Disclaimer : Harry Potter, ses personnages et son univers… etc… etc… pour résumer : pas à moi (sniff), sauf cette histoire.

N/A : Encore des révélations… mais peut-être plus pour Hermione que pour Severus, cette semaine.

Encore merci à mes fidèles Daidaiiro, Zeugma, LycorisSnape, Juliana et Kahouete pour vos commentaires sur le dernier chapitre.
I love you !

Enjoy & Review!


Humain

.

Severus s'était raidi à la dernière phrase.

Après tout ce que lui avait raconté Harry, il était évident que le sort de James Potter lui était parfaitement indifférent, mais Hermione avait remarqué sa réaction à la mention de la mère de son ami. Le sort de Lily Potter, ou plutôt Evans, à cette époque, semblait manifestement beaucoup plus lui importer que celui de son futur époux. Il n'était pas bien difficile d'en conclure qu'il avait éprouvé-qu'il éprouvait, des sentiments pour elle. Des sentiments qui dépassaient apparemment ceux d'une simple amitié. Fallait-il y voir la source de son futur comportement ? De sa froideur ? De sa haine envers Harry… voire même de son engagement envers Voldemort ?

Parce qu'il était évident que le jeune homme qui se tenait devant elle, ni dans son comportement ni dans ses raisonnements, ne nourrissait aucun des idéaux prônés par le Mage Noir, même si en public, et au contact permanent de dizaines de graines de Mangemorts, elle comprenait qu'il était bien obligé de 'suivre le mouvement'. Ne serait-ce que pour survivre dans sa Maison. Aucun Mangemort en puissance digne de ce nom ne se serait soucié d'interdire à un Elfe de Maison de l'appeler 'maître'. Comment allait-il réagir lorsqu'elle lui dirait…

Severus s'était de nouveau plongé dans ses souvenirs, et cette fois, il devait en étudier tous les détails, car il paraissait parti depuis beaucoup plus longtemps que la première fois, lorsqu'il émergea, en chancelant, de la Pensine. Il tituba jusqu'à l'un des fauteuils, sur lequel il se laissa tomber, les bras étroitement serrés autour de lui, comme pour contenir une nausée persistante. Il semblait avoir totalement oublié Hermione et l'endroit il se trouvait, et gardait les yeux fixés, sans les voir, sur les flammes qui dansaient dans la cheminée, en se balançant légèrement d'avant en arrière. À un moment, une larme glissa le long de sa joue et alla se perdre dans son cou, sans qu'il marque aucune réaction.

Hermione réchauffa la cafetière, après lui avoir jeté un sort de remplissage, et sans un mot, posa une tasse fumante à sa portée. Au bruit du léger tintement de la porcelaine dans sa soucoupe, il leva vers elle des yeux ravagés. Il lui fallut plusieurs secondes avant qu'il ne se ressaisisse un peu et semble la reconnaitre. Il la remercia d'un signe de tête. Le liquide brûlant parut le faire sortir de son hébétude, et peu à peu, à l'abri du rideau de ses cheveux, il reconstitua son masque lisse et inexpressif.

—Ce n'est pas la peine, vous savez ! Offrit-elle doucement, avec une légère appréhension.

Il releva brusquement la tête vers elle.

—De quoi parlez-vous ?

—Ce n'est pas la peine d'occulter vos sentiments. Pas avec moi. Non seulement je n'ai aucune intention de vous trahir, mais je ne pense pas qu'il soit très… pardonnez-moi ma franchise, sain pour vous d'Occluder en permanence. Ça… ça finira par vous rendre presque… inhumain ! Pour le peu que j'ai pu voir de vous depuis hier, vous êtes quelqu'un de bien, Severus. Je comprends parfaitement que face à la plupart de vos… condisciples de Serpentard, vous soyez obligé de le cacher. Que c'est même très certainement littéralement une question de survie au sein de votre Maison, mais passons un marché, voulez-vous ? Dans cette pièce, restez vous-même, cela vous aidera à libérer le trop-plein de tension qui vous étouffe.

Une lueur dangereuse s'alluma au fond des yeux du jeune homme.

—De quoi vous mêlez-vous ?

—Osez dire que j'ai tort ! Rétorqua-t-elle en soutenant son regard, même si au fond d'elle, elle avait bien moins d'assurance qu'elle ne voulait en montrer. « Je sais que c'est difficile pour vous. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais j'ai compris que vous aviez des… sentiments pour Lily Evans. Et ce n'est pas un crime, prit-elle les devants alors qu'il ouvrait déjà la bouche. « Vous êtes un être humain, Severus, éprouver de l'amitié, voire plus, pour quelqu'un, est une chose normale. Sans en connaitre les détails, je me doute aussi que James Potter et ses amis vous ont mené la vie dure pendant des années. J'ai connu Sirius, je sais comment il parlait de vous, et comment il vous appelait, j'ai aussi souvent entendu Remus lui reprocher leur comportement passé, envers vous. Et j'ai aussi vu votre réaction au sortir de la Pensine. Je ne veux pas savoir ce que vous y avez vu, mais ce devait être assez horrible. Vous avez le droit d'être triste, voire malheureux. De pleurer même, si vous en avez besoin. Les larmes ne sont pas un signe de faiblesse, elles prouvent tout simplement que vous êtes humain. Cela ne sortira jamais d'ici, je vous en fais le serment.

Il ne répondit pas, se contentant de fixer sur elle des yeux où se mêlaient colère et étonnement. Mais curieusement, il ne lui rétorqua pas une de ses répliques acerbes dont il avait le secret. Au bout d'un long moment, il sembla capituler, et se laissa aller contre le dossier du fauteuil, en pinçant avec lassitude l'arrête de son nez entre deux doigts.

—Missy ! Appela-t-il.

La petite Elfe se matérialisa immédiatement.

—Monsieur Severus désire quelque chose, monsieur ?

—Peux-tu aller dans mon laboratoire, et me ramener une potion anti-migraine s'il te plait ?

—Missy va chercher la potion, oui, oui ! Missy revient tout de suite.

Hermione le regardait maintenant avec incrédulité. Elle avait deviné juste en supposant qu'il fabriquait des potions en secret, mais… un laboratoire !

—Votre… laboratoire ?

—J'ai encarté une vielle salle de classe abandonnée, dans une aile tout aussi abandonnée, que j'ai transformée en laboratoire, en… empruntant quelques ingrédients à Slughorn. Daigna-t-il lui expliquer. Je ne brasse rien d'illégal, ni qui ne pourrait se trouver à l'infirmerie, et si certains préfèrent rester discrets, je ne vais pas m'en plaindre. « Les potions d'aiguise-méninges et les potions calmantes se vendent comme des petits pains, en période d'examens. Et les anti-migraines, digestives, celles de sobriété ou même les contraceptives constituent une assez bonne source d'argent de poche pendant toute l'année. Je ne viens pas d'une famille aisée, et avoir ne serait-ce que les vêtements potables sur le dos aide considérablement à se faire accepter dans n'importe quelle société !

Il n'ajouta pas 'et à éviter que certains ne se moquent trop de vous', mais Hermione commençait à cerner assez le personnage pour comprendre le sous-entendu, et se doutait un peu de qui étaient les moqueurs en question. Le professeur, bien que sempiternellement vêtu de la même façon, portait toujours des vêtements impeccablement nets et bien coupés sous ses robes d'enseignant.

Il avait insisté sur le verbe 'emprunter' en la regardant au fond des yeux, prouvant par là qu'il avait parfaitement compris ce que cachait la même expression chez Hermione lorsqu'elle avait parlé des livres de Magie Noire venant du bureau du directeur. Il laissa ostensiblement son regard dériver vers la table de nuit et le petit sac en perles. Quelque chose pouvait-il lui échapper ? Pas étonnant qu'il soit devenu un aussi bon espion !

Le retour de Missy fit diversion pendant un moment. Lorsque l'Elfe se fut retirée, Hermione posa la question qui la taraudait depuis quelques temps.

—Le professeur Dumbledore ne va-t-il pas finir par se rendre compte du manège insolite de l'un des Elfes du château ?

—Missy n'est pas à proprement parler attachée au château, elle est libre de ses mouvements, et Dumbledore n'a aucun contrôle sur elle. Elle travaille ici de son plein gré, en échange du gite et du couvert, parce que pour le moment elle n'a pas d'autre endroit où aller. C'était l'Elfe de ma mère, elle l'avait suivie lorsqu'elle a quitté la maison de ses parents pour se marier. Après sa mort, elle a demandé à vivre avec moi, et Dumbledore a donné son accord pour qu'elle reste ici plutôt que dans la maison de mes parents. Voyez-vous, mon… géniteur est plutôt réfractaire à la Magie. En fait, Missy est libre, depuis des années, mais elle ne veut pas me quitter.

'Géniteur'… elle savait que le père de Snape était Moldu, et la manière dont il en parlait, ainsi que l'expression d'intense dégout qui s'était affiché un instant sur son visage, prouvaient assez qu'il était très loin de le porter dans son cœur. « Encore une raison de se laisser convaincre par les idées de Voldemort », pensa-t-elle. Son langage corporel était en effet très loin du simple ressentiment que peut générer un simple conflit de générations entre un père et son fils adolescent. Elle choisit de laisser ce sujet manifestement sensible de côté, pour le moment.

—Je comprends mieux son comportement envers vous.

—Et si nous en revenions au sujet qui nous occupe ? Ce sera bientôt l'heure du repas et Pomfresh me poursuivrait dans tout le château pour m'enfermer à l'infirmerie, si elle ne m'y voyait pas. Je préfère conserver sa confiance et rester dans ses bonnes grâces. Sans compter que tout ça m'a fait sauter une journée de révisions.

—Je suis certaine que vous pourriez passer vos ASPICs demain et les avoir tous avec mention O et félicitations du jury. Répondit-elle sans l'ombre d'une hésitation.

L'air suffisant qui s'afficha fugitivement sur le visage de Severus, prouvait qu'il était parfaitement conscient de sa valeur, et elle rougit intérieurement en pensant que c'était certainement le même genre d'expression qui lui avait valu le surnom d'insupportable-miss-je-sais-tout' dont il la gratifiait à tout bout de champ. Et à ce propos, une ne nouvelle perspective s'ouvrait devant elle. Avait-il lui-aussi subi les sarcasmes, voire le rejet que cette attitude provoquait chez ses camarades moins doués ? Était-ce la raison pour laquelle, lorsqu'elle était l'une de ses élèves, il ne lui accordait pas l'admiration que ses 'prouesses' provoquaient chez ses autres professeurs ? Pour essayer, de manière maladroite, certes, de l'en corriger ? Après tout, au moment de mourir, ne lui avait-il pas avoué qu'il l'avait choisie pour son intelligence ?

Elle en avait appris, ou compris, plus sur son ancien professeur en fréquentant le jeune homme une demi-journée qu'en six ans sous son enseignement. Elle fut ramenée à la réalité par la voix de Severus.

—Là n'est pas la question, je…

—Je capitule. C'est vrai, j'ai les livres avec moi. Mais comme vous venez de me le faire remarquer, vous avez autre chose à faire que de vous lancer dans des recherches qui peuvent attendre après les examens. De plus, nous avons tous les deux besoin de repos. Il est évident que nous ne changerons pas le cours des choses d'un claquement de doigts. Nous devons établir une stratégie et cela ne se fera ni en quelques heures, ni en quelques jours. Et… sans vouloir vous vexer, vous avez l'air d'avoir besoin de 'digérer' un peu tout ce que vous avez appris depuis hier, avant de pouvoir réfléchir rationnellement, en faisant la part des choses.

—Vous devez avoir raison. Finit-il par admettre d'un ton fatigué, à sa grande surprise. Je reviendrai aussitôt que je le pourrai. Je vous enverrai Missy pour vous prévenir.

—Merci oui, même si je sais que seuls vous ou les fantômes pouvez pénétrer ici, je préfère être prévenue. Oh ! Severus ! Le rappela-t-elle alors qu'il se dirigeait vers la cloison.

—Oui ?

—Il y a quelque chose que vous devez savoir… à mon sujet.

Devant son hésitation, il l'encouragea à continuer d'un signe de tête.

« Je… je suis Née-Moldue.

Il laissa passer un léger silence avant de répondre.

—Lily Evans est Née-Moldue, et elle a été ma seule véritable amie pendant des années. Malgré ce que vous semblez penser, je n'ai rien contre la plupart des Moldus, et je suis parfaitement conscient que certains Sangs-Purs ne valent pas mieux.

Elle avala sa salive, rassemblant tout son courage. Après tout, elle ne pouvait pas prévoir comment il allait réagir, mais elle devait poser la question qui la taraudait depuis un moment.

—Je ne sais pas ce que vous ont fait subir votre père et les Maraudeurs, mais croyez-vous vraiment que cela valait la peine de gâcher votre vie en devenant Mangemort ?

La même expression qu'elle y avait vue un peu plus tôt passa dans le regard du jeune homme, et elle vit distinctement ses poings se crisper, mais il se força à répondre sur un ton égal, bien que glacé.

—Sur le moment, je suppose que cela me devait me sembler… une bonne idée.

Il tourna les talons sans lui accorder un regard de plus. Elle resta un long moment à contempler le mur qui s'était silencieusement refermé derrière lui. Pouvait-elle vraiment lui faire confiance ? Serait-elle capable d'accomplir la mission dont le professeur l'avait chargée ? Avec un soupir, elle se rassit dans son fauteuil en fermant les yeux. Elle avait dix-huit ans, et elle avait l'impression d'avoir déjà vécu plusieurs vies. Elle ne savait pas ce que Severus avait vu dans la Pensine, mais elle pouvait sans grand risque de beaucoup se tromper, présumer qu'une grande partie était liée à sa condition de Mangemort et d'espion, et très certainement aussi à Lily Evans et à Harry. Elle ne savait pas comment le jeune homme pouvait encore tenir le coup après toutes les révélations qui lui étaient tombées dessus depuis la veille. Sans aimer, ni apprécier pour autant l'homme qu'il était devenu, elle avait toujours admiré son intelligence, maintenant, elle était fascinée par la force de caractère dont il faisait preuve, déjà à dix-huit ans. Maintenant qu'elle avait approché, d'aussi loin que ce soit encore, sa véritable personnalité, elle n'osait imaginer quelles épreuves il avait déjà traversées pour en arriver à une telle maturité à son âge. Et elle pressentait que ce n'était encore rien par rapport à ce que le professeur Snape avait dû affronter par la suite, pour qu'il en soit arrivé à un tel degré de froideur et de cynisme.

TBC