CHAPITRE 4

LE PASSÉ

Cette nuit-là, le sommeil de Severus fut agité d'un horrible cauchemar.

Il se trouvait au sommet d'une immense tour qui semblait être le cœur d'une imposante forteresse. Il faisait nuit, un vent froid soufflait. Il n'était pas seul. Trois personnes se tenaient là, mais elles ne lui prêtaient aucune attention.

D'abord, Severus vit son père. Il ne devait pas avoir plus de seize ans, et sa ressemblance avec son fils était plus que manifeste, sauf qu'il avait des lunettes et cette marque en forme d'éclair sur le front. Il était recroquevillé sous un escalier de fer, dissimulé aux yeux des deux autres, l'air terrifié.

Severus se retourna pour les voir. Il eut du mal à reconnaître Drago Malefoy.
Il avait le même âge que son père, des cheveux courts, un teint blême aux yeux méchamment cernés. Il pointait sa baguette sur un vieillard qui se tenait a debout face à lui, très calme. Il avait une longue barbe et des cheveux d'argent, et ses yeux bleus détaillaient le garçon derrière ses lunettes en demi-lunes.

-Drago... Murmura le vieillard. Tu n'es pas un meurtrier.

-Comme pouvez-vous savoir ce que je suis ? Glapit Drago d'une voix rendue stridente par la peur. J'ai fait des choses qui vous feraient frémir !

-Hum, hum... Jeter un sort à Katie Bell pour qu'elle m'apporte un collier ensorcelé, ou essayer de me faire cadeau d'un vin dans lequel tu avais glissé du poison... Ces tentatives étaient si timides que je ne peux m'empêcher de penser que tu n'y as pas mis tout ton cœur. Es-tu sûr de vouloir me tuer, Drago ?

La main du garçon blond trembla. Son visage était contracté, mais Severus n'arriva pas à deviner si c'était de la rage ou de la douleur.

-Il... Il me fait confiance ! Il m'a choisi !

Et, d'un geste vif, il remonta la manche de sa robe de sorcier, dévoilant son avant-bras osseux ou était tatoué une tête de mort et deux serpents.

-La Marque ! Hurla-t-il, le regard fou. Oui ! La Marque des Ténèbres !

-Alors si tu es persuadé que tu dois le faire, soupira le vieillard, fais-le.

Visiblement, Drago ne s'était pas attendu à une capitulation si rapide de la part de cet homme qu'il menaçait de sa baguette. Il sembla surpris, puis apeuré.

-M... Monsieur Dumbledore... Monsieur ? Je... Je ne...

-Drago ?

La main du jeune homme s'abaissa. Il avait les yeux remplis de larmes.

Alors, un quatrième personnage entra en scène, venant de l'escalier de fer sous lequel Harry était blotti. Il avait un visage cireux, des cheveux gras et sombre, des yeux fixes. Il s'avança d'un pas lent et se plaça aux côtés de Drago.

-Severus... Fis Dumbledore d'un ton suppliant. Severus, s'il vous plaît.

L'homme pointa sa baguette sur le vieillard et articula froidement :

-Avada Kedavra.

Un long trait de lumière verte jaillit de la baguette de Severus Rogue et frappa Dumbledore en pleine poitrine. Le corps brisé du vieillard bascula par-dessus la rambarde et tomba dans le vide. Severus Rogue abaissa sa baguette. A l'instar de ceux de Drago Malefoy, ses yeux étaient remplis de larmes.

Severus se réveilla en hurlant, le cœur battant à tout rompre. Il promena ses yeux aveugles autour de lui. Il faisait nuit. Il était dans sa chambre.

Ce n'était pas possible... Ça n'avait pas pu s'être réellement passé... Son père ne pouvait pas lui avoir donné le même nom que celui d'un meurtrier...

La porte s'ouvrit à la volée, et Ginny déboula, affolée. Elle était en pyjama et ses yeux étaient gonflés de sommeil. Elle s'agenouilla près du lit.

-Sev' ? Est-ce que ça va, mon chéri ? Réponds ! Dis-moi quelque chose !

-Quand tu arrêteras un peu de parler, il pourra répondre, intervint sèchement Harry, qui s'était glissé dans la chambre derrière sa femme.

Severus regarda son père et eut la sensation de recevoir un coup de marteau sur la tête. Il détailla son visage son nez un peu long, ses joues un peu creuse, ses yeux verts, ses cheveux ébouriffés, ses lunette cerclées de fer et sa cicatrice sur le front. Il le détailla et essaya d'oublier l'expression d'horreur qui avait fendus ce visage des années et des années plus tôt, quand Severus Rogue avait tué ce vieillard sans défenses... Mais plus il essayait de la chasser de son esprit, cette image s'accrochait, persistante. Il serait incapable de regarder son père sans penser à ce terrifiant cauchemar.

Le garçon ouvrit la bouche, essaya de parler, mais sa gorge était si serrée qu'il fut incapable de prononcer un seul son.

-Tu as fait un cauchemar, mon trésor ?

La main fraîche de sa mère se posa sur son front brûlant. Severus sursauta.

-Oui, mais ça va, m'man... Je vais bien...

Il se dégagea et se rallongea. Sa mère le regarda un instant, puis quitta la pièce sur la pointe des pieds. Harry s'assis sur le matelas, tout près de son fils.

-Tu voudrais peut-être me parler de ce cauchemar.

Severus hésita. Peut-être devrait-il raconter... Mais comment son père le prendrait-il ? Avec sérieux, ou se contenterait-il de secouer la tête et de lui dire qu'il avait inventé tout ça ? Lui dirait-il que ce qu'il avait vu c'était vraiment passé ou qu'il avait une imagination débordante ?

Severus ouvrit lentement la bouche.

-Non.

Harry le regarda comme s'il essayait de lire dans son esprit, et Severus se dit qu'un sorcier du niveau de son père serait capable de le faire. Il repensa de toutes ses forces au goût des pommes de terre façon Poudlard, repoussant au plus profond de son cerveau la scène de crime dont il avait été témoin.

-Non, répéta-t-il, plus assuré. Ça va.

-Alors je te laisse. Bonne nuit, Sev'.

-Hum... Ah, oui, toi aussi.

Harry se leva et quitta la chambre en éteignant la lumière. La porte claqua quand il la referma. Le souffle court, Severus écouta ses pas s'évanouir dans le couloir, puis se retourna sur le ventre et enfoui son visage dans l'oreiller. Une larme roula le long de l'arrête de son nez et alla se perdre dans son cou.