T'Meï était blottie contre Spock. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait en sécurité, un poids semblait s'être enlevé de sa poitrine, et elle avait l'impression d'enfin pouvoir respirer. Elle sentit une main caresser doucement ses cheveux et elle ne se déplaça pas, se fondant dans le contact chaud et réconfortant. Après un moment elle commença à se sentir somnolente, elle se rappelait s'être éveillée plus tôt d'un court sommeil et au lieu de retourner dormir elle avait médité avec Spock, mais maintenant elle se sentait fatiguée, elle avait beaucoup pleuré aujourd'hui et elle se sentait vidée de toute énergie, Spock dut s'en rendre compte, comme il s'écarta légèrement d'elle.

« Voulez-vous retourner dormir ? » Demanda-t-il. Elle hocha la tête doucement contre sa poitrine. Elle sentit les bras de Spock bouger dans son dos, puis il la souleva en se levant, il marcha jusqu'au canapé et la déposa doucement à sa surface. Elle s'allongea prudemment. Elle entendit ses traces de pas s'éloigner avant de revenir et il posa sur elle la couverture qu'elle avait abandonné sur le sol. Le tissu était doux et chaud et elle se recroquevilla à l'intérieur. Il passa une main sur son front, écartant une mèche qui s'était égarée là.

« Voulez-vous que je vous lise une histoire ? » Demanda-t-il. Elle avait envie d'entendre une histoire, mais elle ne voulait pas le déranger, elle avait encore en mémoire cependant sa dernière règle, qui disait que si il lui proposait quelque chose, c'était que cela ne le dérangeait pas, alors elle finit par hocher la tête, acceptant facilement. Spock se déplaça, se dirigeant quelques part sur sa gauche, avant de revenir vers elle, et de prendre place à côté du canapé.

« Quel type d'histoire souhaitez-vous ? » L'interrogea-t-il. Elle haussa les épaules, elle ne connaissait pas vraiment d'histoires, les rares qu'elle connaissait étaient celles que sa mère lui avait raconté quand elle n'était qu'un kan-bu. C'était principalement des anciens contes de Vulcain. Des histoires de héros, de guerriers, de princes et de princesses. Elle s'était imaginée parfois dans l'un de ces rôles, en guerrière, combattant contre les hommes méchants et sauvant les jeunes enfants innocents de leur griffes, ou en princesse, vivant dans un beau palais. Lors des nuits froides, ou les murs étaient si proches qu'elle avait la sensation d'étouffer, elle s'était imaginée se promenant dans un beau jardin, en plein soleil, plein de fleurs et de plantes magiques. Parfois, quand elle avait peur et que les choses méchantes arrivaient, elle allait dans ce jardin et elle se tenait là au milieu des fleurs et la douleur était alors un peu plus supportable. Elle tourna son visage vers là où elle pensait que Spock se trouvait.

« Une histoire de princesse qui vit dans un jolie palais avec un beau jardin ? » Demanda-t-elle avec espoir. Elle ne savait pas si Spock connaissait des histoires de princesses qui vivaient dans un beau jardin, mais elle espérait vraiment très fort qu'il en connaisse et qu'il puisse lui en raconter.

« D'accord, laissez moi trouver une histoire de princesse… » Dit-il et elle l'entendit pianoter sur quelque chose, sans doute un padd. « Hum, c'est une histoire de prince et il y a un jardin, mais je peux transformer le prince en princesse, qu'en dites-vous ? » Questionna-t-il. Elle hocha la tête et bailla doucement. Ça irait très bien, même si ce n'était qu'une histoire de prince. Et puis, elle se sentait très fatiguée maintenant, et au bord du sommeil, mais elle voulait vraiment entendre l'histoire de Spock. Cela faisait si longtemps que personne ne lui avait raconté d'histoire… Ça lui donnait une impression de normalité, comme si les choses étaient à nouveau comme avant, lorsqu'elle était encore sur sa planète avec son père et sa mère. Mais toutes ces choses n'étaient plus, et aujourd'hui elle n'avait que Spock. Et elle avait si peur qu'il s'en aille, qu'il disparaisse, et qu'elle soit à nouveau seule. Elle voulait qu'il la rassure, qu'il lui dise qu'il ne partirait jamais, qu'il ne la laisserai jamais plus seule. Mais elle savait que c'était un souhait illusoire, Spock finirait par voir ce qu'elle était, et soit se servirait d'elle, comme tous les autres hommes, soit l'abandonnerait. Elle chassa cette pensée de son esprit, elle préférait ne pas l'envisager, encore, même si elle savait qu'elle devait s'y préparer. Mais, pour l'instant Spock était là, et il était la première personne a avoir été gentil avec elle depuis des années, elle savait qu'elle ne méritait ni Spock ni sa tendresse, mais était-ce si mal qu'elle veuille seulement ne plus ressentir de douleur ? Était-ce si mal qu'elle désire juste se sentir aimée et protégée ?

« Très bien, alors ça s'appelle le Jardin du Paradis. » Commença-t-il. Elle tourna légèrement la tête, elle ne savait pas ce qu'était le paradis, elle savait qu'elle avait déjà entendu le mot, dans d'assez mauvaises circonstances, mais elle n'avait pas su à l'époque ce qu'il signifiait. Elle se mordit la lèvre, hésitant à demander ce que voulait dire le mot à Spock.

« Qu'est-ce que c'est le paradis ? » Questionna-t-elle finalement. Elle entendit un froissement de tissu et Spock se déplacer légèrement. Elle espérait qu'elle ne le mettrait pas en colère parce qu'elle avait posé une question, les maîtres n'aimaient pas qu'elle pose des questions et normalement elle n'en posait jamais mais Spock était différent, non ? Elle s'apprêtait à s'excuser quand il lui répondit.

« Le paradis est un concept religieux de la Terre, c'est un endroit idyllique où se retrouvent après leur mort les humains qui ont été gentils de leur vivants. » Expliqua-t-il. Oh, alors c'est là-bas qu'allaient les gens quand ils mourraient ? A condition d'avoir été gentils ? Et où allaient ceux qui n'étaient pas gentils ? Et était-ce un bel endroit ? Pourrait-elle y aller ? Elle ne connaissait pas le sens du mot idyllique mais ça sonnait comme quelque chose de bien. Mais, elle n'avait pas été très gentille… elle ne pourrait sûrement pas y aller.

« Pourrais-je y aller ? » Demanda-t-elle timidement. Elle entendit Spock faire un léger bruit d'étranglement et elle recula dans le canapé, se demandant ce qu'elle avait dit qui aurait pu le rendre contrarié.

« Ce n'est pas… un endroit qui existe vraiment. Pourquoi voudriez-vous y aller ? » Questionna-t-il avec curiosité et aussi une certaine tension perceptible dans sa voix. Elle était un peu déçue que le paradis et le jardin du paradis n'existent pas vraiment. Mais c'était aussi un peu rassurant parce que ça voulait dire que même si elle avait été une mauvaise petite fille, elle ne serait pas privée du paradis si ça n'existait pas. Elle haussa les épaules finalement.

« Je ne sais pas. Je me demandais juste… Que se passe-t-il quand nous mourrons ? » L'interrogea-t-elle, curieuse. Elle s'était souvent posée la question en vérité. Mais elle n'avait jamais eu l'occasion de demander. Elle entendit Spock prendre un souffle et elle se demanda si elle posait trop de questions. « Je suis désolée… » S'excusa-t-elle timidement.

« Ne vous excusez pas, vous n'avez rien fait de mal, vous avez tout à fait le droit de poser des questions. » La rassura Spock. « Je suis juste… préoccupé par l'attrait que vous semblez témoigner à ce sujet… » Expliqua-t-il. « Avez-vous souvent pensé à la mort ? » Demanda-t-il sur un ton prudent. Elle mentirait si elle disait qu'elle n'y avait pas pensé, elle s'était sentie souvent si proche du désespoir, perdue dans cet océan de douleur et de peur, elle s'était demandée si elle serait délivrée de ses souffrances si elle venait à mourir… Elle hocha la tête. Plusieurs fois, elle avait souhaité mourir, plutôt que de vivre cette vie là de souffrance.

« Je peux… comprendre, que dans la situation dans laquelle vous vous trouviez, la mort ait pu vous paraître une solution envisageable, mais je tiens à vous assurer que ce n'est plus nécessaire d'envisager de tels moyens. Je peux vous assurer que vous n'aurez plus jamais à subir ce que vous avez eu à endurer, tant que je serais vivant, je ne laisserai plus personne vous faire de mal. » Promit-il. Elle ne savait pas si elle pouvait le croire, elle avait encore du mal à faire confiance à ces gens, mais elle avait envie de croire Spock, elle avait senti ses sentiments, son amour et sa protection, alors, elle voulait croire que tout ça était vrai, parce qu'elle n'imaginait pas ce que cela voudrait dire si il lui avait menti. Cependant, il semblait sentir son hésitation, comme il continua.

« Je comprends que vous ne me croyez pas encore, que vous ne nous faites pas tout à fait confiance, c'est normal, ce que vous avez subi est inimaginable et horrible et a probablement entaché votre capacité à faire confiance aux autres. Mais je vous promets que les choses vont s'améliorer. Malheureusement, à part vous exposer mon esprit dans une fusion, je n'ai aucun moyen de vous prouver ma sincérité, alors je vous demande juste un peu de temps, est-ce que vous voulez bien m'en donner ? Pour que je puisse vous prouver que nous ne nous voulons pas de mal et que vous êtes désormais en sécurité ? » Demanda-t-il. Elle réfléchit plusieurs secondes puis hocha la tête, elle n'avait plus envie de mourir dans l'immédiat et était d'accord pour leur laisser du temps. Mais, elle avait peur, peur d'être séparée de Spock et de rester seule. Elle avait peur des monstres tapis dans l'obscurité, certains n'étaient que des chimères, mais elle savait que trop bien qu'il existait de véritables monstres… elle craignait qu'ils viennent jusqu'à elle, qu'ils la trouvent, et qu'ils l'emportent. Qu'ils la ramènent dans sa prison froide où elle serait à nouveau seule.

« J'aimerai établir deux nouvelles règles. » Commença Spock. Encore des règles ? Pensa-t-elle. Elle pencha la tête sur le côté, à l'écoute, et attendit qu'il continue. « La première est que j'aimerai que si ce genre de pensées, à propos de la mort, vous traverse à nouveau, vous veniez m'en parler. La seconde est que vous pouvez poser toutes les questions qui vous habitent, elles ne seront jamais source de dérangement. Êtes-vous d'accord avec ces règles ? » Interrogea-t-il et à nouveau elle hocha la tête, toujours perdue quant au fait qu'il lui demande si elle était d'accord avec ses règles. Elle ne comprenait pas pourquoi il demandait toujours son approbation. Les maîtres se moquaient bien de ce qu'elle pouvait vouloir ou penser. Ils dictaient les règles et qu'importe la nature de ces dernières, elle devait les respecter, elle n'avait aucun choix. Mais, Spock lui avait dit qu'elle avait le choix, qu'elle avait sa propre volonté… Pourquoi tout était-il si différent ici ? C'était plaisant, cette nouvelle liberté, mais aussi effrayant, elle ne savait pas ce qu'elle devait faire ni à quoi elle devait s'attendre. Et puis, tout paraissait trop beau, pour être vrai, elle avait si peur que tout ne soit que mensonge, illusion, et de perdre tout ça, de perdre Spock.

« Voulez-vous bien les répéter ? » Dit-il solennellement. Il y avait un espèce de schéma reconnaissable avec Spock et elle trouvait cela rassurant. Même si elle ne connaissait pas toutes les règles, elle savait comment les choses fonctionnaient. Elle hocha la tête et répéta les deux dernières règles.

« Je dois venir vous parler si jamais j'ai des pensées à propos de la mort, et mes questions ne vous dérange pas… » Répéta-t-elle. Elle pencha à nouveau la tête sur le côté dans une question silencieuse. Elle se demandait, pourquoi les questions mettaient en colère les maîtres et pourquoi elles ne mettaient pas en colère Spock ? Elle se mordit la lèvre, hésitante. Elle voulait lui demander pourquoi tout était si différent ici, pourquoi Spock et tous les gens ici, comme le docteur et le capitaine, semblaient si différents ?

« Je ne comprends pas… » Dit-elle simplement. Elle sentit Spock se rapprocher légèrement du canapé. « Qu'est-ce que vous ne comprenez pas Kan-bu ? » Demanda-t-il. Elle se mordit les lèvres, elle ne savait pas comment poser la question, mais il avait dit que toutes les questions étaient les bienvenues…

« Les maîtres… ils n'aimaient pas que je parle ou que je pose des questions… ça les mettaient en colère… » Commença-t-elle en baissant la tête. Pourquoi Spock et le docteur et le capitaine ne se mettaient pas en colère ? Pourquoi les gens étaient-ils si gentils alors que les maîtres étaient toujours méchants avec elle ? Ne savaient-ils pas ce qu'elle était et combien elle ne méritait pas leur gentillesse ?

« Ils se mettaient en colère pour de mauvaises raisons, parce que c'était de mauvaises personnes, vous ne méritiez pas ce qu'ils vous ont fait. Je vous promet que je ne me mettrais jamais en colère contre vous. » Elle ne comprenait pas, elle était une mauvaise petite fille, c'était pour ça que les maîtres étaient si méchants avec elle… Et puis, si elle ne le méritait pas, pourquoi lui avoir fait toutes ces choses qui lui faisaient mal ?

« Pourquoi faisaient-ils toutes ces mauvaises choses si je ne les méritais pas ? » Demanda-t-elle. Elle renifla et baissa la tête, se recroquevillant un peu plus dans la couverture. Elle sentit une main dans ses cheveux.

« Parce qu'ils étaient de mauvaises personnes, ils étaient méchants, ils voulaient du mal aux autres et à vous, mais ce n'était pas de votre faute… Je sais que c'est difficile à comprendre, mais c'est important T'Meï, tout ce qui a pu se passer, ce n'a jamais été de votre faute, d'accord ? » Lui dit-il. Elle n'était pas convaincu du tout, mais elle hocha légèrement de la tête. Pourquoi lui avaient-ils fait toutes ces choses si ce n'était pas sa faute ? Elle pensait que tout était de sa faute, ils lui avaient dit qu'elle le méritait, que c'était parce qu'elle était mauvaise qu'ils la blessaient, qu'elle était faite pour ça, et que c'était aussi à cause d'elle qu'ils avaient fait du mal à sa Ko-mekh…

« Ils disaient… ils disaient que je le méritais… que j'étais une mauvaise petite fille… que c'était ma faute… que j'étais faites pour ça… » Dit-elle, sa voix tremblait et était entrecoupée de sanglots, elle était fatiguée de pleurer mais elle n'avait plus la force de retenir ses larmes. Elle avait peur, en disant toutes ces choses, que Spock comprendrait enfin ce qu'elle était et lui ferait du mal, ou la renverrait chez les maîtres… Elle sentit une caresse douce sur son front et les sentiments de réconfort, de sécurité, de protection et d'amour filtrèrent en elle.

« C'était des mensonges, fait pour vous faire du mal, ce n'était pas de votre faute, et les enfants ne sont pas fait pour cela, personne ne l'est, les enfants encore moins, ils sont trop petits pour ces choses… vous n'êtes absolument pas mauvaise. » Vint la voix douce de Spock. Elle sentait tout son amour à travers le contact, c'était comme une puissante vague qui lavait son esprit et son corps… Elle avait envie de pleurer et de se blottir contre lui. Il dut sentir son besoin de réconfort comme il se déplaça doucement pour venir s'asseoir à côté d'elle sur le canapé. Elle vint se blottir dans ses bras et il la serra doucement.

« Voulez-vous que je vous dise l'histoire ? » Demanda-t-il. Elle hocha la tête contre lui. « Il y avait une fois la fille d'un roi, qui possédait une quantité innombrable de beaux livres. Elle pouvait y lire et admirer, grâce à de superbes images, tout ce qui s'était passé dans le monde. Mais, tout en donnant des renseignements sur tous les peuples et tous les pays, ces livres ne contenaient pas un mot sur le lieu où se trouve le jardin du Paradis, et c'était lui surtout qu'il importait à la princesse de connaître. Lorsqu'elle était encore enfant, sa grand-mère lui avait raconté que, dans le jardin du Paradis, chaque fleur était un gâteau délicieux et que de leur poussière on tirait un breuvage exquis. Sur l'une était écrite l'histoire, sur l'autre la géographie, ou bien les règles de l'arithmétique, de sorte qu'on n'avait qu'à manger des gâteaux pour apprendre sa leçon. Plus on en mangeait, plus on s'instruisait. En ce temps-là, l'enfant croyait à tous ces contes, mais, à mesure qu'elle grandissait de corps et d'esprit, elle comprit que le jardin du Paradis devait renfermer bien d'autres merveilles. A l'âge de dix-sept ans, le jardin du Paradis occupait encore toutes ses pensées. Un jour, elle alla se promener toute seule dans la forêt, car elle aimait la solitude. La nuit survint et les nuages s'amoncelèrent. Bientôt tomba une pluie si forte que tout le ciel semblait une cataracte. Il régnait une obscurité telle qu'on n'en voit de pareille qu'au fond d'un puits au milieu de la nuit. Tantôt la princesse glissait sur l'herbe mouillée, tantôt elle tombait sur les pierres aiguës dont le sol était hérissé. Trempée jusqu'aux os, elle fut obligée de grimper sur de gros blocs recouverts d'une mousse épaisse et ruisselante. Elle allait tomber évanouie de fatigue, lorsqu'elle entendit un bruit étrange, et aperçut devant elle une grande caverne éclairée par un grand feu… » Bercée par la voix douce de Spock, T'Meï tomba progressivement dans le sommeil. Elle s'endormit dans ses bras et dormit d'un sommeil doux et paisible.