La citation détournée de Kaamelott était bien "Il y a bien ma tunique, mais c'est mou"... Bravo à OldGirl et à Adalas ! ("J'ai ma chemise mais c'est mou"... Perceval voudrait bien s'en servir pour ouvrir une porte, mais évidemment... c'est mou.) Promis, j'arrête le délire pour ce chapitre. Pas de citations, pas de références, juste pas mal de hurt, et du comfort à la vulcaine, donc pas très explicite, évidemment. (Faut pas m'en vouloir, c'est ce que je préfère écrire.) Etant donné que j'ai écrit la première moitié de cette fic il y a environ six mois, je vous rappelle que sur la base scientifique qui tourne autour de la planète Octantis, tous les membres de Starfleet sont complices d'expériences moralement indéfendables sur les humanoïdes de la planète qu'ils sont censés étudier sans interférer dans la civilisation... Voilà voilà. Sinon, aucune petite note de bas de page. Les fans de TOS reconnaîtront probablement des références implicites à "All our yesterdays", l'avant-dernier épisode de la dernière saison de la série, où McCoy et Spock sont coincés dans le passé d'une planète, à l'âge glaciaire. C'est là qu'il y a la phrase "we go together or not at all", prononcée par Spock...


Chapitre 13 – Où McCoy se rend compte qu'il est difficile de passer de l'état de médecin à celui de patient

J'ai un extrême besoin de considérer que tout est simple. Il est simple de naître. Et simple de grandir. Et simple de mourir de soif.

.

- Spock, est-ce que vous pourriez…

Leonard s'interrompit brusquement. Il ressassait pourtant cette phrase depuis un temps interminable dans son esprit, mais, au moment de la prononcer, elle lui sembla inopportune, impossible, irréelle.

Est-ce que vous pourriez parler sans jamais vous arrêter ? Est-ce que vous pourriez me toucher en permanence ? Est-ce que vous pourriez faire une fusion mentale qui nous lierait jusqu'à ce que nous soyons ou fichus pour de bon ou sauvés par un miracle ? Est-ce que vous pourriez manifester votre présence en continu ? En gros, est-ce que vous pourriez faire tout ce que vous détestez et qui ne vous est absolument pas naturel, juste pour moi, pour que je ne sois pas seul dans le noir, sans possibilité de savoir si vous m'avez ou non planté là au milieu du désert ?

Il était seul dans le noir. Que Spock parle, ou le touche, ou l'atteigne avec ses trucs de vaudou vulcain, n'y changerait rien. Le premier officier lui avait expliqué posément qu'il n'y avait pas moyen de savoir si l'aveuglement allait s'avérer permanent ou temporaire, dans la mesure où ce venin n'avait pas été officiellement testé sur des humains (le mot officiellement avait fait frissonner McCoy, malgré la chaleur quasiment insupportable, en lui rappelant les expériences horribles dont il avait lu une partie des comptes-rendus sadiques rédigés par Everlord), et il fallait attendre pour le savoir que le venin s'élimine par voie naturelle. Un autre problème qui allait s'avérer bientôt gênant, car il semblait bien que la partie peu agréable des troubles digestifs, après s'être manifestée par des vomissements irrépressibles, était en train de déménager un peu plus bas. Or, sans rien y voir, et dans l'état de faiblesse et de semi-déshydratation dans laquelle il se trouvait, le médecin se demandait comment il allait réussir à s'éloigner de leur campement de fortune.

Le problème était anecdotique en comparaison de la souffrance qui lui vrillait la tête, de l'obscurité dans laquelle il était plongé et de la terreur qui l'empêchait de respirer correctement (il en était à sa troisième crise d'angoisse depuis qu'il s'était réveillé, et s'il avait à peu près réussi à se contrôler devant Spock, il savait que viendrait un moment où il s'effondrerait, parce que c'était juste trop), mais les maux de ventre qu'il commençait à ressentir le perturbaient au moins autant que le reste. Il était médecin avant tout, et s'occuper des autres, y compris lorsque cela impliquait les assister dans les fonctions corporelles les plus primaires, ne lui avait jamais posé aucun problème. Il ne s'était cependant jamais retrouvé de l'autre côté, n'ayant jamais été malade ou invalide au point de ne pouvoir se déplacer par lui-même. La simple idée le révoltait, l'humiliait et le laissait dans un état d'anxiété inexprimable.

- Que voulez-vous que je fasse, docteur ? demanda la voix de Spock, empreinte d'une douceur qui la rendait presque difficile à reconnaître.

McCoy serra ses mains l'une contre l'autre pour en dissimuler le tremblement. Durant les quelques secondes de silence qui s'étaient étendues entre sa question et la réponse du Vulcain, il s'était imaginé que Spock était parti, et la panique qu'il éprouvait avait encore monté d'un cran. Il sentit des larmes s'échapper de ses paupières et les essuya rageusement. Pleurer ne servirait qu'à le déshydrater encore davantage, et à donner au premier officier une image déplorable de lui. Il imaginait sans peine Spock, assis non loin de lui dans le sable, embarrassé au-delà de toute mesure, incapable de réagir face à cette si flagrante perte de contrôle…

- Docteur, souhaitez-vous que je m'éloigne quelques temps pour vous laisser de l'espace et de l'intimité ? Je pourrais établir notre campement un peu plus loin et revenir vous chercher, ou vous guider de ma voix, pour que vous puissiez ensuite me rejoindre.

Le médecin en chef écarquilla les yeux pour essayer de lire sur le visage du Vulcain ce qu'il ne pouvait déduire du ton neutre de sa voix, mais ses paupières ne s'ouvrirent que sur du noir. Ce que lui proposait Spock, avec davantage de tact dont il ne l'aurait cru capable, lui permettrait du moins de résoudre un de ses problèmes, probablement le plus pressant, s'il devait en croire la douleur qui lui contractait les entrailles. Il hocha la tête.

- S'il-vous-plaît.

- Appelez-moi lorsque vous serez prêt.

Spock s'empara du bidon et du sac, qu'il fit s'entrechoquer – probablement volontairement, en déduisit McCoy avec gratitude. Puis le silence retomba et Bones se força à respirer calmement. Il n'y avait rien d'humiliant dans la situation, se répéta-t-il, et il l'avait vécue des centaines de fois dans l'autre sens. Mais cette inversion des rôles, dont il n'avait pas l'habitude, l'empêchait d'appréhender la situation de façon professionnelle. Il était devenu à son tour le patient honteux de son propre corps, comme il en avait rencontré des milliers. Une leçon instructive, dans le cas bien improbable où il survivrait et pourrait de nouveau exercer son métier.

En tant que médecin, il savait que sa situation était critique. Son corps réagissait de façon tout à fait normale au venin, cherchant à l'éliminer par tous les moyens possibles, mais penser à toute l'eau que son corps gaspillait stupidement en se rendant malade pour une toute petite piqûre de rien du tout faisait couler une sueur froide le long de son dos (un autre moyen peu intelligent d'accélérer la déshydratation, soit dit en passant). Rarement la condition humaine lui était apparue si fragile et inconséquente.

Lorsqu'il se redressa, chancelant légèrement, il se sentait toutefois beaucoup mieux. Avec un peu de chance (étant donné qu'ils en avaient singulièrement manqué jusqu'ici, il ne lui aurait semblé que justice que la tendance s'inverse), les effets secondaires du venin allaient s'estomper définitivement.

- Spock ?

- Par ici, docteur.

La voix du Vulcain était relativement lointaine (Spock avait dû vouloir lui laisser toute l'intimité nécessaire, et il le bénissait pour cela) mais McCoy identifia parfaitement la direction d'où elle provenait. Confiant, il fit trois pas vers elle – et s'écroula au quatrième, sans un avertissement de la part de ses muscles, le visage soudainement projeté dans le sable brûlant, et se sentant tout à coup tellement faible qu'il ne parvint même pas à relever la tête.

- Leonard !

Presque instantanément, Spock fut à son côté, comme par miracle, et l'aida à se redresser. McCoy le soupçonnait de l'avoir surveillé du coin de l'œil, voire de s'être attendu à ce que ses jambes se dérobent sous lui, mais il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir, étant donné qu'il avait eu parfaitement raison.

- C'est bon, Spock, c'est bon, j'ai juste…

Encore une fois, il ne trouva pas de mots. Peut-être n'y en avait-il tout simplement pas. Le Vulcain ne répondit rien, se contentant de passer ses mains sous les aisselles de son coéquipier pour le relever. A peine s'était-il retrouvé en position debout que McCoy sentit ses cuisses se remettre à trembler. Il fut reconnaissant à Spock de n'émettre aucun commentaire sur ce fait. Passant son propre bras autour du cou du premier officier, il se laissa guider, presque porter, jusqu'au bidon d'eau, à côté duquel il se laissa tomber plutôt qu'il ne s'assit. Puis, sans réfléchir, il s'agrippa à la manche de Spock avant que ce dernier n'ait eu le temps de reculer pour établir de nouveau entre eux une distance dont il ne voulait plus. Les secondes s'écoulèrent dans un silence que le Vulcain finit par rompre avec hésitation :

- Docteur, vous pouvez peut-être me lâcher à présent.

Mais Leonard ne parvenait pas à desserrer ses doigts, qui se crispaient malgré lui sur le tissu bleu. L'idée qu'il ne reverrait probablement jamais la couleur bleue, et que seul son souvenir perdurerait dans son esprit, pour le peu de temps qui lui restait à vivre, lui étreignit le cœur, et un nouveau sanglot monta dans sa gorge. Se maudissant pour sa propre faiblesse, il baissa la tête, la respiration erratique, et parfaitement incapable de laisser aller le bras de son compagnon. A côté de lui, Spock s'agenouilla dans le sable. Le médecin sentit son genou effleurer sa cuisse, et il dut fournir un immense effort de volonté pour ne pas se blottir contre lui comme un gamin de trois ans qui a peur du noir.

- Je suis désolé, hoqueta-t-il. Je n'y arrive pas.

Un léger silence lui répondit. McCoy en déduisit que le Vulcain essayait de comprendre la raison de cette soudaine familiarité, aussi inhabituelle qu'absurde. Il savait qu'il lui devait des explications, mais il n'avait pas le courage de les lui donner.

- Avez-vous… peur que je vous laisse là ? demanda Spock prudemment après quelques secondes.

McCoy, les joues brûlantes, hocha faiblement la tête.

- Je ne vais pas vous abandonner, docteur, reprit le Vulcain. Nous sortirons de ce désert ensemble ou nous n'en sortirons pas.

Face à cette déclaration outrageusement sentimentale, et tellement peu spockienne, Leonard sentit lui revenir un peu de son ancienne ironie.

- Un peu mélodramatique pour un Vulcain, vous ne trouvez pas ?

Mais au lieu d'entrer dans leur habituel duel verbal, Spock répondit sèchement :

- Absolument pas. Je ne fais qu'énoncer un fait.

Le sarcasme se mua en irritation.

- Ne soyez pas stupide, vous savez aussi bien que moi que je n'ai que très peu de chances de m'en sortir vivant. Combien reste-t-il d'eau dans le bidon ?

- Environ 1,5 litres.

- De quoi tenir environ trois jours si je suis le seul à boire…

- Vous serez le seul à boire, affirma Spock d'un ton qui n'admettait aucune réplique. L'Enterprise doit arriver dans six jours, peut-être cinq si la conférence de paix à Khitomer se termine plus tôt que prévu. Or, un être humain peut survivre sans eau pendant trois jours.

Cette fois, McCoy l'interrompit, gentiment mais fermement. Il y a certaines vérités qu'il est nécessaire de regarder en face, il le savait, et malgré sa propre peur, il se força à parler logiquement, scientifiquement, à énoncer des faits, comme s'il parlait d'un parfait inconnu qui allait mourir là, dans ce foutu désert, comme s'il n'était pas complètement paniqué à l'idée de souffrir le martyre avant d'y laisser sa peau, car il savait que la déshydratation était loin d'être une partie de plaisir…

- Pas dans mon état, Spock. Je suis le premier à le regretter, mais je ne tiendrai pas tout ce temps. Entre notre marche forcée pendant les six derniers jours, les nausées et la diarrhée, la déshydratation a déjà commencé, et il me faudrait beaucoup plus de 0,5 litres d'eau tiédasse par jour pour me remettre d'aplomb. Je ne dis pas ça par défaitisme, je suis simplement réaliste.

- Vous tiendrez le coup, affirma le Vulcain.

McCoy soupira. Il n'avait pas spécialement voulu aborder le sujet avec son coéquipier, et ce dernier ne lui rendait pas la tâche facile.

- Spock, je sais que vous m'avez menti depuis le début. Ça partait d'une bonne intention, j'en ai bien conscience, mais je ne suis pas dupe.

- Docteur, les Vulcains…

- … ne mentent pas, compléta le médecin avec un demi-sourire. Je sais. Vous êtes cependant passé maître dans l'art des demi-vérités, et c'est quelque chose que j'admire chez vous depuis que vous avez réussi à faire croire au haut commandement de Starfleet que Jim n'avait pas été totalement irradié dans ce foutu réacteur. Mais je sais que les jours sont plus courts de trois heures et demie sur Octantis que sur Terre, et que l'Enterprise ne sera pas là avant sept, voire huit des jours de cette planète maudite. Depuis le début, vous avez parlé de journées, sans préciser si vous évoquiez ou non les jours standards. J'ai fini par comprendre. Vous ne vouliez pas me décourager. Je vous remercie de cette attention, mais vous n'avez pas besoin de me ménager. J'ai toujours pensé qu'il était assez simple de mourir, y compris de soif. Je n'arrête pas de râler après les dangers que Starfleet nous fait courir, mais au fond de moi, je sais bien que si je n'avais pas voulu risquer ma peau, je n'aurais jamais signé. Je savais que ça se terminerait probablement comme ça. Je ne vous dirai pas que je n'ai pas peur, parce que ce n'ai pas vrai, je suis mort de trouille, mais… mais j'ai accepté cette mission en toute connaissance de cause. Et c'est à cause de moi que nous sommes ici.

- Peut-être trouverons-nous de l'eau sur notre chemin, ou arriverons-nous à un canyon avant d'épuiser nos réserves, reprit Spock avec un acharnement qui arracha de nouveau un sourire au médecin.

- Vous n'abandonnez jamais, hein ? Tout le monde dit que c'est Jim le spécialiste des situations désespérées, mais vous n'êtes pas mal dans votre genre. Spock, soyez raisonnable, continua Bones plus sérieusement. Vous avez forcément calculé les probabilités pour que je m'en sorte, et je suis certain que les chiffres ne sont pas très rassurants. Je ne suis pas fichu de marcher seul, à peine de tenir debout, et…

- Je vous soutiendrai, je vous porterai s'il le faut, mais je ne vous laisserai pas.

McCoy resta un instant interdit devant tant de virulence. Cela ne ressemblait pas du tout au Spock rationnel et logique qu'il connaissait. Ce Spock-là aurait effectivement calculé les probabilités de sa mort, et son côté vulcain s'y serait résigné. Or, non seulement le premier officier ne semblait absolument pas résigné, mais son entêtement à vouloir sauver son compagnon avait quelque chose de désespéré, si éloigné de son tempérament habituellement calme et posé qu'il en devenait suspect.

Le médecin n'avait pas l'intention d'en rester là, et comptait bien interroger Spock sur cette brusque et inquiétante manifestation de sentiments, lorsqu'une sensation de vertige lui fit oublier tout le reste. Etait-ce le venin, la chaleur, la panique, il ne savait pas, mais la tête lui tournait et il se sentait tomber vers le sol. Ses doigts, soudainement gourds et sans force, lâchèrent malgré lui la tunique de son compagnon et, durant un bref instant, il fut de nouveau seul dans le noir. Puis les mains du Vulcain le rattrapèrent, juste à temps, et l'aidèrent à s'allonger sur le dos.

- Vous devriez essayer de vous reposer, déclara Spock, la voix redevenue neutre et froide. Nous aviserons sur la conduite à tenir lorsque la nuit tombera.

Bones fit un vague signe de tête. Oui, dormir était une excellente idée. Ses yeux étaient déjà fermés, de toute façon…

… Mais aussitôt, le silence retomba sur lui comme une prison. Il se sentit étouffer et se redressa presque aussitôt, tâtonnant pour retrouver le bras du Vulcain…

- Spock ? Spock !

- Je suis là, répondit la voix, beaucoup moins neutre et beaucoup moins froide.

Cinq doigts se posèrent sur son bras.

- Docteur, respirez doucement.

Il avait conscience d'hyperventiler, bien évidemment, mais réguler sa respiration lui semblait au-dessus de ses forces. Lorsque, après un temps qui lui parut infini mais qui ne devait pas avoir duré beaucoup plus qu'une demi-minute, le sang cessa de battre dans ses oreilles, il entendit ces trois mots sortir de sa bouche sans même qu'il les eût convoqués :

- Spock, parlez-moi.

- Je… ne suis pas certain de comprendre votre requête.

Il se jeta à l'eau (façon de parler, bien sûr). De toute façon, Spock n'avait jamais pensé de bien de lui, n'est-ce-pas ? Alors, un peu plus ou un peu moins, qu'est-ce que ça pouvait bien faire ?

- Parlez-moi, répéta-t-il, la voix tremblante. De n'importe quoi, de ce que vous voudrez, je m'en fiche. Je veux juste être sûr… être sûr que je ne suis pas seul. Je ne peux pas vous voir, je ne peux pas savoir où vous êtes, ni ce que vous faites. Je sais que ce n'est absolument pas logique, que c'est totalement irrationnel, mais je n'y peux rien, j'ai besoin de vous entendre, sinon je suis certain que je vais devenir fou !

Sa petite tirade s'était achevée en cri à demi hystérique et il sentit à nouveau les larmes se presser à ses paupières. Quoiqu'il fût plutôt bon signe d'avoir encore du liquide à pleurer, il commençait à se lasser de ces pertes de contrôle soudaines sur ses canaux lacrymaux.

- Docteur, répondit Spock, je ne peux évidemment savoir quel effet cela peut faire d'être brutalement privé de la vue, car je n'en ai jamais fait l'expérience, et je ne peux qu'imaginer la terreur qui doit être la vôtre. Sachez toutefois que je comprends votre réaction et que je ne la juge pas. Perdre la vue est inconcevable pour moi et j'ignore de quelle façon je réagirais dans une situation semblable. Si vous avez besoin de m'entendre, de quoi souhaitez-vous que nous parlions ?

Leonard s'attendait si peu à une telle empathie de la part du Vulcain qu'il resta un instant bouche bée sans savoir que répondre.

- Je… je ne sais pas, avoua-t-il finalement. De ce que vous voulez. De la culture des betteraves dans l'Ohio, pourquoi pas ? (Il ne les vit évidemment pas, mais il entendit presque les sourcils de Spock se lever.) Je plaisante. Ça n'est pas un sujet très intéressant, j'en sais quelque chose. Jim en parle des fois.

De nouveau, le silence s'installa, et Bones dut faire un effort sur lui-même pour ne pas paniquer à nouveau.

- Docteur, je ne trouve pas de sujet de conversation.

Si l'on en jugeait par le son de sa voix, Spock avait l'air absolument désolé (un autre signe inquiétant). McCoy haussa les épaules, s'efforçant de ne pas rendre la situation encore plus dramatique qu'elle ne l'était.

- Par exemple, à votre avis, pour quelle raison Juliette Beaumont et tous les autres sur la base ont-ils réalisé ces horribles expériences sur les humanoïdes de cette planète ? C'est une question qui me travaille depuis que nous nous sommes échappés.

- Le docteur Everlord a parlé de vengeance, répondit immédiatement Spock, comme s'il était soulagé que le médecin ait trouvé de lui-même un sujet de conversation.

McCoy hocha lentement la tête. Il se souvenait bien de la petite phrase prononcée par le médecin sur « la douceur de la vengeance ».

- De qui pourraient-ils bien vouloir se venger ? Effner a bien précisé qu'ils étaient tous complices. Or, les trente-sept membres qui vivent sur la base ne se connaissaient pas avant le début du projet Octantis, il y a trois ans. Ils ont été recrutés pour leurs capacités dans divers domaines. Je ne comprends pas.

- On peut raisonnablement supposer qu'ils ont expérimenté sur les humanoïdes d'Octantis parce que leur anatomie est extrêmement proche de celle des humains, suggéra le Vulcain, et Bones grimaça au souvenir de ce qu'il avait eu le temps de lire dans la salle B373. Cependant, cela ne nous apprend rien sur leurs mobiles.

- Si jamais nous mourons dans ce désert, s'exclama McCoy, soudainement frappé par cette idée, personne ne saura ce qui se trame sur la base. Ils trouveront un beau mensonge à servir à Starfleet et ils pourront mettre leur plan, quel qu'il soit, à exécution.

- Le capitaine… commença Spock.

- Jim demandera ce qui s'est passé, évidemment, et on lui répondra que l'un des membres de la base a mal réagi au vaccin, a pété les plombs, nous a pris en otage et a saboté les navettes et les communications pour empêcher les autres de nous venir en aide. Sur la planète, ils trouveront la navette avec le corps d'Effner, puis les nôtres, sans aucune possibilité de savoir ce qui s'est passé.

Le scénario se déroulait dans l'esprit du médecin avec une facilité déconcertante, et l'effrayait. Au-delà de leur sort à tous les deux, la vie de dizaines d'autres personnes, humains ou habitants de cette maudite planète sur laquelle ils allaient probablement crever, était en jeu. Il était de leur devoir d'arrêter les projets sanguinaires de Juliette et d'Everlord, sans parler des affreuses expériences auxquelles ils se livraient sur la population locale.

- Spock, nous devons absolument trouver un moyen de prévenir Jim ! Avez-vous quelque chose pour écrire ?

- Négatif.

- Nous pourrions tracer un message dans le sable, ou bien peut-être…

- Docteur ?

Interloqué, McCoy s'arrêta aussitôt de parler. Il était très rare que Spock lui coupe la parole.

- Leonard, reprit-il plus doucement, il y a une solution très simple à ce problème. Nous devons rester en vie.