Le livre d'Odécia

Abyssus abyssum invocat

(L'abîme appelle l'abîme)

Le temps…mouvement ininterrompu, considéré comme une force sur nos propres agissements…

Les miens accusaient quelques incohérences. Depuis mon entrée fort remarquée dans le sanctuaire du Maître des lieux, les sorties, hors de mon espace vital s'étaient considérablement réduites et étaient très surveillées. Le peu que j'avais appris de ce monde, me laissait assez dubitative. Quelle était la véritable raison de ma présence en ces lieux ? Où se trouvait la flamboyance quand je n'étais qu'insignifiance ?

En vase clos, mes pensées tournaient en rond s'entremêlant de manière anarchique. Satan, Lucifer, je ne savais plus comment le nommer, ne m'était plus apparue depuis si longtemps...

Sans véritablement l'espérer, je pensais qu'il finirait par m'accorder un minimum d'attention, mais il demeura invisible, comme cette femme dissimulée derrière son rempart protecteur.

Mes journées se déroulaient toujours selon un même schéma. L'on prêtait le plus grand intérêt à mon apparence, prodiguant des soins particuliers sur ma peau et ma chevelure à l'aide d'onguents particulièrement odorants. Le déjeuner m'étais souvent servis avec un certain apparat, de sorte à me mettre au diapason avec les manières du maître de ces lieux. C'est ainsi que j'interprétai cet acharnement à m'enseigner une préciosité peu usuelle dans mon ancienne existence.

En temps ordinaire, seule la femme la plus âgée, je la reconnaissais toujours à sa taille épaissie et ses mains parcheminées, s'asseyait en face de moi et fredonnait ces litanies incessantes auxquelles je finis, pourtant par m'habituer, mieux…mon impatience à les écouter me surprenait. Par la suite, nous nous adonnions à une courte promenade dans les jardins du palais.

Il s'agissait d'une immense cour carré entourée de colonnades en pierre de lave à l'intérieur de laquelle poussait d'étranges fleurs aux parfums entêtants. Je crus reconnaitre des orchidées noires, fleurs rares par excellence, disséminées un peu partout parmi les autres végétaux qui composaient cet espace verdoyant.

Comment un tel prodige avait pu naître d'un endroit où les cieux, souvent obscurcies par d'épais nuages noirs, ne laissait filtrer qu'une pâle lumière ?

Toujours est-il que je commençais à apprécier cet endroit où régnait un calme apaisant. Afin de respecter ma solitude, les trois femmes se tenaient à l'entrée du jardin enveloppées de leur silence respectueux. Une seule fois, elles l'avaient rompue en fredonnant une mélopée aux notes mélancoliques.

Mes doléances étaient toujours acquittées avec promptitude. J'imaginais de qui provenait ce désir. Seule la vieille femme semblait me comprendre. Les deux autres se devaient, continuellement, d'être dirigées par elle lorsque j'exprimai un souhait. En avait-elle servi d'autres avant moi ?

L'on consentait, à ma demande, à m'emmener dans une bibliothèque. Immense et sombre, j'y entrai comme dans un sanctuaire. Curieusement, je sentais mon âme en paix. C'était, pour moi, le plus étrange des paradoxes.

Très respectueuse, je commençais par poser mon regard sur les ouvrages, généralement les plus anciens. Je les reconnaissais à leurs tranches fatiguées et polies par le nombre de mains par lesquels ces témoins de l'histoire étaient passés. Je ne pouvais m'empêcher de les effleurer, caressant d'une main légère le cuir fané. Quelques grains de poussière alourdis par le temps, s'élevaient avec une lenteur dans l'air. Ils tourbillonnaient avec lenteur tel des flocons de neige, à l'intérieur des laies de lumière dispensés par les bougies, avant de terminer leur course sur le sol de marbre noir.

J'adorai ces moments d'entière plénitude où le futur se mettait entre parenthèse.

Un nombre phénoménal de livres était disposé sur les étagères, traitant de sujets de toutes sortes : les mathématiques, la physique, la philosophie…de grands auteurs de toutes les époques, des essais littéraires, sans compter les nombreux recueils de poésies…le saint des saints pour tout écrivain.

A l'écart, placés en hauteur, figurait d'autres manuscrits, écrits dans une langue qui m'était inconnue. Je supposais qu'elle devait être celle d'usage en ce monde. J'aurais tant aimé en déchiffrer le sens…

Cela ressemblait à des symboles anciens qu'il m'était devenu plaisant de contempler.

Assise sur mon siège, il n'était pas rare que mes pensées ne s'égarent vers un passé douloureux. Les visages de mes proches venaient alors me hanter, provoquant mes larmes. Emprisonnées entre mes cils, je lutai sans cesse pour les retenir, mais elles gagnaient toujours le combat et finissaient par s'échapper, en se frayant un chemin sur mes traits fardés.

Cette solitude me pesait. Je préférai encore la souffrance de mon monde à cet isolement inhumain.

Le chagrin perturbait mon âme, et je me posai tout un tas de questions. Avais-je eu bien fait d'accepter la proposition de l'ange déchu ? Peut-être aurais-je dû suivre ma conscience. Devinant mes faiblesses, elle savait ce qu'il adviendrait, mais j'avais rejeté la raison au profit d'une sotte fierté. A quoi me servait-elle à présent ?

Malheureuse, je réintégrai mes appartements d'un pas lourd, et la fin de la journée ne m'offrait guère mieux…un repas en compagnie du néant désormais maître sur mes états d'âmes.

Un jour, je fus fermement décidée à agir. J'ouvris le large coffre en bois de cèdre disposé au pied de mon lit. Impatiente de me vêtir, je farfouillai parmi les vêtements empilés les uns par-dessus les autres. Mon choix se porta sur une longue robe de taffetas au col montant. Réduite à sa plus simple expression, sa seule fantaisie consistait en un profond décolleté dans le dos se terminant sur la chute de mes reins.

A la fois sage et audacieuse, cette robe reflétait mon état d'esprit actuel à la fois renfermé et désireuse d'en connaitre plus. S'il me fallait, pour cela, forcer le destin, alors je m'engagerai à le faire.

Au moment où je sortis ce vêtement du coffre, une fine chaîne en or au bout de laquelle pendait un médaillon, s'échappa d'entre les plis du tissu. Il devait avoir une grande valeur, ne serait-ce que par l'alliage dont il était constitué. Sur la première face s'entremêlait des symboles qui m'étaient inconnus. Au moment de retourner le bijou, la femme voilée émit un grognement assez significatif.

Cela provoqua chez moi un sursaut car, je ne l'avais pas entendu entrer dans la pièce. A sa façon de lever ses deux mains à hauteur de son visage et de dessiner dans les airs parfumés de ma chambre, de drôles d'arabesques, je compris que mon choix n'avait pas été anodin. Pire…il semblait l'effrayer…

Ma détermination à le porter lui fit émettre un grognement assez désagréable. Parfaitement consciente de sa gêne, je persistai dans mon choix en mon âme et conscience. Ni elle ni aucune autre personne en ce monde n'aurait été en mesure de m'en dissuader. Je passai rapidement la chaîne autour de mon cou, le laissant pendre dans le dos, en me promettant de l'observer plus attentivement plus tard.

Une fois parée, fardée, coiffée, je me tournai vers ma servante. Elle obliqua de la tête, signe qu'elle aussi se sentait satisfaite de mon apparence, tout en ayant un geste de recul à la vue du médaillon qui se reflétait dans le miroir, derrière moi, et qu'elle fut seule à apercevoir. J'eus l'étrange sentiment que si elle en avait été capable, elle se serait probablement dressée en travers de mon chemin, afin de me débarrasser de cet étrange bijou. Cette pseudo emprise sur moi, commençai à m'indisposer. Je me promis, dans un avenir proche d'y mettre bon ordre et sans attendre son signal en forme de borborygme pour m'autoriser à quitter ma chambre, je tournai le loquet de la porte et sortit sous l'étrange litanie émise par sa voix doucereuse.

Au milieu de ce corridor enténébré, j'évitai la droite pour emprunter le côté gauche de ce boyau s'enfonçant dans la noirceur. Par bonheur, les torches accrochées au mur, m'aidaient considérablement dans ma progression, mais, curieusement, au fur et à mesure, elles s'espacèrent, me plongeant, un peu plus dans une opacité terrifiante. Décontenancée, je persistai pourtant dans mon effort et finis par me guider à tâtons sur la paroi rocheuse. Pourquoi poursuivre dans cette voie ? Ne m'aurait-il pas été plus profitable de renoncer, ou d'exiger de la lumière ? Etait-ce tout simplement une façon de me persuader de surmonter mes peurs ?

Il ne me vint, à aucun moment, l'idée de renoncer, aussi persistai-je dans mon avancée. Ma persévérance fut récompensée, puisque ma main butta sur une poignée que j'effleurai avec délicatesse, avant de l'actionner.

Un sinistre grincement m'accueillit. L'écho macabre, se répercuta, et lorsqu'enfin le silence se rétablit, je consentis à faire un pas en avant.

Je sentis un courant d'air froid, m'envelopper. Je rabattis, avec le plus grand soin, le battant de bois, que je tenais toujours d'une main, Une goutte de sueur glissa le long de ma colonne vertébrale, support de ma peur. Glacée, probablement salée, elle provoqua sur mon épiderme, une myriade de frissons. Son unicité lui conféra une réelle importance.

Des tréfonds de mon âme meurtrie, montèrent mes langueurs monotones chuchotées telles des lamentations diffuses. Tout, en mon être,était chaotique. Je ne pus rien contrôler, tout juste me laisser guider par une curiosité malsaine. Quelque chose m'y encourageait sans que je ne sus dire pourquoi.

Autour de moi, les seuls bruits ambiants, étaient le tintamarre provoqué par les battements de mon cœur. Assourdissants, ils semblaient résonner par-delà ce royaume.

Un peu plus confiante, je tendis les mains au-devant de mon corps…je ne rencontrai rien, rien d'autre que le vide. Déstabilisant, il n'y avait rien à quoi me retenir. Mon sens de l'orientation avait disparu. J'étais seule.

La seule chose que je pouvais faire, était encore de me laisser aller dans cette vacuité, en espérant reprendre le contrôle de mon esprit. Doucement, ce silence tonitruant emplit tout mon être, apaisant la majeure partie de mes craintes. C'était une expérience pour moi. Je me promis de la vivre pleinement. Sans doute en sortirait-il quelques enseignements profitables pour mon futur ?

Mon nez se plissa…un air vicié me pris à la gorge. Quel qu'ait pu être cet endroit, il ne faisait pas bon s'y trouver, cela me paraissait, à présent, comme une évidence, mais c'est pourtant ici que j'avais, envie d'être. Le savant mélange d'angoisse et de témérité s'infiltra jusqu'au plus profond de mon être, m'encourageant à me déplacer malgré ma cécité.

Je m'arrêtai. De quel côté se porterait mon premier pas ?

Au-devant de moi, tout bêtement, me répondis-je comme pour m'insuffler un peu de ce courage me faisant défaut. Je tendis mes bras, et avançai prudemment. Comme je ne rencontrai toujours rien, je décidai d'opérer un quart de tour vers la droite et me remis en marche. Au quatrième pas, ma main butta vivement contre une paroi rocheuse. Je frottai le bout de mes doigts avant de les repositionner contre le minéral froid. Prêtes à empoigner la moindre aspérité qui se serait présentée, je continuai à avancer, prenant bien soin d'assurer mes pas. Je parcourus quelques mètres avant que mon pied ne se dérobent dans le vide.

Apeurée, je m'immobilisai, le souffle court, en me plaquant contre le mur. Je tentai de discipliner ma peur en approfondissant ma respiration. Les battements de mon cœur résonnaient dans mon esprit comme un tambour appelant à la guerre.

Se calmer…se calmer et réfléchir. Très facile à dire, moins à mettre en pratique…

Mon esprit se sentait irrémédiablement attiré par la peur. Lui et moi ne pouvions lutter contre cette formidable attraction, aussi envoyai-je, avec la plus grande précaution, mon pied au-devant de moi dans l'espoir d'y trouver quelque chose.

Il se posa légèrement en contrebas sur une sorte de plateforme. Un escalier !

J'aurais dû m'en douter. Comment pouvais-je devenir aussi sotte ? Je mis ce doute sur le compte de mes angoisses, en me persuadant de le solder sans tarder. Légèrement rassérénée, je me mis à descendre chaque marche en prenant de grandes précautions. Elles étaient humides, et…inégales. A chaque fois que je m'attendais à trouver la roche, se présentait le néant et lorsque je pensais avoir de la marge, ma chaussure buttait contre le minéral. Ce fut très déstabilisant, ce qui rendit la descente périlleuse et très longue.

Je finis par me retrouver sur une surface plane, signe que j'étais arrivée à destination. Déboussolée, j'avoue ne rien avoir trouvé d'autre à faire qu'attendre…attendre bêtement que ma situation évolue dans un sens, ou un autre. Je me souvins avoir ricaner, sans doute une réaction nerveuse où un appel…pourquoi pas ?

Comme si cette attitude aussi sotte que provocatrice, avait éveillé de vilains instincts, j'entendis, un léger souffle…comme une respiration. Rauque, légèrement sifflante…

Mes bras enserrèrent mon torse. Une façon, naïve et touchante de me protéger.

Le devais-je ? Si menace il y avait, de quelle nature était-elle ?

Pétrifiée, mes muscles s'ankylosèrent. J'émis, enfin, un geste.

C'est alors que je sentis... la présence. Elle me frôla, tourna autour de moi, en prenant un malin plaisir à ne jamais demeurer statique.

Que se trouvait-il à proximité ?

Comment faisait cette présence pour se diriger dans ce néant nauséabond ? Comme si elle avait entendu ma question, la voix de cette mystérieuse présence, à la fois caverneuse et étrangement doucereuse, m'enveloppa, me pénétra, me terrifia :

- Tu es enfin venue ?

Que devais-je apposer sur ce filet de voix ?

- Ce que tu voudras, me répondit-on.

C'était un homme, du moins le supposai-je, un mâle…quelque chose de masculin. Mon instinct me le souffla :

- Tu te trompes !

Un ricanement s'éleva dans ce silence maudit. Il fut vil de penser qu'il appartint à une femme, femelle, quelque chose de féminin :

-C'est pourtant le cas.

Je fus contrariée qu'elle soit en mesure de lire mes pensées, et me décidai, enfin, à prendre la parole. En ce royaume, j'estimai de mon droit de faire entendre ma voix comme la sienne le fit à mes dépens :

-A la différence, qu'ici je suis chez moi,me répondit la voix rocailleuse. Pas toi !

- Cela le devient !

- Tu profanes les lieux. Tais-toi !

La peur, cette sensation immonde, s'infiltra dans tout mon corps, et ne me lâcha plus. Que me voulait-elle ? Qui était-elle ?

- Rien de plus que ce que tu souhaites. Peut-être la mère de tes perversions.

Mais que racontait-elle ? Je n'étais pas corrompue, du moins jusqu'à présent.

Encore un ricanement :

- Tu es plus viciée que l'air maudit qui nous entoure !

Comment osait-elle ? De quel droit…

- De mon droit le plus strict !

Je n'avais jamais été un être mauvais…auparavant. En fouillant ma mémoire, je m'interrogeai…l'avais-je été ?

- Petit être insignifiant se pensant au-dessus de tous soupçons. Tu t'es toi-même conduite à ta perte.

Elle se gaussa de ses propres mots et rit à gorge déployée :

- Porte ta responsabilité comme le symbole crucifère dont tu étais sous la tutelle, maudite ! Toi et tes frères ne vous valez pas mieux les uns les autres.

Je n'étais pas comme les autres. Ma décision avait dicté mon acte, et alors ?

- Alors tu es pleutre, sans le moindre relief, à l'image de ce que fut ton géniteur.

Ces mots cinglants déclenchèrent une légitime et douloureuse colère :

- Sale vipère ! Montre-toi et je saurais te démontrer l'étendue de ma couardise ! Je me porte garante de la grandeur de mon père et te défie, même au plus haut de ta suffisance !

De quelle origine ce discours prenait-il sa source ? Jamais je ne me serais exprimée d'une telle façon…avant. Je fus moi-même décontenancée de ma propre répartie.

- Ce n'est pas l'utilisation de ta pompeuse syntaxe qui t'ouvrira les portes de ce royaume. Ta place n'est pas ici comme les tiens, les rampants de cette terre, autrefois nôtre. Tous vos actes de foi, l'ont pervertie. Vos fourberies nous égayent, cependant, elles ne sont pas encore assez nombreuses, mais vous savez y faire pour hâter votre fin. Ne te pense pas au-dessus des tiens. Encore un peu de ce temps que vous ne semblez plus maîtriser, et nous nous retrouverons. Encore un peu de ces maux dont vous semblez vous réjouir et nous y joindrons les nôtres. Encore un peu de vos actes corrompus, et nous y répondrons par de viles actions. Vous n'êtes pas meilleurs que nous, sinon pires. A la différence que nous, nous le savons depuis toujours. C'est notre fierté.

Cet endroit n'était plus pour moi. Mon tort avait été de contrer le peu de bon sens qu'il me restait. Je ne désirai plus y rester :

- Tu le devras pourtant. Es-tu venu pour voir ? Alors tu verras. Tu auras mal…pour ton bien.

Que devrais-je voir, moi qui n'avais rien souhaité ?

- Celui qui t'a pris sous son aile, ne sait pas ce qu'il y abrite. Ta venue était discutable. L'on nous a imposé ta présence. Ce relent de piété m'insupporte. Ta puanteur m'écœure !

- Alors détournes ton regard, chienne !

Je l'entendis se gausser de moi. Cela me parut inacceptable :

- Mais qu'imagines-tu, sale putain ! Si le Maître ne t'a pas encore mise dans son lit, ce fait ne saurait tarder ce qui ne t'empêcheras pas de finir dans le Styx une fois ses coups de reins donnés. Pas plus que toutes les autres, tes désirs ne sauraient être exhaussés. Lorsque sera venue le moment de ta fin, ma joie se comblera de tes cris de désespoir. Je saurais m'en repaître.

Je ne pouvais représenter, pour lui, qu'un simple divertissement. Mon insignifiance ne m'accordait aucune rutilance. Quelle gloire aurait-il pu tirer de ma soumission ? Qu'était-il venu chercher en moi ?

- Une conscience sait se parer d'un manteau vertueux. Elle sait camoufler, transformer, selon ses goûts. Tu n'es pas différente des autres. Ne te pose plus de questions sur Lui. Occupe-toi de faire connaissance avec le mal que tu abrites en toi.

Une montée de violence s'insinua en moi. Elle n'avait pas cessé de m'atteindre au plus profond de mon être, je devais réagir. Sans plus attendre, mon bras se leva de manière vive et balaya l'espace devant moi dans l'espoir d'atteindre cette impudente femelle, mais comme je m'y attendais, elle ne rencontra que le vide accompagné d'un sentiment d'impuissance. Une fois de plus, son rire caverneux m'atteignit aussi profondément qu'une lame affutée. Je réitérai mon geste en me guidant aux sons. Ils me parvenaient de toute part et semblaient si diffus. Je dû recommencer plusieurs fois, avant que mes ongles ne parviennent à accrocher quelque chose. Cela paraissait rêche et incroyablement épais, comme du poil d'animal, pourtant cette femelle utilisait le langage. A quoi devait-elle ressembler pour posséder pareille crinière ?

Je resserrai ma prise en poussant un grognement. Au fond de moi, un certain plaisir commençait à émerger. L'entendre, à son tour, pousser un râle accentua ce sentiment inconvenant. Il m'importa, plus que jamais, de tirer de toute mes forces, provoquer de la douleur chez elle…oui, je sentis mes forces décupler.

Décontenancée, elle parut hésiter avant de répliquer vivement, mais je contrai son attaque en bloquant son poignet tout près de ma joue. Ma cécité ne me gênait plus. C'était devenu un avantage. Satisfaite de cette constatation, ma main gauche, restée en suspens, s'abattit, avec une force terrible sur le sommet du crâne de mon assaillante.

Une fois de plus, je fus surprise de mes nouvelles performances. Un irrésistible sentiment de triomphe me fit pousser un cri guttural, L'euphorie de ce moment, me fit baisser ma garde. En réponse à mon attaque, mon ennemie empoigna, à son tour, la masse de mes cheveux, et tira violemment en arrière, Hurlant de douleur, je faillis lâcher ma prise, mais, telles des serres, mes ongles s'enfoncèrent dans la masse de crin en écorchant le cuir chevelu, emportant avec eux, des lambeaux de chairs. Je sentis un liquide poisseux couler sur la paume de ma main. Cela me rendit folle. J'émis un hurlement de rage en persistant dans mon désir de vengeance. Rien ne me fut plus important que blesser, griffer, molester mon adversaire.

Malheureusement, je n'avais pas prévu la détermination de cette furie. Sa main vengeresse s'abattit avec une force inouïe sur ma joue me faisant pousser un hurlement de douleur. Encore chancelante, je tentai de reprendre ma respiration.

Dans une demi-conscience, j'entendis des halètements autour de moi. L'on encourageait cette créature à me vaincre, mieux l'on s'en délectait. Déséquilibrée, je reçus un autre coup, aussi traître que le premier. Situé en plein cœur du plexus solaire*, cette attaque pernicieuse me coupa le souffle. Complètement anesthésiée, je m'effondrai à terre, protégeant mon ventre, pendant que je tentai de reprendre une goulée d'air. La douleur apparut enfin, brutale, intense, ne me laissant d'autres choix que pousser un cri rauque. Cela me permit, au moins, de m'emplir les poumons d'air.

A terre, je n'étais plus en mesure de poursuivre le combat. Elle le sentit et se défoula sur mon corps en me parsemant de coups de pieds immondes sous les cris d'encouragements d'autres viles créatures rassemblées autour de nous. Chaque coup porté m'arrachait une plainte démentielle. Elle savait y faire, la garce ! Sa force n'avait aucune commune mesure avec ce que j'avais pu connaitre dans mon monde…

Soudain, je sentis une main agripper le médaillon que je portais dans mon dos.

Immédiatement, un ensemble de borborygmes semblables à ceux émis par la femme voilée qui me tenait lieu de chaperon, envahit l'espace. Une réelle agitation s'empara des autres personnes présentes. La femelle hargneuse, cessa net ses coups, m'accordant un certain répit.

Soudain, une porte s'ouvrit avec fracas. Une laie de lumière apparut dans cet océan de noirceur. Couchée au sol, j'entrevis les pieds difformes de mon assaillante…deux sabots d'un noir luisant, fendu au milieu. Je ne sus pourquoi, mais je sentis monter en moi un rire incontrôlable. Alors ce n'était pas une légende, la corne avait lieu de cité dans les profondeurs de ce monde.

La douleur se mêla à mon rire, provoquant mon essoufflement. J'aperçus, alors, une paire de bottes noires sublimement ouvragées s'avancer vers moi. Les entrelacs de métaux finement travaillées représentant des griffes repliées sur elle-même, conféraient à ces bottes une incroyable majestuosité. Elles devaient appartenir à un personnage de haut rang pensai-je, littéralement envoûtée par ces splendeurs lesquelles s'approchèrent de mon visage.

Je levais les yeux sur leurs propriétaires. Un pantalon de toile noire, enveloppait une paire de jambes fort épaisses, sur lesquelles tombait, en plis gracieux, une tunique pourpre aux enchevêtrements de fils d'argent savamment ordonnés. Je dus reconnaître l'élégance de cette créature encore inconnue pour moi. Sa tête demeurait dissimulée sous un casque. Hérissé de pointes, aucune partie de cette prison de métal noir, n'encourageait pas à un quelconque rapprochement. Quant à son impressionnante stature, elle était à elle seule dissuasive, tout autant que son heaume d'apparat !

Il s'immobilisa devant moi, et demeura l'espace d'un instant à m'observer derrière sa protection de métal. Je devinai, chez lui, une certaine curiosité à mon sujet. A la façon dont sa tête bougeait avec lenteur, il ne semblait oublier, aucune partie de mon corps, le tout en prenant son temps. Autour de nous, l'air semblait se raréfier. Plus aucun bruit ne vint troubler cette scène.

Encore sous le choc des coups que m'avait porté la créature, je préférai demeurer silencieuse, laisser au temps, le soin de poursuivre son labeur.

Brusquement, il se détourna de moi. Son attention se reporta sur ma tortionnaire que j'aperçus, enfin dans son intégralité. Outre ses sabots, elle était immonde, du moins à mes yeux. Son corps n'était que souillure. Sa peau, boursouflée par endroits, virait au jaune comme si elle était porteuse d'une maladie, tandis que ses membres difformes, étaient striés de cicatrices plus claires. Enfoncés dans de sombres orbites, son regard de braise me fixait intensément, et sur ses traits difformes apparaissait le plus immonde des sourires. Il avait quelque chose d'indécent…de terriblement indécent, à tel point que je préférai reporter mon attention sur sa chevelure, comme si ce détail prenait soudain toute son importance. A mes yeux ce fut le cas.

Que n'avais-je pensé du crin…c'était en fait une indescriptible crinière de couleur noire si emmêlée qu'un peigne s'y serait cassé les dents, mais en revanche, sa dentition m'offrit une admiration sans borne. Je fus complètement fascinée par la blancheur de ses crocs contrastant de manière très significative avec ses gencives sanguinolentes. Pourquoi cette attraction de ma part ? je n'aurais su le dire, mais je ne cessais de fixer ce sourire empreint de maléfice.

Sa haute stature en faisait un être doté d'une grande force, voici pourquoi elle m'avait écrasé sous sa colère. Sans l'intervention de ce personnage casqué, jamais je ne serai venue à bout de cette redoutable combattante.

Alors que je remerciai la providence, il se mit à invectiver la femelle, laquelle baissa l'échine en grognant. Il semblait la remettre vertement à sa place, voire la condamner à une sentence au regard farouchement hostile qu'elle me lança avant de redevenir silencieuse et de se retirer la tête basse.

Vint alors l'instant où je me sentis gagnante sur toute la ligne et désireuse de montrer ma fierté, mais la créature ne l'entendit pas ainsi. Je fus relevée manu militari du sol et maintenu d'une poigne de fer par le bras, au point d'en ressentir une vive douleur.

Je tentai de me raisonner et gardai mon calme, mais la main s'affermit un peu plus, me sortant de ma réserve :

- Devras-tu rendre des comptes à ton Maître, pour ton geste ?

Pourquoi ces mots s'étaient-ils échappés d'entre mes lèvres ? Etais-je devenue folle ?

Aussi patiemment que s'il avait souhaité s'adresser à une enfant, il s'immobilisa, lâcha son emprise sur moi et me fixa intensément avant d'émettre un grognement assez significatif puisque je l'interprétai d'emblée comme une mise en garde. Comme il fallait s'y attendre, je ne compris absolument pas où il souhaitait en venir, mais je persistai à le fixer intensément. Dissimulé derrière son masque de fer, je suppose qu'il devait s'interroger sur moi autant que moi sur lui, avant d'émettre un profond rire caverneux en renversant sa tête en arrière. Vexée, je levai instinctivement la main, mais il contra mon geste en riant de plus belle.

La femelle qui m'avait agressé, émit, à son tour, un grognement à mi-chemin entre le dédain et la moquerie. La répartie du mâle ne se fit pas attendre, et la semonce dans ses grondements, la dissuada d'en émettre plus. A nouveau, elle fit un pas en arrière en signe de respect, puis il me força à le suivre en m'empoignant de plus belle.

Comme une dernière provocation envers celle qui fut à l'origine de cette affaire, je me tournai une dernière fois vers elle, et lui tendis un majeur provocateur. Ce fut au tour de ses acolytes d'émettre un gargouillis de gorge semblables à des quolibets. Son visage se renfrogna, ses yeux se plissèrent…elle n'avait pas aimé, et j'en fus très satisfaite. Pour clore ce chapitre, et me sentant protégée par mon élégant chevalier servant, je lui lançai un dernier juron par pur plaisir, et celui-ci fut parfaitement compréhensible pour tous :

- Salope !

Au moins la chose fut dite, et nous en restâmes là, par la force des choses !

Toujours accrochée à ce démon où à quelque chose d'approchant, je me laissai guider par cette force incroyablement virile. Finalement, je préférai ne pas imaginer ce qui devait se dissimuler sous son casque et me contentai d'admirer le personnage.

Il devait tenir un certain rang, au vu de sa prestance. Etait-il l'un des lieutenant du Maître ? Lui obéissait-il en tous points, ou possédait-il une marge de manœuvre dans son statut de guerrier ?

Ses bottes recouvertes de métal émettaient un cliquetis caractéristique sur le sol de marbre noir.

Comme un tictac irrégulier, je m'apaisai au son de cette discordance. Tout ce qui défiait l'ordre établi ravissait mes nouveaux sens. Cela en devint perturbant. Plusieurs fois, je faillis me prendre les pieds dans ma robe, tant mon admiration pour cet être détournait mon attention.

La cadence de ses pas ralentit quelque peu, me permettant de réajuster mes pas aux siens. J'entrevis, dans ce semblant de politesse, une réelle faveur ce qui ne devait guère lui être familier.

Son souffle irrégulier, me fascinait. Rien ne me fit détourner mon regard, au point qu'il finit par stopper sa marche, m'empoigna par les deux mains en m'obligeant à lui faire face. Une fois de plus, ses grognements m'agacèrent :

- Inutile…je ne vous comprends pas, rétorquai-je d'un ton las. Si seulement vous possédiez, ne serait-ce qu'une once de clairvoyance, vous vous en seriez aperçu !

Sa seule réponse fut un rire. Je plissai les yeux. Il me comprenait…j'en étais persuadée, mais il ne me laissa guère le temps de répliquer. A nouveau il me traina à sa suite sans se me laisser le temps de soulever le pan de ma robe. Comme il fallait s'y attendre, je trébuchai, mais ce ne fut pas une raison pour ralentir, bien au contraire. Malgré tout, je persistai dans ma volonté d'établir un lien entre lui et moi en l'accablant de questions auxquelles il ne répondit pas, bien entendu. Désespérée d'y parvenir, je finis par m'emmurer dans mon silence, ce terrible silence qui m'enrobait tel un linceul.

Je reconnus l'entrée de mes appartements. Il ouvrit la porte d'un geste sec et me poussa à l'intérieur avant de se figer sur le seuil de la pièce. Pourquoi m'observait-il ainsi ?

Pour ne pas être en reste, j'adoptai la même posture et nous demeurâmes parfaitement immobiles, nous faisant face. Ce fut alors qu'il remarqua le médaillon. La chaîne s'était emmêlée et le bijou pendait sur mon sein gauche. Son mouvement de tête fut à peine perceptible, mais je le remarquai tout de même. Avant que je ne puisse prononcer le moindre mot, il pivota sur ses talons et s'en alla.

Soudain, les flammes des candélabres s'éteignirent comme soufflées par un être vivant. Je tentai de discerner le moindre soupçon de vie en me tournant d'un côté, puis de l'autre, sans rien apercevoir. Un sentiment d'angoisse s'infiltra en moi. Rien de bon ne devait en sortir, je le craignais. Comme si mes prévisions se devinaient, un curieux évènement se déroula dans cette pièce. Un souffle chaud souleva le duvet sur ma nuque.

Je posai immédiatement ma main sur mon cou, l'autre sur mon ventre. Tous mes sens étaient aux aguets. J'attendis…j'attendis…

Brusquement, une insidieuse nausée s'empara de mon être, enflammant mon ventre. N'y tenant plus, je tombai à genoux, posai mes mains à plats sur le sol, et vomis tout le mal-être que je portai en mon sein.

Les spasmes secouèrent mon corps, m'empêchant d'émettre la moindre plainte. D'horribles gargouillis auxquels se joignirent, bientôt, mes gémissements de douleurs, démontrèrent à quel point, grande était ma souffrance.

Il me sembla me vider de toute ma substance, quand cela prendrait-il fin ?

Comme si ma prière avait été entendu, mes entrailles se disciplinèrent lentement, m'octroyant un temps de répit. Je tentai, vainement de reprendre mon souffle, lorsqu'un chuchotement contre mon oreille me fit sursauter :

- Nombreux sont tes maux. La rancune, la vengeance, la haine, la colère ont pris leurs aises chez toi… n'est-ce pas ?

D'un geste d'impatience, j'envoyai ma main balayer l'espace au-devant de moi. Que l'on me laisse à ma douleur, mais la voix maléfique, susurra avec une certaine délectation

- Elle n'est pas suffisante. Souffre…souffre encore ! Expulse ton mal !

Une seconde vague de nausée revint tordre mes muscles. Allais-je mourir ? Etait-ce là ma fin ?

A nouveau, je me penchai et vomis en geignant de plus belle. Pouvait-on autant contenir en son être sans s'en douter le moins du monde ?

Pantelante, je m'affaissai sur le sol. En position fœtale, une longue litanie où les mots n'étaient plus de raisons, s'échappa de mes lèvres amères. Tout aussi brusquement qu'elles s'étaient éteintes, les bougies noires se rallumèrent, toutes en même temps, éclairant une scène surréaliste. Au sol, devant moi, se trouvait une large tâche noirâtre. Cela s'apparentait à du goudron. C'était visqueux et provoqua en moi un dégoût innommable :

- La somme de ce que tu as été ! me chuchota encore une fois cette étrange voix.

Je demeurai pétrifiée devant cette flaque nauséabonde. Avais-je vraiment abrité pareille immondice en moi ? Ma respiration s'accéléra, une foule de pensée inonda mon esprit. Oui, j'avais séduit Théo alors qu'il était en couple avec une autre depuis deux ans, oui, j'avais envié cette fille et m'étais arrangée pour les séparer. Je l'avais même haïs aussi profondément que ma condition de célibataire. Ma volonté de m'accaparer son homme n'avait jamais cessé de grandir. Oui j'avais trahi la confiance de mon père, oubliant la petite fille franche et honnête qu'il avait fait de moi. J'étais devenue, une autre. Je m'étais salie pour un homme qui m'avait, à son tour, trahit. La boucle était bouclée. Enfin.

Mes larmes se mirent à couler. Elles formèrent un filet translucide qui en contact de cette infâme bouillie, la transforma en une masse mouvante. Trop faible pour bouger, je demeurai couchée sur le sol, à fixer cet étrange phénomène. Lentement, et probablement mû par un sortilège, la tâche noire se transforma en un reptile, noir. Ondulant jusqu'à moi, je m'attendis à être mordu et mourir. Peu m'importait…j'étais prête…

Devant mes yeux horrifiés, deux magnifiques rubis, me fixèrent intensément.

Je cru y déchiffrer toutes les mauvaises intentions qui avaient été miennes et qui avaient fait naître ce monstre en moi :

- Il était en gestation. Rends-le-nous ! Il ne t'appartient plus désormais,

Je ne souhaitai pas acquiescer à cette demande, et lui non plus visiblement, puisqu'il rampa jusqu'à moi, effleura mon visage, avant de se lover contre mon sein où il s'immobilisa. Dès lors, je compris qu'il serait mien pour toujours. D'une façon comme d'une autre, il m'avait choisi. J'en ressentis un étrange apaisement. Il y aurait au moins un être, en ce monde, qui ne me voudrait jamais de mal, et le plus cocasse était qu'il représentait la Mal en lui-même :

- Jamais…vous n'l'aurez jamais ! répondis-je exténuée.

- Le crois-tu ? Tu es comme les autres…tu mourras ! annonça la voix d'un ton vindicatif, avant de se taire définitivement.

- C'est cela…en son temps…répondis-je sarcastique, en son temps…

Le candélabre vacilla sur son pied avant de tomber sur le sol en marbre, occasionnant un énorme fracas. La porte s'ouvrit à la volée et celle qui me servait chaperon apparut sur le seuil. Elle fit quelques pas, s'arrêta, sembla hésiter, pour, finalement, venir me rejoindre. A genoux, elle tenta un geste vers moi que j'interprétai comme une menace. Je la repoussai d'un geste brusque en hurlant :

- Laisse-moi tranquille, femme ! Dehors !

Elle se remit, péniblement sur ses genoux, et quitta la pièce en baissant la tête.

Je demeurai ainsi, à terre, celle qui, désormais, me porterait en ce monde, lovée contre le serpent que je caressai tout contre moi. Un long soupir sortit de ma poitrine. Nous étions suffisamment entravés, lui et moi, pour n'envisager ne plus faire qu'un et sur ces pensées réconfortantes, je baissai mes paupières…

J'étais mal…j'avais mal…je ne valais rien ici-bas. Bannie par certains, moquée par d'autres, ma présence n'avait jamais été souhaitée, j'en avais la certitude à présent, en ce cas, pourquoi m'avait-il proposé de le suivre ?

Le temps s'écoulait, sans que je ne puisse le compter, malgré tout, il ne m'offrait rien en retour de son laborieux écoulement. Tout me semblait si compliqué, dans le magnifique royaume que l'on m'avait promis.

Une intense mélancolie s'insinua au plus profond de mon être.

Je ne désirai plus rien, trop fatiguée pour ne serait-ce que l'espérer.

Recroquevillée sur le sol, je laissai ma détresse me parer d'un voile de souffrance, comme cette femme…obéissante, muette et tristement condamnée à son sort. Servir…le maître mot en cet endroit. Le seul qu'il me serait, désormais, permis d'apprendre.

Ma main rencontra le médaillon posé contre le sol. Péniblement, mes yeux enflés par les pleurs s'entrouvrirent. Je ramenai à hauteur de mon regard le bijou et l'observait attentivement. A l'intérieur d'un cercle parfait était enchevêtrés plusieurs symboles. Une étoile d'où émanait de multiples rayons de lumière, surmontant une sorte de petit livre où se distinguait à peine quelques écritures, le tout entravé dans un pentacle à cinq branches.

Je dus m'avouer le peu de savoir au sujet de cette étrange symbolique. Ce furent les deux mots figurant au revers du médaillon qui éveillèrent mon attention « Libera me »…

A suivre…

Plexus solaire : par référence à la forme rayonnée du soleil, le plexus cœliaque, est situé dans l'abdomen, en arrière de l'estomac et de la bourse omentale, en avant des piliers du diaphragme, et de l'aorte abdominale et entre les deux glandes surrénales. Il s'agit d'un réseau de fibres nerveuses qui relie plusieurs ganglions. Frapper en un tel endroit, provoque une sorte de mini arrêt respiratoire en même temps qu'une vive douleur, obligeant la personne à s'écrouler à terre.