Novembre 2374

Au bout de quelques semaines, Sermak était plutôt satisfait de lui-même, il avait travaillé sans relâche et avait sauvé de nombreuses vies tout en gardant ce détachement professionnel très utile à un médecin, mais essentiel à un Vulcain.

Ce matin-là, cependant, les choses devaient changer brutalement. Son vaisseau avait été appelé sur les lieux d'un champ de bataille. Le combat était terminé et la Fédération l'avait perdu. De nombreuses épaves de vaisseaux dérivaient et des nacelles de sauvetage flottaient partout autour. L'Avenger récupérait les nacelles et l'infirmerie du vaisseau se remplissait de blessée. Une situation à laquelle il était maintenant habitué.

Au milieu des blessés, il remarqua une jeune femme vulcaine avec une profonde blessure au thorax. Quand il l'examina, il découvrit qu'il ne pouvait rien faire pour elle. Trop d'organes vitaux avaient été touchés et il manquait de temps et de matériel pour pratiquer une opération dont les chances de réussites étaient faibles.

Comme il s'agissait d'une Vulcaine, il lui énonça les faits sans faire de détours.

- Il me reste combien de temps, demanda-t-elle.

- Quelques heures.

- Avez-vous quelque chose contre la douleur?

- Les réplicateurs sont en pannes et nous manquons de médicaments. Je peux vous donner un sédatif, mais ce ne sera pas suffisant.

- Alors la solution logique est de me tuer maintenant, docteur.

Cette remarque l'étonna. Bien sûr que c'était logique, elle occupait un lit et accaparait son temps, alors que les besoins étaient criants, mais l'éthique médicale lui interdisait de commettre un tel geste.

- Je n'en ai pas le droit.

- Vous le devez, insista-t-elle.

- Laissez moi vérifier si je peux vous trouver quelque chose de plus fort contre la douleur.

- Il est illogique de gaspiller des médicaments pour moi, docteur.

- Je suis un médecin, pas un bourreau, objecta-t-il.

Il vit alors les yeux de sa patients se remplir de larmes. Elle réussit à reprendre le contrôle, mais c'est avec une voix incertaine qu'elle lui parla, et ce qu'elle lui dit le marqua à tout jamais.

- Je ne serai pas capable de maintenir mon contrôle mental plus longtemps.

Pour la première fois depuis qu'il était médecin, il ressentit de la compassion. On avait beau dire que les Vulcain ressentaient la douleur, mais la souffrance d'un Vulcain différait de celle d'un Humain. Perdre le contrôle de ses émotions, dans ce contexte, c'était perdre sa dignité.

- Permettez-moi de vous aider, dit-il alors. Je pourrais fusionner mon esprit avec le vôtre pour vous transmettre un peu de mon contrôle.

Elle serra les dents.

- Dans mon état, vous risquez des dommages cérébraux et ils ont besoin de vous. Il est illogique de prendre ce risque.

- Sermak , s'écria Goldman. Nous avons besoin de vous par ici.

Une dizaine de nouveaux blessés venaient d'arriver et le personnel médical en avait plein les bras.

Sermak se décida. Il prit une seringue et programma une dose massive et létale d'un médicament. Il posa la seringue près de la patiente et s'en alla sans la regarder.

À la fin de l'alerte, Goldman appela Sermak dans son bureau.

- Sermak, je crois que cette seringue est à vous.

Il reconnu la seringue qu'il avait posée près de la Vulcaine. Elle était vide.

- Où l'avez-vous trouvée ?

- Près d'une patiente qui semble se l'être injectée elle-même.

- C'est inhabituel.

- Elle en est morte, Sermak.

- Était-elle gravement blessé?

- Mortellement, mais ça n'explique pas votre négligence.

- J'ai été négligent, en effet, dit-il. Il y avait beaucoup de patients et j'ai malencontreusement perdu cette seringue. Je dois être sanctionné pour cette erreur.

- Cessez de jouer ce petit jeu avec moi. Vous êtes un exemple de perfectionnisme. Vous n'oubliez jamais rien et vous ne faites jamais d'erreur. Le mot négligence ne s'applique pas à vous.

- C'est sûrement la fatigue, insista le Vulcain. Il y a plusieurs jours que je n'ai pas dormi.

- Je crois connaître l'explication, mais je trouve ça difficile à croire de la part de quelqu'un d'aussi détaché. Je n'ai pas l'intention de vous sanctionner, Sermak, mais en tant que médecin, je suis inquiet. Ce genre de comportement n'est pas normal pour un Vulcain.

- Je suis fatigué et j'ai été négligent, insista Sermak.

- Très bien, abdiqua Goldman. Allez vous reposer.

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Retour au présent

Myriam se rendait vers ses quartiers, quand elle passa devant la porte des quartiers du lieutenant Jamar. Elle arrêta devant la porte. Elle avait su qu'il avait été relevé de ses fonctions par le docteur. Elle se demanda s'il allait bien. Au delà de ses sentiments mitigés au sujet de ce bébé, elle se sentait coupable. L'état du lieutenant se dégradait et c'était elle qui avait accepté le transfert du fœtus. Elle aurait du refuser. Il lui en aurait voulu, mais au moins, il n'en serait pas là.

Elle hésita et sonna.

- Entrez, dit une voix lointaine.

Elle entra. Il était assis dans un fauteuil et lisait un livre sur les arts martiaux, une rare édition en papier. Il leva vers elle un regard surpris.

- Commandeur White?

- Je venais voir si vous alliez bien.

- Je m'ennuie et je me sens inutile, mais je vais bien.

- Je suis contente de l'apprendre. Je crois que je vais vous laisser.

Elle se tourna vers la porte.

- Attendez!

Elle se tourna vers lui.

- Restez un peu plus longtemps.

Il devait vraiment s'ennuyer pour vouloir faire la conversation.

- C'est que j'ai du travail.

- Juste quelques minutes pour discuter. Êtes-vous allées sur la station?

- Pas encore, mais je compte y aller demain.

- Voulez-vous boire quelque chose, dit-il en se levant?

Elle n'eut pas le temps de répondre. Au moment où il se leva, le visage de Kirt se crispa et il se tint le ventre à deux mains. Il s'affaissa. White se précipita vers lui et appuyant sur son communicateur.

- White à Infirmerie, urgence médicale.

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- Docteur Sermak, dit une voix féminine derrière lui.

Il sursauta. Il y avait des heures qu'il travaillait sur cette étrange maladie qui était, effectivement, les conséquences de l'utilisation d'une arme. Il ne s'agissait pas d'un agent infectieux, mais des conséquences d'une forme de radiation jamais vue. Cependant, il ne cherchait pas le remède, mais une façon d'apaiser les douleurs des patients. Le capitaine l'avait formellement averti avant de l'envoyer. Il ne devait rien faire qui aurait un impact sur l'histoire. Et guérir un nombre important de patients d'une étrange maladie était effectivement une ingérence historique.

C'était logique, mais en voyant les dégâts que la maladie faisait sur ses patients, ça lui causait un problème de conscience.

Cependant, malgré les cauchemars récurrents des derniers jours et une difficulté plus grande a garder le contrôle, il restait détaché, pour l'instant.

Il se tourna vers son interlocutrice.

- Qu'y a-t-il?

- Vous avez un appel urgent du Hawking. Un de vos patients est au plus mal.

Il pensa immédiatement au lieutenant Jamar. Il se leva et donna quelques instructions à son équipe avant de retourner sur le vaisseau.