Et voici l'avant-dernier chapitre de cette histoire (il y aura peut-être un épilogue qui n'a rien à voir, je ne sais pas encore)... Juste une petite précision concernant Nyota, puisque j'ai eu des commentaires à son sujet en review comme en MP (soit dit en passant, à la personne qui m'a écrit en MP, si la réponse à ma réponse pouvait être plus sympa que le message original, ce serait appréciable...) : j'ai découvert Star Trek par le biais du reboot. J'ai donc accepté la relation Spock-Nyota comme quelque chose de... "logique", si vous me passez l'expression. ;-) Ce n'est qu'ensuite, en regardant TOS, que j'ai compris à quel point ça pouvait être considéré comme hérétique par des fans de la première heure. Personnellement, leur romance ne me dérange pas (pour moi, il y a une grande différence entre le Spock de la série originale et le Spock du reboot, que j'essaye de mettre en lumière dans mes histoires), mais ne m'intéresse pas spécialement non plus. Je ne veux pas l'exclure totalement, puisqu'elle apparaît dans les films récents, et que je la considère donc comme canon, mais je préfère évidemment m'attarder sur le Triumvirat, comme vous avez pu le constater si vous avez lu mes fics. J'aime bien aussi parler un peu de la relation d'amitié entre Nyota, Jim et Leonard, un lien trop peu développé à mon goût dans les films et dans beaucoup de fanfics, donc ce chapitre est plus centré sur ce trio-là. Je dois avouer que j'aime beaucoup le personnage d'Uhura, dans TOS comme dans AOS, et que je trouve dommage de la laisser totalement en plan. Pardon si cette petite introduction sonne comme une défense, c'est juste que le MP que j'ai reçu m'a... disons... déstabilisée, surtout de la part de quelqu'un qui n'a jamais pris la peine de laisser une seule review pour aucune de mes fics. Pour les autres, un grand merci pour vos commentaires !


Chapitre 17 – Où McCoy obtient des réponses à ses questions

Liés à nos frères par un but commun et qui se situe en dehors de nous, alors seulement nous respirons et l'expérience nous montre qu'aimer ce n'est point nous regarder l'un l'autre mais regarder ensemble dans la même direction.

.

- Déjà ivre à cette heure ?

Kirk leva vers la jeune femme qui venait d'apparaître dans l'encadrement de la porte de ses quartiers provisoires un regard fatigué.

- C'est mon premier verre, répondit-il sur un ton défensif.

De la main droite, il agita une bouteille emplie d'un liquide orange et sirupeux.

- Tu te laisses tenter ?

Nyota hésita avant de balayer sa maigre résistance d'un haussement d'épaules fataliste. Après tout, elle n'était pas de service, n'est-ce-pas ? Puisque plus personne n'était de service. Essayer de trouver un peu de réconfort dans leur situation pourrie n'était pas un si mauvais plan. De fait, se dit-elle en se débarrassant habilement de ses bottes (les gens qui ne comprenaient pas qu'on était tellement mieux pieds nus ne savaient pas ce qu'ils perdaient), Jim avait l'air d'avoir besoin de réconfort bien plus qu'elle.

- Pas de bière romulienne cette fois-ci ? *

Jim eut un pâle sourire.

- Non, désolé. Tout ce qu'ils ont sur cette foutue base, c'est une liqueur distillée à partir d'un fruit local. Ils appellent ça l'alcool d'abrinatu.

Va pour l'abrinatu, songea Nyota en prenant un des gobelets posés sur le petit plan de travail des quartiers que l'on avait attribués à Kirk durant le temps du procès.

- Tu te rappelles le verre qu'on ait pris tous les deux avant le début de ce cauchemar ? La veille du jour où Spock et Bones sont descendus sur Octantis ? (Nyota s'assit, son gobelet à la main, et acquiesça. Elle n'était certes pas près de l'oublier.) J'ai l'impression d'avoir vieilli de dix ans depuis.

- N'exagère pas, non plus.

La jeune femme prit une gorgée d'alcool (un peu trop sucré à son goût) et regarda Jim par-dessus son verre. Ses paroles ironiques démentaient ses véritables sentiments : en réalité, elle s'inquiétait pour lui. Depuis trois jours qu'ils étaient coincé sur Sigma Octantis, elle avait vu l'humeur du capitaine s'assombrir d'heure en heure, d'audience en audience. Une fois passé le soulagement initial d'avoir retrouvé Spock et Leonard en vie, les emmerdes les avaient rattrapés, et aucune bonne nouvelle n'était venue relever le moral des troupes. Même Chekov semblait déprimé. Et Jim, sans son vaisseau, sans Spock et sans Leonard, avait tout simplement l'air d'un orphelin.

- Comment ça s'est passé aujourd'hui ? demanda-t-elle plus doucement.

- C'était… difficile, répondit le jeune homme, le regard dans le vague, probablement encore prisonnier du souvenir de cette dernière audience. Je suis vraiment soulagé que Cartwright** s'occupe de toute cette affaire. Je ne suis pas certain que j'aurais pu. Comme quoi, ajouta-t-il avec un petit rire désabusé, ça a finalement du bon de ne plus être capitaine.

- Ils vont te redonner l'Enterprise, affirma Uhura avec un aplomb qu'elle était loin de ressentir. Dès que le procès sera terminé, ils nous renverront sur Khitomer et nous pourrons reprendre notre mission.

Jim hocha faiblement la tête.

- Peut-être.

- Et je suis certaine que Sulu et Scotty prennent soin de ton vaisseau, conclut-elle avec un sourire encourageant.

Elle savait que le problème n'était pas vraiment là, ou plutôt qu'il ne s'agissait que d'une petite partie d'un tout assez peu réjouissant, qui englobait leur semi-désertion et la colère de Starfleet envers le jeune capitaine, l'ambiance délétère de la base, les remarques acides du général Cartwright, les atroces révélations que les accusés faisaient au compte-goutte, les menaces de mort proférées par Juliette Beaumont et Everlord à l'encontre de Spock, le coma prolongé de Leonard – mais elle voulait laisser son interlocuteur formuler lui-même ce qui le préoccupait. Il vida son verre d'un trait et se resservit.

- Ce type… Everlord… a fini par avouer, dit-il, les dents serrées. Il nous a raconté dans le détail tout ce qu'il a fait subir à ses « cobayes ». Tu n'imagines pas…

Kirk s'interrompit en secouant la tête, comme si ce geste avait eu le pouvoir d'en chasser les horreurs qu'il avait vues et entendues. Nyota posa sa main sur la sienne et la pressa doucement. Elle savait que les mots étaient inutiles, mais elle voulait lui montrer qu'elle était là pour lui. Il la remercia d'un signe de tête.

- Apparemment, c'est Juliette Beaumont qui a tout organisé, reprit-il après un léger silence. Elle a fait venir tous les membres de la base en trafiquant l'ordinateur au centre de recrutement. Cela faisait sept ans qu'elle préparait sa vengeance. Tous ceux qu'elle a approchés étaient des officiers de Starfleet avec au minimum trois ans de carrière derrière eux. Et ils ont tous accepté. Tous, sans exception. Ils étaient prêts à tout pour se venger, y compris torturer et tuer des dizaines d'innocents…

Des dizaines ? Nyota sentit un frisson la parcourir. Depuis que Spock leur avait raconté ce qui s'était passé sur Octantis, elle se réveillait avec une nausée persistante, et avec l'impression que la base sur laquelle elle était contrainte de vivre (dans les quartiers de l'un des criminels, pour ne rien arranger) suintait l'horreur et la mort.

- Elle a étudié des centaines de dossiers pour recruter son équipe de choc, et contacté ceux dont le profil psychologique lui semblait le plus… approprié. Ceux qui avaient subi des traumatismes dans leur enfance, et qui avaient de bonnes raisons de vouloir faire justice eux-mêmes, pour des raisons très diverses. Les plus vulnérables, les plus réceptifs à ses arguments, les plus perméables à ses charmes élasiens… (La jeune femme acquiesça de nouveau, sans un mot, sentant que son ami se rapprochait du cœur du problème.) Et tu sais la meilleure ? Si la base avait été conçue pour quarante personnes au lieu de trente-sept, j'aurais pu en faire partie.

Nyota fronça les sourcils. Elle ne s'attendait pas à cela.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Que j'étais le suivant sur la liste ! s'écria Jim, mâchoires et poings crispés. Elle m'a regardé bien en face et me l'a carrément dit. Elle avait prévu de me proposer un moyen de retrouver Kodos et de venger les milliers d'innocents qu'il a froidement assassinés sur Tarsus.***

- Jim… commença Uhura, mais il l'interrompit avec amertume.

- Et tu sais le pire ? Je ne suis pas certain que j'aurais refusé ! Génial, pour un capitaine de Starfleet, non ? Alors, peut-être qu'ils n'avaient pas totalement tort lorsqu'ils m'ont retiré le commandement de l'Enterprise.

Il baissa les yeux avec une inspiration tremblante. Nyota se mordit les lèvres, incertaine de la façon dont elle devait gérer cette crise totalement inattendue. Pour finir, elle pencha la tête pour forcer Kirk à relever la sienne et à la regarder en face.

- Etant donné ce que tu as vécu sur Tarsus, dit-elle lentement, il me semble… logique de vouloir que justice soit faite. Mais cela ne veut pas dire que tu aurais accepté à n'importe quel prix. Je te connais depuis… (elle réfléchit rapidement) plus de cinq ans maintenant, et je ne pense pas me tromper en disant que tu es un type bien. Jim, déclara fermement Nyota en serrant sa main dans la sienne, ne doute pas de toi-même. Personne n'est à l'abri d'un dérapage, je le sais bien, mais, comme dirait Spock, les probabilités pour que ça t'arrive à toi sont si proches de zéro que ça ne vaut pas la peine d'en parler.

- Spock a dit ça ? demanda faiblement Kirk, en relevant la tête.

Nyota sourit.

- Des fois, même Spock dit des choses atrocement sentimentales et irrationnelles. Il a confiance en toi à 200%, alors qu'il a vu comment tu avais passé le Kobayashi Maru. Nous savons tous que tu es capable de mentir, de tricher, de plier le règlement pour qu'il s'adapte à ta volonté, mais nous savons aussi que ton « immoralité » s'arrête là. Tu es déjà irresponsable, arrogant et insupportable, tu ne peux pas avoir tous les défauts du monde !

Le jeune capitaine ouvrit la bouche pour répondre, mais à cet instant un sifflement strident s'échappa du boitier posé sur le bureau.

- Kirk, dit-il brièvement.

La voix mélodieuse de Shae Pantari s'éleva dans la petite pièce sombre.

- Capitaine (les quinze membres de l'équipage présents sur la base avaient obstinément refusé de cesser de lui donner ce titre, ce qui avait sérieusement agacé le général Cartwright), le docteur McCoy est réveillé. Et il a beaucoup de questions à vous poser, ajouta la jeune femme sur un ton empreint d'une affection exaspérée.

- Et comment que j'ai des questions !

La voix familière, affaiblie mais reconnaissable, qui leur parvint en arrière-fond emplit le cœur de Nyota d'une chaleur qui manqua la suffoquer. Bien sûr, elle savait que Leonard allait se réveiller, que ce n'était qu'une question d'heures, elle savait qu'il était sauvé et que ses jours n'étaient pas en danger… Mais McCoy était un homme plein de vie, toujours en mouvement – en effervescence était peut-être plus juste – et le voir étendu immobile, si maigre et la peau brûlée…

Jim bondit de sa chaise, une petite flamme dansant dans ses yeux bleus pour la première fois depuis que le haut commandement de Starfleet lui avait retiré son titre de capitaine. Nyota sourit. Cette fin de journée allait être moins pourrie que les deux précédentes.

Elle n'eut pas le temps de remettre ses chaussures : déjà le jeune homme l'entraînait vers l'infirmerie.

.

A demi assis dans le lit médical, Leonard McCoy tapotait nerveusement du bout des doigts la couverture beige qui recouvrait son corps brûlé et meurtri par le soleil. A sa droite, Shae Pantari était en train de relever les constantes de son patient.

- Voilà le capitaine et le lieutenant Uhura qui viennent vous rendre visite, déclara-t-elle lorsque les deux nouveaux venus apparurent sur le seuil. Je vais vous laisser seuls. Si vous avez besoin de moi, sonnez.

Elle déplaça doucement la main de Leonard vers un petit bouton situé sur le côté du lit.

- Entendu. Merci, Shae.

La jeune femme sourit à Kirk et à Nyota (avec un petit regard amusé vers les pieds nus de cette dernière) et quitta la pièce, refermant la porte derrière elle.

- Bones, je ne sais pas… commença le capitaine.

Il parlait beaucoup plus fort que d'habitude, peut-être pour se donner du courage, pensa Uhura. Leonard grimaça.

- Jim, je suis aveugle, mais pas sourd, d'accord ?

- Comment peux-tu plaisanter avec ça ? s'écria le jeune homme, pas beaucoup moins fort que précédemment.

Un silence inconfortable retomba dans la pièce, et Nyota le mit à profit pour s'approcher du lit.

- Je suis en vie, répondit le médecin sur un ton neutre qui aurait pu aisément concurrencer celui de Spock. C'est déjà beaucoup plus que je ne l'espérais.

- Ce que veut dire Jim, c'est qu'il est soulagé de te voir, intervint la jeune femme. Et moi aussi, ajouta-t-elle en s'asseyant sur la chaise à la gauche de son ami. Tu ne peux pas imaginer à quel point tu nous as manqué.

Ah, ces hommes, pensa Nyota avec tendresse en les voyant s'agiter inconfortablement, chacun à un bout de la pièce. Ils pouvaient dire ce qu'ils voulaient de Spock, ils n'étaient pas beaucoup plus doués avec les sentiments, tous les deux. Elle avança la main et prit doucement celle de Leonard dans la sienne. Il ne sembla pas s'en apercevoir.

- Où est Spock ? demanda le médecin. Shae a parlé d'un procès, mais je n'ai pas compris.

- Les membres de la base Sigma Octantis sont jugés pour leurs crimes, répondit Jim en s'approchant prudemment du lit à son tour. Spock est en train de témoigner en ce moment.

Le visage de McCoy refléta un soulagement presque douloureux.

- Nous ne sommes pas sur l'Enterprise, n'est-ce-pas ? murmura-t-il en caressant distraitement le couvre-lit.

- Non, en effet. Comment t'en es-tu rendu compte ?

- J'ai fait le lit de suffisamment de patients pour connaître par cœur la texture des couvertures. Où sommes-nous ?

- Est-ce que tu es suffisamment remis pour…

- Jim, le coupa Leonard avec impatience, d'après ce que m'a dit Shae, c'est-à-dire vraiment pas grand-chose, j'ai dormi pendant presque trois jours entiers. Alors, je te remercie de te préoccuper de ma santé, mais oui, je suis remis.

Nyota échangea un regard avec le capitaine. L'irritabilité du médecin n'était pas surprenante, mais il ne pouvait pas se voir, et par conséquence pas constater à quel point son apparence était préoccupante. La peau, tannée par les jours passés sous le soleil du désert, était brûlée par endroits, presque noire, et tendue sur un visage creusé par les privations. La poitrine se soulevait avec difficulté à chaque inspiration, et la jeune femme était certaine que, si leur ami avait été torse nu, on aurait pu compter ses côtes. Les yeux, injectés de sang, écarquillés et en même temps d'une fixité inquiétante, avaient perdu leur vivacité habituelle. Jusqu'à sa voix, rauque, éraillée, qui semblait prête à se briser à tout instant, tout indiquait les souffrances que Leonard avait traversées. Uhura serra malgré elle la main qui reposait, sans forces, sur le couvre-lit. Il tressaillit.

- A ce point-là ? demanda-t-il doucement.

- Disons que c'est assez flippant, avoua le jeune homme.

- Je vous assure que je vais bien, compte tenu des circonstances, et que la seule chose dont j'aie besoin maintenant, c'est de comprendre ce qui s'est passé depuis que Spock et moi sommes descendus sur Octantis. Qu'est-ce qui s'est passé sur Khitomer ? Pourquoi êtes-vous revenu plus vite que prévu ? Pourquoi ne sommes-nous pas sur l'Enterprise ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire de procès ? Est-ce que vous avez trouvé les documents qui incriminent…

- Wow, wow, wow, Bones, on se calme, d'accord ? Laisse-nous une chance d'en placer une si tu veux qu'on te réponde !

Le médecin esquissa un geste qui pouvait traduire, au choix, une demande d'excuse ou une impatience grandissante. Jim soupira et se passa une main dans les cheveux (Nyota se demanda distraitement si, une seule fois dans sa vie, James Kirk parviendrait à rester à peu près coiffé une journée entière).

- Notre mission diplomatique sur Khitomer a été perturbée par de nouveaux enlèvements de Vulcains dans la région, expliqua-t-il en commençant à faire les cent pas dans la pièce (parce que James Kirk ne pouvait pas davantage tenir en place que rester coiffé). Il se trouve que l'ambassadeur Spock et le ministre Sakhu**** sont arrivés sur Khitomer avec une dizaine d'autres Vulcains, à peu près en même temps que nous, pour élucider ces crimes. Comme nous n'avions pas grand-chose à faire, nous leur avons… donné un coup de main.

Uhura ne put retenir un ricanement. Quel euphémisme ! Jim avait pris à bras le corps l'enquête qui piétinait, et l'avait brillamment élucidée, sauvant par la même occasion la vie d'une vingtaine de Vulcains. Comment pouvait-il être en même temps d'une arrogance insupportable et d'une humilité qui frisait parfois le ridicule ? Cette contradiction demeurait, aux yeux de la jeune femme, l'un des grands mystères de la personnalité de son capitaine.

- Bref, reprit Jim en la fusillant du regard, tout a été résolu en quelques jours et la conférence a pu reprendre dans un contexte moins agité. Spock avait promis à Uhura de la contacter tous les trois jours, si bien que lorsqu'il a tardé à se manifester, la deuxième fois, elle a essayé de l'appeler à son tour. Aucune réponse, ni de la part de Spock, ni de la part de la base. Nous avons immédiatement averti Starfleet du problème, mais aucun vaisseau de la flotte n'était disponible pour se rendre sur Octantis avant au moins une semaine. J'ai donc demandé la permission de nous absenter pour trois jours, le temps de faire l'aller-retour, de constater le problème et de le régler le cas échéant.

- Laisse-moi deviner, ironisa McCoy : le haut commandement a refusé ?

- Exactement. Nous avions l'ordre de maintenir la paix lors de cette conférence de paix, et il faut suivre les ordres jusqu'au bout, blablabla, je te passe le discours militaire habituel. Je te laisse imaginer l'état d'inquiétude dans lequel on était. Alors, avec quelques membres de l'équipage, nous avons essayé… quelque chose de relativement stupide, maintenant que j'y pense, mais sur le moment, ça semblait plutôt sensé…

Nyota leva les yeux au ciel. Leur plan avait été foireux depuis le début, bien évidemment.

- Qu'est-ce que vous avez fait ? s'inquiéta Leonard.

- Nous avons essayé de partir quand même, malgré les ordres.

- Avec l'Enterprise ?

- Oui.

- … Vous avez essayé de voler un vaisseau de la Fédération en pleine mission diplomatique ? clarifia le médecin.

- Dit comme ça, évidemment…

- Jim, dis-moi que vous ne vous êtes pas fait prendre la main dans le sac.

Le jeune homme eut le bon goût de paraître gêné.

- Et bien… Disons que ma réputation m'avait précédé et que ma demande a alarmé le haut commandement, qui a ordonné aux diplomates présents sur Khitomer de m'avoir à l'œil. Apparemment, je suis assez connu pour ne pas obéir aux ordres que l'on me donne.

Ce fut au tour de Leonard de ricaner.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

- La seule chose possible : on m'a retiré le commandement de l'Enterprise, répondit Kirk sur un ton qui se voulait léger.

- QUOI ?

Le cri de rage que poussa le médecin déclencha chez lui une quinte de toux qui lui amena les larmes aux yeux et le plia en deux.

- Leonard, ça va ? demanda Uhura, inquiète.

- Nyota… Dis-moi que… que tu as essayé de… de l'en dissuader, haleta le médecin, qui peinait à reprendre haleine.

La jeune femme se mordit les lèvres. Non seulement elle n'avait pas essayé de dissuader son capitaine de commettre une infraction aux yeux de Starfleet, mais elle avait été la première à le suivre dans son projet insensé.

- Ecoute, Spock et toi étiez injoignables, nous ne savions pas ce qui se passait… Mets-toi à notre place ! plaida-t-elle. Après Zelna et tout ce qui s'était passé, je…

- Vous êtes complètement irresponsables, murmura McCoy en s'essuyant les yeux, le souffle court. Ça aurait pu être un simple problème de communication, quelque chose de parfaitement bénin…

- En l'occurrence, ça ne l'était pas, le coupa sèchement Kirk. Tu me laisses finir, ou bien tu as l'intention de t'épuiser en hurlant ?

Pendant qu'il parlait, il avait rempli un verre d'eau et l'avait glissé dans la main de son ami. Leonard le porta à ses lèvres et but deux gorgées avec difficulté avant d'être saisi d'un haut-le-cœur. Ses mains tremblaient.

- Je ne peux pas boire beaucoup à la fois, expliqua-t-il. Mon corps a perdu l'habitude. Rien de grave.

- Rien de grave ? répéta Jim, incrédule. Rien de grave ? Bones, tu étais à moitié mort quand on t'a trouvé ! Et Spock n'était pas beaucoup plus frais que toi. Tu ne penses pas que ça valait mon grade de capitaine, de vous retrouver tous les deux ?

Un silence tendu lui répondit, uniquement coupé par la respiration laborieuse du médecin.

- Bref. Nous avons reçu de l'aide alors que nous ne nous y attendions absolument pas : les Vulcains semblaient estimer qu'ils me devaient quelque chose, si bien qu'ils m'ont prêté leur vaisseau. Je ne sais pas si le vieux Spock leur a forcé la main, ou bien si les autres se sont concertés et mis d'accord spontanément, toujours est-il qu'ils sont venus me proposer leur soutien. Comme j'étais débarrassé de mes obligations envers Starfleet, j'avais les coudées franches, alors j'ai sauté sur l'occasion. Une quinzaine de membres de l'équipage a demandé à m'accompagner.

Au risque de perdre leur poste, songea Nyota. De sa part à elle, ce n'était que logique : Spock et Leonard, son compagnon et son meilleur ami, étaient là-bas, probablement en danger. Mais Chekov, Rodriguez, Pantari et les autres ? Immédiatement, ils avaient proposé leur aide. Dire que le haut commandement de Starfleet leur avait passé une soufflante était un euphémisme.

- Vous êtes complètement fous, marmonna McCoy en secouant la tête.

- Peut-être, admit Jim. Toujours est-il que nous avons sauté dans le vaisseau vulcain – qui, soit dit en passant, est ultra-performant et rapide – et nous sommes arrivés vingt-quatre heures après sur la base. Là, nous avons appris de la bouche du commandant Susan Perkins qu'un des membres de l'équipage, un certain Effner, avait mal supporté le vaccin et vous avait pris en otage sur la planète après avoir, dans un accès de folie, saboté les navettes et les communications.

- C'est totalement faux ! s'écria Leonard.

- Je sais, Bones, je sais ! Spock nous a tout expliqué par la suite. Mais mets-toi à ma place : ils avaient tous l'air catastrophés de ce qui s'était passé. Ils semblaient sincèrement inquiets pour vous, et désireux de nous aider. Je ne me suis pas méfié une seule seconde. Le docteur Everlord a demandé à venir avec nous pour participer aux recherches. J'ai dit oui. Une fois revenus sur le vaisseau vulcain, nous avons effectué un scan de la planète, et nous avons repéré la carcasse de votre navette.

Nyota déglutit péniblement. Le moment où ils étaient descendus sur Octantis et où ils avaient constaté les dégâts occasionnés avait été parmi les plus pénibles. La navette carbonisée, les débris répandus dans le sable, le corps enseveli… Puis les traces de pas, presque totalement effacées, et la réalisation que les deux hommes étaient partis à pied dans le désert, peut-être sans eau et sans nourriture…

- Nous avons repéré vos empreintes, continua Kirk. Nous sommes remontés sur le vaisseau, et après un autre scan, nous avons repéré deux formes de vie, à 186 kilomètres du point d'impact.

- 186 kilomètres ? répéta le médecin, stupéfait.

- Eh oui. Vous en avez parcouru, du chemin ! Nous vous avons donc trouvés tous les deux. Spock a arrêté Everlord juste à temps : il s'apprêtait à t'achever avec du cyanure. C'est ce qui nous a permis d'être crédible face à Starfleet lorsque nous avons contacté le général Cartwright pour que Spock lui explique tout ce qui s'était passé sur Octantis. Cartwright a été très réactif, et il est arrivé le lendemain, à savoir avant-hier, sur l'USS Valiant*****. Tous les membres de la base ont été arrêtés et sont actuellement jugés sur le vaisseau. Spock, en tant qu'unique témoin, puisque tu n'étais pas réveillé, se trouve également sur le Valiant. Quant à nous, et bien, on nous a demandé de garder la base.

- Nous sommes sur Octantis ? demanda McCoy avec un frisson.

- Oui, mais…

La porte s'ouvrit brusquement, et Pantari apparut, suivie de Spock, en uniforme de cérémonie.

- Désolée de vous interrompre, dit la jeune femme avec un sourire, mais voilà quelqu'un qui voulait voir le docteur McCoy…

- Spock ! s'exclama Jim. L'audience est terminée ?

- Non, capitaine, répondit le Vulcain, mais j'avais demandé au docteur Pantari de m'informer sitôt que le docteur McCoy serait réveillé. Ce qu'elle a fait, ajouta-t-il en se tournant vers elle. Merci.

- Je vous en prie, commandant.

- Mais… Mais vous avez quitté le procès comme ça ? demanda Kirk abasourdi, tandis que Spock se rapprochait du lit, scrutant Leonard du regard. Est-ce que ça ne va pas à l'encontre de la procédure judiciaire ?

- Jim, répondit Spock en s'arrêtant à une cinquantaine de centimètres du lit, j'ai décidé, pour une fois, de ne pas me préoccuper de la procédure.

Un sourire apparut sur les lèvres de McCoy.

- Vous savez, ce n'est pas parce que Jim fait n'importe quoi que vous devez vous sentir obligé de l'imiter.

Le Vulcain ne répondit rien, et se contenta, à la grande surprise de Jim et de Nyota, de prendre la main du médecin dans la sienne. Leonard prit une inspiration étranglée et cligna des yeux, comme si la lumière l'aveuglait soudainement.

- Spock, dit-il d'une voix sourde, ne m'habituez pas trop, ça sera encore plus difficile après. Jim, ajouta-t-il en se tournant vers le jeune capitaine, il va falloir très rapidement penser à mon remplaçant.

Les yeux du médecin avaient perdu leur fixité, et Uhura comprit soudainement ce que venait de faire le Vulcain grâce à ses pouvoirs télépathiques. En même temps, elle réalisa qu'il était impensable que McCoy demeure au poste de médecin en chef alors qu'il venait de perdre la vue. Il lui faudrait tout réapprendre, et cela prendrait des mois, voire des années. Obnubilée par son réveil et le soulagement de l'avoir retrouvé, elle n'avait pas réfléchi aux conséquences de sa cécité.

Et apparemment, elle n'était pas la seule.

- Bones, répondit Jim, la voix tremblante, il n'est pas question de te remplacer. La démission que tu m'as envoyée la semaine dernière est restée dans mon PADD et elle n'en bougera que pour disparaître définitivement.

McCoy jeta à Spock un regard amusé.

- Je vous l'avais bien dit, gobelin.

- En effet, docteur. Vous avez fait preuve d'une inhabituelle perspicacité.

- Que voulez-vous, vous ne pouvez pas toujours avoir l'exclusivité des déductions intelligentes…

Face à cet échange qui donnait à la scène une apparence trompeuse de normalité, Nyota eut un petit rire qui ressemblait en même temps à un sanglot, et elle-même n'était pas certaine de l'émotion qui l'accompagnait. Une larme coula stupidement le long de sa joue. Leonard dégagea doucement sa main de la sienne pour l'essuyer du bout du doigt.

- Désolée, murmura-t-elle en inspirant profondément pour se calmer.

- Je le répète, il n'est absolument pas question de te remplacer, répéta le capitaine, le visage tendu.

- Jim, soupira McCoy, ce n'est pas facile pour moi de l'admettre, mais il faut se rendre à l'évidence : je ne suis pas capable de rester à mon poste. Spock ne va quand même pas me tenir la main à chaque fois que je devrai ausculter ou opérer un patient, ajouta-t-il dans une tentative d'humour qui tomba complètement à plat.

- Sans aller jusque-là, docteur, dit tranquillement le Vulcain, je ne pense pas qu'il vous sera nécessaire de présenter votre démission pour la deuxième fois.

Tous les regards convergèrent vers Spock, qui se tenait, comme toujours, droit comme un i, impassible et raide, comme s'il ne venait pas de prononcer des mots totalement irrationnels. Nyota plissa les yeux pour essayer de deviner ce qu'il pensait, mais elle fut incapable de lire la moindre émotion sur son visage, lisse comme le marbre. Jim le regardait avec un espoir difficilement supportable, et McCoy avec une pointe de suspicion.

- Vous pensez vraiment que Starfleet va accepter de garder à un poste médical un officier devenu brusquement aveugle ? Où est passée votre fichue logique ?

La réponse de Spock les laissa tous muets.

- Je l'ai employée, durant ces trois derniers jours, à trouver un moyen de vous rendre la vue.


* Dans le cas très probable où vous auriez oublié le début de cette fic, je vous invite à relire le premier chapitre... :-D

** Le général Cartwright apparaît dans Star Trek IV : The voyage home et Star Trek VI : The undiscovered country.

*** Kodos est le dictateur qui, sur Tarsus, a ordonné le massacre de la moitié de la population. Dans TOS ("Conscience of the king"), Jim le retrouve par hasard et avoue son désir de justice (je n'ose pas dire "vengeance", parce que ce n'est pas vraiment ça).

**** Sakhu est, dans mes histoires, un des anciens professeurs de Spock, qui a pris sa défense lorsque, plus jeune, il a été persécuté par ses camarades de classe. Il l'a poussé à suivre la voie vulcaine et est devenu pour un temps son trensu (maître de méditation), jusqu'à ce qu'il fasse une remarque de trop sur la famille humaine de Spock... Par la suite, il est devenu un des dirigeants de Vulcain et a survécu à l'implosion de la planète.

***** J'avoue qu'après des recherches infructueuses qui ne me passionnaient guère sur les vaisseaux de la flotte, j'ai pris ce nom au pif.