Note: Bonjour, bonsoir. Voici qu'apparaît un troisième chapitre ! J'ai prit un certain plaisir à écrire celui-ci, pour vous dire, j'ai songé à en faire une fic séparée, mais du à mes (trop) nombreux projets entamés, je passerai mon tour sur l'idée. La musique recommandée est la bande son originale de 28 jours plus tard.
Je vous remercie beaucoup pour vos quelques reviews, et vous souhaite une bonne lecture !


Texas, 2038.

Jour 953.

Les cieux sont saupoudrés de nuages élancés chargés de brume. Annonçant une énième pluie prématurée, systématique pour la saison. Une brise glacée de particules vient mordre le sol, emportant dans sa valse tout ce qui pouvait rester sur ce bas monde tout en soupirant maintes lamentation incompréhensible. Dévorant les ruelles abandonnées de la citée tout en faisant chavirer quelques fragments de journaux insignifiant jonchant précédemment les lieux. Semblables à des spectres voyageant d'un bout à l'autre de cet environnement hérissé d'une nostalgie amère.

Le bourdonnement menaçant d'une foudre lointaine s'en vint rugir par dessus l'horizon griffé de lignes encres, bercé par le grincement hypothétique d'une enseigne suspendue à la vitrine brisée d'un établissement devant laquelle gisent quelques morceaux de verres, l'un d'entre eux venant se briser silencieusement sous la semelle de ma chaussure qui vint s'appuyer contre celui-ci, sans ralentir le pas.

Je marche.
Telle une âme errante, solitaire, le regard rivé à l'horizon de cette ville sans fond dans laquelle je venais tout juste de pénétrer.
Tout est calme, paisible... Et pourtant, je le sais pertinemment, un voile obscur me guette au fur et à mesure de mon avancée.

J'avais connu cette ville, étant gosse. Je me souviens encore avoir couru dans ses ruelles étroites, une sacoche remplie de bonbons à la main. Je me souviens avoir traversé ce parc en compagnie de quelques amis du quartier. Ce parc qui à présent ne ressemblait plus qu'aux restes d'une catacombe fantomatique. Les rires qui s'élevaient autrefois sur la place du marché ne sont plus que des échos à travers lesquels mon esprit se noie. Cette notion d'émerveillement est un souvenir brisé dont le goût sucré m'a échappé de la bouche depuis bien trop longtemps.

Mes chaussures, usées par ces jours incalculables de marche que j'ai cessé de compter depuis, se laissent traîner sur l'asphalte fissurée composant le sol de l'avenue principale, tels des poids difficile à porter. Tout me semble bien plus lourd, depuis quelques temps.
Mes prunelles, je le sais étant gravement soulignées de cernes, à en croire ces nuits incalculables passée à guetter, semblent animer par un profond sentiment de lassitude, d'ennui éternel.
Je ne me reconnais plus à travers mon reflet. À travers mes soupirs. À travers ces lieux dans lesquels je semble intrus.

Les jours se répètent. Les uns après les autres. Sans jamais se différencier ne serait-ce que d'une couture.
J'ai dès lors oublié la raison de pourquoi je me bas afin de rester en vie. Mes finalités ont été anéanties. Il ne reste plus que moi. Une enveloppe de chair harassée et dégoûtante.
Moi, et mon unique et fidèle revolver dépourvu de balles.

Mon poing se resserrant de lui-même sur l'arme à feu, je ne cesse cependant pas mon avancée, venant passer le revers de ma main libre sur mon front tapis de poussière, de sueur et de sang, liquide dont je m'avère dès lors incapable de me rappeler s'il s'agit du miens, ou du leur.
Quel était l'intérêt de le savoir, après tout.

Arrêtant mon avancée, je laisse tomber ma tête en arrière, entrouvrant mes lèvres dans le but de prendre une profonde inspiration. Remplir mes poumons de cet air envenimé par la pollution, l'odeur de la rouille, du sang, de la pourriture.
Les émanations florales qui furent un jour berceaux de ce monde ont été oubliées. Seul l'écœurement règne dès lors. Ce sentiment constant de répulsion. Ces envie bien trop courante de gerber qui vous brûle les tripes des jours entiers.

Remontant mon large bagage dans lequel se trouvaient quelques maigres outils de survie et de soin sur mon épaule, je finis néanmoins par me décider à reprendre mon avancée, mes sourcils se fronçant d'eux-même alors que je plonge mon arme dans la poche extérieur de ma sacoche, songeant que celle-ci n'allait plus m'être utile avant un bon bout de temps.

Je ne pouvais pas me laisser perdre une seule minute dans cet endroit si je souhaitais parvenir à m'en éloigner avant que le soleil ne décline derrière son voile brumeux et prédateur.
La nuit était un ennemi, dans ce monde. Comme toutes les choses futiles qui, auparavant, nous paraissaient sans importance.

M'égarant dans mes réflexions, je laisse perdurer ma démarche monotone à travers les différentes ruelles, longeant d'un pas insignifiant les diverses habitations aux vitres brisées, les magasins clôturés, les entreprises dépourvues de vies. Le regard hagard.

L'odeur poignante de putréfaction s'élevant depuis l'intérieur d'un immeuble me fait légèrement tourner de l'œil. Sans doute mon manque de nourriture me rend un peu plus à fleur de peau.
Je sais ce qu'il se trouve à l'intérieur, et pourtant, mes yeux ne peuvent s'empêcher de se déposer d'eux-même sur cette silhouette inanimée qui ère allongée là, au centre de cette pièce, son enveloppe charnelle étant rongée par les verres et la moisissure témoignant de son décès datant de plusieurs semaines. Un nuages noir de mouche a fait du lieu son territoire, leur bourdonnement venant me faire placer instinctivement la paume de ma main sur ma bouche, avalant ma salive afin de ne pas rendre mes tripes et boyaux.

« Désolé, mec. »

Mes mots ne furent qu'un murmure que moi-même fut incapable de percevoir, m'immobilisant un instant devant la porte de l'immeuble donnant immédiatement sur le cadavre dévisagé par de profondes entailles, visiblement la cause de son décès.

« Toi aussi, tu as du penser que tu étais le dernier... »

Marquant un temps de pause, je laisse mon regard errer sur cette silhouette à peine humaine qui se trouve à mes pieds, mes poings se serrant plus que je ne l'aurai moi-même désirer, laissant mes ongles traverser la chaire de mes paumes.

Jusqu'à ce qu'un écho lointain ne vienne attirer mon attention.

Mes articulations se raidissant spontanément, je m'empresse de quitter le lieu d'un pas à la fois précautionneux et hâtif, plongeant l'une de mes mains dans la poche de mon pantalon duquel je sors un couteau en inox que j'ouvre d'un geste habile. Je me place dans l'embranchement d'une étroite ruelle, appuyant mes omoplates contre le bâtiment qui me fait dos, laissant mon souffle en suspend.
J'entends mon cœur battre dans mes tempes, mon sang bouillir à travers mon être.
Faisant grincer mes dents, je reste immobile longues minutes durant, attendant que ma proie apparaisse devant moi, le grésillement imperceptible de pas traînant sur l'asphalte à quelques mètres de là me mettant aux aguets.
Je sais qu'il s'approche. Je sais de quoi il s'agit, et j'ai appris avec le temps à ne plus craindre le souffle déroutant de leur haleine putride sur mon visage. Le grognement de leurs bouches hideuses qui ne semblent plus contenir ne serait-ce qu'une lueur d'humanité. Leurs démarches saccadées qui autrefois me terrifiaient.

« Allez, ramènes toi saloperie... »

Je murmure tout en fronçant mes sourcils, resserrant mon emprise sur son arme.
Ma propre respiration me brûle la gorge.
Plus que quelques mètres.

Déglutissant quelques peu, je ferme un instant les paupières, lorsque le résonnement de pas s'éternise subitement, me faisant revenir brusquement à la réalité.
Maintenant.

Bondissant hors de la ruelle, je vins lâcher une exclamation de voix envenimée, m'apprêtant à m'élancer sur ma cible de manière animale lorsque je fus pétrifié dans mon élan, les semelles de mes chaussures crissant sur le sol. Je me surprends à m'immobiliser instinctivement. Mes yeux s'écarquillant d'incompréhension. Mon cœur cessant de battre, un instant seulement. Ma respiration s'éternisant sur une inspiration.
Je sens mes membres se figer malgré moi, restant paralysé face à la silhouette qui se tenait d'ores et déjà devant moi. Celle-ci semblant également avoir été prit d'un élan d'abasourdissement, s'étant immobilisée parallèlement dans son avancée.

Un humain.

Un humain de chair et de sang. Un humain aux battements de cœur synchronisés. Un humain à la raison, à l'Humanité d'esprit.
Le jeune homme doit avoir approximativement mon âge, du moins, c'est ce que je me permets de supposer.

Un teint de peau particulièrement pâle, balafré de diverses entailles et autres blessures qui sont d'autant plus accentuées en raison de sa maigreur évidente, diverses mèches de cheveux sombres en bataille pigmentées par la poussière et le sang retombant de manière hypothétique sur son front, son visage étant marqué par la fatigue et la sidération.
Seule une de ses prunelles est visible. La seconde, en revanche, est dissimulée sous un pan de tissus en guise de bandage imbibé de pourpre.
Son regard est de couleur ancre. Un océan brumeux dans lequel j'eus craint de me noyer, l'espace d'un instant. Me fixant silencieusement. Sans expression, sans mots dire. Sans l'ombre de ne serait-ce qu'une pâle stupéfaction.

Mes cœur bat si fort que je n'eus craint qu'il viennent rompre ma cage thoracique. Mes doigts sont traversé de picotement irritants, mes lèvres se mettant à trembler contre mon gré.
Mes cordes vocales me brûlent ardemment à m'en dévorer la gorge. Comme si une trappe venait de se dérober sous mes pieds, me laissant sombrer dans un précipice sans fin. Le monde semble s'être troublé autour de moi. Seul restant cet individu, immobile. Et les échos de mon souffle devenu dès lors assourdissant à mes tympans.

Inconsciemment, je me surprend à faire un pas en avant, chancelant, me rattrapant maladroitement contre le mur placardé d'affiches à mes côtés afin de ne pas perdre l'équilibre. Je vois la silhouette se raidir légèrement, comme un animal près à s'enfuir à tout instant, tentant de comprendre le sens de mes gestes alors qu'un éclair traverse son regard opaque.
Je ne semble plus contrôler les mouvements de mon être. Incapable d'immobiliser mon avancée. Tressaillant malgré moi.

Un humain.

Ce ne fut que lorsque je me trouva enfin à une distance effacée de la silhouette du jeune homme qui semblait rester sur ses gardes, ayant instinctivement déposé l'une de ses mains sur ce qui me parut comme étant un revolver, que je m'immobilisa.
Le temps semble avoir cesser de s'écouler.
Tout a disparu.
Et alors, de façon spontanée, je me laisse m'écrouler contre sa silhouette que j'engloutis de mes bras, l'emprisonnant vivement contre mon être, sans me fier des conséquences, de sa réaction possible.
Je devais le faire. C'était quelque chose de vitale. Ressentir un être contre le miens. Un souffle vivant qui faisait battre une enveloppe charnelle. Le poids d'un cœur frappant au rythme du miens.
J'aurai souhaiter que mes mains traversent son être, afin de le sentir contre moi de la façon la plus puissante et éprouvante que je l'eus put. Le serrant dans une force que je ne pus m'empêche de laisser croître un peu plus, mon front épousant de lui-même son épaule, laissant tomber ma tête. Et tous mes moyens suite à ce contact que moi-même aurai été incapable d'anticiper.
Comme un clebs crevant de faim se jetant sur un os. Comme un pauvre assoiffée s'enivrant de la rivière fraîche et claire.

« Je suis désolé... »

Ma voix se brise malgré moi, et je doute même que le jeune homme parvint seulement à entendre mon souffle consumé par l'émotion à travers les battements enchevêtré de mon cœur en mon for intérieur composant une symphonie disloquée, mes doigts cherchant un pan de tissus quelconque où s'accrocher, resserrant entre mes phalange sa chemise usée par le temps comme l'on s'accrocherait à un espoir. Afin de m'assurer que, d'un instant à l'autre, il ne disparaisse pas entre mes doigts. De prouver à ma raison qu'il existe bel et bien.

« Cela faisait si longtemps que je n'avais pas vu de non-zombies... »

Ma voix se fait à peine audible, et je pu témoigner que la respiration du jeune homme s'était spontanément arrêtée suite à mon contact. La chaleur de sa nuque me semblait comme un lointain souvenir, un souffle chaud d'une brise d'été portant avec elle une odeur de nostalgie qui faisait éclairer les visages et briller les cieux. Rendant les cœurs plus légers, et les esprits moins méfiants.

Je fus emplit d'un tressaillement malgré moi lorsque, à ma plus grande surprise, je sentis à mon tour les mains de l'individu se mettre en mouvement, ses bras venant parallèlement entourer mon être. Telle une aile se déployant dans un élan de sécurité. Une sensation qui pourrais me faire oublier le reste du monde, malgré son incertitude que je ressens alors ses doigts se posent maladroitement sur mon dos, m'étreignant son trop me serrer, comme dans une peur douteuse.

« Moi aussi... »

Laisse s'élever le jeune homme aux cheveux sombre d'une voix lointaine bercée d'une incertitude qui me fait frémir, faisant éterniser cette étreinte alors que je sens un sanglot s'emparer de ma gorge, incapable de l'étouffer. Les larmes sont acides, brûlantes, chargées d'une émotion qui me déchire de toutes parts. Comme si toute l'émotion du monde venait de me traverser telle une flèche empoisonnée. Me déchirant le cœur, noyant mes yeux.
Et ça me fait un bien fou.
Mes main s'agrippent aveuglément contre les épaules de mon alter-ego, sanglotant comme un gosse ayant perdu son jouet préféré. Comme un homme ayant vu s'éteindre le Monde.
Ma gorge est nouée, mes lèvres tremblantes. Tressaillant de toutes parts contre ce cœur qui bat. Contre cette note d'espoir. Mes lamentations s'élevant à travers le silence, emportées par la brise, ne revenant jamais.

À présent, tout est terminé.
Cette solitude insurmontable. Ces blessures irréparables. Ces tourments à vous en faire vous arracher la tête. Ces nuits entières à regarder ce ciel sans étoiles dans l'espoir, d'un jour peut être, entendre une voix vous appeler. Percevoir un visage, un regard gorgé de cette chose devenue si rare que l'on appelait autrefois la vie.
Avancer en sachant que cette fois-ci, une main sera là pour nous rattraper si l'on défaille.

Nous n'étions plus seul. Un nous s'était créé.

Et ce cauchemar pourtant si interminable était terminé...

Jour 923.
Je ne suis pas le seul survivant.


Note: J'espère que ce chapitre vous aura plu !
Concernant les chapitre à venir: N'hésitez pas à me donner vos idées d'AUs par reviews ou messages privés ! Sur ce, à la fois prochaine !