Bonjour ! Ceci est ma première fic longue sur Overwatch. Etant donné le peu de fics sur ce fandom, j'avais envie d'ajouter ma contribution, ce que j'ai déjà fait avec Dragons de la justice. Je remercie Dermenore pour la bêta-lecture de cette histoire :) Je ne m'attends pas à un grand nombre de reviews, mais j'espère que cette histoire plaira à celui ou celle qui la lira.

Bonne lecture !


Un lourd silence planait sur ce secteur de la ville.

Désert d'hommes et de bruits.

Mais ce n'était que le calme avant la tempête, un quartier abandonné pour être déchiré.

Le maelstrom se déclencha, sous une pluie de balles. Les tireurs postés en hauteur criblaient les défenses des soldats en contrebas, tandis que les combattants s'approchaient des lignes ennemies, prêts à foncer dans une défense percée tout en soutenant un feu nourri. La riposte ne se fit pas attendre : grenades, bombes lacrymogènes, calibres lourds et légers pilonnèrent les bâtiments désertés pour ne laisser que des ruines, stoppant l'avancée de l'armée adverse. Mais à peine les soldats venezuelans avaient-ils repris leur souffle que des aéroplanes se matérialisèrent, éjectant des combattants portant l'insigne de Talon. L'un d'eux, le visage entièrement masqué par un casque noir, se détachait de ses compères d'armes par sa stature colossale, et surtout, de ses quatre bras qui attiraient le regard.

Cela faisait des mois que le Venezuela était en proie à la guerre civile. N'ayant pas été directement touché par la crise des Omniums car le pays n'en avait que peu installés, il fut cependant frappé par ses conséquences désastreuses, notamment économiques, qui plongèrent le Venezuela dans un état de détresse alarmant. Le pays s'était lentement reconstruit grâce à l'aide de plusieurs ONG et d'Overwatch. Mais les victimes de la crise et les conséquences de cette dernière n'ayant pas été totalement réparés, les mécontents furent nombreux à se manifester après la chute d'Overwatch, ne recevant plus aucune aide pour le pays, qui ne survécut économiquement qu'à sa production de pétrole. Le coup fatidique fut lorsque le gouvernement accepta, pour redresser l'économie du pays, l'achat de terres cultivables par des entreprises étrangères, dépouillant des paysans de leurs propriétés. Ce climat instable fut favorable pour laisser grandir une milice se prétendant anti gouvernementale qui secoua le pays d'attentats et d'attaques massives, « Rogue Division ». Cette organisation avait été saisie par la Cour Pénale internationale pour violation des droits humains et utilisation d'armes illégales comme des bombes chimiques. Pour une raison obscure, Talon soutenait ce groupe armé, renforçant la guérilla urbaine et accentuant l'ampleur des dégâts.

Dès que tous les agents de Talon furent au complet, le tétrachire lança l'assaut et en prit la tête. Les soldats en face de lui tirèrent ; et à leur plus grande surprise et malchance, les balles ricochaient sur le corps de leur adversaire comme les galets à la surface de l'eau.

Le combattant eut tôt fait de briser les premiers postes avancés des soldats venezuelans, uniquement à l'aide d'une force impressionnante et de son étrange invulnérabilité. D'un mouvement de sa deuxième paire de bras, ceux qui le suivaient se déployèrent pour se poster dans des repères stratégiques, couvrant d'autres qui engagèrent le corps-à-corps.

Une à une, les lignes comme les hommes tombèrent. Là où il passait, le tétrachire réduisait tout en miettes. Il leva les bras, prêt à briser en énième soldat en-dessous de lui.

Une voix gaie l'interrompit.

- La cavalerie est arrivée !

Des balles bleutées le frappèrent de plein fouet, le faisant chanceler. Tracer intensifia ses tirs pour le faire reculer, permettant à Mercy de soigner les victimes du tétrachire, heureusement uniquement blessées aux bras et aux jambes. Passé l'instant de surprise, l'agent de Talon parvint à esquiver les tirs de la britannique, et se rapprocha dangereusement d'elle.

- À toi de jouer Reinhardt !

Le croisé fonça et frappa de son marteau le torse de son adversaire. Le tétrachire encaissa le choc et tenta d'atteindre le colosse, qui bloqua son coup à l'aide de son arme.

- N'espère pas échapper à la justice cette fois, Numéro 4 !

L'agent de Talon serra les dents. Ce surnom, il le haïssait. Aux yeux de son organisation et à présent d'Overwatch, qu'il avait combattu plusieurs fois, il n'était qu'un chiffre, un cobaye, une arme. Il n'avait jamais demandé à être ça, mais il se devait de se taire et d'étouffer ses émotions humaines.

Car après tout, que lui restait-il d'humain ?

Alors qu'il bloquait une autre attaque du croisé, une vive douleur lui mordit les côtes. Genji avait surgi derrière lui et frappé le haut de son dos de son sabre.

Evidemment. Le bloquer pour l'empêcher de faire plus de dégâts et de soutenir les autres combattants. Autour de lui, les agents de Talon étaient lentement mais sûrement repoussés.

Il y eut un coup de feu et Genji dévia de justesse la balle qui aurait pu le tuer. Le tétrachire profita de cette diversion pour s'échapper et venir en aide aux autres agents, remerciant Widowmaker. Mais la snipeuse n'en avait cure, trop occupée à répondre aux tirs de Hanzo. L'archer, il fallait le reconnaître, était l'un des rares à l'égaler, allumant une lueur de défi dans les yeux si souvent vides de la tueuse.

Mais le vent était en train de tourner pour Talon. L'assaut d'Overwatch avait permis aux Venezuelans de reprendre le dessus, repoussant rapidement leurs adversaires. Quant au tétrachire, il était pour lui de plus en plus difficile de protéger efficacement les autres combattants ; le coup de Genji avait frappé un nerf, l'engourdissant petit à petit. La retraite ne tarda pas à sonner ; les agents se replièrent, le tétrachire couvrant leurs arrières. Il remarqua trop tard la grenade qui fonçait vers les derniers rangs ; il se jeta sur les hommes, les protégeant du souffle de l'explosion. Le brasier lécha ses vêtements, dévoilant une carapace cuivrée brillante comme du métal, tandis que les larmes de douleur parcouraient ses joues, cachées par le casque.

Il se dépêcha de se relever ; ceux en-dessous de lui n'avaient rien. Ils crièrent quelque chose ; le bâtiment à côté d'eux, fragilisé par la déflagration, s'effondra dans un grand fracas. Le tétrachire bloqua les gravats, permettant aux autres de s'enfuir. Encore un sifflement, une explosion. Il ne put arrêter l'éboulis ; il eut le temps de voir les aéroplanes de Talon décoller, avant que la douleur ne le frappât.

O*O*O*O*O*O

Genji vit le tétrachire se faire ensevelir. Il hésita une demi-seconde pour faire son choix ; dans peu de temps, le combattant mourrait étouffé, si son corps n'était pas déjà complètement brisé. Ennemi ou non, la vie était chose précieuse, c'est pour ça que le cyborg se dirigea vers les gravats et commença à les déplacer.

C'est à ce moment-là qu'il entendit des pleurs d'enfant.

O*O*O*O*O*O

- À l'aide… Je vous en supplie, à l'aide…

Tout son être lui faisait mal. Le béton écrasait ses jambes et son thorax, rendant le simple fait de respirer douloureux. Elle tenta de bouger les bras, gaspillant ses dernières forces pour ouvrir un minuscule interstice entre les gravats. Son casque lui donnant une vision brisée du monde, elle le retira. Elle se rendit compte qu'elle n'avait jamais vraiment fait attention aux étoiles. Leur lumière faible et lointaine leur donnait un air triste, mais également apaisant. Ses yeux picotèrent et se remplirent d'eau.

- Je ne veux pas… mourir…

La peur lui gela le cœur. Cela devait finir ainsi ? Écrasée comme un vulgaire insecte, dans l'indifférence la plus totale ? Ils ne viendraient pas la sauver ; quand bien même elle était précieuse à leurs yeux, son corps vivant ne méritait pas un gaspillage d'hommes et de munitions alors que la bataille était perdue. Ils iraient probablement déterrer son cadavre, vautours du champ de guerre.

Pendant un instant, elle ne ressentit que haine. Elle maudit, entre ses dents, son organisation qui ne l'avait considéré que comme un simple objet, une expérience, elle maudit, un peu plus haut, celui auquel elle était liée et qui ne l'avait jamais regardée.

Au final, il n'y avait rien dans cette vie dont il avait être heureux ou fier.

Mais il restait un minuscule détail, une histoire qu'elle pouvait bénir. Et elle l'appela, parce qu'elle caressait le fol espoir qu'il l'entende et sauve son corps, comme il avait sauvé son esprit autrefois.

- Zenyatta…

Ce simple mot, qui lui aurait valu un lavage de cerveau, elle pouvait le prononcer ici sans crainte. La mort imminente offre des libertés…

- Zenyatta… Aidez-moi, je… Pas mourir… Maître, je veux… être humaine… libre, vi… vante… Zenyatta… Plus d'arme, plus… de violence… Vivre… À l'aide… Vivre…

Elle hoqueta, chaque mot qui traversait ses lèvres emportait une parcelle de vitalité. Elle ne ressentait plus la douleur, les étoiles se brouillaient et clignotaient, l'air venait à manquer.

- Zeny…

Les dernières syllabes moururent en même temps qu'elle sombra dans l'inconscience.

O*O*O*O*O*O

Bip.

Ta peau est de cuivre noir, tes yeux sont de cuivre bleu.

Comme les lourds fruits qui sont pour les fourmis des brindilles, les montagnes sont pour toi des galets.

Bip.

Ta nouvelle naissance est venue dans cette carapace, effaçant l'humain que tu fus autrefois.

L'enfant est mort pour laisser une coquille vide.

Bip.

Tu es la quatrième de cette lignée, créature sourde, muette et aveugle, car nul ne t'a appris à guérir.

Ceux qui n'ont pour tuteur que le néant ne peuvent tenir debout.

Bip.

Humain-objet, souhaites-tu retrouver dignité ? Dans ton sang coule ton appartenance à la terre, mais tes antennes arrachées, tu es perdue.

Bip.

Ton patronyme est le chiffre de la mort dans l'empire du Milieu.

Tu as joué ce rôle pour lequel tu as été conçue, ne sachant pas hurler à l'aide.

Bip.

Tu as le droit de briser ce masque, faire fondre le cuivre dans lequel tu as été façonnée, pour le remodeler à ta guise. Mais seule, sans forgeron expérimenté, l'insecte ne saura grandir.

Quitte la colonie corrompue pour trouver celle qui te reconnaîtra en tant qu'enfant.

Bip.

Pour pleurer, pour rire, pour apprendre, pour vivre, je t'accueillerai à bras ouverts. Je t'aiderai à trouver ta colonie.

Bip.

Prends un nom.

Bip.

Et vis.

Bip.

Biiiip.

VIVRE !

O*O*O*O*O*O

La première sensation qui revint, ce fut la conscience de respirer. Avaler l'air et savoir qu'on avale l'air. Puis ce fut la douleur, un élancement dans tout le corps qui la fit grimacer.

Vaincre la mort demande de grincer un peu des dents.

Pourtant, passé la joie de ressentir à nouveau, ses épaules s'affaissèrent. En vie, cela signifiait que quelqu'un l'avait tiré des gravats. Peut-être bien que Talon était son sauveur, et dans ce cas la routine fade des batailles reviendrait, pour la détruire petit à petit.

Mais c'était peu probable. Même si les chambres d'hôpital se ressemblaient toutes, celle où ses yeux s'étaient ouverts était différente de celles des bases de Talon. À côté des machines d'où sortaient les tuyaux enfoncés dans son nez et son cou, de l'électrocardiogramme qui émettait des « bips » de manière continue, quelqu'un avait déposé un vase de tournesols, quatre soleils qui lui semblèrent lumineux.

Jamais Talon ne s'était soucié du bien-être de ses convalescents.

Où était-elle, dans ce cas ? Probablement dans un endroit où on ne lui faisait pas confiance, à en juger par les liens de cuir épais qui entravaient ses membres et lui interdisaient tout mouvement. Elle aurait aimé paniquer ou se débattre, faire preuve de sentiments humains devant une situation imprévue. Mais plus d'une fois elle s'était retrouvée dos au mur, comme lorsque, blessée et poursuivie, elle s'était barricadée dans une cave pendant plus d'une semaine, sans nourriture, avant que les autres agents ne finissent par la retrouver, ou lorsqu'elle était tombée dans l'océan et avait dérivée pendant plusieurs jours. Au début, elle avait pleuré, quoi de plus normal pour quelqu'un de son âge ? Puis on lui avait interdit de faire preuve de faiblesse, ils avaient, à force d'entraînements, étouffé ses peurs, ses angoisses. Tu ne dois pas avoir peur de la mort, car tu es invincible. La bonne blague. L'invincibilité n'arrête pas les spectres, et ne peut remplir le vide infini qu'était son esprit.

Elle tourna la tête vers la porte quand celle-ci s'ouvrit, laissant entrer un robot – non, elle le reconnut immédiatement. Genji, le cyborg.

Sauvée par ses ennemis, quelle ironie du sort. Que lui valait ce malheur ? Il répondit à cette question muette :

- Si tu es ici et non pas en prison, c'est parce que tu as appelé mon maître à l'aide.

O*O*O*O*O*O

Durant tout ce temps où elle avait dormi, Genji s'était expliqué avec les autres membres d'Overwatch. Proche de la mort, les plus profonds secrets surgissaient, et si « Numéro 4 » avait demandé le secours de Zenyatta, alors le moine avait forcément tenté de le sauver, comme l'omniac avait sauvé Genji autrefois. Du moins était-ce la conclusion auquel il avait abouti, aussi avait-il contacté son maître pour qu'il apporte des éclaircissements sur cette… personne. Par précaution il lui avait simplement demandé de le rejoindre à la base de Gibraltar. Mieux valait se méfier avec Talon…

En l'attendant, Mercy s'était occupée du tétrachire, l'avait soigné, et étudié. Tout son corps était couvert d'un exosquelette aussi dur que le titane, et au lieu de peau c'était des écailles de la même matière qui recouvraient ses joues. Mercy avait supposé que cela était dû aux gènes… de fourmi qu'elle avait remarqué dans les cellules du tétrachire, probablement ajoutés par transgénèse.

Un EGM, un être génétiquement modifié.

Les radios et IRM avaient révélé que la deuxième paire de bras était issue d'une greffe. De plus, un mouchard avait été implanté dans son cerveau, près d'une artère cervicale, interdisant ainsi toute opération pour le déloger. La base étant équipée d'un brouilleur d'onde, il ne fallait pas s'inquiéter tout de suite de ce traçage, mais mieux valait s'en débarrasser au plus vite quand l'agent de Talon se serait réveillé. Elle avait subi une ablation des ovaires – oui, c'était une femme – avant sa puberté, expliquant l'apparence juvénile de son corps sur l'IRM. Or, dans son sang se trouvait une concentration très élevée d'hormones de croissance, prouvant que sa taille actuelle n'était pas naturelle. Ajoutant au fait que les gènes typiques des adultes n'étaient pas activés, cela confirmait l'hypothèse que cette personne était encore très jeune.

À la fin du diagnostic d'Angela, chacun dans la salle s'était tu. Ce qu'ils avaient ramené n'était pas humain, mais une arme bidouillée et modelée comme un jouet. Talon était allé loin, trop loin pour transformer quelqu'un en objet de destruction. Et elle, se considérait-elle ainsi, et acceptait-elle ce rôle ? Tous se posaient cette question, y compris Genji, mais à cet instant il préféra rester silencieux, seul face à celle qu'il avait secouru.

Pendant un long moment, ils ne prononcèrent pas un mot. Il observa un peu mieux son visage. Outre les écailles brunes qui couvraient ses joues, sa peau était sombre et elle possédait de grands yeux bleu-vert, comme le cuivre oxydé. Ses cheveux noirs épais étaient coupés courts et volumineux sur le dessus de sa tête, quelques mèches retombant sur le côté de son visage, dont les traits étaient carrés et abrupts.

Finalement, ce fut elle qui brisa la glace.

- Vous ne me demandez rien ?

- Je n'ai pas l'air de le faire.

Elle ne sut si elle devait en rire ou s'en fâcher.

- Je m'attendais à ce que vous me harceliez de questions. Sur Talon, sur ce que je suis, comment j'ai pu rencontrer Zenyatta…

- Chacun dans cette base souhaiterait que tu y répondes, c'est vrai. Mais tu viens d'échapper à la mort, il est plus juste de t'accorder du repos.

Elle était perdue. Pourquoi cette franchise et cette gentillesse ? Elle était leur ennemie, mais en prononçant le nom d'une personne, elle était acceptée, comme ça, d'un claquement de doigts ? Peut-être que, malgré elle, elle avait laissé ces pensées s'inscrire sur son visage, car le cyborg demanda :

- Souhaites-tu ne plus être l'arme de Talon ? Du moins, c'est ce que j'ai compris au Venezuela.

Oh. Alors il avait entendu ses paroles quand elle était ensevelie. Elle dirigea ses yeux vers le plafond, soupirant.

- Ce ne sont que des souhaits de gamine. Je ne pourrais jamais échapper à Talon, même si je le souhaitais.

Il n'y avait ni fatalisme ni tristesse dans sa voix, c'était simplement un constat.

- Mais si c'était possible ?

Elle lui jeta un regard qui signifiait clairement qu'il venait de dire l'idée la plus stupide au monde.

- J'ai quatre bras, une carapace de fourmi et treize ans. Treize ans. Comment pourrait se débrouiller une enfant avec cette apparence ?

Elle vit les doigts du cyborg se contracter, très légèrement.

Treize ans… Et tu parles comme une adulte.

- Ça, nous en discuterons ensemble, dit-il en s'efforçant de cacher la colère qui grondait dans son âme. Tant que Zenyatta ne sera pas parmi nous, nul ne t'accordera sa confiance. Mais ici, Talon ne peut te pister. Tu es libre d'agir et de parler comme tu le souhaites, bavarde ou muette, le choix t'appartient. Mais saches qu'ici, tu es en sécurité.

"En sécurité". Ce terme résonna dans ses oreilles.

- Merci pour votre franchise.

Son ton monocorde s'était légèrement réchauffé, et le cyborg inclina poliment la tête en réponse.

- Tu peux me tutoyer, si tu le souhaites. Avant que je te laisse tranquille, puis-je te demander ton nom ?

- Je n'en ai pas.

Il y eut un instant de flottement gêné.

- Dans ce cas, puis-je t'appeler Fourmi ?

Pour la première fois depuis longtemps, elle sourit.

- Ce n'est pas très recherché. Mais… Oui. Et merci.

- Alors, reposes-toi, et sois la bienvenue, Fourmi.

Il quitta la pièce, et l'enfant s'assoupit, tandis que la sonorité de son nouveau nom résonna encore dans ses oreilles, comme une berceuse.

O*O*O*O*O*O

Pendant plusieurs jours, Fourmi resta dans sa chambre, et n'en sortait que pour les exercices de rééducation, dirigés par le Dr. Ziegler. À part Genji, c'était la seule personne en contact avec l'enfant. Les autres membres, bien que certains soient curieux, restaient méfiants vis-à-vis de Fourmi, et Winston avait préféré qu'ils ne s'approchent pas d'elle avant l'arrivée de Zenyatta et de ses réponses.

Ça, Fourmi en était pleinement consciente. Elle le comprenait, mais pas l'attention dont Angela faisait preuve à son égard. Elle était bien plus amicale, bien plus… humaine que les docteurs de Talon. Et lorsqu'elle lui avait demandé pourquoi elle agissait ainsi, elle lui avait répondu :

- Soigner les gens, c'est mon travail. Si quelqu'un a besoin de soin, je m'en occupe sans me poser de questions sur ce qu'il est.

- Vous devriez me détester.

Il y eut un instant de silence. Puis Angela soupira.

- Je le voudrais. Mais quand je te parle à toi, et non plus à « Numéro 4 »… Je n'y arrive pas. La personne que j'ai devant moi est avant tout un humain, quand bien même modifié.

- Je n'ai jamais demandé à être ainsi, cracha Fourmi.

Et aussitôt elle plaqua ses mains sur sa bouche, car elle avait révélé une information sur elle-même, elle s'était approchée du point de non-retour. La suisse avait rallumé la haine que Fourmi avait tenté d'éteindre.

- Je suis désolée, Fourmi…

- Taisez-vous.

L'enfant tremblait.

- Taisez-vous. Je ne veux pas de votre pitié. Je ne veux pas jouer à la confession ! Encore un mot et je suis morte, morte !

Elle étouffa aussitôt sa voix, tenta de calmer sa colère. Elle se pinça la peau entre ses deux yeux.

- Je ne peux pas échapper à Talon. Qu'ils me rattrapent et qu'ils sachent que j'ai trop parlé, et ils me laveront le cerveau encore une fois. Je ne peux pas prendre de risques.

- Pourquoi ne dis-tu pas tout simplement que tu as peur ? Tu –

- Parce que je n'ai pas le droit. Il m'est interdit d'avoir peur.

Angela la regardait, incrédule. Puis elle s'avança, fit asseoir l'enfant avant de prendre sa tête entre ses mains, pour masser doucement son visage. Fourmi, surprise, ne protesta pas. Après tout, personne ne lui avait appris à contredire les gestes des autres. Mais les doigts connaisseurs de la docteure détendirent petit à petit les muscles de son faciès. Un geste agréable, empreint de gentillesse…

- Cette bonté pourrait vous tuer un jour, dit-elle quand Angela finit le massage et se releva.

- Mais le bienfait qu'elle donne est mérité, tu ne penses pas ?

Elle parlait comme Zenyatta. Leurs belles paroles réchauffaient sa poitrine, mais elles étaient loin d'être suffisantes pour calmer son angoisse. De nombreuses épées de Damoclès pendaient au-dessus de sa tête, et elles pouvaient tomber à tout moment. Quand bien même Zenyatta les assurerait qu'elle n'était pas un danger, ils la chasseraient, peut-être la tueraient quand ils sauraient qui elle était. En quoi l'avenir pouvait-il s'éclairer ? Si les autres membres étaient aussi ouverts que Genji et Angela… Y avait-il une chance ? Elle s'interdisait de l'espérer.

O*O*O*O*O*O

Un soir, la porte s'ouvrit pour laisser entrer Genji, suivi d'un omniac, lévitant à plusieurs centimètres du sol et entouré de neuf sphères métalliques, vêtu d'un habit de moine.

- Zenyatta, dit Fourmi avec un discret sourire.

Le robot la salua en inclinant la tête, tandis que Genji défaisait les liens du tétrachire. Puis Zenyatta avança son poing droit.

- Check ?

- Check, répondit-elle amusée, joignant le geste à la parole.

Puis il y eut un bref silence.

- Dois-je vous laisser seuls ? demanda Genji.

- Non. Chacun de nous doit écouter ce que Fourmi a à dire.

L'enfant leva les yeux vers le robot. Leur dernière rencontre remontait à plus de dix mois… Et pourtant ses paroles continuaient de flotter dans sa tête.

- J'ai quitté la colonie corrompue. Mais je ne sais pas où aller.

- Avant de chercher une nouvelle maison, tu dois reconstruire les ponts avec les autres.

Fourmi fixa l'omniac, puis se tourna vers Genji. Elle poussa un soupir et baissa la tête.

- Je ne peux pas. Pas avec eux. Je suis désolée.

- Tu as le droit de te taire. Mais tu sais mieux que personne que garder ce secret te fait mal. Et il faut que tu arrêtes de craindre que le ciel te tombe sur la tête. Talon est toujours présent, mais je ne compte pas te laisser seule.

Il s'était avancé et avait posé sa main sur le crâne de l'enfant, se surélevant un peu car elle était tout de même assez grande. Mais elle restait tendue, se tordant nerveusement les mains. Genji s'avança et prit ses doigts entre ses paumes métalliques. Il vit dans le regard de l'enfant une supplication muette, celle de ne pas la chasser, de ne pas la détester. Il pressa doucement ses mains pour la rassurer.

O*O*O*O*O*O

Cela faisait une semaine. Une semaine que leur précieux petit cobaye avait disparu. Sombra en avait assez d'entendre ses supérieurs grincer des dents et la presser de retrouver Numéro 4. D'après Widowmaker, Overwatch l'avait secourue lors de l'assaut au Venezuela. Double problème puisque non seulement leur arme leur avait échappé, mais en plus elle risquait de dévoiler des informations à leur ennemi.

Sombra quitta un instant son écran des yeux pour jeter un coup d'œil à Reaper. Assis dans un coin, le mercenaire nettoyait son pistolet en silence. Cette affaire ne semblait pas l'inquiéter pour le moins du monde. Ils avaient ratissé une grande partie du nord-ouest africain ; c'était dans cette zone que Sombra avait pisté le dernier signal de Numéro 4, avant que celui-ci ne soit brouillé. Pendant leurs missions, le mercenaire n'avait pas prononcé une seule parole d'inquiétude ; seul parlait son instinct de chasseur.

Durant huit ans, il n'avait considéré Numéro 4 que comme un simple agent comme les autres, tout au plus un coéquipier. Et sachant que les relations de Reaper dans une équipe était relativement nulles, il n'était pas étonnant au premier abord qu'il ne lui ait jamais accordé de l'attention.

Mais tout de même… Sombra connaissait le bonheur d'avoir une famille, et la douleur de la perdre. Ces deux sentiments, Talon les avait rayés de la mémoire de Numéro 4, l'empêchant de regretter son ancienne vie. Mais pour éviter qu'elle souffre, ils auraient également dû effacer Reaper de ses souvenirs.

Car ne recevoir aucune attention de son père était atroce.


J'espère que cette entrée en scène vous a plu ;) J'expliquerai plus tard pourquoi Hanzo a rejoint Overwatch et la filiation Reyes/Fourmi. Pour l'instant je vous laisse ici, vos avis sont les bienvenus et je vous dis à bientôt :D

Cao