Disclaimer : Harry Potter, ses personnages et son univers… etc… etc… pour résumer : pas à moi (sniff), sauf cette histoire.

N/A : Eh bien on dirait bien que la période faste continue… alors en route pour un nouveau chapitre…

Merci à Arwengeld, Zeugma, Daidaiiro, LycorisSnape, Annie, Firenze-Snape, Kahouete et Juliana pour vos commentaires.
Merci aussi aux nombreux lecteurs anonyme (même si je préfèrerais qu'ils ne le soient plus… anonymes 😉 et a tous ceux qui ont mis cette histoire en favori ou en alerte.

And now… Enjoy (j'espère) & Review (trois, deux, un… à vos claviers) !


Souvenirs du futur

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Il s'était laissé tomber, plutôt qu'il ne s'était assis, sur la chaise qu'elle avait tirée près de lui. Sa pâleur naturelle avait viré à une lividité mortelle, et la vacuité de son regard effraya Hermione. Elle retrouvait brusquement, sur ce visage pourtant juvénile, les traits creusés du cadavre du professeur Snape, qu'elle avait tenu entre ses bras quelques heures plus tôt.

Le temps s'étira sans qu'elle ose prononcer une seule parole. Au bout d'une éternité, le jeune homme sembla enfin sortir de sa transe. Sans un mot, il se leva, et ramassa sa baguette avant de s'approcher lentement, comme un automate, de la Pensine de pierre noire. Il s'empara du flacon contenant les souvenirs de celui qu'il allait devenir, et le considéra un instant avec une sorte de terreur, avant d'en verser le contenu dans le récipient, et de remuer la substance irisée du bout de sa baguette. Après quelques secondes d'hésitation, il prit une profonde inspiration, et plongea son visage dans les volutes tourbillonnantes…

… Lorsqu'il releva la tête, tout ce qui avait encore pu passer en lui pour des restes d'adolescence, lorsqu'il était entré dans la pièce, avait disparu de son visage.

Fermé.

Dur.

Le Severus Snape qu'elle avait toujours connu était littéralement en train de prendre forme sous ses yeux.

—Montrez-moi ! Exigea-t-il en pointant sa baguette sur elle.

Elle savait approximativement à quoi s'attendre, d'après ce que lui avait raconté Harry après ses désastreuses leçons d'Occlumencie avec le professeur Snape. Malgré son appréhension, elle leva les yeux vers lui sans une hésitation pour rencontrer les deux orbes sombres. Elle entendit à peine le sort, tout juste murmuré.

—Legilimens !

Elle sentit son esprit brutalement envahi par une présence étrangère. Il n'avait mis aucune subtilité dans son intrusion. Il fouillait fébrilement, rejetant ce qui lui semblait anodin, et s'attardant sur les souvenirs qui l'intéressaient. Cela dura longtemps. Il passa rapidement sur les six années de sa scolarité, ne s'arrêtant que sur les moments les plus marquants des aventures qu'elle avait partagées avec Harry et Ron, il s'attarda un peu plus sur la dernière année de la guerre et la quête des Horcruxes. Au moment où ils revécurent ensemble l'attaque de Nagini et ses derniers moments, la pression devint tellement forte qu'elle ne put retenir un gémissement de douleur. L'emprise se relâcha aussitôt légèrement, et peu après, elle le sentit se retirer de sa tête après une ultime vision de sa fuite à travers les souterrains et de sa rencontre avec les fantômes. Jusqu'au moment où elle avait pris la potion qui allait la ramener vingt ans en arrière.

—Je suis désolé, offrit-il à sa grande stupéfaction, « c'était… je… je me suis laissé... Je ne voulais pas vous faire de mal.

—Je comprends. Il y a eu beaucoup de choses… entre la Pensine et… ça !

—Bien plus que vous ne pourriez l'imaginer. Confirma-t-il d'une voix rauque en détournant le regard.

Oubliés, l'Occlumencie et le masque inexpressif ! Son visage était ravagé par une souffrance qui semblait insurmontable. Et soudain, il se plia en deux avec un spasme qui le fit tomber sur ses genoux, et il vomit un flot de bile sur le sol de pierre.

Inquiète, Hermione s'était précipitée pour essayer de l'aider. Elle entoura ses épaules de son bras pour le soutenir. Il était en pleine crise de panique, il tremblait sans sembler pouvoir s'arrêter un jour, et avait du mal à respirer. Elle nettoya le sol d'un Recurvite jeté à la hâte. Il semblait avoir complètement oublié sa présence, et elle n'était pas certaine qu'il entende sa voix, alors qu'elle murmurait « respirez à fond » d'une voix qu'elle espérait apaisante en passant sa main dans son dos, mais soudain, il s'accrocha à elle comme si sa vie en dépendait. Il ne prononça qu'un seul mot, 'Lily', mais d'une voix si désespérée, que les larmes qu'elle n'avait pas pu verser jusque-là jaillirent soudain. Elle pleurait pour ses amis disparus, elle pleurait pour tous les morts qu'elle avait vus… Au bout d'un très long moment, elle sentit une légère différence dans la manière dont il la tenait. Il avait appuyé sa tête contre sa poitrine, et avait maladroitement posé une main sur ses cheveux. Ce n'était manifestement pas un geste dont il était familier.

Elle était dans les bras de Severus Snape, et c'était lui qui, maintenant, tentait de la réconforter. Jamais elle n'aurait pensé pouvoir vivre une chose pareille un jour. Peu à peu, ses sanglots finirent par se calmer et il la lâcha aussitôt, en regardant soigneusement ailleurs et en laissant ses longs cheveux masquer son visage. Il était clairement aussi mal-à-l'aise qu'elle.

Ce fut le Baron Sanglant qui les tira de cette situation embarrassante, en leur faisant remarquer que les cours allaient commencer dans trois heures, et que Severus ferait mieux de regagner discrètement son dortoir.
Au moment où il allait franchir le passage à la suite des fantômes, elle le retint par un bras.

—Prof-monsieur…

—Severus ! Nous devons avoir le même âge, à peu de choses près.

—Je sais que je n'ai pas de conseils à vous donner, mais je suppose que… vous devez pouvoir vous procurer, ou bien avoir quelque part, une potion qui traine et qui pourrait vous rendre malade, et vous faire dispenser de cours demain… Je suis sûre que Madame Pomfresh ne vous obligerait pas à rester à l'infirmerie toute la journée, si vous lui promettez de vous reposer…

—D'après ce que j'ai pu comprendre, venant de vous…

—Vous ne me connaissez pas.

—Je crois que je me suis fait une assez bonne idée.

—Il faut parfois se méfier des apparences. J'ai enfreint plus de règlements que vous ne pouvez imaginer, pendant les six années de ma scolarité. Donnez-moi au moins une chance de vous prouver que je peux être autre chose que la miss-je-sais-tout que vous avez dû trouver dans ma tête, et peut-être également dans certains de vos souvenirs.

Il la regarda avec l'attention qu'il aurait pu accorder à une souris de laboratoire sur laquelle il viendrait d'expérimenter une nouvelle potion. Un instant, elle craignit qu'il n'investisse de nouveau son esprit, mais il se contenta de hocher la tête.

—À demain, miss Granger.

—Hermione! À demain… Severus.

Après le départ de Snape et des fantômes, Missy lui avait installé un petit cabinet de toilette et avait amené du combustible auto-régénérant pour la cheminée. De son côté, elle avait agrandi la table, invoqué une deuxième chaise, du matériel d'écriture, ainsi qu'un tapis, afin de s'isoler un peu du sol de pierre glacé. Deux fauteuils et une table basse, étaient en outre maintenant disposés autour de l'âtre.

Pendant qu'elle s'attardait sous le jet brûlant d'une longue douche régénératrice, l'Elfe avait nettoyé, réparé et dupliqué ses vêtements, qu'elle avait complétés par deux robes de sorcière, qui pourraient lui servir de tenues d'intérieur, et une ample cape noire à capuchon, qu'elle avait suspendus dans une petite armoire. Lorsqu'elle revint dans ce qui lui tiendrait désormais lieu d'appartement pour les deux mois qui allaient suivre, drapée dans un épais peignoir en tissu éponge, un feu flambait haut dans la cheminée, et le lit, devant lequel se dressait maintenant un paravent, était recouvert d'une épaisse couette qui paraissait moelleuse à souhait. Quelques couvertures supplémentaires étaient pliées sur une étagère, et un exemplaire de 'l'Histoire de Poudlard' était posé près du bougeoir, sur son chevet, flanqué d'une petite fiole de potion qu'après l'avoir reniflée, elle identifia comme une potion de Sommeil sans Rêves. Elle appela Missy.

—Ou t'es-tu procurée cette potion ?

—Le Baron Sanglant a demandé à Missy d'apporter la fiole, que monsieur Severus lui a donnée pour miss Hermione, miss.

—Merci Missy, excuse-moi de t'avoir dérangé.

—Miss Hermione ne dérange pas, miss. Non, non. Missy est à sa disposition, de jour comme de nuit.

Avant de congédier la petite créature, elle ne put résister à la curiosité.

—Dis-moi, Missy, pourquoi n'appelles-tu pas Severus 'Maître Snape'.

—Monsieur Severus est comme miss Hermione, miss, il n'aime pas que les Elfes l'appellent 'Maître', lorsqu'il n'est pas avec ses amis de Serpentard.

Décidément, elle commençait à s'apercevoir que le futur Maître des potions avait une personnalité et des facettes beaucoup plus complexes encore que ce qu'elle pensait. Elle considéra la fiole. Elle ne s'était pas trompée, en supposant qu'il devait avoir trouvé le moyen de brasser secrètement des potions. Malgré son épuisement, elle n'était pas certaine qu'elle aurait pu trouver le sommeil, tant les événements de la journée recommençaient à tourner en boucle dans sa tête, maintenant qu'elle se retrouvait seule. Touchée d'une telle attention, à laquelle elle était loin de s'attendre venant de lui, elle porta le flacon à ses lèvres, et en avala le contenu d'un seul coup. Elle eut juste le temps de reposer la fiole sur son chevet, avant de plonger dans un profond sommeil.

Le premier cours de Severus commençait à neuf heures, ce matin-là. Plutôt que de prendre le risque, même minime, de trouver l'un ou l'autre de ses compagnons de dortoir réveillés à six heures du matin, il préféra, après un détour par le septième étage, se rendre directement à la bibliothèque, prévoyant de repasser à son dortoir à l'heure du petit-déjeuner, où il était certain de le trouver vide. Depuis qu'ils révisaient pour leurs ASPICs, Lestrange et Rosier avaient pris l'habitude de ses levers matinaux, et puisqu'il avait décidé de suivre le conseil d'Hermione, personne ne s'étonnerait de ne pas l'avoir vu au premier repas. En outre, les stigmates de sa nuit blanche et des chocs émotionnels qu'il avait reçus, accréditeraient encore son état aux yeux de Pomfresh.

La préparation qu'il avait tout spécialement concoctée pour Potter, à l'occasion de la dernière St Valentin, ferait parfaitement l'affaire. Heureusement qu'à toutes fins utiles, il n'en avait pas jeté le surplus, qu'il avait caché dans la Salle sur Demande. Il ricana en se remémorant à la scène. Il n'avait pas été difficile d'en laisser tomber quelques gouttes dans l'un des verres que le Gryffondor absorbait à la chaine, comme une éponge. Il avait juste suffi que Regulus détourne l'attention, en provoquant une énième fois son frère, d'un air suffisamment éméché pour que les Maraudeurs fassent bloc autour de Black, mais se contentent d'éloigner son cadet sans lui chercher noise plus avant. Quelques minutes plus tard, les deux complices avaient assisté, hilares, au départ précipité de James, dont le teint avait viré à un verdâtre des moins engageants, en direction des toilettes. Plus tard dans la soirée, après plusieurs 'voyages' du même genre, lorsque Lily avait enfin décidé son petit-ami à aller à l'infirmerie, il avait senti son regard peser sur lui lorsque le couple était passé devant eux, mais il savait que ni elle ni personne d'autre ne pourrait jamais rien prouver, même s'il leur prenait l'idée d'analyser le verre de Potter. Toute trace de la potion s'évanouissait du contenant dans lequel elle avait été versée dans le quart d'heure, c'est à dire à peu près au moment où ses premiers effets se faisaient sentir sur celui qui l'avait absorbée.

Prudent, il n'avait avalé que trois gouttes de la potion, et pourtant, il n'avait pas pu 'tenir' jusqu'à la porte de la salle de classe, après que Minerva McGonagall ait demandé à Rosier de l'accompagner à l'infirmerie. Entièrement dans son rôle et malgré un mal au cœur dangereusement grandissant, il avait commencé par refuser catégoriquement, avant que le professeur de Métamorphose, devant son teint terreux et son allure chancelante, n'ordonne à son camarade de l'emmener de force s'il le fallait, chez la guérisseuse. Pour une fois, les ricanements des Maraudeurs, lorsqu'il avait vomi au beau milieu de l'allée, l'avaient laissé indifférent. Il avait profité des trois heures qui restaient avant le déjeuner, pour récupérer un peu de sommeil dans un des lits, habituellement honnis, de l'infirmerie.

Après avoir prouvé à Poppy qu'il allait nettement mieux, et lui avoir promis de passer le reste de la journée à se reposer, il avait pu aller retrouver le Baron Sanglant, qui l'avait de nouveau conduit jusqu'à la pièce secrète. Si sa maladie avait été feinte, son état nerveux n'était pas de la comédie. Les révélations de la nuit précédente l'avaient littéralement assommé. Il devait mettre de l'ordre dans sa tête, parler avec la jeune fille. Elle avait l'air intelligente et équilibrée, malgré ce qu'elle venait de vivre, même si au final elle avait fini par éclater en sanglots. Mais était-il lui-même en bien meilleur état à ce moment-là ? Elle avait plus d'excuses que lui, elle avait tout perdu. Lui, avait juste vu un futur possible. Pour le moment, Lily était toujours vivante, et pour qu'elle le reste, il était prêt à tout.

TBC