leur fallait absolument trouver des alliés et / ou un moyen de regagner l'Enterprise. Et cela ne risquait pas d'arriver s'ils restaient sur place à attendre que le destin se décide à être un peu moins salaud avec eux. Non, ce qui l'exaspérait, c'était cette façon qu'avait Jim, depuis quelques temps, à prendre pour argent comptant tout ce que disait le premier officier. Ils ne se connaissaient que depuis quelques mois, et il lui faisait déjà confiance au point de lui confier sa vie…

Bones soupira. Il s'était demandé, l'avant-veille, s'il n'était pas jaloux des indéniables qualités supérieures du Vulcain. La réponse lui apparaissait à présent très clairement : il était jaloux de tout ce qui pouvait rapprocher le capitaine et son premier officier.

Quel âge avait-il exactement ? Douze ans ?

La peur de l'abandon, il le savait, avait toujours joué un rôle décisif dans les relations qu'il entretenait avec les autres. Il n'accordait pas facilement sa confiance. Il redoutait la trahison (parce que, en toute honnêteté, il avait eu sa dose) et préférait souvent s'éloigner lui-même avant d'être blessé ou rejeté. Il savait pourtant qu'il n'y avait pas plus fidèle et loyal que James T. Kirk (sauf quand vous étiez malade – et dans ce cas, vous pouviez crever comme une merde, il ne vous accorderait pas un regard), mais McCoy ne pouvait s'empêcher de redouter l'intrusion de Spock. Leonard avait été le meilleur ami de Jim pendant trois ans, et se sentir menacé, presque supplanté par un demi-Vulcain qui venait tout juste de débarquer dans leurs vies, était une expérience douloureuse. Il avait déjà l'impression que Spock lui avait d'une certaine façon ravi l'affection de Nyota – oh, il n'était pas amoureux de la jeune femme, certainement pas, mais ils étaient amis, et même amis très proches, et leur relation s'était quelque peu refroidie depuis qu'il avait appris avec stupéfaction que ces deux-là étaient ensemble.

Peut-être qu'insulter son petit ami à longueur de journée n'était pas la meilleure façon d'attirer ses bonnes grâces, mais Spock était exaspérant...

- Qu'est-ce que c'est que ce truc qui bouge ? demanda soudain le capitaine.

Le médecin se tourna immédiatement dans la direction indiquée par Jim.

C'était une fleur, une immense et magnifique fleur jaune, qui ouvrait paresseusement ses pétales au soleil, comme si elle s'étirait…

Ou comme si elle bandait un arc…

- Spock, attention !

McCoy se précipita vers le premier officier pour le pousser à terre, mais les réflexes rapides du Vulcain avaient déjà joué dès qu'il avait entendu l'avertissement du médecin. Les trois dards probablement empoisonnés manquèrent de peu l'épaule du premier officier et allèrent se ficher dans le tronc d'un arbre voisin. La fleur se courba vers eux dans un sifflement colérique et menaçant. Bones constata avec détachement que ses mains tremblaient.

- Charmante planète, maugréa-t-il en crispant les poings. Vraiment, c'est ici que je viendrai passer mes prochaines vacances.

Le Vulcain se redressa, regarda la fleur qui semblait se tordre de rage à quelques mètres d'eux, puis se tourna vers le praticien – et, pendant un instant, ce dernier crut qu'il allait lui demander le plus sérieusement du monde ce qu'il trouvait de si charmant sur cette planète et la raison pour laquelle il avait envie d'y venir en permission. Mais au lieu de cela, il inclina la tête sur le côté :

- Merci, docteur.

- Je croyais que « remercier un acte logique » était illogique ? ironisa McCoy.

- J'essayais simplement d'adopter un comportement humain approprié dans une telle circonstance.

McCoy s'apprêtait à répondre lorsque Spock se crispa et porta la main à sa poitrine, comme la veille au soir – et les instincts professionnels du médecin reprirent immédiatement le dessus.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il vivement. La même chose qu'hier ?

Le premier officier acquiesça et prit une profonde et prudente inspiration.

- Vous avez été touché ? demanda Jim anxieusement en désignant la fleur.

- Négatif, capitaine. Ce n'est pas la peine, docteur, ajouta-t-il en voyant que Leonard sortait son tricordeur. Ce n'est rien.

Bones n'était pas convaincu, mais il n'insista pas – le lieu ne lui semblait pas assez sûr pour se livrer à une consultation médicale. Mais il garda un œil attentif sur le Vulcain, et constata à plusieurs reprises, durant leur marche laborieuse, que ce dernier portait la main à sa poitrine dans un geste presque instinctif, comme pour forcer l'air à pénétrer dans ses poumons.

Ils s'arrêtèrent de nouveau à la tombée de la nuit, et Spock insista pour méditer avant que McCoy pût l'examiner. Bon prince, ce dernier le laissa faire avant de passer son tricordeur sur la poitrine du premier officier. L'infection pulmonaire s'était légèrement étendue et la température du Vulcain était toujours supérieure à la moyenne, mais il devait s'agir, comme l'avait expliqué Spock, d'une réaction physique due et au froid et au contact avec l'eau. Bones enviait presque cette capacité particulière, car il commençait lui aussi à être transi, et il ne se sentit réchauffé qu'après avoir passé une vingtaine de minutes littéralement collé au feu qu'ils avaient allumé.

- Je me demande ce qui se passe sur l'Enterprise, murmura Jim après quelques minutes de silence. Pourquoi Chekov ne nous rappelle pas ?

Le médecin se raidit légèrement. Il n'avait pas spécialement envie d'entendre le jeune homme énumérer des hypothèses toutes aussi déprimantes les unes que les autres. Mais au lieu de cela, Jim se tourna vers le premier officier, qui, comme à son habitude, demeurait parfaitement neutre :

- Vous connaissez bien Chekov, Spock, non ?

- Affirmatif, capitaine.

- Vous pensez qu'il a les capacités pour… pour gérer le problème là-haut ?

- Il n'est pas seul, fit remarquer Bones.

- Je sais. Mais je suis plus inquiet pour lui que pour les autres. Je veux dire, Keenser, Uhura et Chapel sont plus… réfléchis. J'ai peur qu'il ne fasse quelque chose d'inconsidéré.

- M. Chekov est quelqu'un de sensé malgré son jeune âge, capitaine, répondit Spock, résumant parfaitement l'opinion de McCoy au sujet du jeune pilote.

- Comment l'avez-vous rencontré ? demanda le médecin, curieux.

Le Vulcain jeta vers Bones un regard qui semblait demander où se trouvait le piège.

- C'est une vraie question, ajouta Leonard, un peu honteux à l'idée que Spock ne pût pas imaginer avoir avec lui une conversation civilisée.

Pourtant, sur Ponantis…

Oublie Ponantis, se réprimanda le médecin. Tu n'étais pas dans ton état normal, et Spock non plus.

- J'ai rencontré M. Chekov lors d'une conférence organisée à Moscou, et à laquelle je participais, sur le thème de la communication inter-espèces. Les membres de l'université m'ont proposé d'assister à un tournoi d'échecs tridimensionnels. J'ai accepté. M. Chekov en faisait partie et son jeu m'a particulièrement intéressé.

- Vous avez joué ? demanda Jim avec un soupçon d'humour dans la voix. Il vous a battu ?

- Je n'ai pas joué ce jour-là, répondit Spock sans paraître saisir la légère moquerie. Mais il a battu tout le monde, et je pense qu'une partie entre lui et moi aurait abouti à un match nul.

- Wahou. Et alors ?

- Je suis allé lui parler.

- Vous ? s'étrangla McCoy. Euh… Je veux dire… vous n'êtes pas la personne la plus sociable du monde. Je ne m'imaginais pas que vous iriez parler à des étrangers sans raison… logique de le faire.

- J'avais une raison parfaitement logique de le faire, docteur. Quelques temps auparavant, M. Chekov m'avait été recommandé par une de mes connaissances. La personne qui m'avait parlé de lui m'avait expliqué que le jeune garçon avait des capacités extraordinaires, et rêvait de voyager dans l'espace, mais manquait à la fois d'un environnement familial stable et de confiance en lui. Il m'avait demandé si Starfleet pouvait être une option pour lui. Etant donné qu'il n'avait alors que quatorze ans, il aurait été impossible de lui faire intégrer la flotte ou même l'université, mais je n'ai pas oublié l'existence de M. Chekov. Lorsque je suis allé à Moscou, j'avais l'intention de le rencontrer.

- Pourquoi ? Vous n'êtes pas recruteur, à ce que je sache !

- En effet, docteur, répondit placidement le premier officier. Cependant, j'estime que tout le monde doit se voir offrir l'opportunité de faire ce qu'il désire. M. Chekov désirait plus que tout voyager dans l'espace. Je lui en ai donné la possibilité car il le méritait.

Jim hocha la tête avec un air convaincu. Après tout, la même chose lui était arrivé avec le capitaine Pike, songea McCoy. Sans lui, il eût été fort peu probable que le jeune homme eût tenté sa chance, et même qu'il y eût pensé.

- C'est comme ça que ça s'est passé pour vous ? demanda Bones sans réfléchir. Il n'y a pas beaucoup de Vulcains à Starfleet – je crois même que vous êtes le seul à servir sur un vaisseau.

Les yeux de Spock se rétrécirent légèrement, comme si la question était tellement personnelle qu'elle en devenait offensante. Mais maintenant qu'elle avait été plantée dans l'esprit de Jim, il y avait peu de chance qu'il l'abandonne.

- C'est vrai, ça, s'écria le jeune homme comme s'il venait tout juste de se rendre compte de la position spéciale de Spock dans la flotte. Pourquoi ?

- Parce que les membres de mon espèce qui se destinent à une carrière scientifique choisissent toujours d'intégrer l'Académie des Sciences Vulcaines. Ils ont généralement peu de goût pour l'exploration pratique et sont plus à l'aise avec la théorie.

- Et vous ?

- Je ne suis pas uniquement Vulcain, répondit Spock avec une certaine sécheresse qui indiquait que le sujet était clos. Pour en revenir à M. Chekov, je l'ai testé et j'en suis arrivé à la conclusion qu'il s'agissait d'un des esprits les plus brillants que j'aie jamais rencontrés. Outre le fait qu'il désirait ardemment voyager dans l'espace, il était un atout potentiel pour la flotte. Il était donc logique que je lui propose d'intégrer Starfleet.

- Et… et il vous a suivi aux Etats-Unis ? Comme ça ?

- Oui. Nyota a coutume de dire que je l'ai « ramené dans mes bagages », ce qui est évidemment une expression impropre, puisque M. Chekov n'a pas voyagé dans une valise (Leonard ne put s'empêcher de ricaner à l'idée du jeune Russe plié en quatre bien proprement au milieu des chemises impeccables de Spock), mais il est effectivement rentré avec moi à San Francisco.

- Quel âge avait-il ?

- Quinze ans et neuf mois.

- Vous avez arraché un gamin à sa famille ? ne put s'empêcher de s'écrier McCoy.

Le Vulcain leva un sourcil, mais ne répondit rien.

- Bones, intervint Jim, on ne peut pas dire que les conditions familiales de Chekov étaient optimales. Ça n'est pas…

- Capitaine, quelles que soient les confidences que vous ait fait M. Chekov à ce sujet, il ne me semble pas nécessaire de les partager avec le docteur McCoy.

Leonard ouvrit la bouche pour dire à Spock de se mêler de ce qui le regardait, lorsqu'il se rendit compte que le premier officier avait parfaitement raison : toute cette histoire ne le regardait pas et il n'était pas en possession de tous les éléments pour juger.

Mais quand même, quinze ans…

Il soupira et se demanda brièvement si tous les membres de l'équipage de l'Enterprise avaient des problèmes relationnels avec leur proches et, plus généralement, des troubles psychologiques divers, et préféraient aller vadrouiller dans l'espace au lieu d'essayer de mener une petite vie peinarde sur Terre (ou sur n'importe quelle autre planète, d'ailleurs).

La réponse était Oui, probablement.

Le lendemain, une pluie froide et pénétrante les accompagna toute la matinée, mais la flore se tint à peu près tranquille. Bones commençait pour sa part à ressentir les effets embarrassants d'un régime alimentaire uniquement composé, depuis deux jours, de produits riches en fibres et pauvres en nutriments. Certes, ils avaient trouvé quelques racines – qui n'avaient d'ailleurs strictement aucun goût – mais ils avaient mangé essentiellement des fruits peu nourrissants, et à l'effet laxatif malheureusement prononcé.

Comme s'ils n'étaient pas déjà suffisamment dans la merde – sans mauvais jeu de mots.

- Spock, combien de kilomètres ? demanda le médecin au terme d'une ascension particulièrement difficile.

Ne pouvant plus marcher le long de la rivière, dont le cours s'était accéléré, ils avaient escaladé des rochers que la pluie rendait glissants, et Bones s'était magistralement étalé dans une flaque emplie d'algues rouges qui s'étaient aussitôt entortillées autour de ses poignets. Il lui avait été facile de s'en débarrasser, mais il en avait marre. Marre, marre, marre. Il était trempé, il était fatigué, il avait froid, et il en avait marre.

- Nous n'avons parcouru que 13,76 kilomètres aujourd'hui, mais peut-être serait-il judicieux de chercher un endroit où nous arrêter dès que nous serons redescendus près de la rivière.

- Pourquoi ? demanda McCoy. Hier, vous nous avez tannés pour qu'on fasse au moins quinze kilomètres.

Spock hocha la tête.

- Dans des circonstances normales, je le ferais de nouveau. Mais le froid et la fatigue…

- Vous, vous avouez être fatigué ? ricana le médecin. Un scoop.

- Docteur, je parlais essentiellement pour vous. Il est évident que les humains sont moins résistants et ont besoin de davantage de repos dans des circonstances extrêmes telles que…

- Bien sûr ! le coupa Bones, irrité par tant de suffisance. Ne me faites pas croire que vous allez bien, parce que je sais que ça n'est pas le cas. Vous aussi vous avez froid, et vous aussi vous êtes fatigué. Vous avez une infection pulmonaire, probablement due à l'eau et probablement bénigne, d'accord, mais est-ce que ça vous tuerait d'admettre, pour une fois, que vous êtes moins performant que d'habitude ?

- Il ne me semble pas… commença le premier officier, mais il fut interrompu par une exclamation excédée de la part de Jim.

- Et toi, Bones, est-ce que ça te tuerait d'arrêter de provoquer ton supérieur hiérarchique sans arrêt ? s'écria le jeune homme, dont les yeux lançaient des éclairs. Que vous ne puissiez pas vous supporter l'un l'autre, c'est une chose, et vos sentiments à tous les deux – pardon, Spock, se corrigea-t-il en se tournant vers le Vulcain, vos opinions ne me regardent pas. En revanche, que ça vous plaise ou non, je suis encore votre capitaine et je vous ordonne d'arrêter de vous sauter à la gorge. Vous n'avez pas arrêté depuis qu'on est arrivés sur Adenia. J'en ai plus qu'assez de vos enfantillages ! Nous sommes dans une situation difficile, ce n'est pas la peine d'en rajouter ! Sur l'Enterprise, ils sont en train de se battre pour essayer de nous permettre de regagner le vaisseau, et vous, qu'est-ce que vous faites ? Vous vous engueulez comme des gamins ! Si j'avais su, j'aurais demandé à Sulu et Uhura de m'accompagner. J'en ai ma claque de vous deux !

Et Jim entama la descente, visiblement pressé de mettre le plus d'espace possible entre lui-même et ses deux coéquipiers. Bones resta pétrifié, surpris de cet éclat et un peu honteux de son propre comportement.

- Docteur, dit le Vulcain d'une voix plate en lui désignant le chemin à suivre afin qu'il passe devant lui.

- Peut-être qu'il a raison, murmura McCoy, mal à l'aise. Ecoutez, Spock, je ne voulais pas…

- C'est sans importance, le coupa le premier officier. En revanche, nous ne devons pas laisser le capitaine prendre trop d'avance. Nous ignorons quels dangers nous attendent en bas.

Leonard soupira et amorça à son tour la descente. Autant essayer de s'excuser auprès d'une brique, pensa-t-il avec irritation.

- Je pense qu'on s'est pas mal éloignés de la rivière, annonça Jim lorsque les deux hommes l'eurent rejoint en bas de la pente. Il est tard, nous sommes fatigués, je propose qu'on revienne vers l'eau et qu'on essaye de trouver un coin pour s'arrêter pour la nuit.

Le médecin acquiesça mais ne répondit rien. Il savait que son ami regrettait déjà la virulence de sa réprimande et cherchait un moyen d'apaiser la situation. Spock resta également silencieux. Jim soupira, se passa la main sur le front, et se dirigea d'un pas moyennement enthousiaste vers la rivière.

Ils n'avaient pas fait cent mètres que le jeune homme s'arrêta brusquement avec une exclamation surprise. Aussitôt, Spock et McCoy s'approchèrent, prêts à toute éventualité. Mais il n'y avait pas vraiment de raison de s'inquiéter : devant le jeune homme se trouvaient d'étranges créatures, hautes d'une dizaine de centimètres, assez semblables à des champignons poilus sur deux pieds, bicolores (certains étaient jaunes et oranges, d'autres bleus et verts, d'autres violets et rouges) et doués d'une capacité de mouvement. Elles formaient devant les nouveaux venus une sorte de barrière, comme si elles voulaient les empêcher de passer. Jim se baissa et tendit la main. Aussitôt, les champignons s'approchèrent de lui et commencèrent à se frotter à ses doigts, comme un chat en manque de caresses.

- Capitaine, nous ignorons si ces créatures sont bienveillantes, fit remarquer Spock.

McCoy avait très envie de dire qu'il était parfaitement d'accord avec cette assertion, mais d'un autre côté, les champignons n'avaient vraiment pas l'air offensifs. En regardant bien, on pouvait voir qu'ils avaient deux tout petits yeux, situés sous la touffe de poils qui leur recouvrait la tête (faute d'un vocabulaire plus précis, il désignerait cette partie de leur anatomie comme étant une tête). Jim se redressa et fit un pas en avant, mais les bestioles se mirent à sauter autour de lui avec de petits cris plaintifs.

- Vous croyez qu'ils essayent de nous prévenir d'un danger ? demanda Bones tout en scrutant la forêt devant lui.

Ni Jim ni Spock ne lui répondirent. Une partie des créatures venait de se masser vers la gauche et semblaient leur désigner quelque chose. En écartant avec précaution quelques branches, le capitaine mit à jour un chemin parfaitement tracé, qui avait été efficacement dissimulé à leurs yeux par des arbustes.

- A votre avis, ça mène quelque part ?

McCoy hocha la tête en signe d'ignorance, tandis que Spock jetait un coup d'œil au tricordeur.

- C'est une possibilité, capitaine. Nous devons aller vers le nord-est et ce sentier suit globalement la bonne direction. Je pense cependant qu'il serait plus prudent de continuer, autant que faire se peut, à longer la rivière.

- Vous ne croyez pas que ce sont les Adeniens qui ont tracé cette voie ? Et si c'était une piste qui mène directement à la ville ?

L'idée de pouvoir marcher sur un vrai chemin, sans avoir à se dépêtrer à chaque instant des végétaux qui les assaillaient de tous côtés, avait toute la sympathie du médecin.

- C'est une hypothèse valable, capitaine, approuva le premier officier.

Il semblait à Bones qu'il n'eût pas été, lui non plus, malgré tout son vulcanisme, contre une voie un peu plus facile.

Ils décidèrent de faire confiance aux champignons colorés (qui se mirent à sautiller allègrement autour d'eux lorsqu'ils décidèrent de tourner à gauche) et s'engagèrent sur la piste. Cette dernière était tellement plus agréable que le passage qu'ils s'étaient difficilement frayé dans les épineux, tellement moins humide que la route pleine de flaques dans lesquelles ils avaient pataugé, tellement plus facile que le chemin semé de pierres et de troncs morts contre lesquels ils avaient trébuché toute la journée… De plus, les petites créatures les accompagnaient en dansant, ajoutant un côté presque féérique à la marche.

Ils auraient pourtant dû rester sur leurs gardes. Dans une forêt aussi étrange et hostile que celle-ci, un chemin tracé par des humanoïdes était peu probable. Des dizaines d'hypothèses beaucoup moins rassurantes auraient dû leur venir à l'esprit. Les plantes ici étaient assez intelligentes pour fabriquer leurs propres routes…

Ils marchaient depuis une dizaine de minutes lorsqu'un bruit étrange se fit entendre tout autour d'eux, comme une gigantesque éponge détrempée que l'on a brusquement pressée pour en faire dégorger l'eau. Immédiatement, ils se figèrent. A leurs pieds, les champignons s'immobilisèrent également…

- Ils ont des dents, fit soudain remarquer Spock de son habituelle voix neutre – où perçait peut-être une légère inquiétude, mais vraiment très légère, ce qui devait être pour un Vulcain l'équivalent de la panique la plus absolue.

Leonard baissa la tête machinalement et constata avec horreur que sous la touffe de poils de chaque créature, sous les deux petits yeux qui brillaient à présent d'une lueur meurtrière, venaient d'apparaître deux rangées de canines pointues.

Au même moment, un craquement retentit au-dessus d'eux.