A leur retour dans leur quartier, Spock proposa à T'Meï de méditer, comme l'avait conseillé le docteur. Ils s'installèrent dans l'espace de méditation et Spock annonça qu'ils travailleraient aujourd'hui sur les boucliers. T'Meï était un peu soucieuse, elle ne savait pas comment Spock allait vouloir procéder, elle imaginait qu'elle allait devoir construire des boucliers et qu'il allait essayé de forcer dans son esprit, ça lui faisait peur. Elle avait déjà vécu ça, elle avait eu mal. « Sommes-nous obligé de le faire ? » Demanda-t-elle doucement. « Non, si tu ne veux pas, nous ne sommes pas obligés de le faire maintenant, tu ne veux pas travailler sur tes boucliers ? » Interrogea-t-il. « Est-ce que… ça fait mal ? » Questionna-t-elle, effrayée. « Non, du tout, pourquoi est-ce que tu penses que ça ferait mal ? » Demanda-t-il, curieux. Elle poussa un petit soupir et baissa la tête. « Les gens qui sont rentrés dans ma tête… » Commença-t-elle. « Ils… ils faisaient mal… et j'ai essayé de résister mais ils… ils sont passé à travers mes boucliers… » Expliqua-t-elle. « Je ne vais pas te faire de mal, que penses-tu exactement qui va se passer ? » Interrogea-t-il. Elle haussa les épaules, penaude. « Je vais lever des boucliers et vous allez essayé de passer à travers… » Répondit-elle. « Non, T'Meï, je ne vais pas faire cela. Jamais. Aucun vulcain ne le ferait. Forcer à travers un esprit est un crime dans notre culture. Je vais juste t'expliquer comment construire tes boucliers et comment les rendre plus résistants contre les attaques extérieures, mais jamais, je ne vais essayer de forcer ton esprit. » Assura-t-il. Elle relâcha un petit souffle un peu soulagé. « Est-ce que tu veux essayer ? » Demanda-t-il prudemment. Elle hocha timidement la tête.

Il la guida pas à pas, lui expliquant comment construire des barrières solides et résistantes pour empêcher les gens d'entrer dans ses pensées ou pour éviter qu'elle ne les diffuse involontairement à travers le contact. Elle suivit ses indications et tenta de se concentrer, imaginant une barrière dans son esprit, comme un mur, elle devait visualiser un bouclier solide et puissant. Elle imaginait qu'une muraille végétale, pleine d'entrelacs de branchages et de lianes, entourait le monde intérieur de ses pensées. Elle montait si haut que même un géant ne pouvait la franchir, et elle était aussi dense que la plus épaisse des forêts. Spock voulut qu'elle lui montre son bouclier, lui faisant la promesse de ne pas forcer à travers, elle hocha la tête, acceptant craintivement de lui montrer. Il s'approcha d'elle et posa ses doigts sur son visage, murmurant les paroles traditionnelles, il plongea dans son esprit. Elle sentit la présence à la frontière de ses pensées. C'était Spock, c'était sûr, elle était en sécurité, elle voulait le laisser entrer mais elle savait qu'il devait éprouver la solidité de ses boucliers alors elle garda le mur en place. Elle le sentit observer soigneusement la muraille, faisant le tour, cherchant des failles, lui montrant quand il en trouvait. Puis il sortit de ses pensées.

« C'est assez bien. Ce n'est pas encore parfait, mais tu t'amélioreras avec le temps, il y a quelques trous encore et ton bouclier n'est pas assez fort, mais tu vas y arriver, ne t'inquiète pas. » Commenta-t-il. Elle baissa la tête, soucieuse. Et si des méchants essayaient encore de rentrer dans son esprit ? Mais Spock avait dit que les vulcains ne le feraient pas… « Tout va bien ? » Demanda-t-il. Elle haussa les épaules, silencieuse. « T'Meï ? » Poussa-t-il doucement. « Et si des gens essayent encore de rentrer dans ma tête ? » Questionna-t-elle effrayée. « Je ne les laisserai pas faire, et je vais t'apprendre à te défendre. Ne t'inquiète pas. » La rassura-t-il. Comment pouvait-elle se défendre ? Tous les boucliers qu'elle avait essayé de construire, aucun n'avait jamais suffit, elle était toujours trop faible… « Qui y a-t-il ? » Questionna Spock, semblant percevoir son trouble. Elle haussa les épaules. Elle était fatiguée, fatiguée d'être faible, elle ne voulait pas l'être, mais que pouvait-elle faire ? Elle n'avait que 7 ans, et elle était si petite…

« Je ne veux plus être faible… » Murmura-t-elle en croisant ses bras devant elle. « Pourquoi penses-tu être faible ? » Interrogea Spock. « Les méchants… je ne pouvais pas me défendre… » Murmura-t-elle en baissant la tête. Elle était si faible, dans son corps comme dans son esprit… « Tu n'es pas faible. T'Meï, tu as résisté, ils t'ont fait mal et tu as résisté… » Elle secoua la tête, elle n'avait pas résisté, elle n'avait absolument rien fait. « Tu n'es pas d'accord ? » Demanda-t-il. A nouveau, elle secoua la tête. « T'Meï… quand on t'a trouvé, tu étais gravement blessée, ton esprit… ton esprit mourrait, tu as survécu… si longtemps… pendant des années tu as survécu alors que tu étais tant blessée, quand je t'ai trouvé, tu t'es accrochée à moi, pour survivre, tu continuais encore de te battre… Tu as survécu, tu es une survivante. » Lui expliqua-t-il. Elle sentit les larmes mouiller ses yeux, elle ne voulait pas pleurer, elle détestait pleurer, elle avait l'impression de pleurer tout le temps en ce moment, les vulcains ne pleuraient pas. Elle ferma ses yeux pour cacher ses larmes à Sa-mekh.

« Tu n'as pas besoin de te cacher… » L'entendit-elle dire. « Pourquoi pleures-tu ? » Demanda-t-il. Elle ne savait même pas, elle se sentait juste… dépassée, bouleversée… Elle ne le méritait pas, elle ne méritait pas tout ça, elle n'avait rien fait pour survivre, elle ne s'était pas battue, elle n'avait pas fait exprès de s'accrocher à un inconnu, elle n'avait rien fait, elle… Elle secoua vivement la tête, plus de larmes venant sur ses joues. Elle n'aurait pas du survivre. Elle entendit Spock se lever et elle se tendit un peu. Il vint s'asseoir près d'elle et il la prit doucement dans ses bras, elle se blottit contre lui. « Tout va bien, ce n'est pas grave si tu ne sais pas, les émotions… Sont compliquées. » Dit-il doucement. « Je n'ai rien fait… » Sanglota-t-elle après un moment. « Que veux-tu dire ? » Demanda-t-il. « Je n'ai rien fait… je ne me suis pas battue… j'ai… je… je les ai laissé faire… » Murmura-t-elle. Elle les avait laissé la blesser, elle les avait laissé la battre, elle les avait laissé lui faire les mauvaises choses, qui faisaient mal. Il la serra doucement puis il s'écarta et posa une main sous son menton, levant légèrement son visage. « Qu'aurais-tu voulu faire ? » Interrogea-t-il. Elle… elle ne savait pas, mais elle aurait du se battre, elle aurait du… elle aurait du courir… elle… elle ne pouvait pas… Elle avait essayé. De se battre, de courir, mais elle était trop petite, trop faible, impuissante et fragile… Elle baissa la tête et il libéra son menton.

« J'ai essayé de me battre… mais ils faisaient… ils nous faisaient mal quand on résistait… j'ai arrêté… j'ai essayé de m'enfuir… mais je… je pouvais pas… ils nous rattrapaient toujours et puis ils nous ont attaché et les portes étaient toutes fermées et il n'y avait pas d'issues et… » Elle sanglota, pleurant contre lui, ses bras solides formaient une barrière infranchissable tout autour d'elle. Elle s'y sentait en sécurité, protégée… C'était quelque chose qu'elle n'avait pas ressenti depuis si longtemps… « Tu as fais de ton mieux, tu ne pouvais pas gagner contre eux, le combat n'était pas équitable… C'était profondément injuste et tu n'aurais jamais du avoir à te battre en premier lieu… » Expliqua-t-il. « Tu es forte, tu as été très forte, tu n'aurais pas du avoir à l'être… je suis très fier de toi, de qui tu es, et tu peux être fière de toi… » Dit-il. Elle ne se sentait pas fière… Comment le pouvait-elle ? Elle avait… elle avait fait des choses horribles… Elle secoua la tête. « Tu ne crois pas que je puisse être fier de toi, ou tu ne crois que tu peux être fière de toi ? » Demanda-t-il. Elle réfléchit, elle savait qu'il ne mentait pas, alors elle supposait qu'il disait la vérité, elle… elle lui faisait confiance. Mais… elle ne se sentait pas fière… « Que je puisse être fière… » Murmura-t-elle en réponse. « Je sais… mais ça viendra j'espère, et en attendant moi, Jim, le docteur McCoy, on sera toujours fiers de toi, de qui tu es, et que tu sois là… » Répliqua-t-il. Elle plongea son visage dans son épaule et il la laissa pleurer doucement contre lui, jusqu'à que ses larmes s'épuisent…

Elle s'écarta après un moment, qui pouvait être autant de minutes que d'heures, et ils se levèrent. « Il est tard, nous devrions commencé à faire nos bagages. » Annonça Spock. Elle déglutit, la planète… Ils y seraient bientôt… Ils allaient partir, quitter cet endroit, le premier lieu sûr qu'elle avait connu en années… « Sommes nous obligé de partir ? » Murmura-t-elle. Elle l'entendit se baisser pour se mettre à sa hauteur et il posa ses mains sur ses épaules. « Tout va bien aller, ne t'inquiète pas, je serais avec toi, tu ne seras pas seule, d'accord ? Et le capitaine… Jim, sera là aussi quelques temps avec nous et si tout va bien il nous rejoindra ensuite à la fin de la mission et nous serons tous ensembles. » Lui assura-t-il. Elle avait peur de quitter le vaisseau, peur d'entrer dans ce nouveau monde, cette nouvelle vie, dont elle ignorait tout… Mais, il y aurait Spock avec elle, à ses côtés, elle ne serait pas seule et livrée à elle-même. Elle aurait une famille… Cela faisait si longtemps, cela lui paraissait des années… depuis que personne ne l'avait serré dans ses bras, ne l'avait enlacé, sans mauvaises intentions, que personne ne lui avait dit qu'il l'aimait, sans message caché derrière… Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas ressenti l'amour et la compassion, la tendresse et l'affection… « Allez, viens, rassemblons tes affaires. » L'encouragea Spock en se relevant, elle le suivit.

Ils commencèrent à rassembler ses vêtements, que Scott avait confectionné pour les enfants à bord, elle n'avait pas grand-chose et ce fut assez rapide, elle ajouta son padd et Sor à ses bagages et ce fut tout. Pour Spock, se fut un petit peu plus long… Bien qu'il ne soit pas particulièrement enclin à entasser de nombreuses possessions, il avait accumuler au fil du temps nombre d'affaires diverses, dont beaucoup de souvenirs, de sa planète, de sa famille, de sa mère… Des vestiges que le vulcain semblait garder précieusement. Ne pouvant guère faire grand-chose pour l'aider, elle s'était assisse sur le canapé, attendant qu'il termine de faire ses bagages. Elle pouvait l'entendre s'agiter et bouger autour d'elle, rassemblant vêtements et objets divers. Elle l'entendit s'immobiliser soudain, et ses oreilles sensibles perçurent le soupir faible s'échappant de ses lèvres. Elle leva un sourcil, curieux et un peu inquiet, et tourna son visage dans la direction vers laquelle elle pensait qu'il se trouvait. Elle ne pouvait pas voir, mais elle pouvait sentir.

« Sa-mekh ? » Appela-t-elle doucement. L'appel semblant le faire sortir de ses pensées, comme elle l'entendit bouger et se déplacer vers le canapé. « C'est… des souvenirs. » Expliqua-t-il alors qu'il prenait place à côté d'elle. « Ouvre ta main. » Dit-il, elle obéit, plaçant sa paume vers le haut et déliant précautionneusement ses doigts. Il posa quelque chose dans sa main et elle referma ses doigts autour. C'était petit, froid et lisse. « Qu'est-ce que c'est ? » Interrogea-t-elle prudemment. « C'est une pierre de Vulcain. » Répondit Spock. Une pierre ? De sa planète ? Elle tenait un cailloux qui venait d'une planète détruite ? Ses deux sourcils montèrent sur son front. « Quand je me suis téléporté à bord, juste avant que la planète ne soit détruite… Des cailloux comme celui-ci sont apparus avec moi par la téléportation… Je n'y ai pas fait attention, je pensais à ma mère à l'époque, qui venait de mourir. Mais, Jim, le Capitaine, a ramassé ce cailloux, plus tard, et l'a gardé, précieusement, avant de m'en faire cadeau, quelques mois après quand nous étions dans notre première mission. » Raconta-t-il. Elle tourna son visage vers lui. Alors le capitaine l'avait gardé pour lui ? Tout ce temps ?

« Tu peux le garder, fais y très attention. » La prévint-il. Elle le regarda avec crainte. Il lui offrait vraiment un tel présent ? Une pierre de leur monde disparu ? Elle ne pouvait pas… Et si elle le perdait… Elle voulait refuser, mais… elle baissa la tête, son pouce caressant la surface froide du cailloux. C'était son monde, sa planète, son histoire, sa famille… Mais c'était aussi celle de Spock, c'était la leur… Elle serra le présent dans sa main et la porta à sa poitrine. « Merci. » Souffla-t-elle. « Allé, viens, allons-y. » L'invita-t-il. Déjà ? Il était l'heure de s'en aller, partir, loin de ces couloirs sûrs… Vers ce monde, au-delà et inconnu. Mais elle n'était pas seule, pensa-t-elle en serrant la pierre, elle portait avec elle le souvenir, les siens, et ceux de Spock. Leur deux vies en une seule entremêlée. Elle se leva, attrapant son petit baluchon, et ensembles ils quittèrent, une dernière fois, leur quartier.