Et si le lien entre Frisk et Sans ne s'était jamais crée ? Si Frisk était restée une simple humaine ?


Sue tapota du pied sur le sol, croisant ses bras sur sa petite poitrine naissante. Elle soupira, prise d'un mal être désagréable, ce même mal être qu'elle trainait depuis le début de la journée. Elle tourna le regard vers son jumeau, qui discutait tranquillement avec leur oncle et leur père, baisant les yeux au sol, regardant lamentablement ses vieilles chaussures. Elle balança ses petits pieds avant de décider de retourner dans sa chambre. Elle se pencha en avant, se mettant sur ses jambes et traina de la patte jusqu'aux escaliers, passant devant les autres d'un air fantomatique. Papyrus la regarda d'un air peiné, alors que Sans et Kei se lancèrent un regard simultané. Ils savaient très bien pourquoi la jeune femme était dans cette état. Kei serra la main de son père dans la sienne, d'un faible sourire alors qu'il décida de suivre sa sœur dans leur chambre. Il monta les escaliers derrière son ainée de quelques minutes et entrèrent tous deux dans la chambre sans faire un bruit. Dans le salon de la maison de Papyrus, Sans se tourna vers son frère, posant son crâne sur les côtes de celui-ci, laissant une larme bleue solitaire coulée le long de l'os de sa mâchoire, alors que son frère l'étreignit d'un geste tendre et maladroit.

Sue se laissa tomber sur son lit, les idées ailleurs et poussa un soupire de dépit, alors que Kei s'assit à ses côtes, passant une main réconfortante dans les longs cheveux marrons de sa sœur. Cela lui fit un pincement au cœur de la voir comme ça, il ne supportait d'abord pas de voir sa sœur dans cet état, mais également, elle commençait à lui ressembler de plus en plus…

- Kei, pourquoi ? demanda la fillette les larmes aux yeux. Comment suis-je censé faire pour en parler alors qu'elle n'est plus là ?

Kei tourna la tête, sachant très bien de quoi parlait sa sœur. Toriel, leur professeur, leur avait demander de faire un écrit sur leur mère, pour célébrer la fête des mères. Mais comment les jumeaux pouvaient-il souhaiter la fête d'une personne qui n'était plus parmi eux… Et voir les autres monstres épanouis à faire leur exposé sur une mère présente et bien vivante les avait quelque peu blessés. Tout ça parce que leur mère, à eux, n'était pas un monstre. Si elle n'était plus là c'était pour cette raison stupide. Elle avait vieilli, inéluctablement, alors qu'eux tous étaient restés les mêmes. Elle était tombée malade et la suite… vous la devinez. Laissant seuls Sans et leurs deux bambins.

Kei essaya de se ressaisir, il ne devait pas déprimer. Après tout, leur mère leur avait toujours dis qu'elle serait là, peu importe le temps et que ce serait à lui de s'occuper de sa sœur et de son père. Elle avait dû se douter que sa disparition les affecterait de trop. Elle avait donc fait une promesse avec son petit os comme elle aimait l'appeler. Il se mit à réfléchir à ce qu'il pourrait bien dire à sa jumelle pour la réconforter.

- Et si on écrivait ce qu'on sait d'elle ? Tout ce qu'on se rappelle.

La jeune fille au teint de porcelaine se redressa, regardant son frère les yeux pétillants. Elle arborait un sourire fier alors qu'elle enlaça le corps squelettique de son frère de ses petits bras d'humaine.

- Excellente idée Kei ! répliqua-t-elle d'un air enjoué avant de s'élancer vers leur bureau pour en retirer une feuille blanche et un stylo.

Son frère s'assit sur une chaise près d'elle et Sue se mit à griffonner sur le papier, laissant les mots venir en même temps que les souvenirs. Posant son cœur même sur le papier blanc.

« Chère maman,

Tu nous manques beaucoup, à tout le deux… trois enfaite. Car papa aussi parle encore beaucoup de toi. On écrit ce petit message car Mami Toriel nous a demandé de faire une description de notre maman pour la fête des mères. Les autres enfants apportent leur maman pour faire l'exposé face à elles, mais pour nous ce n'est plus possible… Mais hors de question de ne rien faire. Toi aussi tu as le droit qu'on te fasse un exposé. Car tu étais et es toujours une formidable maman !

Personnellement, je me rappelle de ton odeur suave maman. De ta peau chaude contre la mienne et de tes caresses sur la tête d'un geste tendre. Tu étais vraiment gentille et tes câlins me manquent horriblement. Papa n'est pas aussi démonstratif, bien qu'il soit à sa manière le meilleur papa du monde. Papyrus essaye de combler ton absence, on a d'ailleurs emménagé chez lui après que tu sois partie. Papa avait disparu on ne sait où après ta mort… Il est réapparu, quelques semaines plus tard. On ne sait toujours pas où il était passé d'ailleurs. Mais on n'était pas seuls, tonton Pap's s'occupait de nous et je n'ai presque pas pleuré maman. Comme tu me l'avais demandé. Même si c'était dur… On va souvent te voir tu sais, là où repose ton corps. Papa dit que c'est des bêtises car tu n'es pas encrée dans le sol. Tu es là-haut, au milieu des étoiles, plus brillante que jamais. J'aime croire à cette histoire, car tu étais déjà éblouissante auparavant. Et c'est moins triste de te croire là-haut au milieu de toutes ses étoiles, à nous regarder qu'en dessous de nous, seule et abandonnée.

Tu resteras à toujours ma maman chérie et sache qu'il n'y a pas un jour où je ne pense pas à toi. Je surveille papa ne t'en fais pas. Je ne le laisserais plus partir, promis. J'espère qu'où que tu sois, tu veuilles sur nous. Je t'aime maman !

Sue. »

Sue tendit la lettre à moitié remplie à son frère, alors que celui-ci la regarda d'un air un peu perdu. Il n'était pas aussi doué que sa sœur pour retranscrire ses émotions. Il avait, bien entendu, un millier de chose à dire à sa maman, mais impossible de les retranscrire en paroles. Le regard presque sévère de Sue l'incita à écrire quelque chose également. Il se pencha sur le bout de papier et arrêta de réfléchir.

« Maman,

Pour te dire la vérité, je ne sais pas trop quoi t'écrire. Je n'ai jamais été très doué pour tout cela… Je dois sûrement tenir du côté de Papa. Tu m'as toujours dit que je lui ressemblais autant physiquement que mentalement. J'enregistre, je garde pour moi, je plaque un sourire vide sur mon visage. Père faisait souvent cela quand il t'a rencontré. C'est toi qui me l'a dit. Il a d'ailleurs repris cette mauvaise habitude à ta disparition. Il sourit sans être sincère, bien que personnellement je sache quand ça ne va pas. Je le protège, comme tu me l'as demandé maman. Je prends soin de lui et de Sue et j'aurais aimé que tu sois là pour prendre également soin de moi…

Pour ma part, ce qui me manque ce sont tes battements de cœur, réguliers, rassurants, tels une berceuse apaisante. Je devrais le haïr pourtant ce cœur… cet organe qui faisait de toi une humaine faible et mortelle. Et pourtant je sais que cela fait de toi, celle que tu étais.

Papa a raison quand il dit que tu es là-haut maman. Tu es devenue un ange, j'en suis sûr et tu veuilles sans relâche sur nous, de ton sourire tendre et aimant. Parfois je ressens une chaleur sur mon dos et j'espère de tout cœur que ce soit ton éteinte, que tu m'enveloppe tendrement de tes grandes ailes protectrices.

Nous pensons à toi maman… Prend soin de nous.

Kei. »

Kei tendit la lettre terminée à sa sœur, les os de ses joues un peu rouges et la jeune fille lui sourit de toutes ses dents, enfermant le papier dans une enveloppe. Elle y inscrit le nom de Maman en grand lettre et descendit au salon pour demander à leur père de les amener voir leur mère. Ils avaient quelque chose à lui transmettre, quelque chose à déposer à sa pierre tombale. Sans sourit, touché par leur attention et fourra ses mains dans ses poches, avant de se retourner pour ne pas craquer face à ses enfants. Il se mit à marcher en direction de la porte, suivit de près par Sue, Kei et Papyrus.

Frisk serait éternellement auprès d'eux, tant que personne ne l'oublierait.

Derrière la petite famille, une aura fantomatique sembla prendre forme, une belle jeune femme aux longs cheveux châtains portant une longue robe blanche. Elle sourit d'un air aimant et attendrit, les larmes aux yeux, alors que son corps disparut aussi rapidement qu'il était venu.