Bonjour à tou(te)s ! Voici une nouvelle histoire, à laquelle je réfléchis depuis quelques temps. Attendez-vous, sans surprise pour ceux qui me connaissent, à une fic bien axée psychologie et relations inter-personnelles, qui ne verse pas trop dans le H/C, du moins au début, mais qui cherche plutôt à pousser les personnages dans leurs retranchements (et leur stupidité, me direz-vous peut-être). Il y a quand même une intrigue, de l'action, bref des trucs qui se passent ailleurs que dans la tête des personnages. J'aimerais également essayer de développer certaines descriptions de la planète sur laquelle va se passer l'histoire. Les citations en italiques et en gras en tête de chapitres sont toutes tirées de Terre des hommes de Saint-Exupéry. Un livre à lire absolument. Le titre de l'histoire est un vers de Garcia Lorca, un poète que j'adore.

Dernière précision : cette histoire se passe environ un mois après "L'autre moitié", et si vous ne l'avez pas lu, il y aura peut-être deux ou trois détails légèrement obscurs, mais je pense que c'est quand même compréhensible. J'ai essayé de revenir à un Spock plus IC, plus Vulcain, mais toujours légèrement tangent. Pour les avertissements, comme d'habitude : je n'écris pas des histoires super marrantes, mais ce n'est pas non plus insoutenable. Bonne lecture, je vous rappelle que j'aime toujours les commentaires ! Ah, et je vais essayer de m'astreindre à poster régulièrement, tous les quinze jours (en espérant pouvoir poster en parallèle, tous les quinze jours aussi, une traduction TOS).

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Chapitre 1 - Où Kirk se demande s'il a sous son commandement des adultes ou des gamins de trois ans d'âge mental

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"On chemine longtemps côte à côte, enfermé dans son propre silence, ou bien l'on échange des mots qui ne transportent rien. Mais voici l'heure du danger. Alors on s'épaule l'un à l'autre. On découvre que l'on appartient à la même communauté."

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- Merci d'être venue.

La jeune femme ferma soigneusement la porte derrière elle et attendit la suite, dans une position militaire irréprochable, le dos droit, les bras collés au corps, la tête haute et le regard indéchiffrable.

- Tu veux boire quelque chose ? Personnellement, après la journée que je viens de passer, je vais m'autoriser une bière romulienne, mais si tu préfères un truc moins fort…

Jim s'interrompit devant l'air à la fois inquisiteur et désapprobateur de son lieutenant en communications, et en déduisit qu'elle attendait des explications avant d'accepter ou non le verre qu'il lui proposait.

- Dois-je en conclure, demanda-t-elle prudemment (habituée aux moindres inflexions de sa voix, elle devait avoir perçu derrière les mots anodins l'exaspération profonde de son capitaine), que cette entrevue n'a rien d'officiel ?

Il poussa un soupir agacé et posa deux verres sur la petite table encombrée d'un monceau de documents non signés, dont il devrait s'occuper une fois Uhura partie. Une charmante soirée en perspective, après une journée des plus agréables.

- Il est peu fréquent que le capitaine d'un vaisseau spatial invite un des membres de son équipage dans sa cabine, alors qu'il l'a vue cinq minutes auparavant sur la passerelle, pour lui demander un rapport sur le fait qu'il ne se passe absolument rien depuis trois jours, fit-il remarquer, peut-être un peu trop sèchement.

Uhura ne lui en tint heureusement pas rigueur et se contenta de répondre, non sans un brin d'ironie dans le titre utilisé :

- Alors je peux retirer mes chaussures, capitaine ?

Il baissa machinalement les yeux vers les bottes noires, irréprochablement cirées, formant un angle parfait de quarante-cinq degrés.

- Je t'en prie, fais comme chez toi.

La jeune femme, d'une main experte, se baissa, fit glisser les fermetures éclairs et envoya promener d'un coup de talon travaillé lesdites bottes à travers la pièce avant de s'asseoir sur le siège que lui désignait son hôte. Ce dernier se sentit sourire malgré lui (alors qu'il n'avait pourtant aucune, mais vraiment aucune raison d'être de bonne humeur), le geste lui rappelant leurs années à l'Académie. Si Nyota se sentait à l'aise dans le lieu où elle se trouvait, son premier réflexe était d'ôter ses chaussures. Jim ne put s'empêcher de penser, non sans amusement, qu'une habitude aussi peu ordonnée devait être perturbante pour Spock, dont la maniaquerie vulcaine méticuleuse (et chiante, ajouta la partie rancunière de son esprit) était connue dans tout le vaisseau…

Il sentit malgré lui le sourire s'effacer de ses lèvres. Penser à son premier officier n'était pas une très bonne idée pour calmer sa mauvaise humeur. Reportant son attention vers la bouteille de bière qu'il tenait à la main, il interrogea Uhura du regard et, sur un léger signe de tête de sa part, il emplit les deux verres, laissant échapper une traînée de mousse sur un PADD qui traînait par là. Puis il se laissa tomber sur la chaise en face de son invitée, qui le regardait avec une sollicitude amusée.

- La journée a été dure ? s'enquit-elle en levant son verre.

- Je crois que je vais les tuer. Tous les deux.

Il but une gorgée d'alcool – nom de Dieu, ce truc était vraiment beaucoup plus fort qu'une bière terrienne – et défia Nyota du regard. Cette dernière ne semblait pas spécialement surprise ni choquée par cette déclaration belliqueuse.

- Puisque tu m'as demandé de venir, j'en déduis que l'une des deux personnes que tu veux tuer est Spock. Qui est l'autre ?

- Bones, soupira Kirk en portant de nouveau le verre à ses lèvres.

- Oh, commenta la jeune femme.

- Oh en effet.

Il secoua la tête, comme si ce geste avait eu le pouvoir miraculeux d'en chasser les mauvaises pensées. Mais, comme le disait son premier officier, les miracles n'existaient pas.

- Pourrais-tu être plus précis ? Je ne peux pas t'aider si je ne sais pas ce qui s'est passé.

- Je ne comprends pas. Je pensais qu'ils en avaient fini avec les engueulades puériles. Qu'ils étaient passés à autre chose. Je veux dire, après l'affaire Khan, tout allait beaucoup mieux entre eux, et avec ce qui est arrivé à Spock… Ils ont passé presque cinq jours liés mentalement, tu ne me feras pas croire qu'un Vulcain est capable de ça s'il n'a pas en l'autre une confiance absolue ? McCoy a tout fait pour le sauver, il s'est épuisé à la tâche, bref, tu sais aussi bien que moi ce qu'il a fait pour lui. Mais aujourd'hui, j'ai appris que depuis que Spock est revenu à son poste, il n'est pas allé une seule fois travailler avec Bones sur le projet Octantis. Ils ne se sont pas parlé depuis quinze jours, tout simplement. Tu peux m'expliquer ce que ça signifie ? Parce que moi, j'ai vraiment du mal à comprendre !

En fait, on s'habituait plutôt vite à la bière romulienne, songea Jim en les resservant généreusement tous les deux.

Ce qu'il n'avouait pas, et qui l'énervait presque autant que l'attitude insensée de ses deux meilleurs amis, c'était sa propre inaptitude à s'être rendu compte d'un problème qui durait depuis deux semaines. Il s'était pointé comme une fleur quelques heures auparavant au laboratoire numéro 2, pour une visite de contrôle à la veille de la descente de Spock et McCoy sur Octantis, et avait trouvé ce dernier en train d'expliquer à Estéban Rodriguez les tenants et aboutissants de leur mission. Du premier officier, il n'y avait pas trace. Le médecin, dûment interrogé par son capitaine, avait répondu, non sans embarras, que Spock réalisait ses propres expériences de son côté, au laboratoire numéro 7, depuis qu'il avait été jugé apte à reprendre son service. Jim, désagréablement surpris mais encore à peu près en possession de son self-control à ce moment, avait demandé à Bones comment il envisageait les choses une fois sur Octantis, et si les deux officiers supérieurs daigneraient alors travailler ensemble, comme prévu deux mois auparavant.

La réponse du médecin (« J'avais pensé plutôt descendre avec Rodriguez. Spock préférerait être avec toi sur Khitomer, je crois. ») l'avait rendu muet de stupéfaction. Il s'était même abstenu de rétorquer qu'à aucun moment, jusqu'à cet instant précis, ni le premier officier ni le médecin en chef n'avaient semblé embarrassés de travailler l'un avec l'autre. Au contraire, lorsqu'ils avaient pris connaissance de l'ampleur du défi, ils s'étaient mis à la tâche avec ardeur et avaient très rapidement obtenu – ensemble – des résultats. Ni l'un ni l'autre n'avaient protesté lorsque, quelques jours avant que le Vulcain ne tombe malade, l'Enterprise avait reçu l'ordre de se rendre sur la planète Khitomer pour participer aux négociations qui devaient avoir lieu entre Romuliens et Denobuliens pendant qu'eux-mêmes seraient en train de tester leur nouveau vaccin sur la base Octantis.

Et voilà que tout à coup, la veille de leur départ, McCoy « pensait plutôt descendre avec Rodriguez » ?!

- Et Spock m'a répondu exactement la même chose, conclut le capitaine avec un soupir en regardant Uhura dans les yeux. Il m'a dit, je cite, que « Rodriguez était parfaitement apte à mener l'expérience médicale et l'inspection scientifique de la base dans le laps de temps imparti ». Ce qui est probablement exact, à condition que le pauvre Estéban s'abstienne de manger et de dormir pendant quinze jours. Et il est évident que, même dans ces conditions, le travail sera moins bien fait. Rodriguez est sur des charbons ardents et il est mort de trouille à l'idée de descendre avec Bones pour une mission de cette ampleur. Ce n'est pas le genre de Spock de laisser les petits jeunes faire le sale boulot à sa place. Je ne comprends pas, répéta-t-il, espérant contre toute attente que Nyota pourrait lui fournir une explication rationnelle.

Elle haussa les épaules d'un air désabusé et le regarda avec une commisération teintée d'amusement.

- Tu ne comprends pas parce que tu n'envisages pas les choses selon leur point de vue. Tu sembles penser que le lien de guérison entre eux aurait dû les rapprocher, mais en réalité, c'est l'inverse qui s'est produit. Ce qui m'étonne, c'est que tu ne t'en sois pas rendu compte avant.

Jim sentit qu'il n'allait pas aimer ce qui allait suivre. Etre le dernier au courant d'un événement qui s'était produit sur son vaisseau lui déplaisait souverainement. Le fait que ses deux meilleurs amis soient concernés n'arrangeait évidemment rien.

- Parce que toi, tu le savais depuis le début ? s'écria-t-il en essayant de ne pas laisser paraître son amertume. Ça fait deux semaines que mon premier officier et mon médecin en chef s'évitent comme la peste alors qu'ils doivent descendre sur Octantis demain, et personne n'a daigné me mettre au courant ?

- Ecoute, répondit la jeune femme en remplissant à nouveau leurs verres, ce n'est pas comme si on n'avait pas été occupés ces derniers temps.

Il était forcé de reconnaître qu'elle avait raison : entre la maladie de Spock, la mission sur Friban et ses conséquences, celle sur Gamma Hydra, les derniers rebondissements inattendus (et, il fallait bien l'avouer, peu dramatiques mais chronophages) de l'incident causé par cet imbécile de Mudd, ils n'avaient en effet pas eu l'occasion de s'ennuyer, et le capitaine pas le loisir de se préoccuper des états d'âmes plus ou moins chaotiques de ses officiers. Spock était hors de danger, le vaisseau remplissait sa mission, tout allait bien, Kirk n'avait pas cherché plus loin.

- Ça ne m'explique pas ce qui s'est passé, marmonna-t-il. Qu'est-ce que tu veux dire par « envisager les choses selon leur point de vue » ? Je ne comprends toujours pas.

Il avait l'impression que s'il répétait encore une fois cette phrase, il aurait plus vite fait de la faire imprimer sur son uniforme.

- C'est parce que tu n'es pas aussi bête qu'eux, répondit Uhura (et, pour la première fois depuis le début de cette conversation, Jim perçut un certain agacement dans sa voix, indiquant peut-être qu'elle en avait également assez du comportement puéril de ses coéquipiers). Note que je n'aurais jamais cru possible de prononcer un jour cette phrase, ajouta-t-elle sur le ton de l'ironie légère qui était toujours de mise entre eux lorsqu'ils n'étaient pas dans une situation officielle. Mais apparemment, tout arrive. Ne te méprends pas, tu remportes toujours, et de loin, la palme de la stupidité dans la plupart des domaines, mais lorsqu'il s'agit de relations humaines, si on laisse de côté tes conquêtes amoureuses, tu es mille fois plus intelligent que Spock et Leonard réunis.

Le compliment inattendu, quoique enrobé dans une fine couche de sarcasme, lui apporta un peu de baume au cœur. Ses relations avec Uhura avaient toujours été légèrement conflictuelles, probablement en raison de l'image de gamin inconscient capable de provoquer quatre cadets de Starfleet dans un bar bondé, pour le simple plaisir de raconter des conneries, qui devait encore, malgré les années, lui coller à la peau. Il reconnaissait sans peine qu'il ne s'était pas montré sous son meilleur jour lors de leur première rencontre. Il avait fallu pas mal de temps à la jeune femme, à l'Académie, pour qu'elle daigne enfin se rendre compte qu'il n'était pas si stupide qu'il en avait parfois l'air.

Mais cela ne répondait toujours pas à sa question.

- Ce que je veux dire, reprit Nyota patiemment, c'est que oui, ils ont partagé un lien mental vulcain, oui, ils se sont dit tout un tas de choses personnelles, et cela n'aurait pas été possible sans une confiance totale et réciproque – mais c'est justement parce qu'ils ont partagé ce lien et dit toutes ces choses personnelles qu'ils s'évitent maintenant.

L'explication ne satisfaisait pas totalement le capitaine, mais il commençait à entrevoir les raisons profondes de l'inimitié soudaine entre ses deux amis.

- Sans vouloir piquer les répliques de ton cher et tendre, reprit Jim avec une petite grimace, tu ne trouves pas ça… complètement illogique ?

Uhura sourit et leva les yeux au ciel.

- Si. Mais c'est comme ça. Ils sont embarrassés au dernier degré et ne savent pas quoi faire de ce qu'ils ont appris l'un sur l'autre.

- C'est Spock qui t'a dit ça ? demanda Kirk, incrédule.

- Ni Spock ni Leonard ne m'ont rien dit au sujet de leur dispute, répondit-elle avec un soupir de frustration. Mais je lis assez bien entre les lignes.

Jim acquiesça. Après tout, Nyota avait toujours fait preuve d'un exceptionnel talent pour les langues. Elle était probablement la plus douée pour la difficile traduction Spock/standard.

- Sans compter, ajouta-il étourdiment, que Spock a à moitié étranglé Bones.

Les yeux de la jeune femme se rétrécirent et elle se pencha légèrement vers le capitaine, sourcils levés.

- Pardon ?

- J'imagine que je n'étais pas censé te le dire, soupira-t-il. Spock n'était pas lui-même et il s'est excusé à deux reprises, ce qui est un record pour un Vulcain, je crois. Ecoute, ce n'est pas le sujet. Ils doivent descendre demain ensemble, qu'est-ce que je fais ?

- A ta place, répondit Uhura, je laisserais Rodriguez aller sur Octantis à la place de Spock. Ils ont peut-être tout simplement besoin d'un peu d'espace. Ce qui n'est pas si évident sur un vaisseau où ils sont obligés de cohabiter et de travailler ensemble tous les jours.

Jim ne put retenir un sourire moqueur.

- Et tu ne me dis pas ça parce que tu préférerais que Spock nous accompagne sur Khitomer ?

Il vit le moment où Nyota allait protester, jurer ses grands dieux qu'elle ne faisait qu'essayer de trouver une solution à un problème qui pouvait affecter la mission sur Octantis, mais elle baissa finalement les yeux et ses épaules s'affaissèrent.

- Je t'avoue qu'après ce qui s'est passé, je serais plus tranquille s'il était avec nous. Avec moi, rectifia-t-elle en le regardant de nouveau bien en face.

Kirk était prêt à s'excuser platement pour la millième fois. Un mois après les événements, il se sentait toujours coupable d'avoir dissimulé à son lieutenant une partie des événements concernant le Vulcain, alors qu'il l'avait laissée gérer seule une mission diplomatique complexe, à l'encontre de tous le règlements de Starfleet. Mais s'il évaluait correctement l'éclat qui brillait dans ses yeux, elle était tout simplement en train d'utiliser sa culpabilité pour parvenir à ses fins. Il ravala ses excuses et prépara ses arguments, car il ne pouvait en aucun cas laisser le premier officier participer à la rencontre sur Khitomer.

- Je comprends et je t'assure que moi aussi, je préférerais avoir Spock auprès de moi, du moins si je n'étais pas au courant d'un facteur que tu ignores.

- Je t'écoute.

Jim soupira et but une gorgée de bière pour se donner le temps de réfléchir à la façon dont il allait annoncer la nouvelle à son lieutenant. Ce délai ne lui fut d'aucune utilité, car il y avait déjà réfléchi toute la journée, sans trouver aucune formulation satisfaisante.

- C'est confidentiel, d'accord ? Tout ça reste entre nous ? Pas un mot à qui que ce soit, et surtout pas à Spock, entendu ?

Elle acquiesça, légèrement sur la défensive.

- Huit Vulcains ont disparu, durant les trois derniers mois, dans la zone de Khitomer. Une enquête a été menée conjointement par Starfleet et le Haut Conseil de la Nouvelle Vulcain, sans résultats. On pense à un trafic d'esclaves, ou en tout cas rien de bien joli.

Il sentait la bière romulienne remuer dans son estomac et remonter dans sa gorge à la pensée des trafiquants de chair qui faisaient de la vie humanoïde leur commerce. Les Vulcains étaient à présent une espèce menacée. Il y avait toujours eu, et il y aurait toujours, à travers tout l'univers, des salauds prêts à payer très cher pour posséder une « rareté ». L'Enterprise avait une fois croisé la route de l'un de ces tristes sires. Ce n'était pas leur meilleur souvenir.

En face de lui, Uhura s'était également tendue.

- Le haut commandement de Starfleet m'a donc « conseillé » de tenir mon premier officier éloigné de cette mission, pour sa sécurité, m'a-t-il été dit, mais probablement également pour éviter qu'il ne se sente un peu trop concerné par ces disparitions et qu'il ne décide de mener l'enquête de son côté. On m'a bien fait comprendre que s'il arrivait quoi que ce soit à Spock, je ne serais pas autorisé à essayer de le retrouver, et immédiatement relevé de mes fonctions si je désobéissais. Si Spock était parfaitement remis, je considérerais sérieusement la question, je lui en parlerais, j'essayerais de voir ce qu'on peut faire. Mais tu sais aussi bien que moi que Spock n'est pas parfaitement remis.

- Tu penses qu'en cas de problème, il ne sera pas capable de se défendre ? demanda Nyota.

Son ton était soigneusement neutre, presque digne de celui d'un Vulcain (Spock déteignait parfois sur elle de façon presque dérangeante), ce qui, songea Jim, prouvait à quel point la réponse lui tenait à cœur. Elle s'inquiétait, elle devait avoir senti que quelque chose n'allait pas. Il choisit de lui exposer franchement le problème.

- Hier, j'ai proposé à Spock un entraînement au gymnase. Amical. Juste pour voir.

- Et ?

- Et j'ai vu. Je l'ai mis à terre. Deux fois.

Un silence accueillit cette déclaration. Il était aberrant que Jim pût envoyer le Vulcain, deux fois plus fort que lui, au tapis dans un combat loyal. S'il avait pu tricher, c'eût été différent, mais ils s'étaient affrontés dans les règles de l'art. Sans témoin, heureusement. Spock n'avait pas commenté et, apparemment, n'avait pas informé sa compagne de sa défaite. La jeune femme but une gorgée de bière et soupira.

- Sans parler du fait que ses boucliers mentaux ne sont pas totalement reconstruits, murmura-t-elle sans le regarder en face. Je suis d'accord avec toi. On ne peut pas l'emmener sur Khitomer, c'est trop risqué. Jim, ajouta-t-elle en lui tapotant gentiment la main, tu as fait ce que tu pouvais. Ne te prends pas la tête avec cette histoire. Même sans le problème de ces disparitions, les colons sur Octantis ont besoin de Leonard pour le vaccin et de Spock pour l'optimisation de leur matériel scientifique. Tu sais aussi bien que moi que Rodriguez aurait beaucoup de mal. Donc la question ne devrait même pas se poser.

- C'est toi qui l'as suggéré, fit remarquer Jim.

- Que veux-tu, je suis humaine, et donc faillible, répondit-elle avec un début de sourire dans la voix. Len et Spock sont des adultes responsables, ils arriveront bien à gérer leurs problèmes relationnels tout seuls.

Jim leva les yeux au ciel en ricanant.

- Tu penses vraiment ce que tu dis ?

- Non, mais je préfère risquer leur amitié plutôt que la vie de Spock.

Le jeune homme leva son verre en guise d'approbation et le vida d'un trait, aussitôt imité par Uhura.

Ils auraient mal à la tête le lendemain, c'était certain.