Star Trek, Les vagues du temps. Chapitre 15.

Bâtiments de la Fédération des planètes unis, Genève, Terre :

Walter n'avait jamais eu de chance.

Cela avait commencé avec le choix de son prénom. Comment des parents, avec un minimum de bon sens, avaient pu nommer leur enfant Walter ? C'était un prénom de vieux… il avait déjà des cheveux blancs et une canne avant d'avoir une sucette dans la bouche… C'est sûr qu'au milieu des Théo, Léo, Kal, Len, Pax, etc., (prénoms à la mode depuis plus d'un siècle…), il faisait franchement ridicule.

Toutefois, cela ne s'était pas arrêté là. Les maigres revenus de ses parents ne lui facilitèrent pas les choses… Et, même s'il existait des moyens de contourner le problème, la pauvreté constituait encore aujourd'hui, un frein non négligeable à l'ascension sociale. Pas d'argent cela voulait dire, pas les meilleures écoles, ni les meilleurs lycées, et encore moins les meilleures universités. Il fallait se contenter d'une éducation au rabais, fournie par un gouvernement local peu enclin à se préoccuper du niveau intellectuel de ses concitoyens. Alors, lui qui rêvait, depuis tout petit, d'intégrer Starfleet, sa prestigieuse académie, et aller embarquer à bord d'un des vaisseaux en partance pour la galaxie, dut se contenter d'un boulot minable de recycleur de déchets urbains.

Cela ne payait pas bien. Recycleur classe 3. Et pour passer classe 2…

Rêves brisés, avenir compromis… Né au mauvais endroit, dans la mauvaise famille… Pas étonnant qu'il ait fini dans l'alcool et la violence. À y regarder de près, c'était bien la seule façon de s'amuser, et de supporter une vie minable… écrasée par ces messieurs, si respectables, de la Fédération. Tous plein d'arrogance. Tous sans le moindre soucis d'argent… Tous si… si, quoi au juste ?

Pour qu'une partie de la population vive ses rêves pleinement et rêve sa vie, il fallait bien qu'une autre en paye le prix…

Starfleet. La Fédération… Cela avait marché… un temps seulement. Et puis l'humain avait repris ses droits. Hautain, méprisant, égocentrique, sans compassion… Cela ne pouvait que mal finir… Une utopie… Voilà ce qu'était la Fédération de Archer et des autres… Une utopie…

Bien beau lorsque l'on surfe sur la vague d'un enthousiasme fraîchement né des cendres d'une guerre si violente… si dangereuse… Mais après ? Des années… des siècles après ?

Walter avait eu son lot de problèmes… et n'avait jamais eu de chance. Jamais au bon endroit, au bon moment…

Forcément, cela devait se conclure par quelques démêlés avec la justice… puis une vertigineuse plongée, sans fin, dans la violence et la drogue.

Oui, cela faisait cliché… Et lorsqu'il y songeait, Walter trouvait que sa vie avait tout d'une mauvaise blague, ou bien une mauvaise pub de prévention contre la délinquance…

Puis, il y eut cette apparition. Un tournant. Un changement incommensurable dans cette trajectoire incontrôlable… Sa vie avait changée. Il l'avait changé. Le prophète…

Personne ne le connaissait vraiment… Personne ne savait d'où il venait ni pourquoi il était ici, mais il était là. Il se manifestait à certains. Ceux qui étaient importants, disait-il…

Lui, Walter, était important. Il devait porter le changement… porter le renouveau… et brûler l'ancien monde. Et sur ses cendres, un nouveau monde naîtra… plus juste… plus libre… sans cette Fédération qui, se drapant de vertu, laissait les puissants prendre à nouveau l'ascendant sur les hommes… la démesure de fous qui en voulaient toujours plus… ces vieux ambassadeurs qui n'écoutaient guère plus rien d'autre que le son de leur propre voix…

Walter marchait d'un pas décidé. Il remonta une rue bondée. Des commerces de part et d'autre… des touristes en vagues… Puis il déboucha sur la grande place. Celle où il y avait les drapeaux.

D'immenses mats en acier, au faîte desquels flottaient les drapeaux des différents membres de la Fédération… et celui de la Fédération.

Jadis, il y avait les drapeaux des pays qui composaient l'organisation mondiale (il ne se souvenait plus de son nom…) chargée de réguler les conflits terrestres… ce qui n'avait nullement empêché la guerre…

Il passa entre le drapeau Vulcain et celui de l'empire Klingon.

Encore une aberration, se dit-il. Les Klingons… Comment avait-on pu penser que ces créatures féroces, plus proches du prédateur que de l'humain, avait pu intégrer la Fédération ? C'était bien là la preuve qu'on avait, à un moment donné, perdu tout sens commun… tout sens de la mesure.

Autant demander à un voleur de tenir la banque… Mauvaise métaphore, se dit-il… parce que les voleurs tenaient les banques depuis très longtemps déjà…

Sa vie aurait pu être minable… finir, comme toutes les vies minables, dans le caniveau… Personne n'aurait pleuré à son enterrement… Aurait-il eu seulement un enterrement ? On aurait probablement balancé son corps dans un tas d'immondices, le laissant pourrir là, sans s'en préoccuper le moins du monde…

Au lieu de cela, il était apparu.

Bien sûr, lui qui n'avait jamais été porté sur la chose religieuse, prenant soin de laisser les considérations œcuméniques à de plus brillants cerveaux (ou tout simplement à ceux que cela intéressait…), avait été un peu désarçonné. De prime abord, on se dit qu'un homme qui se présente comme un prophète a sa place dans un asile…

Mais il avait écouté. Et les paroles du prophète avaient du sens… et elles faisaient sens. Il trouvait les mots justes pour évoquer son passé, ses actes… aussi mauvais soient-ils… Tout se justifiait par un enchaînement de causes et de conséquences qui avaient un but… Ses errements n'avaient été qu'un prélude à cette nouvelle vie, à ce moment…

L'univers n'était pas absurde, chaotique, il y avait un dessein… et il en faisait parti. Il devait jouer son rôle, et le jouer pleinement, parce que tel était le devoir des hommes. Ceux qui s'égaraient dans de futiles occupations ne cherchaient rien de plus qu'à flatter leur ego. Et, in fine, souffraient de ne pas réaliser la tâche qui leur était assignée en ce monde… Lorsque l'on comprenait cela, une sorte de bien-être métaphysique envahissait tout votre être. L'âme était apaisée, et l'esprit plus clair. Tout prenait un sens nouveau.

Peu importait le rôle, tant qu'il était compris et joué au mieux… mais aussi accepté.

Certains hommes avaient de grands destins, des rôles plus éclatants, tandis que d'autres en avaient des plus simples, mais tous étaient d'égale importance. Il n'y avait aucune honte, aucun déshonneur, à être un inconnu trimant toute sa vie pour que ses enfants aient un avenir.

Walter avait accepté son rôle.

Il était, comme l'avait dit le prophète, un « acteur du changement ». Peu d'hommes avaient eu ce rôle dans toute l'histoire de l'humanité… Peu d'hommes avaient eu le courage d'affronter ce destin… pour de rares cas ont les avaient nommés prophètes…

Par leur vie, et par leur mort, ces hommes d'exception avaient initié un bouleversement dans la civilisation. Lui aussi serait à l'origine d'un bouleversement du même type.

Finie la Fédération, cette institution moribonde… L'humanité devait opérer un renouveau. Même s'il fallait, pour cela, être un peu brutal…

Walter avait accepté son rôle. Et sa fin… inévitable.

Il n'avait pas peur. Bien au contraire, il était heureux. Une joie intense, emprunte d'une grande sérénité. Rien ne pouvait être plus magnifique. Lui qui n'avait jamais rien accompli dans sa vie, allait entrer dans le panthéon des… Serait-il admiré ? Se souviendrait-on de son nom ? Est-ce que les livres d'histoire feraient de lui un héros ou un martyr ?

Qu'importe… il ne le saurait jamais…

Un héros… Voilà ce qu'il choisit de croire… on ferait de lui, un héros.

Walter se présenta à l'entrée du complexe de la Fédération.

Le dôme était immense. Une construction qui pouvait se voir depuis l'espace… tout un message.

Il y avait foule… Le débat…

Les agents de sécurité étaient sur les dents… Ils scannèrent Walter à quatre reprises.

Rien.

Un Klingon mesurant bien ses deux mètres, s'écarta pour laisser Walter entrer. Il le toisa d'un regard courroucé, mais ne pipa mot.

Walter suivit le mouvement des files qui progressaient vers l'intérieur du bâtiment.

Tout serait bientôt terminé.

Le dôme ne désemplissait pas.

De nombreuses invitations avaient été envoyés, officielles, et l'on avait laissé des sièges disponibles supplémentaires pour les dernières minutes.

C'était un instant crucial. Le débat n'avait, politiquement parlant, pas de valeur. Après tout, la campagne pour l'élection présidentielle ne débuterait que dans un an, mais ce soir, chacun allait défendre sa vision de la Fédération, et l'on savait, jusque dans les foyers les plus modestes, jusque dans les vaisseaux les plus éloignés, que celui qui l'emporterait, emporterait aussi la présidence…

Kovan observa la scène depuis l'un des balcons privés.

_Monsieur ? demanda à nouveau l'un des assistants.

_Qu'y a-t-il ?

_Il y a une délégation ferengie… ils ne seront peut-être pas enchanté par…

_Quoi ? L'idée de normaliser l'économie de la Fédération ? Surveiller les transactions et sanctionner les petits malins qui veulent se goinfrer ?

L'assistant acquiesça.

_Oui, monsieur.

_Les Ferengis… ils ne devaient pas venir, si ?

_Non. Ils voulaient protester contre votre politique de durcissement des échanges commerciaux. Ce sont eux qui en pâtiraient le plus…

_Forcément, ils sont sur tous les coups foireux… Mais je ne m'inquiète pas, ils trouveront autre chose…

_Quoi ?

_Donnez rendez-vous au chef de la délégation, après le débat… je veux lui parler…

_Il ne sera probablement pas coopératif…

_Il sera ravi.

_Vraiment ?

_Je vais lui faire une proposition qu'il ne pourra pas refuser…

_Pardon ?

_Voyez-vous, la politique c'est l'art de faire croire au changement sans rien changer… Emballer les mêmes sornettes dans un nouveau papier, plus joli… Je vais proposer aux Ferengis un assouplissement des sanctions de la Fédération concernant la contrebande… et même une zone d'exclusion dans laquelle la Fédération n'interviendra pas…

_Oh… je vois… c'est… brillant.

_Il ne faut pas se laisser emporter… Autrefois, il y a de cela bien longtemps, certains politiciens avaient trouvé une astuce pour régler le problème du trafic de drogue, sans perdre leur cote de popularité, ni affronter des narcotrafiquants outrés.

_Comment ont-ils fait ?

_Un accord secret, avec les plus puissants… Ils durcissaient la politique anti-drogue, faisaient de grosses saisies et des arrestations spectaculaires régulièrement, en échange ils garantissaient un couloir d'accès sans surveillance… tant que les livraisons restaient mesurées… Les narcos passaient pour des méchants aux yeux des médias, mais ils s'en mettaient plein les poches sans être inquiétés. Ils se débarrassaient de leurs ennemis, ou de quelques lieutenants trop impétueux en les balançant aux autorités… Tout le monde était content. Et le peuple n'y a vu que du feu.

_Oui… vous allez faire pareil, conclut l'assistant.

_Exact.

_Vous ne perdrez pas la face et ne lutterait pas contre les Ferengis… Vous donnez à tout le monde ce qu'il veut, sans changer quoi que ce soit sur le fond…

_Encore exact.

_Et, si par chance, vous ridiculisez la politique naïve du président… c'est un bonus…

_Un bonus… non négligeable.

_Qui pourrait vous faire remporter l'élection… n'est-ce pas ?

Kovan leva les mains.

_Oh, je ne m'attarde pas sur ces choses ! L'élection n'est pas ce qui me motive… Je ne souhaite que la bonne marche de la Fédération…

Les deux hommes gardèrent le silence un moment, puis, éclatèrent de rire ensemble.

_Ils ont bientôt fini de tout préparer, annonça l'assistant.

_Très bien. Il y aura beaucoup de monde, n'est-ce pas ?

_Oui. Beaucoup. Et c'est retransmis dans toute la Fédération.

_Alors il faut gagner le débat… ou au moins, ne pas perdre la face…

_Bien sûr.

Kovan continua d'observer la scène, et ressentit comme un soudain regain d'excitation. C'était le moment… le point culminant. Tous ses plans allaient enfin se réaliser. Les contacts et les soutiens qu'il avait obtenu secrètement, lui assureraient la victoire… En fait, en bon lecteur de Sun Tzu, il savait que la victoire lui était déjà acquise. Le président de la Fédération n'était plus à la hauteur. La grogne généralisée du peuple, de tous les peuples, ne cessait de s'amplifier. Les millions de petites injustices, le pouvoir de l'argent (qui avait pourtant, un temps, disparu), minaient une société en quête de nouveaux défis, d'un nouvel avenir.

La conquête spatiale, aussi soudaine que totale, avait donné un nouvel élan à l'humanité. Et, même si, par le passé, il y eut encore les réminiscences d'un vieux monde d'avidité et d'égoïsme, progressivement, sous l'impulsion d'un même élan, vers les étoiles, les choses changèrent. Et cela dura pendant des siècles.

Seulement, aujourd'hui, la conquête spatiale était belle et bien terminée… Dans cet élan si puissant, on n'avait pas songé une minute à ce qui se passerait après… Peut-être pensait-on que l'exploration et la colonisation spatiale n'aurait jamais de fin…

Grosse erreur.

_Monsieur ? intervint l'assistant.

_Je pensais…

_Oui ?

_Je pensais à l'avenir… à ce que nous bâtissons aujourd'hui… et ce que nous détruisons…

_Détruire, monsieur ?

_Détruire… Pour construire un nouveau monde il faut détruire l'ancien… Cela fonctionne ainsi depuis des siècles…

_Oui…

_Des siècles ? Non, des millénaires !

_Des millénaires… monsieur.

_Ne voyez-vous pas ? Ne sentez-vous pas ces bouleversements en marche ?

_En marche ?

_Cela ferait un excellent slogan, non ?

L'assistant grimaça.

_Non, monsieur… c'est ridicule, et cela n'a aucun sens.

Kovan soupira.

_Si vous pouviez être, de temps en temps, moins…

_Moins… ?

_Moins… froidement rationnel…

_Je suis Vulcain, monsieur.

_Bien sûr…

_Cela m'empêche de saisir toutes les nuances de l'humour, et en particulier certains types d'humour humain, ceux qui contredisent la logique…, expliqua l'assistant.

_J'avais compris, grommela Kovan. Peut-être suis-je ici depuis trop longtemps…

_N'avez-vous pas des ascendances humaines ? fit remarquer l'assistant.

_Si… si… De toute façon, je n'aime pas l'humour vulcain…

_Mais… les Vulcains n'ont pas d'humour…

_C'est ce que je disais. Bon, où en est-on ?

_La scène est prête. Les invités officiels sont présents. Les médias sont prêts. Il reste encore quelques curieux à venir, mais presque toute la salle est occupée. Nous allons pouvoir y aller, monsieur.

_Bien… bien.

Kovan épousseta sa toge de représentant vulcain, bien qu'elle n'en ait eu nul besoin.

_Vous êtes inquiet ? s'enquit l'assistant.

_Non. Je ne doute pas de mon programme…

_Oui, monsieur.

_Mais, il convient de ne jamais ignorer ses craintes… avant une bataille… C'est ce que les Vulcains ont oublié… Dans leur quête de la logique, leur mépris des émotions les a conduits à devenir illogiques…

_Monsieur ?

_Laissez… je me comprends.

_Êtes-vous prêt ?

Kovan hocha la tête.

_Oui. Allons-y, ne faisons pas attendre le public… après tout, cela sera une soirée mémorable, n'est-ce pas ?

_Certainement, monsieur, accorda l'assistant.

Walter venait de passer son troisième point de sécurité, sans la moindre difficulté.

Les agents de sécurité, tous formés aux techniques de repérage et d'action les plus sophistiquées, tous formés à Starfleet par les meilleurs instructeurs, le regardaient passer, avec une pointe de perplexité dans le regard, mais sans plus. Les portiques de détection, bien que performant, ne décelaient aucune arme.

Rien de plus normal, puisqu'il n'en portait aucune. Ce qui, d'ailleurs, aurait été proprement suicidaire. Qu'un de ces belliqueux Klingons voit ne serait-ce qu'un petit bout du canon d'un phaseur et il aurait découpé le pauvre Walter en petits morceaux… ce qui n'était pas du tout ce qu'il avait prévu.

_Vous venez soutenir qui ?

Walter se laissait porter par le mouvement de la foule, et pris dans ses pensées, n'avait pas prêté attention au Romulien qui progressait à ses côtés.

_Pardon ?

_Je disais, vous venez soutenir qui ? Le président, ou le conseiller Kovan ? C'est un bon candidat, enfin je crois…

_Je…

_Il ne nous laissera pas à l'écart… Il est temps d'évoluer, n'est-ce pas ? Cela n'a plus de sens de craindre le terrible, le si vindicatif empire Romulien… vous ne croyez pas ?

_Je…

_Bien sûr ! Nous sommes à l'aube d'un changement, une nouvelle Fédération va naître… Que c'est excitant, non ?!

Le Romulien qui faisait seul la conversation, ne se doutait pas à quel point il avait vu juste… L'aube d'un renouveau… mais pas celui auquel il pensait…

_Avez-vous entendu les discours de Kovan ? poursuivit le Romulien. Moi oui… Il a raison, la Fédération n'a plus d'objectifs clairs, il faut redéfinir les lignes de notre avenir… Et il faut également sanctionner plus durement ceux qui minent le projet commun… c'est évident ! Ne restons plus assis sur nos chaises, confortablement installés dans nos petites vies mornes et stériles… un petit appartement luxueux à San Francisco, un emploi administratif dans les bureaux de Starfleet… Quel ennui ! Vous ne croyez pas ?

_Je ne sais pas, je n'ai jamais eu cette chance…, grommela Walter.

_Oh… (le Romulien balaya la remarque d'un geste). La conquête de l'espace, le frisson des voyages intergalactiques, ou la stimulante découverte d'autres espèces, de nouvelles civilisations, tout cela est bel et bien révolu ! Nous prenons un vaisseau spatial pour aller en vacances sur Mars ou sur Rigel II, comme nous prenions autrefois… Enfin, je veux dire, comme vous les humains, vous preniez des… des… une seconde ça va me revenir… Ah ! Oui ! Des Avions… Un petit billet au tarif réduit, une promotion pour l'été, et on traverse l'espace pour les plages de Kaywanhi IV… un petit paradis, avec des hôtesses…

_Je ne sais pas, je n'ai jamais eu de vacances, grommela Walter, une fois encore.

_Vous en aurez, vous verrez… vous irez là-bas… Et vous vous lasserez de tout cela… Moi, je viens soutenir le conseiller Kovan (comme si Walter ne l'avait pas déjà deviné…), je ne suis pas réfractaire au changement… Beaucoup de Romuliens le sont… ils n'ont pas digéré la fin de l'empire… Des fadaises ! Il fallait bien se défaire de ce système archaïque ! Les Ferengis non plus n'aiment pas le changement… Ils ne vont sans doute pas apprécier la politique commerciale du conseiller… Forcément, ils profitent largement du laxisme patenté du gouvernement actuel…

_Sans doute…

_Mais cela ne peut pas durer ainsi… Les petits transporteurs, les honnêtes entrepreneurs en ont assez de toutes ces magouilles… Vous savez, la colère gronde… les reproches fusent de toutes parts, et il y a de plus en plus de mécontents… La Fédération est beaucoup plus avantageuse pour certains que pour d'autres…

Le flot des visiteurs se divisa en plusieurs files, à l'approche des portes qui menaient à l'amphithéâtre principal. Là, des officiers de sécurité répartissaient au mieux la foule, afin que tous puissent avoir un siège.

On avait déjà rempli les premiers rangs. Des délégations officielles et des personnalités. Walter et son infortuné compagnon furent dirigés vers des places sur les derniers rangs, en hauteur. De là où il était, il avait une bonne vue sur l'ensemble de la salle, mais ne distinguait pas les détails de la scène.

_Prenez l'exemple des taxes frontalières…, continuait le Romulien, sans se préoccuper de savoir si son interlocuteur l'écoutait vraiment. À qui profitent-elles réellement ? On nous dit qu'elles sont là pour permettre à la Fédération de payer de quoi assurer la sécurité des lignes commerciales… Balivernes ! Savez-vous combien il y a eu d'attaques de pirates et de maraudeurs ces deux dernières années ? Soixante trois. Pas moins de soixante trois… et le nombre est en hausse ! Il y a cinq ans, c'était quarante huit… Rien que cette année, quatre vaisseaux ont été perdus… corps et biens… Et que fait Starfleet ? On se le demande… Et puis, de vous à moi, cette taxe est-elle vraiment nécessaire ? Ne paye-t-elle pas plutôt des négociations secrètes avec… avec, je ne sais pas !, des peuples comme les Ferengis… (Le Romulien se renfrogna.) Moi je dis qu'un peuple qui n'a que le profit à la bouche ne devrait pas faire parti de la Fédération… Vous n'êtes pas d'accord ?

Walter ne répondit pas. Il observait l'arrivée des derniers visiteurs. Les rangs les plus hauts, donc ceux qui ne pourraient rien voir de ce qui se déroulait sur la scène, finissaient de se remplir, progressivement. Il y avait autant de races différentes que possible. Des Romuliens, des Ferengis, des Klingons, des Vulcains, des Télarites, des Andoriens, des Humains, etc. Tous unis dans la même préoccupation de l'avenir de l'univers… Quelle mascarade !

Des agents de sécurité étaient postés à chaque entrée, montrant ostensiblement leurs phaseurs d'un air menaçant. Il semblait évident qui si quelqu'un s'avisait d'agir de façon inhabituelle, ces molosses se précipiteraient sur lui et l'empêcherait de mener son projet à bien… Il semblait également évident que des officiers de sécurité de Starfleet surveillaient la salle depuis un poste d'observation caché dans une des pièces mitoyennes, scrutant par des détecteurs sophistiqués, le moindre battement de cil suspect. Cela aurait été pure folie de venir ici armé… ou de glisser une arme pour la récupérer… D'aucun pourrait croire qu'il était facile d'amener un phaseur démonté, le cacher dans un fauteuil, pour qu'un autre le récupère, le remonte, et s'en serve… non. Sans parler du risque qu'un agent découvre l'objet en fouillant, à la seconde où le phaseur serait monté, une bonne dizaine de costauds tomberaient sur son possesseur en un déluge de muscles et de crocs…

Donc, pas d'armes…

Walter était songeur… Perdu dans ses pensées, il n'écoutait pas le Romulien poursuivre sa longue litanie de plaintes contre les taxes commerciales et autres impôts en tout genre que la Fédération avait mis en place. Ce n'était pas le moment d'être distrait. Il fallait se focaliser sur l'objectif, ne pas perdre sa concentration.

Walter inspira profondément.

La soirée-débat allait commencer. Des techniciens s'affairaient sur la scène, et deux officiels en costumes extrêmement chers se présentèrent.

_Et ces terroristes, quelle honte !

Walter fut soudain pris par la conversation.

_Vous dites ?

_Je disais, reprit le Romulien, que les terroristes qui ont posé la bombe sur cette colonie minière, je ne me souviens plus de son nom, sont des lâches…

_Ah ? Des lâches ?

_Exactement ! Ne pensez-vous pas qu'il faut être lâche pour assassiner des innocents en utilisant des bombes ? S'ils ont des revendications, ne peuvent-ils pas combattre avec honneur, comme des soldats ? Non… non, moi je vous le dis, ce sont des lâches et des pleutres… Ils se cachent derrière des paroles religieuses sans queue ni tête, pour justifier des actes de barbarie… Oui ! De la barbarie pure et simple ! Il faut que l'armée s'en occupe ! Pas les services de sécurité, non, l'armée… Vous voyez, le conseiller Kovan est très clair à ce propos, il promet de chasser les lâches qui se terrent dans leurs cavernes, de les débusquer et les éliminer. Il n'y a pas d'autre moyen…

Walter prit le temps d'inspirer et expirer plusieurs fois pour se calmer. Ce n'était pas le moment de faire capoter le projet juste pour un coup de sang… en plus cet idiot de Romulien…

_Et s'ils n'avaient pas le choix ? glissa-t-il le plus aimablement possible.

_Pas le choix ?! s'étrangla le Romulien. Pas le choix ?! C'est absurde ! C'est une ineptie ! On a toujours le choix de se battre honorablement ou bien d'agir comme un animal, une brute sans cervelle… Aimeriez-vous qu'une bombe éclate tout près d'une école ? Ou d'un cinéma ? Qu'ont bien pu faire ces enfants ? Les soldats… ça se comprend, mais les enfants !

_Si vous n'aviez pas d'autre moyen de combattre… Lorsque l'adversaire est beaucoup plus fort, vous ne pouvez l'affronter sur son terrain, vous devez ruser… lui porter des coups là où il ne s'y attend pas…

_Mais pas sur les populations civiles ! Pas sur les innocents ! C'est de la pure démence !

_Peut-être pas…

_Peut-être pas ?

Walter le regarda avec un air amusé.

_C'est plutôt simple en fait… Si vous posez des bombes un peu partout, des cibles prises au hasard, civiles… à la longue, vous n'avez même plus besoin de combattre.

Le Romulien eut l'air surpris.

_Expliquez-vous, mon ami…

_L'ennemi va s'entre-tuer… Le gouvernement ne pourra que durcir ses lois, ses contrôles pour prévenir des attentats, car lorsque l'un d'eux survient, sa popularité va aller en diminuant. Il va donc instaurer un état policier. Mais, comme il est impossible de stopper les attentats, puisque toutes les cellules sont indépendantes, qu'un seul individu…

_Un dément !

_Un fou, oui, oui, accorda Walter. Un seul individu peut attaquer n'importe où, n'importe quand… Il est difficile de surveiller tout le monde… Dans un état policier, la tension est grande, les injustices se multiplient, et le peuple, à un moment ou à un autre, se retourne contre une partie de lui-même… une ethnie, une culture, qu'il stigmatise… Les tensions s'exacerbent, les conflits et petites incartades se font plus nombreuses… Deux hommes interpellés à la terrasse d'un café, une femme insultée, un policier malmené, etc. On a peur, on est en colère, on ne mesure ni ses paroles, ni ses actes… et il ne reste plus qu'à jeter une petite étincelle là-dessus pour embraser le plus grand brasier jamais imaginé…

Le Romulien se cala dans son fauteuil, soupira profondément.

_Oui… oui… je vois… C'est une tactique de guérilla et en même temps de guerre psychologique…

_C'est un peu ça.

_Mais je ne vois toujours pas ce qu'il y a d'honorable à être un tueur d'enfants, un poseur de bombe… Il faut être intoxiqué par des mensonges… Aucune religion de paix ne peut tolérer cela.

_Pour qu'une religion de paix subsiste et ne meure pas sous les coups de l'ignorance, elle doit pourtant bien tolérer des actes de guerre…

_Vous ne le pensez pas ?

_Croyez-vous que tous acceptent le changement ? N'avez-vous pas constaté à quel point les hommes peuvent être effrayés par de nouvelles idées ? Et lorsqu'ils sont effrayés… ils peuvent agir comme des barbares… Lorsque le monde évolue, le nouveau prend la place de l'ancien dans le sang et la violence… Il en est toujours allé ainsi…

Le Romulien jeta un regard en biais, mi interrogateur, mi dépité.

_Il est vrai que l'humanité a eu son lot de… brutalités, reconnut-il. Cependant, c'était il y a bien longtemps… les hommes ont…

_Évolué ? Mûri?

Le Romulien gratifia Walter d'un autre coup d'œil courroucé.

_Si vous voulez… Vous ne comparez tout de même pas la situation actuelle avec ce lointain passé révolu ? Il a fallu tant de temps et de guerres pour en arriver là, aujourd'hui… Même mon peuple… Ce n'est pas si simple de renoncer à certaines habitudes…

_Des habitudes ? C'est comme cela que vous appeler l'injustice, la violence, et l'ignorance ? Je compare, j'ose comparer à ce passé pas si lointain… Et d'ailleurs, je me souviens que tous les prophètes, avant d'être reconnus ont été martyrisés… tués, méprisés… moqués… et même mis sur la croix pour l'un d'entre eux…

Le Romulien secoua la tête.

_Ce n'est pas… non, ce n'est pas la même chose ! Vous évoquez les vieilles religions monothéistes de la Terre… un temps où les hommes…

_Peuvent-ils changer leur nature ? l'interrompit Walter, plus passionné.

_Je…

_Certains pensent que la nature des hommes n'a guère changé… ils ont simplement masqué leurs instincts primaires derrière les idéaux de la Fédération…

Le Romulien éclata de rire. Mais cela sonnait faux. C'était un rire crispé.

_Mon ami ! Vous tenez des propos subversifs ! Que c'est… stimulant ! La plupart des citoyens avec qui je partage mes vues se contentent de hocher la tête d'un air entendu… tous convaincus qu'il faut mettre un terme au terrorisme, stopper le fanatisme religieux de ce… comment se nomme-t-il ? Oui, ce « prophète ».… Mais vous… vous défendez vos idées… et vous semblez penser que le prophète n'est pas si… fou ?

Walter demeura impassible. Il devinait le Romulien adroit dans l'art de la rhétorique, et se demanda soudain s'il ne cherchait pas à tester sa loyauté envers la Fédération. Après tout, on ne savait jamais à qui on avait affaire, et il se pourrait bien que ce débonnaire Romulien ait des contacts hauts placés… peut-être même dans les services secrets…

_Tout ce que je dis, répondit Walter, est que du point de vue des terroristes, leurs agissements ne sont nullement condamnables… Ils ne sont pas des terroristes, mais des libérateurs… Combien de Terroristes furent ensuite nommés Résistants ?

_Bien sûr, parfois la seule façon de résister est de lutter avec des moyens… non conventionnels… Cela ne fait pas pour autant de vous un libérateur. Vous ne pouvez rapprocher le fanatisme et la lutte contre un oppresseur… un dictateur. La situation n'est pas la même…

_Pourtant, rétorqua Walter, le vocabulaire est le même… Ceux qu'on appelle terroristes, s'appellent eux-mêmes résistants…

_C'est bien là le problème. Il ne s'agit que de propagande. Les mêmes mots mais qui couvrent des réalités bien différentes. La Fédération n'est pas un oppresseur… Elle n'a rien d'une dictature brutale qui foule aux pieds vos libertés. Et puis, n'oubliez pas que ces terroristes ont également un discours religieux… Ils mélangent, à dessein, religion et politique… Et lorsque l'on mêle la religion à la politique… cela ne fait jamais bon ménage…

_Peut-être… Mais la Fédération n'est pas toute innocente… de vieilles habitudes renaissent… les inégalités se creusent… l'argent est à nouveau roi…

_C'est un peu réducteur. Vous ne cro…

_Ah ! Cela va commencer ! coupa Walter en désignant la scène.

Les techniciens s'étaient éclipsés, et le président de la Fédération était entré en scène.

Peu à peu la salle fit silence.

Le Romulien lança un regard en biais à Walter, se disant que c'était là un homme bien étrange…

Kovan s'était arrêté dans les couloirs. Ce qui ne fut pas du goût de son assistant qui trépignait d'impatience. Mais, lorsque l'on rencontrait, par hasard, l'ambassadeur Klingon en personne, on ne passait pas son chemin en l'ignorant… C'était impoli, et… dangereux.

_Monsieur l'ambassadeur…, s'inclina Kovan.

_Monsieur le conseiller. (Le Klingon lui rendit son salut.) Nous allons écouter avec attention ce débat.

Kovan sourit.

_Je n'en attendais pas moins. J'ose croire que vous saurez apprécier ma vision d'un avenir plus serein…

_Nous verrons. D'autres ont fait des promesses, avant vous… beaucoup d'autres…

_Certes. Mais les tours de politiciens agacent le peuple désormais… et la Fédération ne peut plus se le permettre…

Le Klingon hocha la tête d'un air entendu.

_Il semblerait, en effet. Les rumeurs enflent… le peuple est une bête féroce, et il ne vaut mieux pas lui taper trop souvent sur la tête…

Kovan s'inclina respectueusement.

_Vous êtes plein de sagesse, monsieur l'ambassadeur.

_Ah ! Allons, quand on est un vieux Klingon, comme moi, on n'a pas le choix ! On ne peut plus mordre alors on joue les philosophes !

_Une façon comme une autre de jouer son rôle…

Il le gratifia d'une violente tape dans le dos, que Kovan encaissa sans broncher.

_Oui! Dites-moi, cher conseiller… Où en sommes-nous du… traitement de ces terroristes ? Nous, Klingons, n'aurions pas pris autant de pincettes pour les embrocher sur un bathlet ! Ce sont des lâches qui ne méritent même pas l'honneur du combat !

_Ce n'est pas aussi simple…

_Ah ? Bombarder leur base… je trouve cela simple au contraire.

_Il nous faut plus d'informations sur celui qui se fait appeler « prophète »…

L'ambassadeur Klingon eut l'air ennuyé.

_Oui… nous… nos services de renseignement ont du mal… C'est un personnage très secret !

_C'est le moins que l'on puisse dire. Nous ne connaissons pas ses intentions réelles, et il semble plutôt adroit pour… disparaître…

_Ah ! Starfleet a des ressources, c'est certain, mais pas nécessairement les meilleurs services de renseignements !

Kovan en doutait, mais il se garda bien de contredire un Klingon. Surtout un ancien héros de guerre.

_Peut-être… peut-être…

Le Klingon s'approcha comme pour faire une confidence.

_Peut-être devriez-vous envisager de vous adresser à quelqu'un d'autre… non ?

Kovan le regarda, curieux. L'ambassadeur avait une façon bien à lui de comprendre les arcanes de la politique, et il avait une façon bien à lui de secouer les vieilles traditions… tout en les respectant aussi. Il aurait, c'est certain, à s'en faire un allier.

_Et qui donc ? demanda Kovan, s'amusant un peu.

_Voyons… vous devriez en avoir une petite idée…

Ah ! C'était donc là où il voulait en venir. Il aurait dû le deviner… une approche si grossière… mais cela n'était pas si stupide que cela…

_Les Vulcains ?

Le Klingon tapa dans ses mains, arborant un large sourire (ce qui, ressembla plus à une attitude hostile, celle d'un tigre prêt à sauter sur sa proie, qu'à une posture amicale).

_Les Vulcains… En matière de services de renseignements, ils ne sont pas les derniers… et vous même êtes… Eh bien ! Vous êtes Vulcain, n'est-ce pas ?

_Ce n'est peut-être pas si évident que cela…, ironisa Kovan. Cependant, vous devez reconnaître, Ambassadeur, que les Andoriens et les Romuliens ont aussi des… comment dites-vous ? Des ressources…

_Bah ! Je ne crois pas que les peaux bleues aient autant de ressources !

Kovan nota que le Klingon se garda bien de mentionner les Romuliens.

_Je peux vous l'accorder…

L'assistant de Kovan s'approcha furtivement tel un chat silencieux.

_Monsieur, nous allons être en retard… il faut y aller, lui glissa-t-il à l'oreille.

Kovan acquiesça.

_Monsieur, l'ambassadeur… nous reprendrons notre conversation plus tard, je crains de devoir vous quitter… mon pupitre m'attend.

_Conseiller… nous aurons bien d'autres conversations.

Les Klingons s'éloignèrent en direction des accès publiques, tandis que Kovan et son assistant se dirigèrent vers l'accès des intervenants.

Le conseiller eut une hésitation.

_Et s'il avait préparé son coup ? demanda-t-il subitement.

_Illogique…

_Ah oui ?

_Disons… improbable…

_Peut-être… (Kovan inspira profondément). L'heure de vérité. L'un de nous sortira vainqueur de cette pièce.

Il se prépara à entrer.

Le président se tenait sur la scène, derrière un pupitre blanc. En fond, des hologrammes représentant le logo de la Fédération tournaient lentement.

La salle était désormais silencieuse.

Walter jeta un coup d'œil furtif au Romulien à sa droite, qui était tout entier absorbé par les propos mielleux du politicien.

Il n'y avait pas de quoi. Le président se contentait de présenter le débat, remercier les différents représentants des peuples de la Fédération, et lâcher un flot de banalités hypocrites et affligeantes. Si Walter avait pu hésiter, ce n'était plus le cas.

Il détestait ce langage convenu, creux, vide, gonflé d'orgueil et de suffisance… le langage de la politique…

Il fallait que cela cesse. Et cela allait cesser.

Le prophète disait vrai. L'heure était au changement… le monde devait changer… On s'était fourvoyé… On avait cru que la conquête spatiale effacerait les violences absurdes et futiles… On avait cru que le charognard pouvait s'éloigner des carcasses, et que le loup pouvait devenir végétarien…

Le prophète disait vrai. L'homme est fou… et seule la folie parle à la folie…

Walter ne comprenait pas toujours ce que disait le prophète, mais il savait que c'était de sages paroles. Il savait aussi que le saint homme avait une vision. Ce ne serait pas facile… il y aurait des martyrs… mais… Mais le changement n'est jamais facile.

Le conseiller Kovan n'était toujours pas là.

Walter observa la salle. Elle était pleine.

Tant pis, il ne pouvait plus attendre.

On l'avait fouillé quatre fois.

Quatre fois.

Des scanners biométriques de pointe. Des Klingons féroces, prêt à vous découper en rondelles s'ils sentaient ne serait-ce que la vague odeur d'un phaseur.

Des détecteurs holographiques dernière génération (le Gateway 43.A, qui équipait le QG de Starfleet…).

Quatre fois. Et personne n'avait rien vu.

Il y avait bien eu un de ces Klingons belliqueux au regard insistant. Ce n'était pas passé loin…

Ils n'avaient rien vu, rien détectés, parce qu'il n'y avait rien à détecter.

La bombe n'était pas un dispositif microscopique planqué dans un faux stylos, ni une nanotechnologie complexe… tout cela aurait été détecté.

La bombe était dans son corps, dans son sang. En fait, la bombe était le sang lui-même. Des particules… un truc compliqué… pas besoin de comprendre, n'est-ce pas ?

Il suffisait d'avaler un banal morceau de sucre. Il déclenchait la réaction… La chimie… on faisait encore des choses stupéfiantes avec la chimie…

L'explosion détruirait la moitié de la salle, tuerait presque tout le public, et très certainement le président aussi.

Il y aurait de nombreuses victimes. Le bâtiment serait en parti rasé… symbole de la Fédération… symbole d'un monde moribond…

Walter saisit le petit morceau de sucre qui se trouvait dans la poche droite de sa veste, puis l'avala.

La réaction ne prendrait qu'une minute ou deux.

Walter inspira profondément. Il accueillait la mort avec le sourire. Son nom serait inscrit dans le livre des justes… il ferait parti des martyrs…