Ha'ge Ohasu [L'être lumière] ~ Partie III Riyeht-dvun [Fausses manœuvres]


Chapitre 1 - Tilek'es
[Harponnage]

oOo

Ève sortit du sommeil en douceur. Elle contempla Spock, assis en tailleur sur un coussin plat : il s'adonnait à sa méditation du matin. Elle le trouva beau, et majestueux, et rassurant, à nouveau son cœur se gonfla d'amour.

Bien qu'elle essayait de contenir ses sentiments, Spock perçut les échos des émotions qui affluaient de l'esprit de son épouse. Il ne rompit pas totalement sa méditation. Il les classa tranquillement derrière les Naph-fo-dan'shidick [barrières mentales] prévues à cet effet et posa les yeux sur son épouse.
Encore un peu engourdie par le sommeil, Ève s'étirait doucement, comme un bébé sehlat. Elle lui adressa un sourire calme, elle savait combien les expressions d'émotions fortes pouvaient être désagréables pour Spock. Elle se leva tranquillement.

Spock la regarda faire sans un mot. Elle entra dans la salle de bain et il reprit le cours de sa méditation, appréciant le fait que ce silence ne la mettait en aucune façon mal à l'aise. En général, les Humains étaient embarrassés par les périodes de mutisme. Mais son Adun'a et son T'hai'la-Jim avaient ce point commun de ne pas en être troublé. C'était... reposant.

Elle sortit de la salle de bain et s'habilla. Elle se saisit de son pad. Spock fit mine de ne pas avoir perçu, malgré ses yeux fermés, qu'elle le prenait, encore, en photo. Ces enfantillages procuraient un plaisir bien innocent à son épouse. Il eut été inapproprié de le lui reprocher. Il attendit sans impatience qu'elle ait fini pour lui proposer:
- Souhaitez-vous que je vous aide à renforcer l'efficacité de vos naph-fo-dan?

- Oh oui, sanu [s'il vous plait]. Je ne suis pas sûre de bien maîtriser cette technique

Leurs mots passaient du Standard au Vulcain de façon aléatoire sans qu'ils n'en aient conscience.

Elle mit son pad sur le lit, posa un coussin face à Spock et s'y assit en tailleur. Il lui prit les deux mains, pulpes contre pulpes. C'était suffisant pour établir un contact entre leurs deux esprit. Ève fit de son mieux pour ne plus penser à rien et atteignit sans trop de mal un Ul-wh'ltri [état semi-méditatif]. Ils se servirent de l'une de ses angoisses récurrentes, la peur d'être ridicule, pour travailler la technique consistant à isoler une angoisse ou une pensée, lui ôter une part des émotions et des cognitions qui y étaient liés, puis à la glisser derrière ces boucliers mentaux pour la faire taire.
A la fin de cette séance de travail, Ève avait la sensation d'avoir l'esprit plus léger.

- Itaren nash-veh t'dular k'gol'nev t'dular. [Je vous remercie pour votre aide]... C'est étrange, cette impression que j'ai d'avoir toujours vécu ici, alors que je ne suis là que depuis à peine deux jours. Avoua-t-elle en se levant afin qu'ils quittent leurs quartiers.

- Vi'kla-min [En effet]. Répondit Spock. Votre sens de l'adaptation est efficace.

Ève rougit et poursuivit :
- C'est surtout que tout le monde ici a été si accueillant avec moi! Ri vesht-pufai nash-veh worla ish-veh. [Je n'avais jamais connu cela]

Elle avait visiblement totalement oublié la méfiance de Jim à son égard, constata Spock. Il réfléchit quelques seconde à ce qu'elle venait de lui dire :
- Nam-tor nash-Qom'i t'nash-gad weht-vin-lar be'qom'i t'pon t'nash-veh [Les Humains d'aujourd'hui sont plus évolués que ceux de votre époque]. Il est probable que cette rapide adaptation à notre monde soit l'un des effets secondaires de notre première Kash-nohv [fusion mentale]. En situation normale, celle-ci consiste en la simple rencontre et l'union de deux esprit, de façon relativement superficielle mais suffisante pour implanter un lien. Ce lien se réactive naturellement dès les premiers signes du Pon farr. Cette union mentale est initiée de façon consentie par les deux parties. Mais j'avais totalement perdu le contrôle de mes actes, et...

Spock sembla hésiter, comme si des pensées informulées et refoulée tentaient de se faire entendre. Il reprit :
- Vesht-nam-tor nash-kash-nohv maut thrap heh maut vi-kwitaun [cette fusion mentale a été très agressive et très intrusive]. Je subodore que je vous ai transmis ces connaissances sous l'influence de la Plak'tow [fièvre du sang] afin d'enraciner le Kugalsu'kash-naf [lien des fiancés] le plus profondément possible en vous, dans le but d'initier ensuite avec vous la Kahm'kaunsh'es [l'union charnelle].

Il ne montra pas son profond sentiment de culpabilité alors qu'il prenait soudainement conscience de ce fait.
Il avait commencé par violer son esprit afin de soumette sa volonté. C'était un crime d'une grande gravité aux yeux de son peuple.
Suite à cette forme de manipulation mentale, même si elle en avait eu l'impression, Ève n'avait en aucun cas eu réellement de choix. Ce Kugalsu'kash-naf imposé avait agi en elle comme une forme de suggestion hypnotique irrépressible, et tel était son but.
Même s'il s'était comporté ainsi privé de toute conscience par la Plak'tow, cela ne changeait rien au fait qu'il avait dès le début abusé mentalement d'elle pour sauver sa vie. Il réprima aussitôt son malaise. Mais elle avait eu le temps de le percevoir via leur Kash-naf [lien].

- Cette première fusion a été surprenante, je l'avoue. Dit-elle doucement. Ri vesht-tor dash-tor dular t'nash-veh. [Mais vous ne m'avez pas fait souffrir]. Vous étiez même prêt à mourir pour ne pas me faire de mal! Grâce à ce Kugalsu'kash-naf tout s'est passé pour le mieux, cette nuit là, pour vous comme pour moi. Pourquoi le regretter ? Et puis, surtout, grâce à tout ce savoir que vous m'avez transmis, je parle le Vulcain et le Standard comme si elles étaient mes langues natales. Vous n'avez pas idée comme cela m'aide à m'adapter et à ne pas me sentir une intruse !

Spock hocha la tête, incertain. Ces paroles n'étaient-elle pas influencées par leur Telsu'kash-naf ? Ève posa sa main sur la sienne, en un geste doux, recherchant un ozh'esta qu'il lui accorda sans réticence.

- Ri vest-nam-tor dular watosh t'nach-veh [vous ne m'avez pas fait de mal]. Lui répéta-t-elle d'une voix douce. Et sans vous, sans ce que vous m'avez transmis, je serai perdue en ce monde.

Elle lui transmit ses émotions positives, son amour et sa reconnaissance, via leur lien et il sentit sa culpabilité refluer sous l'assaut implacable de ces sentiments amoureux. Il ne persistait en elle aucun traumatisme suite à à son agression et cette première fusion mentale sous la contrainte. Elle n'éprouvait absolument aucune rancune à son égard.
De plus, se souvint-il soudain, aucun Kugalsu'kash-naf ou Telsu'kash-naf [lien mental des époux] n'avait le pouvoir de contraindre une Humaine à tomber amoureuse.

- Je ne veux pas que vous en éprouviez de la culpabilité ! Insista-t-elle

Elle se mit face à lui et plongea les yeux dans les siens :
- C'est la première fois de ma vie où je me sens acceptée telle que je suis. Avoua-t-elle. Itaren t'dular ! [Grâce à vous!]

Spock se souvint de ses aveux de solitude, et de ce qu'il avait découvert dans son esprit lors des fusions mentales. Il se sentit honoré par ces propos, car ils lui disaient en filigrane qu'il remplissait correctement ses Gu-vamlar t'telsu [devoirs d'époux]. Elle posa sa tête sur son épaule et, percevant son besoin, il l'étreignit doucement.

- Sarlah'uh, Adun'a t'nash-veh [Venez, mon épouse], allons retrouver le Capitaine.

ooo

Le petit déjeuner fut agréable. Autour d'eux, les membres de l'équipage présents montraient une joyeuse surprise vis à vis de l'amélioration notable du goût des aliments, cela mettait une ambiance doucement joviale. Même certains sur lesquels elle n'avait pas encore travaillé avaient été améliorés, car elle avait ré-ajusté les goûts élémentaires. L'équipage savait que cette amélioration était le résultat du travail de Madame Spock, et certains la regardaient avec plus d'attention. Mais elle ne s'en rendit absolument pas compte, son esprit était totalement tourné vers Spock et le T'hai'la de son époux.

Kirk mordait dans son croustillant croissant avec un plaisir visible, les yeux pétillants de gourmandise :
- Effectivement ! Sourit-il à Ève en guise de bonjour. Cette viennoiserie à la française n'a rien à voir avec les croissants que j'ai mangés hier ! Vous avez fait un travail... délicieux!

Ève rougit, ne sachant que répondre. McCoy la sauva de son embarras en arrivant comme une tornade, les sourcils froncés de réprobation, prêt à se lancer dans une nouvelle véhémente diatribe alimentaire. Il osa son plateau en face de Kirk qui leva la main vers lui en signe d'apaisement
- Vous avez ma parole, Doc : chaque matin je mange mon croissant au beurre français, et pour les autres repas, je ruminerai tout les végétaux les plus infâmes de la galaxie que vous voudrez bien me prescrire !

Ève et Spock levèrent la tête vers Kirk d'un même mouvement. Il vit que le plateau du Vulcain était exclusivement composé de végétaux infâmes : fruits, crudités, et céréales... tout comme celui de Ève, qui avait en plus des laitages

-... ahem, je voulais dire que je me régalerais, bien sûr, de tous les délicieux fruits et légumes que vous me prescrirez.

Spock n'avait pas bougé un cil, mais Ève perçut nettement son bref amusement et ne put se retenir de rire doucement. Même McCoy montra de l'amusement.

ooo

De retour sur la passerelle, le sourire aux lèvres, Ève partagea son temps entre ses cours, et la poursuite de l'amélioration du programme du réplicateur alimentaire, plus motivée que jamais.

Kirk avait rejoint son Commandant à sa console :
- Il y a comme une épidémie de port de collants noirs auprès du personnel féminin. Remarqua Kirk, narquois.
Il ne cachait pas son amusement, et son approbation, en suivant des yeux une fort jolie enseigne avec des belles et longues jambes.

Intriguée par l'amusement dans la voix de Kirk, Ève leva le nez de son pad pour observer leur discussion avec intérêt.
Le Capitaine avait une façon de contempler la belle femme aux collants noirs avec un regard... elle n'aurait su le définir. Il prenait y visiblement un grand plaisir, mais il n'y avait rien de sale dans ses yeux, il n'y avait aucune concupiscence.
Ève comprit que si ce Capitaine aimait beaucoup les femmes, il les respectait. Il ne les considéraient comme aucun cas acquises. Après tout, il était l'ami de Spock. Ils étaient très différents, mais ils avaient certainement aussi de nombreux point communs. L'intelligence, déjà. Cette attitude trahissait son respect envers les autres, tout comme Spock.

- Je l'ai remarqué aussi, Capitaine. Répondit Spock, stoïque. Il semblerait que le personnel féminin ait suivi l'exemple vestimentaire donné par mon épouse. Le réprouvez-vous ?

- Non, pas le moins du monde, cette tenue est tout à fait charmante. Répondit Kirk avec son sourire malicieux.
Il se tut le temps de regarder la jeune femme monter dans le turbolift ...de dos comme de face, oui, charmant était le bon mot...

- Cela n'a pas l'air de vous troubler, Commandant.

- Pour quelle raison le serais-je ? Demanda Spock
Il avait lui aussi remarqué le regard pétillant de Kirk fixé sur l'enseigne Weyer. Amoureux de lui ou pas, son T'hail'a était toujours aussi sensibles aux attraits d'une femelle avenante. Cependant cela n'infirmait pas pour autant la théorie de son épouse: car si Jim ignorait ses propres sentiments envers lui, ce comportement était logique. Spock avait toujours vu son ami réagir ainsi.

- Vous qui connaissez le règlement par cœur jusque dans le moindre de ses petits alinéas écrits en pattes de mouche dans les bas de page, dites moi, peut-on considérer cela comme une tenue réglementaire ?

- ...écrits... en pattes de mouche, Capitaine?
Spock entendit Ève étouffer un rire discret. Kirk le perçut aussi et eut un sourire encore plus malicieux. Spock dut étouffer le sentiment de bien-être que ces réactions conjointes provoquèrent en lui.
Il réfléchit une fraction de seconde afin de retrouver dans sa mémoire encyclopédique les alinéas du règlement concernant la tenue réglementaire

- Oui, Capitaine, cette tenue est conforme au règlement. Rien n'interdit de rajouter cet accessoire.

- Bien. Tant mieux! Se réjouit le Capitaine. Nous n'aurons pas pas priver nos consœurs de ce charmant effet de mode.

- Tout à fait. Approuva très sérieusement Spock qui n'était pas dupe.
Il sentit à nouveau l'amusement de Ève s'infiltrer le long de leur lien, même si elle avait tenté d'en atténuer l'intensité. Cet affect positif, tout comme l'effort qu'elle faisait pour tenter de ne pas l'importuner avec celui-ci lui furent agréables.

Kirk et Spock s'attelèrent à la même tache que la veille, Ève se replongea dans ses études

ooo

- Capitaine ! Intervint soudain Sulu. Les déflecteurs indiquent un objet en approche rapide!

Allaient-ils enfin rencontrer une forme de vie intelligente dans ce vaste univers si vide?

- Mettez-le sur l'écran principal. Ordonna Kirk en regagnant son siège de Capitaine d'un pas vif. Commandant, faites-moi votre rapport dès que possible.

L'écran montra un point lumineux qui se rapprochait à grande vitesse. Spock se pencha sur sa console. Il consulta les divers chiffres et diagrammes :
- Objet indéterminé, origine et composition inconnues, pas de vie détectée à son bord.

- Stoppez immédiatement les moteurs. Commanda Kirk. Il ne faudrait pas percuter cet objet.

Les membres de la passerelle faillirent tomber de leur siège, projetés par les effets secondaires du puissant coup de frein

Fascinée par la situation, Ève se faisait toute petite. Elle retrouvait cette désagréable sensation si familière de se sentir intruse, de ne pas être à sa place.
La concentration de l'équipage autour d'elle était palpable. L'attitude de Kirk avait changée du tout au tout, elle percevait sa puissante aura de Capitaine, son charisme, sa prestance de commandement et sa détermination. Et sa façon de parler avec Spock était uniquement professionnelle.

Ils étaient à présent suffisamment près de l'objet pour pouvoir l'observer

- Avez-vous d'autres précisions à me donner, Commandant ?

- C'est un cube solide de 11000 tonnes et de 159 mètres de coté. La matière dont il est constitué n'est pas répertoriée dans nos base de données. Il n'y a aucune planète, ni système de type solaire, ni vaisseau à proximité pour expliquer la présence de celui-ci à cet endroit.

- Je ne reçois aucune réponse à mes tentatives de prise de contact, Capitaine. Intervint Uhura avant que Kirk ne lui pose la question. Je ne détecte aucune forme de communication. Je poursuis l'écoute des fréquences

- Merci, Miss Uhura.

- On ne va pas rester là sans rien faire. Intervint l'enseigne Bailey, s'attirant un regard stupéfait de Sulu. Anéantissons-le avec nos phaseurs et reprenons notre route!

Chekov avait eu la bonne idée de glisser en sortant de sa douche, et de se heurter le crane. McCoy l'avait gardé bien évidemment à l'infirmerie pour surveiller sa légère commotion... Kirk avait dû parer au plus pressé en réquisitionnant Bailey au poste de navigateur.

- Le jour où nous serons une démocratie, je penserai à vous écouter, enseigne Bailey. Rétorqua le Capitaine avec une autorité narquoise.

Ève ne put retenir un petit sourire dénué de toute moquerie: elle n'était finalement pas la seule à prendre parfois la parole sans réfléchir. Quelque part, c'était rassurant.
Bailey ne répondit rien et se contenta de baisser la tête.

Sans plus se préoccuper de lui, le Capitaine se leva pour rejoindre son Commandant:
- Une idée de ce à quoi cette chose peut servir, Spock?

- Vraisemblablement une sorte de balise spatiale, Capitaine. Ou bien... du papier tue-mouche

- Vous faites dans la métaphore, maintenant? Ne put se retenir Kirk de le taquiner, malgré la situation.

- C'est ce qui m'a semblé le plus approprié comme explication. Rationalisa Spock impassiblement.

- Votre métaphore est en effet bien choisie. Et vous n'aimeriez pas plus que moi que nous nous retrouvions collés à cette chose

- En effet, Capitaine. Cet objet est extrêmement dense. Une fois collé au vaisseau, nous ne pourrions pas nous en défaire.

- Bon, il est temps de passer à l'action. Décida Kirk en retournant à son fauteuil. Enseigne Bailey, calculez une trajectoire de contournement. Lieutenant Sulu, manœuvrez à 0,5 vitesse de distorsion

Sulu dut secouer Bailey pour qu'il réagisse. Ils procédèrent à la manœuvre d'évitement mais :
- Cette chose nous suit dans nos mouvements! S'étonna Sulu, dépité. Et elle s'est replacée sur notre trajectoire.

- Essayez encore !

Sulu contourna à nouveau le cube, une fois, deux fois, trois fois. Mais, toujours, le cube revenait se placer juste sur la course du vaisseau, menaçant parfois de le percuter de plein fouet

- Je vois. Conclut Kirk, agacé. Il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre et de voir. Activez l'alerte orange, miss Uhura

Bailey fut sur le point d'intervenir à nouveau, mais se retint.

ooo

Une heure s'égrena lentement, tendue. Les tentatives d'identification et d'analyse se poursuivaient, sans succès. Spock consultait une à une toutes les base de données possibles sans trouver quelque résultat que ce soit.

Ève respirait lentement. Elle percevait le stress autour d'elle et faisait de gros efforts pour ne pas y céder. Elle parvint à n'exsuder qu'une infime émanation de lumière. Spock avait perçu ses efforts. Il leva les yeux une fraction de seconde de sa console, croisa ses yeux et lui envoya un regard encourageant. Elle le prit pour un compliment et s'en sentit tout ragaillardie.

- Bon, cela a assez duré! Décida soudain le Capitaine à bout de patience. Monsieur Bailey, calculez une très large trajectoire spiralée autour de ce cube. Lieutenant Sulu programmez la vitesse maximale.

- Aye Capitaine. Répondirent les deux hommes en pianotant sur leur console

- Messieurs, Êtes-vous prêt ?

- Aye Capitaine

- Maintenant ! Décollez-nous de ça !

Les moteurs de l'Enterprise grondèrent, et le vaisseau contourna l'objet. En une une fraction de seconde, celui-ci se revint devant le vaisseau, encore plus rapidement que les fois précédentes. Quelles que furent les tentatives d'évitement ou de recul effectuées, non seulement le cube revenait toujours, mais il se positionnait toujours plus près de l'Enterprise.

Celui-ci changea soudain de comportement et sa rotation sur lui-même s'accéléra. Il changea de couleur et se mit en mouvement vers l'Enterprise. Il se rapprocha dangereusement du vaisseau.

Ève eut la surprise de sentir les battements de son cœur s'accroître aussitôt, en proie à une inexplicable et violente montée d'adrénaline. Son corps se mit à émettre une lumière sombre et rougeoyante qu'elle ne put maîtriser contrairement à la précédente.

- L'objet émet des radiations nocives. Constata Spock, qui avait vu du coin de l'œil le fascinant phénomène qui s'emparait de son épouse visiblement décontenancée à coté de lui. Ces radiations sont en hausses rapide.

Il percevait distinctement les efforts qu'elle faisait pour ne pas se laisser déborder par la panique. Il savait qu'elle mettait en pratique l'utilisation de ses Naph-fo-dan [boucliers mentaux] afin de gérer cette angoisse, comme il le lui avait enseigné. Mais ce qui l'intrigua fut la couleur de son aura. Si différente de toutes celles qu'elle avait pu avoir précédemment: une lumière violette et sombre. Il déduisit qu'il devait s'agir d'une sorte stress-réponse à un danger immédiat.

- Faites-nous reculer ! Répéta Kirk. Distorsion 1

Sulu et Bailey effectuèrent la manœuvre, en vain :
- Le cube continue à se rapprocher! Constata Sulu dépité

- Les radiations augmentent proportionnellement au fur et mesure que l'objet se rapproche. Informa Spock impassiblement.

- Miss Uhura, activez l'alerte rouge. Sulu, faites-nous reculer, distorsion 2 !

- Aye, Capitaine

- Ça ne sert à rien. Se lamenta Bailey

- Distorsion 3. Ordonna Kirk sans prêter attention à l'intervention de l'enseigne

- Les moteurs commencent à être en surchauffe. Prévint Sulu

Evidemment. L'Enterprise n'était pas fait pour voler à reculons
Les tentatives d'évitement se répétèrent, toutes infructueuses. Pire, plus elles se répétaient, plus le cube se rapprochait, inexorablement.

La lumière de Ève s'assombrissait de plus en plus, de façon proportionnelle à la montée des radiations, virait au pourpre. Mais la jeune femme à force d'efforts répétés de concentration, finit par trouver un équilibre émotionnel, et à le maintenir grâce aux exercices de respiration que Spock lui avait enseignés. Celui-ci lui lança un rapide regard approbateur au moment où elle posait les yeux sur lui. Galvanisée par cet encouragement, elle parvint à diminuer notablement ses émissions de lumière.

Kirk remarqua ce qui lui arrivait alors qu'il se tournait vers son Commandant. Il fit la même déduction que Spock et ne commenta pas le phénomène qui affligeait Ève. Elle avait le visage crispé, il devina qu'elle luttait avec énergie pour ne pas se laisser dominer par ses émotions. Spock devait être un sacrément bon professeur. Mais combien de temps allait-elle supporter cette situation anxiogène sans craquer?

- Les radiations ont atteint un seuil critique. Déclara Spock, impassible. Celles-ci vont avoir un effet préjudiciable sur la santé de l'équipage si le vaisseau y reste exposé pendant encore 3.24 minutes

- De toute façon, il va nous percuter dans 1.33 minutes. Prévint Sulu sans pour autant paniquer

- OK. Il ne nous reste plus qu'une seule solution. Préparez les phasers. Décida Kirk avec détermination

Fasciné par le spectacle morbide de ce cube qui tournoyait à toute vitesse, Bailey ne réagit même pas à l'ordre du Capitaine

- Les radiations ont dépassé le seuil critique. Poursuivait Spock, toujours aussi impavide

- Contact dans 0.45 minutes. Précisa Sulu, en tendant le bras pour activer la commande des phaseurs à la place de son collègue

- BAILEY! Répéta Kirk d'une voix cinglante. Les phaseurs!

L'enseigne sursauta et revint à la réalité.
- Oui, Capitaine, Phaseurs prêt à tirer.

- FEU pleine puissance !

Le cube disparut dans une violente explosion qui fit vibrer tout le vaisseau. Les radiations disparurent. La passerelle fut parcourue par un soupir de soulagement. Ève reprit une couleur normale, sa lumière étrange s'était totalement résorbée.

- Scotty, au rapport. Dit Kirk en activant le communicateur de son fauteuil

- Ça un peu surchauffé, il y a des dégâts mineurs, mais rien de grave. Expliqua l'ingénieur

- Ce sera long à réparer?

- 2 ou 3 heures, tout au plus. On s'y met tout de suite

- Parfait. Kirk out. Sulu, descendez en propulsion 1

- Aye Capitaine

Soulagé, Kirk vint se poser à coté de Spock, le dos contre le plateau de la console. Il ne put cependant se retenir de jeter un œil sur Ève

- Il semblerait que je sois pourvue d'un dispositif de détection des radiations nocives. Marmonna-t-elle pour elle-même avec une sorte d'ironie amère

- Tant mieux! Répondit Kirk en lui souriant gentiment. Au moins, cela pourrait s'avérer utile à l'avenir.

Elle répondit à son sourire en rougissant légèrement.

Redevenant sérieux, Kirk se tourna vers Spock et lui demanda :
- Alors, Commandant, avez-vous repéré d'autres balises comme celle-ci?

- Non, Capitaine. Aucune autre balise, ni vaisseau, quelque-soit la direction

- Dites moi, monsieur Spock, pouvez-vous spéculer ce qui va advenir ? Logiquement, nous devrions tôt ou tard rencontrer l'intelligence qui a conçu cette chose, quand elle se rendra compte de sa destruction.

Spock avait de grandes capacités à la déduction, mais il lui était impossible de prévoir ou deviner l'avenir.
- Spéculer Capitaine? Demanda-t-il en se détournant de sa console pour le regarder. Logiquement, nous devrions rencontrer l'intelligence qui a conçu ce cube.

Jim se frotta énergiquement les yeux et répondit :
- ..Mmmm... technologie plus avancée ou intelligence supérieure ?

- Les deux sans doute, Capitaine. Mais si vous me demandez la décision logique à prendre...

- Non, pas du tout: notre mission est de rencontrer des civilisations inconnues. L'interrompit Kirk doucement. C'est ce que nous ferons dans la mesure du possible.

Spock haussa un demi sourcil au ton têtu de la voix de Kirk.
- Capitaine. Vous est-il venu à l'esprit qu'il est improductif de me demander mon avis comme vous le faites, si vous avez déjà pris votre décision ?

- Cela me rassure émotionnellement. Avoua Kirk avec un sourire charmeur avant de retourner s'asseoir sur son fauteuil de Capitaine.

Spock ne put retenir un demi sourire, ses yeux pétillèrent brièvement, mais il reprit presque aussitôt son masque impassible. Ève le mangea des yeux. Elle avait vu, elle avait senti par leur lien, le profond plaisir, qu'il contint difficilement, provoqué par cette déclaration d'amitié. Et cela le rendait si beau.
Elle trouva que ces deux hommes avaient décidément une magnifique complicité. Elle se promit à nouveau de tout faire pour protéger, pour reprendre les mots de cette belle citation de Surak, ce précieux trésor.

- Capitaine, les déflecteurs encore détectent un très gros objet en approche. Intervint à nouveau Sulu. En approche extrêmement rapide!

Spock se pencha à nouveau sur sa console, il consulta rapidement les informations :
- Le spectrographe distant indique un objet de la même matière que le cube. Il émet une énergie... de 584.688% plus forte que celle du cube. Il mesure approximativement 2,709 kilomètres de diamètre

Comment un vaisseau spatial pouvait-il mesurer une telle taille? se demanda Ève en silence, fière après-coup d'avoir su le garder pour elle.
L'objet s'approcha rapidement et apparut presque soudainement sur l'écran. Un immense vaisseau de forme sphérique, brillant, parcourut de couleurs aléatoires.

- Fascinant. Dit Spock qui n'avait jamais rien vu de tel

Cette fois ci, l'exclamation s'échappa des lèvres de Ève avant qu'elle ne puisse le contrôler:
- Une soucoupe volante !

- Pardon ? Demanda Spock
... une soucoupe ? Quelle étrange expression...

- Miss Uhura, tentez de rentrer en contact avec eux.

- Aye Capitaine

Kirk se tourna vers Ève, intrigué par ce terme qu'il n'avait jamais entendu:
-Expliquez-vous.

Ève rougit d'avoir parlé si fort et si stupidement, une fois de plus. Mais elle répondit à la question, posément.
- À mon époque, au vingtième et au vingt-et-unième siècle, des gens ont prétendu avoir vu des vaisseaux extra-terrestres, et certains ressemblaient à ça ! Ils appelaient ça une soucoupe volante, ou un OVNI, objet volant non identifié. Certaines personnes prétendaient même avoir été enlevées par des extra-terrestre pour servir de cobaye à leurs expériences... J'ai même cru un moment que c'est ce qui m'était arrivé..

- Je vois. Dit Kirk en hochant la tête.

- Fascinant. Déclara Spock sans dénigrer cette information

Ève constata avec étonnement que non seulement ils ne montraient aucune réprobation vis à vis de son intervention, mais qu'en plus ils prenaient ses propos au sérieux.

- Miss Uhura, avons-nous une réponse?

- Négatif, Capitaine

- Activez les phaseurs. Ordonna le Capitaine. Et calculer une manœuvre d 'évitement.

- Phaseurs parés. Répondit Bailey

Le vaisseau fut soudain secoué par un violent tremblement et les moteurs cessèrent de fonctionner.

- Nous avons été harponnés ! S'étonna Sulu

- Les moteurs ont été coupé ! Renchérit Bailey effaré

- Ici le commandant Balok, du vaisseau Fesarius. Tonna une voix puissante et menaçante dans les haut-parleurs. De la Fédération-Première. Vous venez de procéder à une intrusion non autorisée sur nos territoires. Votre vaisseau est le produit d'une civilisation primitive et sauvage, vous avez ignoré notre balise d'avertissement. La destruction de celle-ci nous a prouvé vos intentions belliqueuses. Nous allons décider du sort de votre vaisseau et de vos vies.

Ève parvint à retenir son exclamation de surprise. La voix était effrayante!

- Ici le Capitaine Kirk, aux commandes du vaisseau USS Enterprise, de la Fédération des Planètes Unies. Répliqua Kirk calmement, nullement impressionné. Ceci est un malentendu. Nous venons en paix. Le rôle de votre balise nous était inconnu, et ses radiations menaçaient la sécurité de mon équipage. En tentant de nous en dégager...

Un bruit sourd et saccadé se fit entendre

- Ce sont des ondes de détection. Ils scannent notre vaisseau. Informa Spock. Leur technologie est réellement très avancée par rapport à la nôtre !

- Plus aucune communication ne sera acceptée. Prévint le Commandant Balok. Au moindre mouvement, nous détruirons votre vaisseau.

Pendant une bonne minute, il fut impossible de parler, tant les battements du scan emplissait l'espace, au point de résonner jusque dans leur poitrine. Quand il cessa enfin, tous en avaient les oreilles bourdonnantes, et Spock encore plus, car son ouï était plus fine et plus sensible que celle des humains.

- Ils ont court-circuité 59.643% de nos systèmes, leur méthodes sont extrêmement sophistiquée. Intervint Spock dès que le silence revint.

- Votre vaisseau est muni de puissantes armes de guerre. Déclara Balok avec indignation

- Ce ne sont que des armes défensives ! Répliqua Kirk aussitôt

- Votre vaisseau primitif est un bâtiment de guerre ! Insista Balok, méprisant.

- Nous sommes des explorateurs pacifiques. Contra le Capitaine.

- Vous êtes une armée à la solde d'une civilisation primitive agressive ! Renchérit Balok qui n'avait semble-t-il pas écouté un mot de ce que lui avait répondu Kirk. Nous ne pouvons accepter votre intrusion!

- Commandant Balok, nous vous invitons cordialement à venir visiter notre vaisseau. Proposa Kirk d'un ton conciliant. Si vous le préférez, je peux moi-même me rendre à bord de votre vaisseau, vous pourrez constater par vous-même que...

- Votre sort a été décidé. Trancha Balok froidement. Nous ne pouvons tolérer votre intrusion. Vous et votre vaisseau devez être détruits. Nous vous accordons dix minutes pour prier vos divinités.

ooo

à suivre

Il y eut un silence consterné. Comment pouvait-on ainsi décider de la vie et de la mort en l'espace de quelques minutes?

... un petit commentaire sur ce chapitre?


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le coin épisode de référence

Cette partie de la fiction s'inspire de l'épisode 3 de la saison 1 :
"Fausse manœuvre" ou
Corbomite maneuver.
Scénario de Jerry Sohl (Wikipedia : en 1967, Fausses Manœuvres fut nommé au Hugo Award dans la catégorie «Meilleure présentation dramatique ».)...

Je l'ai modifié pour que cela colle avec les personnalités de "mes" Spock et Jim. Cet épisode date des tous débuts de la série Star trek, et, paradoxalement, les personnage ne sont pas très canons (Spock est trop "émotif" à mon goût. Normalement, il ne fait pas dans la métaphore. Ces effets de langage sont est une spécificité humaine)

Mais bon, j'aime bien cet épisode quand même
Parce que c'est la toute première fois que Spock dit "Fascinant"
Parce que j'adore la merveilleuse déclaration d'amitié de Jim (tout en sourire charmeur),
Parce que j'adore la réaction de Spock (demi-sourire et œil pétillant)
Parce que j'adore le foutu caractère de McCoy que rien ni personne ne fait taire.

Dès le début, il y a vraiment un quelque-chose de spécial entre Spock et Jim, et ce, dès le début !

ooo