Hey !

J'avais prévenu du retard sur ma page facebook (n'hésitez pas à aller voir, en plus de prévenir d'éventuels retards ou autre, je commence à mettre des choses dessus et à parler de certains projets ^^... peut-être même que je finirai par glisser des extraits des chaps à venir pour cette fic ;D), c'était vraiment impossible le week-end dernier. J'avais prévenu de toute façon que je postais toutes les semaines sauf circonstances exceptionnelles, on a tous nos vies, des fois y a des contretemps, voilà voilà x).

Après, honnêtement, je me demande si je ne vais pas me mettre à décaler la publication de manière systématique. Vous le savez, je suis encore en train d'écrire la fiction, et j'ai d'autres projets qui me taraudent l'esprit. Quand je poste, je dois relire, effectuer des corrections et des modifications, et déplacé ce que j'ai corrigé et relu sur trois sites, c'est assez long à faire toute les semaines ^^". De plus, vous allez vite vous en apercevoir, à partir de ce chapitre, à part quelques chapitres de transitions, ça devient vraiment long. On entre dans le cœur du récit et tout va devenir important. Je préfère vous laisser deux semaines après chaque lecture plutôt que de vous bombarder chaque semaine d'un lourd pavé riche en information, quand bien même je risque d'être aussi frustrée, c'est peut-être mieux pour vous x).

Enfin, j'ai vraiment pas envie d'être relou mais j'ai remarqué qu'il y avait moins de retours en ce moment, bon les cours ont repris et je l'ai dit plusieurs fois, je suis reconnaissante envers ceux qui commentent et personne n'est obligé, mais je vois que les vues sont toujours aussi importantes, même plus, ainsi que les nombres de follows/favs. Si déjà ça me fait plaisir, vous l'aurez compris, je tiens malgré tout aux réactions des personnes qui lisent, c'est aussi naturel de la part d'un auteur ^^". Donc j'imagine que si je mets plus de temps à poster, ça vous laissera plus de temps pour lire et commenter, et au final tout le monde sera content :).

Y aura peut-être quelques exceptions, genre, si j'ai vraiment envie de poster le chapitre, ce qui est le cas du 17 donc je ne sais pas si je ne commencerai pas à décaler à partir du 18, je verrai bien :).

Ceci dit, on arrive au milieu de la fiction, et aux moments les plus importants :). Pour ceux qui se demanderaient, j'ai fini le chap 29, je suis en cours d'écriture du 30 mais ça risque d'avancer lentement x)). Plus que trois pour la partie 1 :).

Le jour 'Bad Blood' est en 3 chapitres + une nuit de transition, et je pense que le titre envoie déjà la couleur...

Bonne lecture !

Edit du 06/06/18 : Merci à Ookami97 pour la correction !

Réponse anonyme :

Emelynn21 : Merci de ta review :) ! Je suis contente que tu aies aimé :D. Disons que j'alterne déjà régulièrement entre Kanda et Allen, mais si c'est peut-être plus centré sur Allen, c'est parce que depuis le début l'histoire était centrée sur lui, Kanda était plus en retrait ^^. C'est donc plus logique qu'on ressente que son point de vue est dominant, au niveau de la construction narrative :). Néanmoins, j'essaie aussi de m'en éloigner, donc si tu regardes bien, le point de vue de Kanda devient lui aussi de plus en plus important. Pas d'inquiétude, certains chapitres seront centrés sur lui ;) (Celui-là l'étant pas mal, tu verras x)). Je change aussi de point de vue quand j'estime que c'est plus intéressant d'avoir celui d'Allen/de Kanda, donc c'est calculé :). J'espère que ça te plaira :). Bonne continuation à toi aussi :3.

Dedeykagamine : Merci pour ta review :) ! Haha oui cette dispute était assez violente pour Allen, mais c'était assez soft, encore x)). Quant au fait qu'il soit enceinte un jour, mystère ;). Je suis contente que mon chapitre t'ait plu :3. Après pour l'autre partie de ton commentaire, quand tu dis que "pour une lectrice, que Kanda trouve Allen mignon veut tout dire", j'ai envie de dire que tu touches dans le mile de ce que j'ai envie de contourner avec cette fiction :p. Donc non, ça ne veut pas tout dire ;). C'est encore du platonique à ce stade, et ça va le rester encore un peu :p. Patience ! Pour la fin, on n'en est qu'à la partie 1, tu vas un peu vite en besogne mdrr. Je dois te dire honnêtement que je n'ai pas encore décidé si la toute fin de la fic était heureuse ou pas ;). Après, pour ton interprétation du manga, j'avoue être partagéee... DGM pourrait avoir une fin heureuse comme une fin malheureuse, ça dépend x). L'idéal serait, selon moi, quelque chose de mitigé, pour ne pas tomber dans le cliché extrême de la fin malheureuse pour ne pas faire un happy-end et pour éviter le happy-end niais car mal amené. C'est peut-être indicateur de ce que je compte faire ici ;). Bises :3.


Ce matin commençait leur quatrième journée ensemble.

« Tu te lèves tôt, Bakanda.

—J'vais m'entraîner.

—Déjà si tôt ?

—Ouais. »

Kanda s'était en effet réveillé plutôt de bonne heure, il ne devait pas être plus de huit heures, et vu que, pour la première fois depuis qu'il s'occupait d'Allen, rien n'avait dérangé sa nuit, il se sentait en forme, prêt pour un bon entraînement. Lui et Allen avaient dormi ensemble, à nouveau, le blandin le lui avait demandé timidement, mais Kanda avait répondu sur un ton impuissant qui signifiait que ça allait sans dire. Il n'y avait que la nuit de la veille, où ils s'étaient endormis ensemble qui s'était déroulée sans crise, si on oubliait le cauchemar. Kanda comprenait le calcul. Heureusement, le gamin ne faisait pas non plus de cauchemar toutes les nuits. Évidemment, quand il avait émergé, éloignant le corps du blandin confortablement blotti contre lui, il l'avait réveillé. Kanda savait que tout se produirait comme les autres jours, et qu'il en serait sûrement ainsi, une répétition de mêmes actions et interactions semi-irritantes jusqu'à l'étape suivante. Moyashi aussi. Ce dernier ne lui lança qu'un regard équivoque pour lui réclamer implicitement de quoi manger, conscient que Kanda savait maintenant ce qu'il avait à faire.

La vie suivait sa boucle. Allen déjeuna tranquillement pendant que Kanda s'entraînait. Kanda revint, ils lurent quelques temps. Moyashi lui parlait de temps en temps, Kanda répondait à demi-mots ou parfois de manière à peine plus investie, l'autre finissant par se lasser. Kanda se disait que visiblement, les crises n'étaient pas pour aujourd'hui non plus. Toutefois, si Moyashi avait moins mal, ça ne devrait plus être très long. L'infirmière l'avait dit. Demain, après-demain ? Peut-être, peut-être pas. Attendre, c'était très chiant pour le kendoka. D'autant qu'il digérait mal sa réaction de la veille. Pas que celle de la veille, enfin, celle-ci était encore une perte de contrôle trop importante. Pas physique, mais émotionnelle. Qu'est-ce qui était pire, au fond ? Les deux étaient à égalité, elles le concernaient lui, son être. Avec le recul, il devait l'admettre, bien qu'il l'ait nié précédemment, il avait bel et bien été quelque peu attendri par le blandin. Ce n'était pas si étrange de sa part, étant donné qu'il recherchait désespérément une femme qu'il avait connu dans son autre vie, l'amour et l'engagement n'étaient pas des choses avec lesquelles Kanda déconnait. Qu'il puisse être touché par une conception humble et concrète de ces relations venant de l'oméga n'avait rien de très étonnant. Mais, avec sa retenue face à leur presque facilité à dialoguer, ça n'arrangeait rien. Les pour et les contres étaient les mêmes. Kanda aurait dû s'en sentir plus à l'aise, s'il n'avait pas été lui, comme Moyashi se sentait plus à l'aise, l'alpha pouvant littéralement le sentir. D'ailleurs, depuis que Moyashi était un peu plus détendu, Kanda récupérait plus de contrôle sur lui-même et les sentiments d'irritations reprenaient le dessus. Presque comme au réveil d'une anesthésie. Ça aurait pu le détendre complètement. Quelque part, ça y manquait presque. Mais Kanda était Kanda, celui qui s'était juré de ne pas refaire la même erreur qu'avec Alma, et de ne vivre que pour retrouver cette femme.

Il ne pensait vraiment pas qu'il y avait un risque de nouer quoique ce soit avec Moyashi. Rien. Nada. Cela dit, il ne voulait pas que Moyashi pense qu'il y avait une possibilité. S'il le confortait dans cette idée, volontairement ou non, quand Kanda voudrait remettre les choses à leur juste place, ça allait le blesser. La situation aurait été autre, Kanda s'en serait fichu, ce serait seulement sa faute pour avoir des espérances irréalistes. Seulement, c'était avant ses foutues chaleurs. S'il devait en arriver là avant que ce soit fini, il ne voulait pas être envahi d'émotions négatives à son encontre provenant du blandin, de la culpabilité s'il pétait encore un plomb avec sa sensibilité. En clair, il préférait éviter ça. Pour ce qui suivrait après, ses pensées étaient neutres. Se mettre définitivement le Moyashi à dos ne le gênerait pas plus que ça, une fois qu'il serait débarrassé du lien et de son obligation d'alpha. Peut-être que de ce point de vue-là, lui aussi agissait en hypocrite pour le moment, en faisant semblant de copiner avec lui sans que ce soit le cas, autant en apparence que dans le fond à cause de ses pensées. Moyashi pouvait dire ce qu'il voulait, lui ne croyait pas totalement à son 'on discute, mais on ne deviendra pas amis', il était clair qu'il était trop curieux pour que ce soit juste ça, il espérait l'avoir à l'envers, stupidement. Non, aucun peut-être, c'était clairement le cas, il était hypocrite. Kanda enrageait à cette idée, mais il n'avait pas le choix.

Vivement que ce soit terminé, bordel, pensait-il.

Dire qu'il y a encore quelques jours, Kanda était bien content que Moyashi et lui en soient pratiquement venus à se détester, car ça évitait tout rapprochement et favorisait la disparition de leur lien. Et dire qu'il étaient obligés de se comporter comme s'il y avait plus que ce lien indésirable entre eux, avec tout ce qu'il faisait pour lui. Oui, Allen ne voulait pas en profiter, il le lui avait répété tant de fois et ça se voyait bien à ses réactions qu'il n'aimait pas être si dépendant. C'était partagé, bien entendu. Kanda était, quelque part, égoïste. Il le savait très bien. Il n'avait toujours vécu que pour lui-même, que pour ses propres désirs et ses propres rêves. Il n'avait pas l'habitude et n'avait jamais eu la moindre envie de faire passer un autre avant lui. Surtout Moyashi, avec leur mésentente. Il avait donc hâte que le blandin ne soit plus obligé de dépendre de lui, de retourner à son existence égocentrique. S'il se forçait à rester neutre, que voir l'oméga si faible et si désespéré alors que ce n'était pas habituel le rendait moins en colère, cette colère ressurgissait à certains instants. Il ne pouvait pas totalement lutter contre ses réactions naturelles. Surtout qu'il commençait à saturer d'être tant sollicité.

Retenant un soupir, l'alpha lorgna le blandin, à côté de qui il se trouvait encore couché, près mais pas collé. Allen se tourna vers lui.

« Ça ne va pas ? Tu as l'air irrité, depuis ce matin. »

Kanda ne retint pas son soupir, cette fois, et haussa les épaules.

« Pas plus que d'habitude. »

Allen eut un rire, comme s'il s'agissait d'une blague, alors que c'était de la simple lucidité, et insista :

« Non, vraiment, tu as l'air ailleurs. »

Moyashi débordait de bon sentiments et d'intérêts pour sa personne, se croyant bien gentil, mais valait mieux pour lui qu'il ne creuse pas la discussion de ce côté-là, car si Kanda lui expliquait sa morosité, il aurait encore droit à une déferlante de culpabilité, et se prendrait encore son choix dans la gueule. Autant par sa conscience que par un argument du gamin. Puis, en même temps, Allen était con. Y avait pas de raison d'être irrité ou 'ailleurs' ? Peut-être qu'être coincé quatre jours sans pouvoir faire ce qu'il voulait, pour il ne savait pas combien de temps encore, n'était pas assez à son goût ? Kanda en avait, bêtement, marre. C'était naturel.

« J'suis de mauvais poil. »

Une réponse honnête, il espérait que Moyashi ne chercherait pas plus loin. Allen soupira à son tour.

« Je vois. »

Puis, il ajouta :

« Moi aussi, j'en ai marre. »

Il avait donc compris. Kanda ne voyait pas de raison de renchérir, il n'allait définitivement pas passer ses nerfs sur l'oméga, alors il se tut. Allen était obligé de se rendre compte qu'il ne trouverait pas un partenaire réceptif à la conversation avec le Japonais. Kanda, lui, se rendait compte qu'il avait quand même envie de communiquer. Il le sentait à la façon dont son essence émotive semblait venir vers lui, il cherchait juste comment le faire sans l'énerver. Kanda eut envie de lui lâcher clairement de ne pas essayer. Il ne savait pas trop ce qui le retenait. Enfin, si. Il prendrait inévitablement un ton ferme et catégorique, désagréable, et il savait que l'oméga n'aimait pas se sentir rabroué dans son état. Bordel, c'était pire que s'il avait été littéralement en sucre, comme sa foutue odeur. S'il ne fallait pas supporter l'odeur, il s'en serait foutu et l'aurait fait quand même, mais la moindre essence émotive négative du blandin se répercutait sur lui et déclenchait une culpabilité inhabituelle chez lui. Allen n'avait aucune putain d'idée de l'effet qu'il avait sur lui.

L'oméga demanda :

« Tu te souviens quand je t'ai proposé qu'on fasse un jeu ? On pourrait ? »

Kanda souffla. Tout ça le soûlait.

« Moyashi… Tu vas te vexer et puer, mais j'ai envie d'avoir la paix. Et n'insiste pas, sinon je vais me fâcher. »

Allen eut un mouvement de recul. Il hocha la tête, dépité, mais ayant toujours l'air sincèrement désolé. Odeur accompagnant l'apparence.

« Très bien. Plus tard, peut-être ? Ça arrangera peut-être ton humeur, ça sera amusant ! »

Kanda grogna.

« Tu me fais chier. Je lis encore deux chapitres.»

Allen eut un énorme sourire et se replongea sur son livre lui aussi, satisfait. Kanda fronça les sourcils. Il avait râlé, mais encore cédé. Allen sortait encore victorieux, faisait encore ce qu'il voulait de lui. L'épéiste s'accrochait à l'idée qu'il n'avait pas le choix avec ses chaleurs, et tout ce qu'il savait. Mais il se demandait pourquoi tout ça lui tombait dessus, à lui. À eux. Qu'est-ce qu'ils foutaient liés, bordel ?! Ce n'était pas la première fois que Kanda s'interrogeait, il imaginait qu'Allen faisait de même. Ils n'auraient sans doute jamais la réponse à cette question. Lorsqu'il finit de lire, il referma son livre, se demandant ce que le gamin allait encore lui inventer. Allen lui dit qu'il terminait sa page et ferma le sien à son tour.

« Bon, c'est quoi, ton jeu ? »

Kanda n'avait pas plus envie de participer que tout à l'heure, mais si ça pouvait distraire son esprit, pourquoi pas. Le blandin s'assit au centre du matelas, Kanda poussant ses jambes, et pivota son corps vers lui, expliquant, les mains croisés sur son pyjama blanc.

« En fait, c'est un peu bête, j'avais déjà joué à ça avec Lavi quand on s'ennuyait et c'était amusant… On pourrait commencer par dire un mot, et l'autre doit trouver un mot en rapport avec le mot prononcé, puis ainsi de suite, et celui qui ne trouve rien a perdu. »

Kanda haussa un sourcil.

« C'est quoi ce jeu de merde ? Vous avez six ans ? »

Allen ne se laissa pas moucher. Il haussa les épaules.

« Ça fait passer le temps, et ça peut devenir amusant, Bakanda !

—Donne un exemple. »

Kanda n'arrivait pas à croire qu'il agréait à ce jeu ridicule. Fallait avouer qu'ils se faisaient chier, mais quand même…

« Eh… C'est un peu nul, mais si je dis orange, tu peux dire fruit, puis je dis arbre, tu dis feuille, je dis fleurs, tu vois le truc ? »

Le Japonais plongea le visage dans sa main.

« Ça vole vraiment pas haut chez toi et le Baka Usagi.

—Tu peux parler, Bakanda ! Puis je t'ai dit, c'est un exemple nul, mais c'est drôle ! »

Kanda ignora son argument, se concentrant sur son 'tu peux parler'.

« J'en suis pas à ce point-là… »

Allen fronça les sourcils, fâché.

« Bon, t'acceptes, ou pas ? »

Kanda croisa les bras, fixant le plafond.

« Commence. »

Allen réfléchit, se rallongeant confortablement et posant l'index au coin de ses lèvres.

« Soleil. »

Kanda eut un rictus cynique, ne voyant pas en quoi ce jeu pouvait être drôle. Indifférent, il répondit :

« Pluie. »

Allen répondit « Vent.

—Froid.

—Chaud. »

Kanda devait quand même l'avouer, ça stimulait son esprit dans d'autre direction que ce qui l'emmerdait.

« Été.

—Hiver.

—Geler.

—Fondre.

—Glace.

—Nourriture. »

Cela eut le mérite de causer à Kanda un certain amusement. Conscient qu'il allait faire râler le Moyashi, il rétorqua sarcastiquement :

« Obsession. »

Allen rougit et tonna.

« Bakanda, joue sérieusement !

—Je suis sérieux, Moyashi. »

Il se foutait sérieusement de sa gueule, en l'occurrence, et Allen le savait. Sous les yeux du kendoka, le plus jeune adopta un sourire cynique, quelque peu semblable au sien :

« Soba. »

Au tour de Kanda de froncer les sourcils.

« J'suis pas obsédé par les Soba. »

Allen secoua la tête.

« Je t'en prie, t'en mange à tous les repas. C'est pire qu'une obsession. C'est avec eux que t'aurais dû être lié. »

Piqué au vif, le Japonais eut un claquement de langue énervé, fusillant le blandin du regard.

« Je t'emmerde, Moyashi.

—C'est Allen ! »

Et le débile lui tirait la langue. Kanda reprit quand même :

« Nouilles.

—Frites.

—Sel.

—Sucre.

—Dégueulasse.

Délicieux. »

Conscient que c'était son odeur qu'il avait insulté, Allen avait volontairement mis de l'emphase sur le mot « délicieux ».

« Indigeste. »

Finalement, Kanda avouait que ça l'amusait un peu. Comme lorsqu'ils discutaient en ne tombant jamais d'accord, le Moyashi et lui trouvaient presque toujours des oppositions à se rétorquer. Ils continuèrent quelques instants, ayant eu quand même quelques blancs et quelques pauses réflexions, durant lesquelles ils s'étaient taquinés sur le fait d'abandonner ou non, retrouvant leur certaine rivalité. Ils arrivèrent alors au mot agréable, que proposa Kanda. Allen y rétorqua 'sourire'. A cet instant, Kanda marqua une longue pause. Le visage d'Alma s'était matérialisé devant lui, et il l'avait bien vite associé au sourire amusé du blandin. Il en fut irrité, son amusement tué dans l'œuf, et resta sans répondre.

Loin de connaître ses pensées, Allen en déduisait qu'il avait gagné.

« Je me doutais que tu aurais du mal à rétorquer avec ça. Le sourire, tu connais pas trop. »

Il se fichait encore de lui. Kanda grogna.

« Ferme-la, Moyashi.

—C'est pas bien d'être mauvais perdant, Bakanda.

—J'suis pas mauvais perdant. C'est qu'un jeu d'enfants.

—On s'en fait un autre ? »

Il souriait. Kanda hésita. Faire l'imbécile avec le Moyashi ne lui apparaissait pas si désagréable que ça, et son humeur était un peu en hausse, mais est-ce qu'il avait envie de continuer cette mascarade trop longtemps ? Kanda était un peu perdu, et il avait vraiment besoin de faire le point sur ses pensées. Il ne savait pas si c'était vraiment le moment pour se laisser aller au risque de le regretter, avec ses oscillations. En même pas quatre journées complètes, Kanda avait dû faire face à beaucoup de choses, et s'occuper du Moyashi avait pris des proportions considérablement importantes, sans que ce soit nullement son souhait. Il le savait, mais comme il l'avait pressenti, le vivre en vrai, c'était pire que ce qu'il pensait.

« Kanda ? »

La voix du blandin le sortit de son hésitation.

« Juste un. Après on arrête.

—D'accord. »

Allen n'était pas déçu. Ils jouèrent, et comme la première fois, Kanda se prit au jeu. Ils avaient passé en revue les synonymes 'd'idiot' pour s'insulter l'un l'autre. Quand Allen lui en proposa un troisième, arguant que ça devenait plutôt amusant, il ne protesta que pour la forme, et ils mangèrent d'abord. Lorsqu'ils s'arrêtèrent, Allen lui fit un sourire sincère, ni le sourire hésitant quand il avait peur d'être rejeté, ni le sourire narquois lorsqu'il se fichait de lui. Un sourire complice. Kanda n'y répondit pas, sachant toujours se contrôler pour ça, se contenta de lâcher un 'tch' blasé. Lui aussi avait pourtant ressenti cette espèce de complicité qu'il choisissait de refuser. Ce jeu de débile avait marché pour le mettre d'une humeur plus avenante. Sans déconner, ça lui donnait aussi l'impression d'être débile. Allen lui proposa finalement un autre jeu. Cette fois-ci, le but était de faire une phrase en rajoutant un mot ou groupe de mot chacun. Kanda accepta, entraîné par l'enthousiasme du plus jeune, et dut admettre que ça l'amusa également. En vérité, ce genre de jeux stupides, il en avait déjà fait avec Alma, et ça les amusait aussi tous deux, à l'époque. Kanda avait l'impression de retomber en enfance, et l'oméga soudainement plus joyeux à ses côtés lui rappelait d'autant plus son ami. Il ignorait ces pensées, qui l'assombrissaient intérieurement, et à chaque fois que Moyashi riait ou disait une idiotie, il se laissait distraire par ces pitreries enfantines. La contradiction s'enlaçait en lui. Kanda ne pouvait néanmoins s'empêcher de se demander :

Il m'énerve, je ne l'aime pas, et j'suis pas son pote, mais j'suis vraiment en train de déconner tranquillement avec lui, là ?

Kanda était partagé par tout ça. Mais au final, ils avaient bien dû griller deux bonnes heures avec toutes ces conneries. Allen ne proposa rien d'autre lorsqu'ils arrêtèrent, sachant que Kanda risquait d'en avoir marre à la longue. Il déclara juste qu'il allait faire une sieste et lui demanda l'autorisation de s'appuyer contre son flanc. Kanda accepta, content qu'il lui accorde la paix. Allen semblait proche de plonger dans le sommeil, mais il se tourna quand même vers lui, un sourire qui mangeait la moitié de son visage.

« Dis, Kanda.

—Quoi, encore, Moyashi ? »

Lassé, le kendoka haussait les sourcils, appréhendant l'idiotie s'il souriait comme ça.

« C'est plutôt cool, non, Bakanda ? On arrive à s'amuser ensemble et à bien s'entendre. Je dois dire que ça me fait plaisir. »

Ce fut la goutte de trop pour Kanda. Le Japonais ressentit une vive chaleur due à la colère montant brusquement en lui. Tout aussi violemment, il s'écarta d'Allen avec colère, et cracha :

« On s'entend absolument pas. C'est pas parce que je participe à tes conneries qu'on s'amuse. »

Allen, qui, il y a une minute, lui faisait un sourire des plus niais, changea totalement d'expression et n'eut pas l'air de comprendre.

« Mais tu t'amusais, toi aussi ! Tu as même eu une espèce de sourire, flippant, mais un sourire ! »

Kanda durcit sa mâchoire.

« J'ai pas souri. Je me foutais de toi.

—Bon, ok, mais et alors ? Tu avais l'air de t'amuser comme ça ! Y a pas à s'énerver. C'est pas grave, non ? C'est bien, au contraire, t'énerve pas ! »

Kanda avait envie de gueuler que c'était ce qui le gênait. Il ne voulait pas que ce soit bien. Et il n'arriva plus à retenir son ressentiment.

« J'en ai marre, Moyashi. » Sa voix froide causa au blandin d'être décontenancé. Kanda s'en moqua, continuant : « Commence pas à tout mélanger. Tout ce que je fais pour toi, c'est à cause de tes chaleurs, alors dis pas qu'on s'entend, parce que tu sais ce que j'en pense. Commence pas à te convaincre de ça, je te préviens. »

Allen bégaya :

« Mais… Kanda, je ne mélange rien, je sais très bien que tu le fais pour mes chaleurs, je te faisais juste remarquer qu'on s'était amusé ensemble, pourquoi tu le nies ? C'est pas un mal ! »

Il était perdu. Kanda se redressa brusquement. La forte colère qui brûlait en lui ne s'éventait pas malgré les émotions chamboulées du gamin.

« On ne s'est pas amusé, merde, Moyashi ! Si t'as eu cette impression, c'est certainement parce que toi tu étais amusé, ça fait plusieurs fois que j'ai remarqué que tu me refilais tes putains d'états d'âmes ! »

Allen fut choqué.

« Pardon ?

—Tu m'as bien compris. Tu te plains de ce que le lien te fait faire, mais moi je peux me plaindre de ce que ça me fait ressentir. Je sens tes émotions, je suis enfermé avec toi, forcément, je m'y perds, et putain, je vais finir par devenir taré. »

La culpabilité naquit inévitablement chez le blandin.

« Oh mon dieu, Kanda… J-Je ne savais pas, je…

—Tu recommences, bordel. Tu sens mauvais, et ça me fait me sentir coupable. Tu peux pas contrôler tes putains de sentiments au lieu de les laisser déborder comme ça ? »

Kanda commençait clairement à devenir méchant, à ne plus pouvoir contrôler sa colère, et Allen se sentit insulté. Évidemment, il l'était.

« Comment tu peux me dire ça ? Tu sais très bien que je n'y suis pour rien et que dans cet état je ne…

—Je dis ça parce que ça me fait chier ! »

En l'occurrence, il craquait.

« T'as pas idée que si tu te sens coupable, c'est peut-être que ta conscience existe, au lieu de m'accuser moi ?

—Va te faire foutre !

—Mais arrête de gueuler, si tu ne gueules pas je vais me calmer et tu ne seras plus influencé, c'est de ta faute si je sens comme ça ! »

Cela fit enrager l'alpha.

« J'vais pas arrêter, non. Je suis pas un chien que tu peux tenir en laisse pour faire tes quatre volontés. Dès que je fais quelque chose, il en faut encore, dès que je te cède une fois, il faut que je continue. Je te laisse me sentir, je dors avec toi, je dois t'aider pour tout et maintenant je te laisse me parler. À chaque fois, y a que toi que ça arrange, et t'es bien content comme ça.

—Je te demande pardon, Kanda ? Qu'est-ce que tu es en train d'insinuer ?

—Je t'ai bien vu te frotter joyeusement contre moi hier. Fais pas l'innocent. »

Allen fut défiguré par la colère et la rage.

« Espèce de sale connard ! » jura-t-il, « Je ne me suis jamais 'frotté joyeusement contre toi', j'essaie juste d'être détendu et de ne pas m'en faire pour mes pulsions, parce que ça m'énerve mais je ne peux rien y faire, j'essaie de l'accepter, et tu devrais faire pareil ! Puis si tu voulais pas qu'on se sente, t'avais qu'à dire non ! »

Kanda serra les dents. La colère était sourde dans sa voix.

« Comme si je pouvais dire non, Moyashi. » Allen allait protester, mais Kanda reprit : « Il est hors de question que j'accepte d'être esclave du lien.

—Moi aussi, je pense comme ça. Il y a des choses que je peux pas accepter, mais il y en a certaines pour lesquelles ça ne sert à rien de lutter. Je comprends que tu sois fâché pour le reste, même si c'est pas de ma faute, mais pour l'instant, tout ce qu'on a fait, c'est jouer ensemble, est-ce qu'il y a vraiment de quoi sauter au plafond comme ça ?! »

Kanda secoua la tête.

« Oui, parce que tu en fais un acte d'amitié, Moyashi !

—J'ai dit qu'on s'entendait, j'ai pas employé le mot amitié.

—Me prends pas pour un con. Les amis s'entendent, et je veux pas m'entendre avec toi, faut te le rentrer dans le crâne, alors tes bons discours de petit con niais tu te les garde. »

Allen déglutit. Il sentait la blessure, mais surtout la colère.

« T'es qu'un sale enfoiré. Dire que pendant un instant j'ai vraiment cru que tu pouvais être gentil… » Kanda le regarda avec méchanceté, prêt à lui asséner que quoiqu'il ait cru, il s'était fait des fausses idées. « Alors on a joué sans s'entendre, si c'est ce que tu veux que je dise. Laisse tomber, on le fera plus, j'ai compris. Mais je t'en prie calme-toi, Kanda, arrête d'être si énervé contre moi. Je suis vraiment désolé pour ce que te font mes émotions, je vais essayer de les contrôler mais-

—Ferme ta gueule, » coupa Kanda, « on sait très bien que t'es pas foutu de le faire. J'en ai ras les couilles. »

Désemparé, Allen le fixait. Il cria à son tour :

« Mais qu'est-ce que tu veux, à la fin ? Où est-ce que tu veux en venir à me crier dessus comme ça ? Tu dis que t'en as marre que je m'excuse, et tu me fais des reproches ! Comment je dois réagir, hein ?!

—J'me tire, c'est tout. »

La façade d'Allen se décomposa. Kanda vit la peur dans ses yeux et l'incompréhension. L'ignorant, il sauta sur ses pieds, enfila sa veste et ses chaussures, avec la ferme intention de sortir de la chambre.

« Kanda ! Attends, tu vas pas me laisser comme ça, si ?! Tu m'avais promis que…

—Ta gueule. »

Sans écouter ses jérémiades ni ses appels, Kanda le laissa. Il ne partait pas définitivement, à cause de ses promesses. Mais il était vraiment énervé, et il avait besoin d'être seul. Méchamment, il voulait que le blandin croie qu'il ne reviendrait pas. C'était horrible, mais c'était une manière sournoise de le punir après tout ça. Encore un mauvais sentiment, le kendoka le savait. Une certaine culpabilité était déjà là, en lui, parce qu'il savait très bien qu'il réagissait mal et que ses actes étaient malveillants. Une part de lui jugeait que c'était amplement justifié, l'autre pensait qu'il avait tort. Kanda préférait écouter la première que la seconde.


La porte venait de claquer, et Allen ne comprenait plus rien. L'espace d'un instant, Kanda et lui avaient partagé un moment qu'il qualifierait de complicité, il avait réussi à faire en sorte qu'ils s'amusent ensemble et se taquinent gentiment, et il avait suffi qu'il le fasse remarquer au Japonais pour qu'il change brutalement et redevienne le Kanda-connard qu'il était lorsqu'ils avaient découvert leur lien. Pire encore, il était parti et l'avait laissé seul. Allen avait peur qu'il ne revienne pas. Il ne pouvait pas le croire. Kanda lui avait rabâché qu'une promesse était une promesse, que ça le faisait chier mais qu'il resterait, et il changeait d'avis juste parce qu'il avait mis l'amélioration de leur rapport en évidence ? Allen ne comprenait pas cette réaction. Une part de lui pensait qu'il avait juste craqué, que c'était momentané et qu'il reviendrait après s'être calmé. Mais l'alpha ne lui avait même pas laissé un vêtement, la seule chose qu'il avait laissé était les livres… Allen avait peur qu'il soit parti pour de bon. Dans ces conditions, il ne voulut pas paniquer ni pleurer. Il ne voulait pas donner encore raison à Kanda sur son caractère pathétique et son incapacité à se contrôler.

Intérieurement, il paniquait quand même. Et il était toujours si paumé. L'Anglais avait tout expliqué au Japonais, s'était platement excusé, au risque de paraître lourd ou stupide, sachant justement que Kanda risquait de lui en vouloir pour tout ça. Il n'était pas con, il savait très bien que Kanda n'agissait pas de gaîté de cœur, et que leurs interactions positives étaient plus ou moins forcées. C'était pour ça qu'il était si content que Kanda et lui aient pris du plaisir à échanger ensemble en jouant, ça lui avait apparu comme quelque chose de sincère, qui n'était ni forcé par les chaleurs ni par les circonstances ou le lien… Il avait simplement voulu le faire partager à Kanda. En ça, il avouait sa bêtise. Bien sûr que Kanda allait se fâcher. Il avait sous-estimé sa mauvaise humeur. Qu'avait-il espéré ? Qu'il acquiescerait ? Qu'il sourirait ? Qu'il répondrait 'oui' ? C'était Kanda… Il comprenait son erreur, mais quoi ? Il ne pouvait rien dire de positif ?

Il avait cru avoir réussi à le convaincre que s'entendre était important pour lui. Il comprenait le caractère égoïste de sa demande. Il imaginait que même pour un alpha qui l'aurait aimé, ce n'aurait pas été agréable d'être enfermé avec lui et de gérer ses crises, avec les influences émotives en prime. Alors Kanda, pour qui il n'était sans doute même pas un camarade, devait vraiment avoir la situation en horreur. Allen imaginait qu'il regrettait sa décision, et il ne pouvait pas l'en blâmer. Mais ses arguments faisaient sens… La situation était intime, le prouvaient le fait qu'ils dorment ensemble et aient tant de contact, et qu'ils soient capables d'interagir convenablement ensemble n'était pas censé n'arranger que lui. En plus de ces problèmes, si Kanda était influencé à ce point par ses émotions, comme il le lui avait déclaré si agressivement, alors Allen craignait que ses autres crises risquent d'avoir un effet indésirable également.

Dans cette situation, il voulait qu'ils puissent régler ça à l'amiable, sans finir par s'en vouloir et se vouer une haine sans nom si quelque chose dérapait. Allen n'était pas naïf, il savait très bien qu'il serait sans doute plus 'esclave' de ses pulsions une fois que sa libido s'exprimerait, et si Kanda était affecté, et bien, un événement non-désiré était une possibilité. Allen n'avait aucune envie de coucher avec Kanda. Il le trouvait beau, mais ce n'était visiblement pas partagé et il n'y avait pas la moindre affection entre eux. Quand bien même, ça ne suffisait pas. Il n'était pas assez idiot pour croire naïvement qu'il suffisait qu'ils veuillent que ça n'arrive pas pour éviter le danger. Surtout avec l'influence du lien. Allen espérait qu'ils arrivent à gérer ça, mais si ce n'était pas le cas, c'était très important pour lui d'avoir un minimum d'entente avec Kanda. Ce n'était même pas car c'était sa première fois, il n'était pas particulièrement attaché à la symbolique de sa virginité, mais il voulait pouvoir expliquer à Kanda qu'il n'attendrait rien de lui sans qu'il ne se braque et ne le haïsse s'ils venaient à 'succomber'. Sur ce plan-là, il était réaliste et résigné. Bien sûr, ce n'était pas pour autant qu'il souhaitait découvrir le sexe avec un partenaire qui ne l'aimait pas et qu'il n'aimait pas. Dans l'idéal, il aurait aimé que ce soit un échange d'amour, se donner avec conscience, mais les choses ne se passaient pas toujours comme voulues.

Ce n'était pas un problème actuel, mais il y avait réfléchi. Toutes ces raisons faisaient qu'il avait besoin d'une entente avec l'alpha. Même un semblant, même en sachant qu'il n'y aurait rien après ses chaleurs, il voulait se sentir tranquille vis-à-vis des répercussions de leurs actes.

Quelque part, il aurait préféré revenir à la relation qu'il partageait avec Kanda avant le lien. Allen le réprimandait, Kanda gueulait, il y avait de l'animosité entre eux mais ça n'allait jamais très loin, et Allen pensait que Kanda appréciait plutôt s'engueuler avec lui, comme lui. Ils quittaient parfois ces échanges en étant irrité, bougonnant l'un contre l'autre, mais c'était simple. Il n'y avait pas d'insulte vicieuse, pas de méchanceté gratuite. Amusant qu'un lien, qui était censé rapprocher les gens, avait pour ainsi dire bousillé les relations qu'ils entretenaient.

Si Kanda revenait, il essayerait de lui réexpliquer, quitte à aborder les sujets un peu plus gênants, au risque de le faire fuir mais aussi pour se faire comprendre, et il commencerait par lui demander pourquoi il avait eu une réaction si violente… Si seulement le brun revenait.

Mains tremblantes, Allen avait lu, attendant que le kendoka ne revienne ou non, sachant qu'il ne pourrait pas faire mieux. Puis, il réalisa que Kanda avait oublié son pyjama, sous son oreiller. Allen n'osa pas prendre son haut pour le sentir, comme il n'en avait pas eu l'autorisation. L'oméga se dit qu'il viendrait certainement le chercher, mais au fond, ce n'était qu'un pyjama. Il réprima la peur qui enserrait son cœur. Si Kanda ne revenait pas, comment ferait-il ? Rien que la pensée le terrifiait. Timcanpy, qui était tranquillement posé sur son bureau, vint se poser contre son torse pour chercher à le consoler. Allen eut un faible sourire, que la peur effaça bien vite.

Kanda passa un long moment seul, à errer, en cherchant à ne croiser personne parmi ceux qui lui adressaient la parole : Lavi, Lenalee, Marie. Il ne voulait personne pour lui demander comment ça se passait avec Allen, ni pourquoi il se terrait dans son coin avec une humeur massacrante. Il s'était d'abord entraîné, puis était monté à l'étage des plantes, s'était occupé de ses fleurs, et avait été ravi de se retrouver seul avec lui-même, hormis les sentiments encolérés qu'il se trimballait. Il y était resté, même après avoir fini son jardinage, sachant que personne ne viendrait le faire chier ici et qu'il pourrait penser en paix. Il avait réfléchi à sa colère, à ses sentiments pour le moins confus envers le Moyashi et ses responsabilités envers lui. Il avait toujours conscience que sa réaction était mauvaise, de sa méchanceté, mais la colère l'avait bouffé. Il s'était foutu en rogne et avait perdu le contrôle, fallait bien que ça arrive au vu de la situation. Allen avait eu de la chance qu'il ait passé trois jours en étant relativement indulgent, et qu'il ait cessé de l'être à l'instant où il avait été mieux. Quand il commença à se calmer, bien évidemment, Kanda fut envahi d'un sentiment coupable.

Il avait foiré.

Moyashi avait eu raison quand il avait dit que ce n'était pas de sa faute, et Kanda comprenait qu'il essaie de se détendre. Qu'il soit détendu lui était même personnellement agréable, puisqu'il était moins influencé par ses phéromones. Il savait qu'il n'aurait pas dû réagir comme il l'avait fait, mais ça l'avait mis littéralement hors de lui que Moyashi sous-entende qu'ils commencent à s'entendre, comme s'ils allaient devenir amis, et il avait laissé ressurgir le reste. S'il était honnête avec lui-même, Kanda avouait qu'il s'était effectivement amusé. Ce n'était pas la grosse déconnade, mais jouer avec Moyashi n'avait pas été mal. Il finissait par devenir plutôt indifférent à l'idée de dormir avec lui, d'échanger leurs odeurs ou de le laisser être proche. Pas que ça lui plaisait plus qu'avant, il n'avait jamais été très contact physique, mais ce n'était que pour un temps et ce n'était pas totalement désagréable non plus. Discuter, pareil. Moyashi pouvait être un peu lourd, s'énerver vite et avoir des remarques débiles, mais ça ne mangeait pas de pain. Kanda voulait bien reconnaître que ce gamin n'était pas un mauvais bougre, il était même trop gentil à son goût. Ça ne voulait pas dire qu'il pouvait l'apprécier, mais dans les faits, il ne le trouvait pas détestable. Juste très chiant.

C'était l'idée d'amitié qui était trop, car si lui était capable de séparer leurs interactions de l'amitié, il avait peur que Moyashi n'en soit pas capable et ne recherche plus. D'où son besoin violent de remettre les choses en place. Il savait qu'il pourrait essayer de lui expliquer son point de vue, mais Kanda avait plus l'habitude de gueuler pour affirmer ses positions que de s'étendre gentiment sur ce qu'il pensait. Il allait en avoir besoin, de toute façon. Il se résignait, mais n'en était pas moins tiraillé. Toute cette histoire allait trop loin pour lui, et il savait très bien qu'il n'était pas au bout de ses peines. Il avait été prendre une bonne douche froide dans sa chambre, et avait consulté son golem. Il aurait cru qu'Allen aurait utilisé Timcanpy pour le joindre, mais non.

Il était parti en milieu d'après-midi, lorsqu'il revint, la nuit commençait à tomber. La culpabilité grimpante, il se demanda dans quel état il allait retrouver l'oméga. Il pouvait très bien avoir fait une crise qu'il n'en savait rien et être encore en panique. L'idée l'effraya, et il fallait le dire, il s'inquiéta. Le couloir de la chambre du blandin, sans surprise, sentait mauvais. De la peur, de la colère, des sentiments diffus et entremêlés. Fortement concentrés. Kanda devina qu'il ne devait pas être très bien.

Il ouvrit la porte, chercha à tâtons l'interrupteur, et tomba sur la silhouette sombre du maudit, assit dans son lit. Kanda n'eut pas le temps de prononcer un 'Moyashi' qu'il se reçut un objet au travers du crâne, lancé avec violence.

Vaguement sonné, Kanda porta la main à son front, son sang faisant trois tours.

Le gamin venait de lui balancer un putain de livre ! Il aurait pu l'assommer, avec des conneries pareilles !

Donnant un coup de pied dans l'objet qui vola sous le lit d'Allen, Kanda s'approcha du maudit et le saisit violemment par l'encolure, levant une main, prêt à l'abattre sur le visage du plus jeune. Il s'arrêta au dernier moment, rencontrant le regard du blandin, qui n'essayait même pas se défendre ou de prononcer un mot. Kanda eut une sensation d'arrêt, dans laquelle il réalisa que quelque part, il l'avait mérité. Il était déjà fautif de la situation tendue, et frapper Allen aurait aggravé son cas. Il détailla le visage du blandin.

Son expression était fermée, il avait les yeux et les joues rouges, il sentait toujours un fort mélange de colère et de panique, de sorte que Kanda ne savait pas vraiment s'il était en train de pleurer ou s'il était en train de s'énerver. Sans doute les deux. Kanda le lâcha, s'assit au bord du lit, près des jambes croisées du blandin, qui baissait les yeux, toujours si sévère. Kanda ne s'était jamais vraiment excusé envers qui que ce soit de toute sa vie. Il avait beau le lui avoir proposé sous l'influence du lien, c'était de mauvaise foi. Allen avait refusé, et il savait très bien que c'était uniquement à cause des odeurs. Là, c'était sa connerie qui le poussait à s'excuser. Lui, Yû Kanda, se repentait réellement de sa colère. Entre Moyashi et lui, c'était compliqué. Kanda ne savait pas par où commencer. Sur le coup, il espérait que le gamin ouvre la bouche, parle, même pour lui gueuler dessus, pour lui donner une direction. Kanda était, c'était évident, paumé.

Ils restèrent comme ça quelques instants, Kanda attendant et Allen prostré. Enfin, la voix du blandin retentit à ses oreilles :

« Tu vas dire quelque chose, Kanda ? »

Le kendoka durcit la mâchoire.

« Qu'est-ce que tu veux que je dise ? »

Kanda sut qu'il sonnait con.

« Tu te fous de ma gueule ? »

La réponse d'Allen fut justifiée. Oui, bien sûr, il attendait des excuses. Kanda prit une profonde inspiration.

« Écoute, Moyashi…

—Non, toi, tu vas m'écouter. »

Kanda eut un mouvement de recul, surpris. Allen ne voulait pas d'excuses ? Il se tut, attentif aux paroles du blandin.

« C'est pas la première fois que je te le dis mais je te comprends pas, Kanda. Pourquoi avoir réagi comme ça ? Pourquoi m'avoir laissé seul pendant des heures ? Rien que parce que j'ai dit qu'on s'entendait bien ? Tu me détestes tant que ça ? »

Kanda grinça des dents. C'était évident, que le gamin allait le prendre contre lui, il était de ce genre. Ce n'était pas de sa faute, concrètement, même si Kanda le trouvait chiant. Il ouvrit la bouche pour parler, mais le blandin le coupa brutalement :

« Ferme-la, et laisse-moi finir ! » Kanda n'aima pas cette réaction, et voulut le dire, mais le flot du Moyashi l'interrompit encore. « Je te déteste. » Des paroles brutes et empreintes de colère que Kanda savait justifiées. « J'ai vraiment cru que tu ne reviendrais pas ! Tu as fait exprès de m'inquiéter, hein ? » Kanda ne baissait jamais les yeux devant quiconque, mais il dut lutter pour ne pas le faire. Une part de lui voulait rugir qu'il ne lui devait rien et qu'il n'avait pas à lui dire s'il revenait ou pas quand il partait. Ce n'était, il le savait, actuellement pas le cas. Et il avait fait le con, il savait très bien ça aussi. « Je comprends pas comment tu peux être si prévenant, parce que merde, tu l'as été, et après si méchant. Tu le fais pour mes chaleurs, mais si tu le fais, c'est que t'en es bien capable. Pourquoi tu préfères être un salopard alors que tu peux être autre chose ? Pourquoi tu es comme ça ? De quoi t'as peur ? »

Il reprit son souffle, et Kanda vit qu'il commençait à pleurer.

« Moyashi… »

C'était la seule chose qu'il pouvait dire, les joues gonflées d'un air irrité, impuissant.

« J'ai dit ta gueule, Kanda. J'ai pas fini. »

Le Japonais sut qu'il allait en prendre pour son grade, et il s'y résigna.

« Pour être franc, je sais pas trop quoi te dire de plus. Je t'ai tout dit. Que j'étais désolé. Que j'avais besoin qu'on s'entende pour mes chaleurs. Je n'aime pas non plus dormir avec toi, m'appuyer sur toi et faire tout ça. Tu le sais, bon dieu. Tu continues à ne penser qu'à toi, je ne sais pas quoi faire pour qu'on puisse dialoguer convenablement, toi et moi, et j'en ai marre d'essayer. Je sais que ce que je vais dire va t'énerver, mais si tu perds le contrôle à cause de mes émotions, qu'est-ce qui va se passer ensuite ? Je me suis préparé à l'idée que tu perdes le contrôle et si je n'en ai pas la moindre envie et que ça me fait peur, j'espérais aussi qu'on pourrait s'entendre au cas où ça arriverait. Tu peux crier que tu seras capable de te retenir et que rien n'arrivera, faut bien y penser. Je… »

Il essuya ses larmes, Kanda écoutait encore.

« Je ne sais pas quoi te dire de plus. Si ça ne marche pas, si tu continues à ne penser qu'à toi et à être égoïste, que tu en as si marre, et bien va-t'en. Laisse-moi seul, ramène-moi à l'infirmerie.

—Tu sais bien que tu supportes pas tes chaleurs sans moi, » Kanda le coupa sévèrement.

Les yeux d'Allen étaient incandescents.

« Je ne les supporte pas avec toi aussi. Si tu savais à quel point je regrette d'être né oméga, à quel point je déteste cette situation… Et si t'es pas capable de t'occuper de moi, vraiment, ne te force pas. Je préfère souffrir et être seul qu'être avec quelqu'un qui ne peut pas me supporter et s'amuse à me le faire savoir à sa guise. Si t'es là pour me faire encore plus de mal, et te faire du mal aussi, ça ne sert à rien. Alors pars, tu es libre. Laisse-moi. »

Les larmes roulaient sur ses joues et Kanda se sentit affreusement mal. C'était simpliste et stupide, l'épéiste savait qu'il était un imbécile, mais il se rendait compte d'à quel point il avait blessé le maudit, et à quel point il avait pu être égoïste. Kanda n'était pas totalement idiot, il avait eu conscience du fait qu'il blessait Allen. Les conséquences de son choix, le fait qu'il n'était pas le seul en jeu, que le Moyashi était celui qui était dans la merde, ce qui l'avait décidé à s'occuper de lui, le frappaient à nouveau. C'était lui, qui agissait comme un petit con. Kanda faisait exprès d'agir ainsi la plupart du temps et n'avait pas envie de bien se comporter. Pourtant, il allait le falloir, c'était à ça qu'il s'engageait. Kanda ne déconnait pas avec ses engagements. Et il venait pourtant de le faire. Ça le mettait inévitablement en colère contre lui-même. Il fallait qu'il prenne cette décision en connaissance de cause, en étant lucide et éveillé sur ce que ça impliquait. En ayant accepté de s'occuper du blandin, c'était à ça qu'il s'était ouvert, et il ne pouvait plus reculer.

« Je peux parler, maintenant, Moyashi ? »

Toujours larmoyant, Allen eut un mouvement d'épaule. Kanda prit un souffle. Il ne chercha pas à organiser ses idées, étant quelqu'un qui marchait mieux dans l'impulsion.

« Déjà, je t'aime pas, mais je te déteste pas. Je ne veux pas nouer d'amitié ou de lien avec qui que ce soit, pour des raisons personnelles. Tu ne peux pas comprendre, et n'essaie pas.

—Mais je compte pas empiéter sur ta vie juste parce qu'on parle ensemble, Kanda !

—Ta gueule, et laisse-moi parler, toi aussi. »

Allen se tut. Il continuait à renifler doucement. Kanda grogna. C'était difficile d'avoir une conversation normale avec quelqu'un pour lui, alors avec quelqu'un qui chialait…

« Je sais que j'ai été un connard avec toi. » Allen leva les yeux sur lui. « Je suis un connard, Moyashi. Tes chaleurs me changeront pas. Je sais qu'on est deux à ne pas aimer ce qui se passe, tu passes ton temps à t'excuser, mais ça t'empêche pas d'être chiant. T'y es pour rien, et t'es pas chiant exprès, mais c'est comme ça. J'en ai eu marre, j'étais de mauvais poil et je me suis lâché.

—Tu dis ça comme si ça excusait tout…

—J'ai pas fini, Moyashi, alors ferme-la, ou je te bute. »

Allen bougonna. Il lui avait pourtant fait le même coup.

« J'aurai pas dû, et je te préviens, je sais pas m'excuser. Je te l'ai déjà proposé en étant influencé par le lien, mais de moi-même, à chaud, j'y arrive pas, et j'sais même pas si j'en aurai été vraiment capable. Alors je m'excuse pas, mais ce que j'ai fait est mal et je le sais. J'ai promis que je m'occuperais de toi et j'ai pas changé d'avis. Je vais continuer à faire des efforts, et je promets que je ne m'énerverai plus comme ça. Si tu acceptes que je m'occupe encore de toi. »

Allen éclata littéralement en sanglot.

« C'est toi qui es parti comme si tu voulais pu t'occuper de moi, je te rappelle, sale Bakanda ! »

Ses sanglots augmentèrent, et Kanda eut le réflexe de poser ses mains sur ses épaules pour essayer de l'apaiser. Allen plantait des iris hésitants sur lui.

« Si je te dis que j'ai besoin d'un câlin, tu m'envoies chier ? »

Kanda soutint son regard.

« Non. »

Le blandin n'eut qu'un bref instant d'arrêt avant de lui sauter presque au cou, Kanda le réceptionnant sur ses genoux. Une de ses mains vint s'appuyer dans la nuque du blandin, lui enfonçant le visage dans son cou afin qu'il aspire son odeur. Les siennes étaient perturbées, et Kanda comprenait qu'il avait besoin d'être calmé, d'autant qu'il avait longtemps été privé de son odeur. Allen continuait de pleurer, et finit par chuchoter, les deux bras enroulés autour de lui.

« Je ne sais pas ce qui t'est arrivé pour que tu refuses une amitié avec quiconque, mais ce que je t'ai dit est vrai, je ne compte pas te forcer à me dire des choses que tu ne veux pas ni être une gêne pour toi. Puis tu crois vraiment qu'après que tu m'aies vu comme ça, j'aurai envie de t'adresser la parole ? Je serai tellement gêné de te croiser quand mes chaleurs seront finies, je crois que je ne pourrai pas le supporter… Je te demanderais juste de me pardonner pour tout ça, et d'oublier. »

Kanda comprenait Allen sur ce plan-là. Il se doutait qu'avec sa fierté, Moyashi devait vivre ses chaleurs comme une expérience traumatisante et qu'il n'acceptait pas de se montrer si faible devant lui.

« C'est pas ça le problème, Moyashi, et je le sais très bien. Laisse tomber. »

L'Anglais balbutia quelques paroles inintelligibles, avant de se reprendre et de demander :

« Tu as dit que tu ferais des efforts, mais t'as pas dit si t'acceptais qu'on s'entende. »

Bien conscient qu'il ne pourrait plus faire marche arrière après ça, Kanda ressentit un certain malaise, mais ne pouvait pas faire autrement.

« J'accepte. Si t'as besoin qu'on soit copains pendant tes chaleurs, on sera copains. Mais on se parlera plus après, et y a pas de négociation.

—Je viens de te dire que je voudrai pas, Bakanda ! Je plaisante pas ! T'imagine pas à quel point j'ai honte de moi… »

Kanda eut un certain rictus. Pas par rapport à la honte du Moyashi, ça lui inspirait plus de compassion qu'autre chose. Il trouvait qu'il avait bien de la chance d'être un alpha, il n'aurait vraiment pas supporté d'être un oméga. Allen était même plutôt digne de respect pour endurer ça, à son avis. Ce qui lui causait de l'amusement était qu'ils scellaient ainsi leur accord, et étaient dans la merde ensemble, jusqu'au cou, dans cette situation ironique au possible. Allen reprit :

« Kanda, tu dis que tu acceptes, mais est-ce que c'est parce que le lien t'y incite parce que je pleure ou est-ce que c'est toi qui accepte ? »

Kanda n'avait pas de mal à faire le tri. Les odeurs du gamin lui montaient facilement à la tête, mais non, il avait accepté en clair discernement. Paradoxalement, son pétage de plomb l'avait éclairé. Il répondit fermement :

« C'est moi. »

Le blandin pleura un bon moment, évacuant la pression qu'il avait ressentie et le Japonais se contentait de lui maintenir la tête au plus près de son cou, pour qu'il profite de ses phéromones.

Il le serrait contre lui, le laissait pleurer et se lâcher, espérant quand même qu'il ne finirait pas par partir en crise. Allen commença à se détendre entre ses bras. Kanda savait que la plupart des gens utilisaient des mots réconfortant dans ce genre de cas, massaient le dos ou l'épaule d'une personne en train de pleurer. Lui n'avait pas ces réflexes, mais marmonna un 'c'est bon' sec destiné à avoir cet effet. Allen inspirait son odeur, Kanda pouvait l'entendre le faire, et comme il pleurait moins, ça le détendait lui aussi en conséquence.

« Tu sens si bon, Kanda. »

Le Japonais en fut quelque peu décontenancé, Allen ne lui disait pas ça d'habitude, mais il imaginait que c'était un effet du stress. Il ne répondit pas, et le blandin se serrait plus contre lui. Kanda ne bougeait pas, acceptait sa proximité et n'essayait pas de le repousser. Il décida qu'ils resteraient comme ça jusqu'à ce que l'oméga soit calmé. Lequel reprit son souffle brusquement, d'une manière vive qui ressemblait presque à un gémissement. Le Japonais eut la pensée qu'il avait sacrément craqué, lui aussi. Naturellement. Fallait être con pour le laisser seul pendant des heures alors qu'il avait déjà du mal à supporter son absence une heure lorsqu'il allait s'entraîner... Kanda savait qu'il avait empiré la situation. Le gamin devait vraiment être dans un état émotionnel déplorable. Et réagir comme il l'avait fait alors qu'Allen essayait justement de se libérer de sa culpabilité pour se reprendre… Kanda savait qu'il l'avait sûrement accentuée, il l'avait ressenti par ses mots.

Ça le faisait, lui, se sentir encore plus salaud, et c'est pour ça qu'il acceptait tout ça.

Allen se mit alors à bouger contre lui, devenant plutôt agité, tout en le respirant bruyamment. Kanda repoussa son visage pour l'apercevoir, rencontrant des yeux brumeux et une expression absente, comme si le gamin était ailleurs, et ses mouvements ne s'arrêtaient pas. Il allait lui demander ce qui se passait, quand il sentit quelque chose de dur comme sa cuisse, et réalisa avec plus ou moins d'incompréhension.

Moyashi était passé d'en train de chialer à en train de se branler contre sa cuisse.

Kanda ressentit une violente douche froide, et avec elle une colère juste. Il ne pouvait tout bonnement pas accepter ça. Il repoussa violemment le blandin, et cette fois, il crut bien qu'il ne se retiendrait pas de lui coller une bonne claque, parce que si recourir à la violence avec un oméga en chaleurs n'était pas une bonne action, même lui voulait bien le reconnaître, ce qu'il faisait là en méritait une sacrée ! Et lui qui disait essayer de se contrôler et s'excusait au moindre écart ! Kanda ne comprenait plus, mais était fumasse et bien déterminé à en découdre. L'empoignant par le col, le secouant violemment, il hurla :

« Moyashi, bordel, t'as dix secondes pour m'expliquer ce que tu croyais faire avant que je te fasse une deuxième balafre ! »

Il réagissait exactement comme une bête en chaleurs.

Il n'était pas une bête, mais il était en chaleurs.

En voyant l'expression anéantie d'Allen, Kanda comprit. Il sentit, aussi. Sa main fut vite ramenée devant son nez. Il fut contraint de fermer les yeux. Putain, ce que ça sentait fort. Les crises du blandin étaient arrivées. Au bon moment, comme d'habitude. Kanda dut le lâcher. Lorsqu'Allen recommença à pleurer, il ne sut comment réagir. Le maudit marmonnait des mots dans sa barbe, et tourna un visage épouvanté dans sa direction.

Kanda sut que quelque chose en lui venait d'être détruit.

« Mon… mon corps a bougé tout seul, Kanda… Je… »

Il rougissait, les yeux écarquillés et le regard vide, complètement déphasé. Kanda eut pitié de lui. Il voyait bien que la panique s'installait, mais se refusa à le prendre contre lui, de peur qu'il ne recommence. Il choisit de poser les mains sur ses épaules, le blandin reculant brutalement, l'en empêchant. Kanda garda ses paumes en l'air, largement aussi largué que lui.

« C'est bon, Moyashi. Je vais pas te taper. »

Allen tremblait et s'excusait, en secouant la tête. Kanda parvint à poser les mains sur lui après deux tentatives.

« T'es en crise, t'as perdu le contrôle, ça va aller. Rappelle-toi ce que l'infirmière a dit, tu vas avoir besoin de te soulager. »

Allen secoua la tête plusieurs fois de suite, des larmes ressurgissant, Kanda ne sachant quoi faire. Cela l'énerva. Pas contre le blandin, mais il se sentait dépassé, et Kanda n'était pas de ceux qui aimaient être impuissants. Il eut l'idée de forcer le blandin à s'allonger et d'aller lui chercher à boire. Qu'est-ce qu'elle avait dit, l'infirmière, déjà ? Repos, être hydraté, aidé, et touché. Du contact. Sauf que ça deviendrait difficile d'échanger leurs odeurs si Moyashi s'excitait comme ça. Procédant doucement, il allongea Allen sur le matelas. Tremblotant, le maudit se retourna, dos à lui, et se recroquevilla. Kanda faillit partir, mais un détail attira son attention.

Putain de bordel de merde… !


Haha xDDD.

Alors beaucouppp de choses à dire sur ce chapitre ! Désolée, une petite tartine d'explications arrive :').

Je commence par le début qui explique pourquoi Kanda était attendri par Allen et épilogue un peu sur sa conception de l'amour. Dans le canon, Kanda est littéralement obsédé par le fait de retrouver Alma sans savoir qu'il le cherche et il ne vit que pour ça, donc selon moi, c'est un personnage romantique, en dépit de son caractère anti-romanesque x). Il avait été jusqu'à lui promettre dans leur ancienne vie qu'ils resteraient toujours ensemble, et il tient à respecter ce serment coûte que coûte. En plus d'être badass et d'être irascible, c'est surtout ça qui caractérise Kanda. Si c'est pas du romantisme, c'est quoi :') ? On me disait il y a quelques chapitres que je jouais un peu de la corde "brute/fleur bleu", mais Hoshino le fait déjà elle-même si on analyse un peu la construction du personnage en profondeur. Je ne fais que reprendre un élément qu'elle a déjà elle-même amorcé x). (Même si ouaip, je vois pas Kanda cucul, il y a cependant nuance entre romantique et cucul :p)

Après concernant l'interprétation des personnages, chacun ne voit que ce qu'il veut voir, c'est ça qui est aussi intéressant dans le fait de faire une fanfic et de mettre en scène un personnage qui n'est pas le nôtre, et d'en lire. Mais quand je vois l'espèce de consensus qu'il y a entre les fans du fandoms où Kanda est souvent le seme pervers et sadique alors que son caractère, même en étant dur, n'est, toujours selon moi, absolument pas dans cette direction, ça m'amuse x). Je ne dis pas ça méchamment, of course, parmi ces histoires il y en a des très bien et mon avis vaut celui d'un autre, mais dans ma petite parodie, j'ai pris ça en compte :).

Maintenant on va passer à ce que vous aurez sans doute le plus retenu... Le pétage de câble de Kanda. Il fallait bien que ça arrive haha. J'avais glissé au milieu du côté tranche de vie et un peu plus calme quelques allusions au fait que Kanda était manipulé par le lien, peut-être même beaucoup plus qu'Allen, et ici on le voit bien. Forcément, avec son tempérament, je le voyais mal réagir en se sortant de l'influence et rejeter sa frustration sur Allen, même si lui n'y est pour rien. Disons que Kanda avait besoin de craquer un grand coup pour prendre conscience de ce dans quoi il s'était impliqué et pour qu'il soit forcé de vraiment considérer la situation, car la première fois c'était clair et net qu'il n'y avait pas assez justement réfléchi.

Parmi les lecteurs, certains avaient peur que Kanda se comporte mal avec Allen. Si ça risquait d'arriver, ce n'est pas ce qu'il veut, je ne le vois du moins pas être connard au point de vouloir empirer le tout. Seulement, encore une fois, avant de s'améliorer, il fallait qu'il puisse comprendre lui-même les efforts qu'il devait faire. Quant au fait qu'il se sente coupable, on l'a vu dans les chapitres qui suivent l'arc Alma, Kanda est un personnage qui marche avec la culpabilité. (Il rentre vraiment dans le tableau du personnage romantique et torturé, je trouve ça trop drôle ce paradoxe quand on voit son caractère en surface et ça haha. Évidemment, c'est mon analyse, on peut ne pas être d'accord, chacun son opinion. Mais si vous voulez en débattre, ma foi, je suis ouverte :p)

Les crises d'Allen sont arrivées, ça pouvait se prévoir, et du coup l'angst revient à la charge :p. Vous voyez maintenant pourquoi je parlais de Rated M dans le chap 16 haha, même si ce n'est pas hyper méchant.

Je suppose que ce chap a dû vous faire drôle x). Et j'espère avoir attisé votre curiosité avec le petit cliffhanger de la fin... ;)

Je dois cependant vous prévenir, en parlant de surprise, vous risquez de trouver le prochain chap assez, voire carrément, chelou. Je suis montée très brutalement d'un cran dans le côté parodie et satire, donc il y aura des choses qui vont beaucoup différer par rapport à ce que vous aurez lu des omégaverses habituels ou même des yaois habituels, j'en reparlerai bien entendu le moment venu, mais je tiens à ce que vous l'ayez en tête :p. Toujours, j'en suis pas mécontente, mais après, ceux qui ont l'esprit disons... rigide, risquent de ne pas aimer. Keep an open mind, please ;).

Review ? Je tiens à vos réactions sur ce chapitre, donc dites-moi ce que vous avez pensé :).

Merci d'avoir lu, à la prochaine ;) !