Ha'ge Ohasu [L'être lumière] ~ Partie XIV Difan batai [Forces vives]


chapitre 1 - Krolik-skil
[funèbre victoire]

oOo

Précédemment :
Les larmes coulaient silencieusement sur les joues de McCoy. Ils installèrent les deux hommes dont les mains étaient inséparables, comme maintenues par une force surnaturelle, sur une même civière et les transportèrent à l'infirmerie...
Les larmes dévalant toujours sur son visage, le Docteur procéda avec minutie aux examens de santé de ses deux meilleurs amis au monde, acceptant Azhular comme assistant...

ooo

Le docteur McCoy interdit les visites au moins pour les premières vingt-quatre heures, le temps de stabiliser l'état de Jim et Spock qui était très inquiétant. Nul ne se permit de protester.

Azhular fit installer deux lit de camp dans le bureau de Leonard. Il savait que son amant refuserait de quitter l'infirmerie tant que Jim et Spock seraient inconscients. Ils ne parlèrent pas pendant leur frugal repas. Avaler était difficile. Leonard fit une rapide toilette dans la minuscule salle de bain attenante à son bureau, puis Azhular fit de même. Le Klingon dut aller chercher son compagnon dans la chambre de Jim et Spock

- NeH (Viens). Il ne sert à rien de rester à les observer.

Leonard leva sur lui ses yeux rougis. Il soupira mais ne protesta pas. Il se laissa ramener dans le bureau. Azhular ferma la porte à clef. Il se tourna vers son Humain et le prit dans ses bras. Il serra fort, très fort, jusqu'à ce que Leonard cède et répande enfin ses larmes. Ses sanglots devinrent violents, et il dut s'agripper au buste puissant de Azhular. Tout comme lui, Leonard vivait son pire cauchemar: perdre encore un être aimé et être incapable de sauver les survivants.

- ... excuse-moi... Parvint-il à articuler entre deux hoquets de désespoir ...je

- vay' ghajbogh rot qoD Cela doit sortir pour ne pas pourrir à l'intérieur. Rétorqua Azhular qui savait combien Leonard aimait l'entendre parler en sa langue.

Les larmes se tarirent. Azhular saisit le visage de Leonard et l'embrassa.

- ...qqq... qu'est... tu ...fff?

Azhular le souleva et le coucha sur le lit de fortune. Leonard ne lui opposa aucune résistance, il n'en avait pas la force.

- Ce n'est pas le moment ! Protesta-t-il, les joues encore couvertes de larmes

D'un mouvement habile, Azhular lui souleva les hanches. Il lui ôta le pantalon et le sous-vêtement, lui arracha ses bottines réglementaires. Il ne fut pas étonné de constater l'absence d'érection, alors que son amant adorait qu'il agisse ainsi d'ordinaire. Mais Leonard n'avait pas fait un geste pour tenté de l'arrêter, ni prononcé leur mot de sécurité. Le mughom qui voulait dire non. Leonard posa sa main sur le buste de Azhular pour le repousser doucement

- Nos amis sont à coté, Azhular, et nul ne sait s'ils survivront! Parvint à dire Leonard, atone

Azhular prit cette main et déposa des baisers dans la paume. Il répliqua avec une confiance sans faille :
- taH chaH, HoSqu'mo' chaH SuvwI' Ils survivront, car ce sont des guerriers. Ils se battront contre ce mal qui les ronge et ils survivront!

- ...mais... la Petite... notre...
La voix de Leonard se cassa, des larmes revinrent inonder ses yeux.

Azhular le serra contre lui et le laissa sangloter sans l'interrompre. Dès les pleurs de Leonard se calmèrent un peu, il déclara:
- Notre Petite Ève a choisi de mourir pour que nous vivions! Je suis sûr que c'est elle qui a plongé ses Époux dans le sommeil pour qu'ils ne la retiennent pas.

- ...oui, cela lui ressemblerait bien d'agir comme cela. Approuva Leonard en reniflant. Elle culpabilisait tant de cette situation!

- Elle n'est pas morte en victime, elle a vaincu ce monstre avec tout son amour et son courage. Elle a donné sa vie pour nous, elle voulait que nous vivions! Toi, moi, Jim et Spock, et tous ceux qu'elle aimait. Et elle a réussi. Elle n'est pas morte en vain: nous sommes en vie!

Azhular serra son Leonard plus fort contre lui. Oui, son QI'tu Sor était en vie!
Ils restèrent sans bouger quelques minutes, puis il libéra brusquement ses phéromones Hoch nIv joq, dont son amant aimait tant l'odeur.

- QI'tu Sor, SoHvaD Sumqu' j'ai besoin de toi. Murmura le Klingon à l'oreille de son Humain, de sa voix grave et douce

Leonard ne protesta pas. Si Azhular avait besoin de son corps comme réconfort, il était prêt à le lui donner. C'était à son tour de le consoler. Il savait que son Satané-Gamin était un homme tactile, qu'il avait soif de contacts physiques. Il ne repoussa pas ses baisers... Il le laissa lui enlever ses derniers vêtements. Azhular ôta lui même les siens en quelques mouvements rapides. Leonard le contempla, fasciné. Il avait un bandage sur son bras, mais à part cela son invincible panthère noire n'avait reçu aucune blessure lors de cette bataille.

Azhular fut à la fois doux et empressé. Il vint en lui dès qu'il fut prêt à le recevoir. Il le posséda longuement. Mais il s'immobilisait à chaque fois que Leonard s'approchait de l'orgasme, puis reprenait le mouvement.
Leonard ne protesta à aucun moment. Puisque Azhular avait besoin de faire l'amour ainsi, alors il l'acceptait. Il se laissa porter, emporter, s'abandonna...

- QI'tu Sor, tIv, jIHvaD tIv (jouis, jouis pour moi) Susurra Azhular
Il savait que ces mots en Klingon avaient le pouvoir de décupler le plaisir de son amant et lui-même aimait à les dire.

Ils convulsèrent en même temps, profondément unis.
Azhular ne se retira pas tout de suite de Leonard. Il l'avait épuisé. Volontairement épuisé. Il attendit que son Humain soit fauché par le sommeil pour émerger de lui. Il le nettoya avec une lingette et monta sur lui une chaude couverture.
À présent, il était sûr que Leonard allait dormir, et non pas passer sa nuit à tourner en rond dans la chambre de leurs amis.
Mais Azhular ne se voilait pas la face: il avait aussi agi ainsi pour lui-même, par besoin de s'assurer que son QI'tu Sor tant aimé était bien vivant et en bonne santé.

Il enfila un tee-shirt et pantalon et sortit, après avoir baissé la lumière à 80%.

Il contempla Jim et Spock, immobiles dans leur inquiétant endormissement. Leurs signes vitaux étaient si faibles qu'on aurait pu les croire morts.
Azhular partageait complètement l'inquiétude de son amant. Il ne fallait surtout pas tenter de les réveiller pour le moment: la souffrance physique de leurs frères étaient beaucoup trop grande. Mais leurs souffrances morales allaient encore être pire lorsqu'ils se réveilleraient. Il caressa Lash'a du bout du doigt.

- loQ beast legh chaHvaD. (Veille bien sur eux, petite bestiole)

Lash'a répondit par un bourdonnement triste. Elle ne comprenait pas les mots Klingons, mais elle percevait les émotions de cet homme. Cet ami de K'diwa-Jim-Spock

Azhular retourna dans le bureau, afin de rejoindre Leonard dans la sommeil. Sur le seuil de la pièce, il resta figé de surprise. Leonard était toujours endormi.
Il émanait de lui une lumière bleue.
Leonard était auréolé par cette lumière bleue!
Cette lumière... cette Saïshen émanait de lui!
Et cela lui allait si bien!

Azhular ferma la porte derrière lui et regarda sa main. Lui-même émettait une lumière rouge. Leurs lumières étaient semblables à celles de leurs auras lorsqu'ils avaient été enlevés par le monstre.

Azhular comprit ce qui était arrivé... ce dernier acte d'amour, ce cadeau de vie par delà la mort

Une puissante émotion le traversa et des larmes lui montèrent aux yeux. Leonard sursauta, comme s'il avait été frappé. Il s'assit sur le lit, et contempla, hagard, son Klingon auréolé de rouge.

- Qu'est ce que...?

- Regarde ta main, Leo.

-... Que...?

- Un jour, j'ai dit à Ève que je lui enviais son lien mental avec ses Époux...

Leonard contempla sa main, puis son amant. Il ne pleura pas. Pourtant son émotion était grande. Ce cadeau de la Petite était tout simplement merveilleux, et profondément réconfortant.
- C'est comme si elle avait déposé un peu d'elle en nous... comme si une part d'elle vivait encore en nous. Dit-il d'une voix vibrante.

... comme si elle n'était pas tout à fait morte.

Azhular vint s'allonger à coté de lui et ils s'enlacèrent. Ils s'endormirent l'un contre l'autre sur l'étroite banquette, dans la douceur de leurs premières Saïshen.

ooo

Dochnesh avait été détruit. Définitivement.
Le vaisseau qui l'avait abrité avait été réduit à l'état de poussière.
L'univers était sauvé.

Mais cette Victoire sans appel avait un goût amer et elle ne fut pas fêtée
Plus de la moitié de la flotte Fraternité avait été détruite lors des combats spatiaux. Nombreuxses étaient celleux qui avaient perdu un frère, une sœur, des ami·es, un·e conjoint·e...

La plus part des vaisseaux des Arachnoïdes avaient réussi à s'enfuir avant même que Azhular n'informe la coalition de la destruction de Dochnesh. Nombreux étaient ceux qui avaient même fuit pendant la bataille. Étrangement, ces navettes-là rataient systématiquement chacun de leurs tirs, avec une précision stupéfiante. Ils ne furent d'aucune aide pour les Krupsu, et les membres de l'alliance Fraternité comprirent rapidement qu'ils n'avaient rien à craindre de ces vaisseaux-là et se concentrèrent uniquement sur les ceux des Krupsu. Et heureusement.
Les Krupsu, bien qu'en nombre inférieurs furent des ennemis extrêmement coriaces. Leurs vaisseaux était sans nul doute possible plus modernes, plus rapides, plus puissants... mais la flotte Fraternité finit par prendre le dessus. La destruction de Dochnesh provoqua une grande désorganisation, comme si il n'y avait plus personnes pour les guider.

Même après que le monstre fut vaincu, le Qang Tamek organisa le massacre systématique de toutes les vaisseaux des Krupsu. Ses K't'inga se lancèrent à la poursuite des rares survivants qui avaient tenté de s'échapper. Les flottes de la Teikogu Senta et de Halitra Sikan se joignirent aux carnages avec une efficacité mortelle. Il fallait éliminer tous les Krupsu afin de ne pas courir le risque qu'ils créent un nouveau Dochnesh.

ooo

Spock et Jim avaient été installés dans la plus grande chambre de l'infirmerie. Il y avait eu beaucoup de morts et très peu de blessés. À bord de chaque vaisseau, les centres médicaux étaient quasi vides.

Spock et Jim se tenaient toujours par la main. Ils étaient si pâles que, par endroits, certaines veines étaient visibles sur leurs visages ou leurs cous. Lash'a avait élu domicile sur leurs mains jointes et avait refusé d'en bouger. McCoy n'avait pas insisté. Lash'a avait toujours eu une hygiène méticuleuse. Elle avait laissé le docteur la désinfecter avec une compresse imbibée d'une lotion non toxique, élytre par élytre, patte par patte. Le docteur disait qu'elle pouvait constituer une sorte de soutien moral pour les deux hommes, et Azhular ne le contredisait pas.

Debout, face au lit, Amanda pleurait à chaudes larmes mais sans faire de bruits. Perdre sa si gentille bru, et peut-être aussi ses fils, c'était plus qu'elle ne pouvait le supporter.

Sarek était parfaitement impassible alors que son cœur de père saignait. Il avait beau se répéter que la mort était l'aboutissement normal de la vie, que sa bru et ses deux fils avaient simplement accompli leur devoir, il avait des difficultés à ne pas éprouver la douleur du deuil. Irrationnellement, il ne voulait pas perdre aussi ses fils.
Le Telsu-kash-naf [lien mental des Époux] qu'il partageait avec son Épouse avait toujours été ténu. Leur contact avec la Saïshen de leur bru l'avait un peu renforcé. Mais là, Sarek ressentait puissamment les affects de son Épouse, comme si celui-ci s'était à nouveau approfondi entre elleux depuis la mort de Ève. C'était déstabilisant.

Séjal percevait une sensation de glace dans la poitrine, qu'il identifia comme le chagrin du deuil. Pourtant, il avait déjà perdu des ami·es Humain·es emporté·es par la mort, il connaissait cette douleur. Mais jamais cela ne lui avait autant fait mal. Oh, comme il aurait aimé pouvoir lui aussi verser des larmes! Mais cela lui était impossible avec ses yeux non-humains de robot. Sa douce et précieuse Yar-taluhk caressait son cou de ses antennes plumeuses en un geste de réconfort. Il avait fait des recherches dans toutes le mémoires informatiques disponibles, la sienne, celle de ce vaisseau, et il n'avait rien trouvé pour aider ses amis à sortir de cet étrange comas.

La Teikogu Senta ne se retenait pas de pleurer, ses larmes coulaient silencieusement, dignement, sur ses joues. Les Kôkivo-yan ne se cachaient pour pleurer. Verser des larmes, c'était honorer les morts. Kôgo-Ève était plus que jamais la digne impératrice de son peuple. Elle était fière d'avoir servi une telle Kôgo-Kokivo.

Qang Tamek exprimait sa peine par une colère froide et des envies de meurtre. Aux yeux d'une personne qui ne le connaissait, on aurait pu croire qu'il était simplement furieux. Il serrait les poings et les dents. Il regrettait de ne pas avoir capturé quelques Krupsu. Il aurait ainsi pu les tuer de ses mains, lentement. Les faire hurler de douleur l'aurait aidé à faire passer sa propre souffrance.
Il s'était attaché à cette courageuse petite Humaine au point de la considérer comme sa fille... et elle avait prouvé qu'elle était digne de cet attachement en mourant en guerrière. Mais pourquoi au lieu d'en être fier, pourquoi avait-il si mal?
Et la vie de ses courageux Époux ne tenaient qu'à un fil, il ne voulait pas qu'ils meurent eux aussi. Mais que pouvait la volonté d'un Klingon, si puissant était-il, contre celle de la mort?

La fine équipe était à aussi. Uhura, Scotty, Sulu et Chekov. Droits et dignes, les yeux rougis par les pleurs. Miss Chapel avait du mal à retenir les larmes qui coulaient en silence sur ses joues. Ève avait su gagner leur affection par son absolue gentillesse. Ils avaient passés ensemble de si bons moments.
Le Capitaine et le Commandant étaient l'âme de l'Entreprise. Illes ne doutaient pas une seconde que le docteur McCoy, le meilleur médecin de Starfleet, trouve une solution pour les sauver.

Seul Sikan restait parfaitement neutre, toutes ses barrières mentales étaient levées pour se protéger de ces sur-stimulations émotionnelles, ces affects légitimes de ces Humanoïdes... et pour lutter contre son propre sentiment de perte. Il avait appris à respecter et estimer ces trois personnes, il avait même développé une forme d'attachement à leur encontre. T'Kahael-Ève était morte avant qu'illes n'aient le temps d'apprendre à se connaître mieux, et la survie de ces deux hommes était incertaine.

Azhular avait le visage figé et dur. Il était hors de question qu'il verse à nouveau des larmes. À ses cotés, les traits de Angghal étaient impénétrables. Aktuh était lui-aussi mort au combat.

McCoy avait pleuré longuement à plusieurs reprises et Azhular l'avait toujours serré très fort contre lui. Ses yeux étaient gonflés et rouges, mais il restait parfaitement calme et professionnel.

- Ils sont plongés dans une sorte de coma. Expliqua-t-il d'une voix un peu vibrante, qui se voulait professionnelle. Je pense que c'est une Tow-kath, une transe algique Vulcaine...

Pour une fois, McCoy fit attention à prononcer ce mot Vulcain sans le déformer. Dire les mots Vulcains n'importe comment, cela n'avait d'intérêt que pour taquiner ses ami·es.

-... Et cela vaut mieux pour eux. L'indicateur K3 de la douleur que vous voyez là est à son niveau maximum. Le médicorder indique que chaque fibre de chacun de leurs muscles de leur corps subit une virulente inflammation dont je ne comprends pas l'origine. Je pense que Dochnesh ne s'est pas contenté de leur voler leurs Saïshen, il a aussi lâchement tenté de les assassiner en brûlant leurs muscles de l'intérieur.

- C'est encore pire que lorsque Spock a été infecté par ces créatures unicellulaires tortionnaires. Mais ils sont en vie...Précisa Azhular avec une confiance sans faille (Leonard lui avait narré cette aventure.)
- ... ils vont se battre, comme toujours! Jim ne lâche jamais rien et Spock est un homme tenace.

Azhular n'avait pas pour habitude de nommer Kirk par son prénom en public, et cela était sortit avant qu'il ne s'en rende compte. Nul n'y prêta attention à part Sarek et Sikan qui n'en firent aucune remarque.

- Oui, c'est vrai! Jim a toujours été un battant! Et Spock aussi! Renchérit Scotty d'un ton bravache. Il n'a jamais baissé les bras!

Amanda retint un sanglot. Séjal se rapprocha d'elle. Il voulait l'aider mais ne savait pas comment procéder.

- J'ai fait venir Hakausu T'Raya [Guérisseuse T'Raya], une guérisseuse militaire. Dit Sikan en montrant une très très vieille Vulcaine qui était à l'entrée de la chambre. Si vous le permettez, Docteur McCoy, elle pourrait ausculter ces hommes.

- Au point où nous en sommes, ce serait stupide, je veux dire illogique, de refuser votre offre, Halitra Sikan. Soupira McCoy. Après tout Spock est Vulcain, et, à son contact, Jim a appris à utiliser certaines de ses... techniques mentales Vulcaines

Mais alors que Hakausu T'Raya s'approchait du lit, Lash'a émit un bourdonnement strident et menaçant. L'esprit de cette Dame lui était inaccessible, elle ne pouvait pas percevoir si intentions à l'égard de K'diwa-JimSpock étaient bonnes ou mauvaises. Alors, les élytres entrouvertes, les plumetis de ses antennes gonflés, elle tentait de paraître plus grosse et exsudait une lumière crépitante. Elle exprimait clairement sa défiance et en était presque menaçante.

- Quel est cet être ? Demanda Hakausu T'Raya avec un mouvement de recul. Je n'en ai jamais vu de tel.

- Elle se nomme Lash'a, elle est une Émeraudine. Ils l'ont adoptée lors de notre séjour sur une planète recouverte de végétation. Expliqua McCoy. Elle est douée d'une vive intelligence. Ils ont développé avec elle des relations quasi-symbiotiques.

- Vraiment? Incroyable. Commenta sobrement Hakausu T'Raya

- Tendez-lui la main. Dit Azhular. Cela lui permettra de constater que vos intentions ne sont pas mauvaises. Sinon, elle ne vous laissera jamais les approcher.
Qui aurait pu croire que cette fichue petite bestiole exaspérément affectueuse était une SuvwI' SutwIj qoDDaq loQ? (petite guerrière de poche) Songea-t-il avec une triste tendresse. Elle était bien comme sa loq be nI'...

Bien qu'elle trouva cela irrationnel, Hakausu T'Raya n'émit aucune objection. Sikan, connu pour son intransigeance et son haut sens de la vérité, lui avait déjà expliqué cette situation sur-réaliste. Elle tendit la main et Lash'a vint se poser dans sa paume. Elle comprit avec étonnement que cet insectoïde recherchait un contact mental superficiel et elle l'accepta. Elle sentit immédiatement ses affects composés d'amours et de douleurs mêlés. Elle l'entendit clairement:
- Du. Mamuk-bohrau k'diwa-JimSpock! Sanu! [Toi. Aider-guérir JimSpock-Bien-aimés. S'il te plait]

- Incroyable. Dit-elle impassiblement. Elle est réellement douée de la parole!

Lash'a alla se poser sur l'épaule de Azhular. Il caressa doucement ses élytres sans y faire attention, et elle se blottit dans sa paume protectrice.
Hakausu T'Raya posa les doigts sur le visage de Spock.

- Katra t'nash-veh svi'dular, Katra t'dular svi'nash-veh. Nahp, hif-bi tu throks [Mon esprit dans le votre, votre esprit dans le mien, donne un accès à tes pensées]

La progression de son esprit dans celui de Spock fut aussitôt entravée par de puissantes barrières mentales, les plus puissantes qu'il lui ait été donné de rencontrer. Il lui fallu user des ressources d'une vie de pratique et d'une somme d'énergie mentale considérable afin de parvenir à les contourner.
Elle le regretta quand elle y parvint. Leurs souffrances se déversèrent en elle sans entrave. Douleurs physiques qui déchiraient chacune des parties de son corps, douleurs de l'affliction psycho-affective jusqu'au plus profond de son âme. Malgré toute une vie passée à soigner des Vulcain·es de tous âges, à soigner des maux de toutes sortes, rien n'avait préparé la vieille T'Raya à ressentir une telle affliction. Son visage ridé montra furtivement une expression de douleur.

Elle retira sa main comme si elle s'était brûlé. Il lui fallut une demi-minute pour repositionner ses Naph-fo-dan afin de retrouver son équilibre mental. Et elle allait avoir besoin de plusieurs séances de méditations profondes pour se remettre de ces perceptions aussi douloureuses à tout point de vue.
- Vous avez raison Docteur McCoy. Il est préférable que ces deux hommes poursuivent cette Tow-kath, je veux dire, transe algique jusqu'à son accomplissement naturel. Leurs souffrances sont trop grandes, même pour un Vulcain.

- Je ne comprends pas. La souffrance est une chose de l'esprit. Intervint Sikan. L'esprit peut être contrôlé. Ne pouvez-vous les aider dans ce sens?
Hakausu T'Raya avait toujours la meilleures des Haukasu. C'est pour cette raison qu'il avait insisté afin qu'elle l'accompagne dans cette mission. Elle n'avait jamais échoué.

- Certes, d'ordinaire, c'est ce que je fais, Halitra Sikan. Mais à ce double niveau d'intensité, c'est impossible. Répliqua Hakausu T'Raya. La douleur impacte à la fois leur organisme et leur Katra. Dochnesh les a blessé physiquement, et la rupture de leur lien mental avec leur Épouse a été brutal. Ce lien triangulaire était extrêmement puissant. Je n'avais jamais rien vu de tel, pas même entre deux époux Vulcains. Sans la protection mentale du Commandant Spock, le Capitaine Kirk serait mort. Leurs esprits sont accolés l'un à l'autre, dans une fusion mentale silencieuse qui ressemble à ce que nous nommons le S'thaupi. Je précise pour les non-initiés que cet état de l'au-delà est la forme la plus profonde et la plus pure de l'état de méditation. Celui-ci les protège des souffrance physiques et des pensées douloureuses. Logiquement, ils devraient en émerger une fois que leurs corps auront retrouvé leurs intégrités...

Sarek et Sikan haussèrent un sourcil. Ils n'auraient jamais pensé qu'un Humain puisse atteindre le S'thaupi qui demandait des années de pratique.

- Si je comprends bien, ce stopi les coupe de toute perception sensorielle, et ils ne ressentent plus la douleur?

- C'est presque cela, Docteur McCoy. Leur douleur n'est plus perçue comme une souffrance, elle leur parvient uniquement comme une information lointaine.

- Et s'ils sont dans un profond état méditatif, leurs émotions sont comme... anesthésiées n'est-ce pas? Insista McCoy

- D'une certaine façon, on peut dire cela.

- S'ils ne ressentent plus de douleur, c'est déjà ça. Soupira le Docteur avec un soulagement visible. Je vais leur brancher des perfusions ultra-nutritives et anti-inflammatoires afin de les aider à guérir plus vite. Il ne nous reste plus qu'à attendre. Avez-vous une idée du temps que durera ce tow-kath-stopi?

- Je n'ai aucune réponse pertinente à vous donner.

- Mais ils vont s'en sortir! Affirma McCoy comme pour s'en convaincre lui-même.

Amanda réprima à nouveau un sanglot. Séjal qui se trouvait à coté d'elle posa sa main sur son épaule. Elle se jeta dans ses bras qu'il referma doucement sur elle, et elle pleura. Sarek, bien qu'habituellement territorial, comme tous les époux Vulcains attachés à leurs épouses, ne prit pas ombrage de ce comportement. Après tout, ce robot était l'un des amis de son fils, et il portait en lui une partie de ses souvenirs. Et il percevait à travers leur Telsu-kash-naf à quel point cette étreinte apportait du réconfort à sa K'diwa Adun'a [Épouse bien aimée]

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La flotte Fraternité reprit le chemin du retour, sans gaieté. La route allait être longue.

Chaque jour, leurs ami·es vinrent au chevet de Jim et Spock : la "fine équipe", Tamek, Senta, Amanda et Sarek, Séjal. McCoy et Azhular avaient élu domicile dans le bureau du médecin, afin d'être au plus près de ceux qui étaient devenus leurs frères. Pudique, Sikan se "contenta" de demander tous les jours de leurs nouvelles au Docteur McCoy

L'indicateur K3 descendait doucement. Les corps guérissaient lentement. Mais toustes appréhendait autant leurs réveils qu'illes l'espéraient.

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- Depuis combien de temps la foutue bestiole n'a pas mangé dis-tu ? Demanda Azhular en fronçant les sourcils avec mécontentement

- Cela fait deux jours qu'elle n'a pas touché à son assiette. Soupira McCoy. Nous avons tout essayé, les fruits, les fleurs, les miels qu'elle préfère. Les lui présenter sous le nez pour qu'elle puisse rester accrochée à eux... rien n'y fait. Elle refuse de manger. Même Yar-taluhk de Séjal n'est pas parvenue à la faire changer d'avis. Et elle est trop petite pour que je puisse lui faire elle aussi une perfusion nutritive

Azhular regarda Lash'a avec colère. Il voyait clairement les signes de son affaiblissement dans le ralentissement des mouvements de ses antennes. Normalement, une Émeraudine mangeait au moins six fois par jour. À croire qu'elle se laissait mourir de chagrin.

- Lash'a! Gronda-t-il. Tu es une égoïste!

Lash'a répondit par un faible bourdonnement de protestation : elle ne comprenait pas pourquoi Azhular la sermonnait ainsi

- Tu vas faire de la peine à Jim et Spock, si tu meurs. Renchérit Leonard se sentant idiot de parler à une Émeraudine

Azhular l'attrapa, l'arracha sans pitié des mains de Jim et Spock. Elle vrombit, se débattit, essaya d'émette un peu de lumière piquante, en vain. Il la déposa d'autorité dans l'assiette de fruits et de pétales fleurs, sans pour autant la lâcher

- Maintenant, TU MANGES! Je ne te laisserai pas retourner avec eux si tu persistes à refuser de manger!

Lash'a ne protesta plus, vaincue par la volonté puissante du Klingon, et par l'inquiétude sincère qu'il éprouvait pour elle, qu'elle avait perçue lorsqu'il l'avait saisie. Elle accepta enfin de se nourrir. Il retira sa main

- Je viendrai tous les jours vérifier si tu manges correctement. Gronda Azhular. C'est fini les caprices!

Bones posa la main sur l'épaule de son amant. Azhular glissa sa main autour de la taille de Leonard.

- Ils vont s'en sortir, Leonard. Affirma Azhular. Ce sont des battants, tous les deux. Regarde, l'indicateur K3 est déjà descendu d'un tiers.

- Oui. Je le sais. Mais dans quel état moral ? Ils étaient tous trois si fusionnels.

ooo

Cela faisait à présent une semaine que Jim et Spock étaient inconscients.
La période nocturne venait de commencer quand ils émergèrent lentement de leur Tow-kath. Bien que silencieux, leurs esprits n'avaient cessé d'être en contact. Les dernières pensées de Ève résonnaient encore dans leur esprit.

- "J'ai compris que je n'étais pas destinée à vivre. J'ai uniquement été conçue pour détruire Dochnesh. Je l'accepte. Grace à vous deux, j'ai vécu les plus beaux, les plus heureux jours de ma vie. Je vous aime plus que tout. Mes Amours, promettez-moi que vous vivrez longtemps et que vous serez heureux!"

Ils tournèrent leurs visages l'un vers l'autre.
Heureux?
...sans elle?
Comment cela pouvait-il être possible ?
Incontrôlables, les larmes dévalaient sur les joues de Jim. Il avait pourtant traversés de nombreux drames, il avait survécu au long cauchemar de Tarsus... mais jamais auparavant Jim n'avait versé de larmes
Spock était incapable de pleurer, il avait trop mal pour y parvenir. Par contre, chacun de ses muscles tremblaient violemment sans qu'il ne parvienne à l'empêcher

...
- Vesht-srah-tor Eve gu-vam t'ko-veh [Ève a accompli son devoir]. Rationalisa-t-il avec amertume. Ce faisant, elle nous a sauvé la vie.
Spock s'était exprimé par la pensée, par crainte de perdre le peu de contrôle qui lui restait en parlant à voix haute. Il savait qu'il n'aurait pas pu en maîtriser les inflexions. Et il fallait qu'il soutienne son Sa-t'hy'la, qu'il l'aide à surmonter cette épreuve.

- J'aurai préféré partir avec elle! S'indigna Jim. Elle n'était pas obligée de se sacrifier! Po vesht-mura ko-veh t'etek ? [Pourquoi nous a-t-elle abandonnés?]
Lui aussi tremblait de tous ses membres.

- Dochnesh avait commencé à nous affaiblir, Dungui-dvun-tor stau ish-veh kanok-reh [il allait nous tuer tous les trois]. Rétorqua Spock qui ressentait pourtant lui aussi durement cette sensation illogique d'avoir été abandonné. Vest-haisahu Ève ta dungi-dif-tor etek. [Ève a voulu que nous vivions] nous devons respecter sa dernière volonté.

Chacun d'eux aurait fait de même s'il avait pu. Donner sa vie pour sauver celle des Êtres Aimés. Ils le savaient. Mais ils se refusaient à le concevoir, à l'accepter: eux oui, mais pas elle.

- Uf ? [Comment ?] Comment vivre alors que j'ai l'impression que l'on m'a arraché un morceau de mon âme! Si tu n'étais pas là, je n'aurai plus la force de vivre!

- Namtor etek T'hylara [Nous sommes T'hylara]. Nous surmonterons cette... amputation ensemble.
Spock n'osa pas prononcer le mot deuil, de peur de perdre le peu de rationalité qui lui restait.

Il y eut un bref silence douloureux.

- Il faut que tu me frappes, Jim, afin que je sorte de la tow-kath

- Kwul-tor n'du ? [Te frapper?] S'indigna Jim
C'était bien là la dernière chose qu'il se sentait capable de faire.

- Mon organisme doit subir un choc pour mettre fin à la transe

- Je vais t'en donner du choc, moi! Répliqua Jim en lui transmettant d'un bloc l'intensité des sentiments qu'il éprouvait pour lui

La tempête émotionnelle balaya tout sur son passage dans la psyché de Spock sans qu'il ne puisse s'y opposer, y compris les restes de l'état de tow-kath. Il retrouva le total contrôle de son corps et de son esprit.

Lash'a émit un bourdonnement très doux, très triste. Jim et Spock la prirent dans leurs paumes. Il y avait en elle tout l'amour de Ève, comme un écho:
- K'diwa-Ève aitlu Lash'a klashau k'diwa-dular [Ève Bien-aimée vouloir Lash'a veiller vous-bien-aimé] K'diwa-Ève aitlu k'diwa-dular dif-tor! [Ève bien-aimée vouloir vous-bien-aimé vivre]

- Dungi-dif-tor etek, Lash'a [Nous vivrons, Lash'a]. Répondit Jim tristement

- Je peux t'aider à gérer cette douleur provoquée par la rupture de notre lien. Proposa Spock. Lau nash-veh akkau t'du neniklar t't'san'at [Je peux t'enseigner les bases du contrôle des émotions]

- Oui. Aide-moi à supporter cette douleur

Lentement, ils s'assirent en lotus, l'un en face de l'autre, sans débrancher les perfusions accrochées à leurs bras, Lash'a toujours dans leurs paumes. Leurs esprits n'eurent aucune peine à s'unir.
Jim découvrit avec effarement l'insupportable violence de la peine que Spock avait tenté de lui cacher pour ne pas aggraver la sienne. Il culpabilisa de s'être autant laissé allé tout en sachant qu'il n'était pas de taille à lutter contre sa propre souffrance. Cette douleur commune était telle qu'elle était sur le point de les submerger, tous les deux. Et Spock mobilisait toutes les forces de son esprit pour les empêcher de sombrer lui et Jim.

...
- Oh Spock, non! Supplia Jim. Ne garde pas ta douleur pour toi seul. Partage cette peine avec moi, confie moi ta douleur. Si tu ne dois pas pleurer pour ne pas perdre ton équilibre, laisse-moi pleurer pour toi, laisse-moi tes larmes. Donne-moi ta douleur, partage-la avec moi!

- Ha, Jim. Sahrafel-tor nash-veh t'du... [Oui, Jim, je te la confie...]
...

Jim se serra tout contre Spock, la tête enfouie dans le creux de son épaule et Spock l'entoura de ses bras puissants.
Jim et Spock cessèrent de lutter. Ils laissèrent leur affliction monter en eux, se déchaîner en eux et jaillir en violent sanglots dans la gorge nouée de Jim
Contre lui, Spock tremblait, en proie aux spasmes de ce déchaînement émotionnel, et Jim resserra son étreinte autour de lui. Spock savait qu'il fallait que cela soit extériorisé, qu'il ne pouvait se permettre de nier ce besoin vital de la Krus Qom'i [part Humaine] de son être. Étrangement, sa Krus Vuhlkansu n'émit aucune réprobation face à ce comportement, ne fit aucune leçon de morale sur l'aspect non-Vulcain d'une telle attitude. Aucune méditation, aussi longue ou profonde soit-elle ne pouvait permettre de faire face à un tel déchaînement d'affects aussi violemment douloureux. Il fallait extérioriser ces émotions pour protéger l'intégrité de leurs Naph-fo-dan [boucliers mentaux] qui commençaient déjà à fissurer.

Spock lâcha prise, totalement. Il accepta que Jim l'aide à extérioriser ses sentiments avec une absolue confiance. Spock permit à ses hurlements de rages et de douleurs de s'exprimer par la voix de son Sa-t'hy'la, qui finit par se briser en gémissements déchirants
Toutes ces larmes que Jim versait pour eux protégeaient Spock contre la perte totale de contrôle, tel un rituel purificateur
Il leur fallait à tous deux cette catharsis pour survivre à cette déchirure, il leur fallait hurler leurs sentiments de colères, d'injustices, de souffrances, de perte absolue.

Quand enfin ces larmes se tarirent, Jim eut l'impression de s'être vidé de toute son énergie, alors que Spock avait retrouvé ses forces mentales. À son tour, Jim confia son esprit à son Sa-t'hy'la, il se laissa guider par sa puissance spirituelle. Ils s'immergèrent dans un état proche de la Wh'ltry [méditation]. Lentement, ils pansèrent leurs liens déchirés, en sachant que la partie manquante mettrait beaucoup de temps à cicatriser.
Jim versa à nouveau des larmes silencieuses et exprima leurs chagrins. Puis Spock l'aida à abaisser le niveau de sa douleur morale grâce à d'habiles barrières mentales, apaisant un peu leurs esprits. La douleur était toujours là, pulsante, mais supportable.
Ils avaient tous deux réussi à la gérer, ensemble. Ils allaient certainement devoir recommencer plusieurs fois, mais ils l'acceptaient. Ils étaient plus que jamais unis et complémentaires.

Jaillit soudain en chacun d'eux une étincelle, comme une récompense.
Un souvenir de Ève, son dernier cadeau.
Une source de Saïshen.
Vive et Pure.
Celle-ci se répandit en eux comme une tendresse.

Les deux hommes ressortirent de leur méditation et se regardèrent avec émerveillement. Jim avait retrouvé son aura jaune-orangée et Spock son halo vert.
Spock trouva Jim irrationnellement beau, Jim irradiait une telle force virile, une telle intelligence vive.
Jim trouva Spock majestueusement beau, aussi fort qu'un roc au milieu des pires tempêtes, son esprit était si admirablement clairvoyant et affûté.
Et leurs amours étaient plus puissantes que jamais, telles une forteresse contre tous les dangers de l'univers
Ils restèrent ainsi longuement à se regarder les yeux dans les yeux, silencieusement, leurs esprits au bord du S'thaupi, l'état de l'au-delà...

-Vous êtes réveillés. Enfin!

Il y avait une immense tristesse dans la voix de Bones. Jim et Spock se tournèrent vers lui. Il se tenait à l'entrée de la chambre et était accompagné par Azhular. À leurs vêtements froissés, il était visible qu'il dormaient à l'infirmerie, sur le qui-vive, dans l'attente de leur réveil.
Ils virent les traces de larmes sur le visage de Jim et sur la chemise médicale de Spock qui était trempée, mais n'en firent aucun commentaire
Le Klingon tenait un petit sac qu'il déposa avec précaution sur le lit sans un mot. Jim l'ouvrit et une raie de lumière en sorti. Son cœur se serra

- Le collier de Ève. Dit Spock impassiblement.

- Merci, Azhular.

Bones renifla et grommela :
- Je vois que vous continuez à faire vos trucs de lumière. Même Azhular en fait maintenant!

- Un jour, j'ai dit à loQ be'ni'wI que je lui enviais ce lien mental entre vous. Avoua Azhular.

- Elle vous a transmis une source de sa Saïshen afin que vous puissiez en développer un. Comprit Spock.

- Oui. Bougonna Bones. Ça n'est pas aussi impressionnant que pour vous, mais à présent, il m'arrive de briller dans le noir comme un fichu truc phosphorescent ! On a l'air fin en rouge et bleu tous les deux dans le noir! Et quand ce crétin de Troll se met en colère, je le sens même s'il est à l'autre bout du vaisseau!

- Je peux en dire autant à ton égard! Protesta Azhular par pure forme. En plus, tu es toujours en train de ronchonner!
La création de ce lien mental avec son bien-aimé était le plus merveilleux cadeau qu'on pouvait lui faire, et il savait que son amant ressentait la même chose.

Jim eut un sourire à la fois amusé et triste. L'éternelle mauvaise fois de ces deux-là vis à vis de leurs sentiments était la preuve que la vie continuait, et ce présent de Ève une confirmation de plus qu'elle voulait qu'ils soient tous heureux. Il partagea cette impression avec Spock qui acquiesça.

- Bon. Il faut que vous vous reposiez à présent. Décréta Bones. Ils vous tomberons tous sur le poil dès demain matin

- Et que vous mangiez aussi! Ajouta Azhular. Ne faites pas comme cette foutue bestiole qui a à peine mangé. Il a fallu que je la menace !

La version mère-poule-autoritaire du fier guerrier Klingon avait quelque chose de... réconfortant.

- Je vais juste prévenir vos parents. Dit Bones

Spock ne put se contenir de hausser un demi-sourcil. Jim se contenta de sourire doucement à ce tendre lapsus.
- Comment se porte Amanda? Demanda-t-il simplement

- Elle a beaucoup pleuré. Avoua Bones. Elle est venue veiller sur vous plusieurs fois par jour. Séjal l'a beaucoup aidée, il vous ressemble de plus en plus, à tous les deux, c'est assez étrange. Même votre père semble apprécier sa présence, même s'il n'en montre rien

- Logique, puisqu'il est le dépositaire de nos souvenirs. Commenta Spock impassiblement. D'être en contact avec mes parents a dû les réactiver.

- Elle doit le considérer comme un second fils. Ajouta Jim. Te voila avec un nouveau frère!

- Il est probable que Séjal ait expérimenté et développé des sentiments d'attachement à l'endroit de ma mère. Déduisit Spock. On peut logiquement déduire, connaissant l'empathie de ma mère, qu'elle a développé à son encontre des sentiments affectifs.

- Vous ne changerez décidément jamais!
Mais le reproche n'en était pas un, bien au contraire

Jim s'assit sur le lit
- Nous allons retourner dans nos quartiers

- Comment? S'emporta aussitôt Bones. C'est trop tôt! Vous devez rester ici en observation!

- Leonard. Dit simplement Spock d'une voix à la fois si calme et si douce.

Spock ne l'appelait jamais par son prénom. Leonard eut un temps d'arrêt et comprit le besoin d'intimité de ses amis. Il céda à contre-cœur
- ... d'accord.

ooo

Jim et Spock gardèrent leur pyjama médical lorsqu'ils retournèrent à leur cabine, escortés par Bones et Azhular. Ils marchèrent lentement, leurs muscles protestaient d'être ainsi sollicités après tant de jours d'immobilité. Ils ne croisèrent personne. Ils s'arrêtèrent devant leur porte.

- Maintenant, allez prendre du repos, tous les deux. Ordonna doucement Jim. Nous allons bien.

- Vous ne ferez pas de bêtises ? S'inquiéta Bones
Il savait à quel point la peine de ses amis, cachée sous cette calme apparence, devait être violente.

- Un Vulcain ne fait pas de choses illogique, Docteur. Répliqua Spock. Par conséquent, Jim n'en fera pas non plus.

- Et vous mangerez! Insista Azhular.

- Oui, promis, chef. Mentit Jim

ooo

Ils n'avaient pas dormi dans cette cabine depuis leur départ de Babel. Ils n'y étaient retournés que pour travailler ou changer de vêtement.

Il y avait sur le lit le dernier kabika que Ève avait ôté.

Ève avait la manie de laisser régulièrement traîner ses petites affaires, et de les perdre parfois, quand ce n'était pas Jim qui les déplaçait et les cachait pour la taquiner.

Sa brosse à cheveux était sur la table basse, son pad sur le lit, sa tasse de thé vide à coté de son coussin de méditation... pour un peu, ils auraient pu s'attendre à ce qu'elle sorte de la salle de bain pour leur réclamer un bisou ou les prendre en photo... ou chercher sa brosse.

Spock posa le pad et le collier de Ève à coté de sa brosse à cheveux. Pour une fois, il ne se donna pas la peine de la ranger dans la salle de bain, comme il le faisait presque chaque jour... ces quelques cheveux entremêlés dans les soies de la brosse étaient tout ce qui leur restait d'elle.

Jim prit la main de Spock, sans un mot. Tout d'eux s'allongèrent sur le Kabika. Il y avait encore sa douceur odeur, à peine perceptible, mais bien présente. À nouveau, Jim versa leurs larmes puis Spock contribua à apaiser leurs esprits. Ils s'endormirent enlacé.

ooo

à suivre
Va-kah'ru Dif-tor [Réapprendre à vivre]
Jim et Spock se réveillèrent en même temps, très tôt le lendemain matin.


J'espère que le comportement de Spock et Jim ne vous a pas apparu trop OOC...
en même temps, l'un et l'autre ont forcément un peu changé depuis le début de cette aventure.

ooo