Après avoir remanié le texte et l'avoir scindé en deux parties, je vous propose, ici, la suite et fin du chapitre 2.

La petite histoire de la magie

Délivrée aux non-initiés

(Partie deux)

La penderie:

Spacieuse et profonde, elle accueillera la vaste garde robe du magicien lequel, comme chacun devrait le savoir, est féru de mode. Mais pas n'importe laquelle ! Un maître de la magie ne s'habille pas dans les supermarchés, les boutiques de vêtements de marque à cinq chiffres pour un bonnet de nuit…que nenni, il a son propre couturier, ce qui fait que les métiers de la couture sont en pleine expansion. Mais pourquoi, me diriez-vous ? C'est bien je vous félicite, vous posez les bonnes questions…et bien tout simplement parce que chaque magicien possède son créateur. Les doigts d'or ne travaillent que pour un seul client et pas à la fois, mais pour toujours ce qui signifie jusqu'à ce que mort s'en suive !

Coudre pour une telle personne est un honneur, une fierté, un sacerdoce ! Qu'on se le dise !

Les astrologues et les mages, ont bien tenté de les soudoyer mais le sorcier veille et leur tombe dessus à chaque perfide manœuvre comme la vermine sur le bas clergé ce qui veut dire environ…hum…laissez-moi compter…tous les deux mois !
Ah ils sont retords pas vrai ? Quand aux alchimistes…ceux-là, avec leurs fortunes en or pensent fourvoyer tous les corps de métiers, mais le syndicat de la Très Haute Couture, veille au grain. Ces alchimistes sont bien filous. Ce doit être l'or qui leur monte à la tête, je ne vois que cela.

Donc, le vêtement typique d'un magicien se constitue d'une grande cape avec une traine selon l'ordre d'importance du maître. S'il est tout puissant et reconnu, il peut s'empêtrer les pieds dans un tissu d'une longueur de trois mille cent deux pouce très exactement, ce qui, reconnaissons-le n'est pas bien pratique pour lui, surtout lorsqu'il court la prétentaine avec une fleur coincée entre ses dents derrière une jolie sorcière.

L'étoffe doit être riche, belle, noble, et pleins de broderies, de préférence en argent pour faire opposition à l'or de ces fieffés coquins d'alchimistes !

La couleur doit être sombre parce que cela fait très sérieux.

Le nombre de vêtements varie selon l'ordre d'importance de celui qui les porte. Cela commence au minimum avec trois costumes, l'un pour la semaine, l'autre pour le dimanche et le troisième pour courir la prétentaine auprès des sorcières aux mœurs légères, puis cela peut finir à cinquante deux costumes mais pas un de plus parce que le cinquante troisième ferait pénétrer le bonze en terrain prétentieux et cela, pour un magicien qui se respecte, ce n'est pas correct !

Il pourra également, ranger dans cette penderie ses chaussures. Elles devront être constituées en cuir avec un bout renforcé pour botter le croupion de leurs gnioufs s'ils se montraient récalcitrant aux ordres imposés^^ !

Ah…j'allais oublier les chapeaux. Ces derniers doivent IMPERATIVEMENT se présenter de formes coniques parce qu'ainsi les idées du sorcier peuvent, en toute liberté, s'ébattre entre le sommet du crâne et le clocher. L'on appelle clocher, la pointe du couvre chef magique laquelle est recouverte de métal pour attraper la foudre si cette dernière avait la bonne idée de leur tomber dessus les soirs d'orages ? Cela aide pour avoir de bonnes idées ! La foudre éclaire bien des pensées, c'est tout à fait prouvé !

En ce qui concerne les gants, bonnets, écharpes et caleçons du Maître, je laisse à votre appréciation le soin de les « visualiser » en sachant que…un caleçon de magicien se doit d'être fabriqué avec de la soie exclusivement en provenance de la ville de Bandelörr. Il parait que, là aussi, il doit y avoir une explication. Je me suis donc mise en quête d'en quérir une et après m'être penchée sur la question, voici en substance ce qu'il en résulterait.

Contenir la quintessence d'un tel bonhomme, requiert des matières nobles afin que les sphères puissent évoluer à leur aise.

Les sorcières et les fées, ont parfois faits mains basses sur de très précieux appareillages et bien que très gentlemen, il ne leur faut guère de temps pour mettre en branle une machinerie de guerre. Ce qui s'en suit relève de l'ordre de l'extrapolation tant ce qui entoure cette bizarrerie se trouve être…très , très, opaque.

Si par malheur, le Maître un poil distrait, venait à enfiler un sous-vêtement de toute autre texture, les boules sauraient se rappeler à son bon souvenir et une sorte de rébellion se mettrait en place, obligeant le magicien à ôter, in petto, ce vilain tissu. Les sphères aiment à se sentir, en toute occasion, choyées et bien parées. Qu'on se le dise, c'est une affaire rondement menée !

Et que porte ces demoiselles fées, et autres sorcières mal embouchées ?

Les bonnes et moins bonnes fées, vont toutes se fournir chez « Gwendoline Secret's », il faut l'savoir ! Exit les petites culottes bateau, les sages brassières et bas de coton opaques. Cela, c'est pour la version des contes de fées bien policés que l'on présente aux gentilles personnes bien sages. Pour les moins sages, elles se dévoilent dans leurs plus entières vérités qui sont, bien entendu toute autre.

Ces représentantes du sexe jolie, sont de fieffées coquines, enfin, du moins pour les petites fées. Les sorcières, quand à elles, n'obtiennent pas les faveurs des mâles, toutes aigries qu'elles sont, par la laideur qui les parent, c'est pourquoi elles jalousent leurs cadettes.

Il faut bien avouer, qu'avec leurs cheveux gris poivres, leurs copinages avec des forces obscures, et leurs farouches manies à vouloir contrer le succès des fées, elles se sont attirées les foudres des magiciens.

Ceci dit, il en existe, tout de même, des sublimes qui ont su faire mentir le vieil adage qui suit : « Sorcières = grosses galères ! ».

Certaines sont passées au travers des mailles du filet de la répression et affichent des beautés plus que flatteuses, d'où leurs aptitudes à pêcher de gros poissons et les minois des petites fées, ne sauraient, alors, rivaliser. On les appelle « Les Beautés Intemporelles». Elles présentent l'attrait de l'interdit et du danger qui sied aux hommes aventureux dont font partis les magiciens, cela s'entend.

Sinon, la majorité des sorcières aussi tordues que les racines de gingembre dont elles usent et abusent pour reconquérir le mâle flétri, se fournissent chez « Dämörrt ». A leurs dispositions, tout un arsenal de gaines triple renforts (et il en faut pour contenir toute la malignité accumulée sur leurs hanches), de bas de contentions bien utiles pour les aider à courser les gnioufs, mets de choix pour ces dévoreuses de jeunesses, et pantis agrémentés, je vous prie, de quelques dentelles frivoles (un soupçon de nostalgie du temps de leurs lointaines jeunesses, j'imagine…).

Revenons-en aux caleçons de ces messieurs. Ils se payent rubis sur ongles et ne sont fabriqués que par les petites mains de grands couturiers. La quintessence au service de la magie, il n'en fallait pas moins pour alimenter la légende de la fameuse baguette magique du magicien…sans les mains, sans les mains…scanderaient ces demoiselles au son de l'épinette et du violon. So romantic !

Ensuite, ce qui se passe dans le calebar d'un Maître de la magie, requiert un chapitre à part, à lire dans le secret des alcôves bien à l'abri des regards innocents et naïfs…

Les ingrédients:

Ils sont rangés selon des utilisations bien précises. L'antimoine, la poudre de serpents et de cornes de licornes, vin bouilli, miel , pattes de chouettes, serres d'aigles, ongles de vieux sages centenaires et chauves, graisse d'hippopotame…ils sont si nombreux que les lister prendrait un temps fou, mais chacun d'eux entre dans la composition de toutes sortes de potions.

Des philtres d'amour, à l'élixir de jeunesse, à l'onguent pour la vigueur des organes intéressants et intéressés par diverses fonctions imprésentables…bref, le magicien, contre monnaie sonnante et trébuchante, vous concoctera tout ce que vous souhaitez.

Celui qui m'a été recommandé, a inventé la très fameuse : « Poudre à élévation dantesque» dont il tire moult émoluments fort appréciables, mais attention, tous ne sont pas capables de telles prouesses ! Beaucoup en restent au stade des potions d'intelligence pour les benêts de tous poils ou autre philtres d'amour.

Il pourra être demandé au grand Maître, dans certains cas particuliers, une formule magique de transformations, mais il est extrêmement rare que de telles demandes franchissent le seuil du bout des lèvres de leurs quémandeur tant la manœuvre est complexe et fortement risqué. Seuls les plus aguerris des sorciers sont en mesure de répondre favorablement à ce genre de désir.

Les fioles utilisées pour ces concoctions, contiennent moult secrets qu'il ne fait pas bon connaitre pour un non-initié, (à chacun sa fonction), et se doivent d'être constituées de cristal de Baccarossafin de briller dans la pénombre car le magicien, en vieillissant n'y voit plus goutte et se guide aux reflets irisés des flacons. Je ne vous conseille pas de commander une potion d'amour à un vieux Maître qui ne porte pas de lunettes…qui sait ce qu'il pourrait vous revendre !

Comme vous devez vous en douter, c'est au gniouf que revient la très agréable tâche de récolter, les plantes, disséquer les cadavres d'animaux dont l'on en sortira organes et excroissances bien utiles à l'élaboration des recettes de magiciens.

Cependant, il est formellement interdit à son esclave (oh si, un peu tout de même…), de participer, de près ou de loin, au processus de transformation. Pourquoi ? Parce que ce dernier serait tenté d'expérimenter sur lui la formule, et Dieu seul sait ce qui pourrait arriver, d'autant qu'il est sujet à la désobéissance et donc, par déduction, dangereux pour lui-même et son vénérable Maître.

Les potions médicinales sont fort recherchées par le corps médical qui, parfois, s'en remet à la magie lorsque la pharmacopée moderne a épuisé toutes ses ressources. Ces médecins, fort complaisants, n'ont généralement pas trop intérêt à le faire savoir sous peine d'être radiés de l'Ordre des médecins ce qui, tout à fait entre nous, les faits bien rires sous cape.

Cependant, il faut bien comprendre les grands pontes de la chirurgie et autres spécialités ronflantes. Avouer que l'on s'est servi de pattes de scarabées, voire de crochets de scorpion pour venir à bout d'une infection récalcitrante…cela fait un peu brouillon…non ?

Entre autres missions confiées au gniouf, la cueillette de plantes médicinales, a toute son importance. Elle devra s'effectuer les nuits de pleine lune et en chantant un air d'opéra, Mozart ou Chopin, très indiqués pour ce genre d'exercices. La joie du compositeur allemand, couplé à la mélancolie du virtuose franco/polonais, est un pur ravissement pour les végétaux, lesquels se montrent bien plus disposés à se laisser cueillir et avec le sourire encore !

Le plus souvent, le fieffé gniouf mêlent quelques chansons paillardes, histoire de dévergonder ces petites fleurs qui s'ouvrent sous ces doigts agiles sans se méfier de ce qui va leur arriver. Toujours se méfier du masculin, petites fleurs sauvages…toujours !

La cheminée:

Constituée en pierre de taille, elle doit être assez grande pour y accrocher un chaudron de belle constitution et accessoirement un cochon entier à la broche lorsque le Maître reçoit ses invités.

Il y brûle toujours un feu d'enfer ! Ce fait est d'une importance capitale pour cet être mystérieux, et ne s'y consume pas n'importe quel bois !

Ce doit être des essences rares et odorantes, parce qu'il aime humer les bonnes odeurs des sous bois où l'arbre a grandit. Généralement, l'on trouve des plantations d'arbres à magiciens un peu partout, mais pour les grands Maîtres, l'arbre poussé à l'état sauvage, reste le nec plus ultra pour se consumer sous un chaudron capricieux. Les tronçons sont débités avec une hache d'argent (toujours en opposition à ces satanés alchimistes !), et doivent mesurés trois mains et quatre pouces et demie de nains de la forêt de Balar, lointaine contrée du nord. Faire venir un nain, juste pour les mesures coûte des sous à celui qui passe commande, mais rien n'est trop beau pour celui qui paye l'addition ! De plus, les nains sont ravis car ils sont : nourris, loger, blanchis, amusés et accessoirement, pochetronnés les soirs de grandes lassitudes. Eh oui, c'est lassant de devoir prêter ses pieds pour des mesures...

Une fois la cheminée bâtie, l'on construit la maison autour, question de respect. Elle est le centre névralgique de tout bon logis de magicien pas comme ces…vous voyez de qui je veux parler hein ? Eux se sont confectionnés des hauts fourneaux en fonte noire avec une vitre. Ainsi, ils peuvent, assis sur leur rocking chairs, admirer le plomb fondre et se transformer en or. Il parait que c'est un spectacle dont ils ne se lassent jamais. Je veux bien le croire !

Dans le logis où je me trouve, se trouve, justement face à moi, une magnifique cheminée qui n'attend que mes paroles pour se délier la langue. Hum…parlerait-elle ? Approchons :

- Belle Dame à la constitution forte et élégante à la fois, votre présence est égale à notre soleil. Sans lui, point de vie sur notre terre et pour vous, point de magie en cet endroit puisque c'est en vous que tout se créé et se transforme.

Je remarque le feu grossir, s'enfler, avant que deux flammes ne s'extirpent du foyer ardent et former deux lèvres qui s'expriment. Nom de nom ! J'en tombe sur mon fessier ! Mes yeux sont écarquillés et si une mouche avait eu une envie subite de visiter ma cavité buccale, je l'aurais très probablement avalé :

- Comme c'est étrange ! Je n'avis jamais vu cela !

- Hum…m'oui…je sais, j'aime toujours faire mon petit effet auprès des profanes.

- Ah je confirme…vous l'avez très bien fait sur moi ! je me demande si je ne suis pas entrain de perdre la raison…mais non, je ne m'en pense pas capable. Je flirte si souvent avec la folie qu'elle a finie par m'accepter et me faire une petite place à ses côtés. Alors, Belle Dame, votre rôle vous plaît-il ?

Les flammes forment des mots à n'en plus finir. Je suis en admiration :

- Tout à fait et il me plaît davantage encore de troubler ce facétieux magicien lorsque je le vois se diriger vers quelques projets nébuleux et fomenter de biens troubles projets. Celui dont je suis au service m'en a fait voir de toutes les couleurs, je dois bien vous l'avouer. Il m'a même fallu, freiner ses ardeurs et pour ce faire, quoi de plus efficace qu'une petite flammèche sur sa barbichette ?

- Comment ? Vous lui avez…

- Tout doux, tout doux…je ne l'ai pas brûlé plus que de raisons, mais ce Maître-ci aurait plutôt tendance à distendre ses intentions jusqu'au point de non retour, c'est dire.

- Je comprends. En tous les cas, vous êtes, à vous seule, le clou du spectacle, je tenais à vous le dire, à vous féliciter, et à vous remercier d'avoir pris la peine de répondre à mes interrogations.

- Avec plaisir !

Je laisse Sa Majesté Cheminée tout à son ouvrage et à sa tâche d'importance : entretenir le feu et me concentre sur une vision charmante…

Le chaudron:

Ah…le chaudron ! Alors là, c'est quelque chose ! En cuivre, ventru comme une femme enceinte de neuf mois, il possède une anse en bronze qui lui permet de se balancer nonchalamment au-dessus du feu nourri lequel lui réchauffe le croupion.

Un bon chaudron doit savoir ronronner lorsqu'il est à bonne température. Ne jamais laisser un chaudron sans feu au-dessous de lui, cela lui ferait prendre froid et il est très difficile de soigner un récipient de cette valeur.

Il faut éviter, également de trop récurer l'intérieur de ce mastodonte car cela est susceptible de lui irriter la couenne qu'il s'est constitué depuis des décennies. Sa couenne, se sont les dépôts de formules magiques élaborées dans son intérieur, et qui se sont, au fil du temps, solidifiés sous la forme d'une croûte. Couche après couche, le chaudron se constitue son capital pour ses vieux jours, lorsqu'il ne servira plus le magicien tombé en poussière et comme l'on ne récupère jamais un chaudron de l'un de ses confrères, il finit sa vie, dans un endroit que personne ne connait parmi les autres chaudrons. En compagnie, la fin de leurs existences est moins triste. Une belle nuit, ils se retrouvent pétrifiés et se brisent, cela signifie qu'ils se sont définitivement éteints. Il rejoint alors, au paradis des magiciens son ancien maître…c'est beau non ?

Le chaudron aime chanter, il roucoule même parfois, mais surtout, il a besoin de beaucoup de repos entre chacune des préparations du magicien. Il faut savoir que le ventru de cuivre ronfle …et pas qu'un peu ! C'est pour cela que le gniouf porte des boules de cire dans ses conduits auditifs, mais plus il avance en âge et moins il ronfle parce qu'il fait plus souvent des siestes et qu'il n'a pas le temps de programmer ses ronflements. C'est pourquoi les vieux chaudrons sont félicités pour cet exploit !

Il aime aussi qu'on lui raconte une histoire et il ne se remet au travail que s'il s'est montré satisfait du conte qui lui a été narré, et alors si c'est de la poésie…il soupire d'aise ! Oui, ils sont très sensibles aux mots, que voulez-vous, ils sont ainsi.

Et si je commençais par lui fredonner une chanson douce ? Allez, lançons-nous la berceuse de Brahms « Papillon » :

- La, la li…la, la la…la, la, la, la, la lère…la, la, li, la la la la, la la la , la la, la la, la….

Oh…je l'entends ronronner en suivant le rythme. Ses rondeurs aux reflets de feu, se balance. Il chantonne avec ses borborygmes…c'est charmant. Puis…plus rien…

- C'est normal, me dis la cheminée, tu l'as endormi avec ton air doucereux. Attends, je vais lécher ses parois d'une flamme bienveillante.

Elle l'entoure de toute son affection et le secoue gentiment. Le mastodonte s'ébroue en ronchonnant :

- Oh…oh….je dormais si bien…

- Veuillez m'excuser…j'avais oublié combien cet air était destiné à l'endormissement des tout petits.

- Mais je suis petit. Ventru, mais petit. Dans mon esprit je suis resté un enfant.

- C'est si doux à entendre…puis-je avant de vous mener, très bientôt, au pays des rêves, vous poser une ou deux questions ? Ou peut-être même un petit bouquet ?

- Dis…connaitrais-tu une belle histoire à me raconter ?

- J'en connais des tas ! Mais avant cela, ma curiosité me pousse à vous demander quelles genres de potions vous faites cuire au sein de ce contenant de cuivre aussi brillant qu'un sou neuf ?

- Des tas de concoctions, liqueurs et autres douceurs à des fins…joyeuses, guérisseuses, ou même amoureuses.

- Des philtres d'amour ? Ce doit être un bien beau breuvage à faire mijoter.

- Voui…et lorsque le Maître m'en laisse quelques gouttes, je sens le fond de mes entrailles s'éveiller à l'amour et d'aise, je ronronne, emplissant la maisonnée de mes onomatopées énamourées.

- C'est si poétique ! Vous arrive-t-il, parfois, d'être en désaccord avec ce que votre Maître préconise pour sa recette secrète ?

- Non…jamais. Je lui dois obéissance. Il m'apprécie…enfin je crois…pour ma discrétion et mon amour du travail bien fait. Mais bien qu'il se montre impressionnant, il n'est pas un mauvais sorcier et ne verse pas dans la malignité.

- Tant mieux, j'en suis fort aise ! L'amour semble être au centre » de vos préoccupations on dirait.

- C'est parce que sans moi, tout magicien se sentirait bien orphelin. Nous sommes liés et ce jusque dans la mort.

- Une telle fidélité me bouleverse…

- Oh…eh bien qu'est-ce donc ? Une tristesse passagère ?

- Un émoi drapé d'une certaine innocence, le tout porté par mon admiration…

- C'est joli. Ne serais-tu point un peu poétesse ?

- Si peu…

- Ai-je bien répondu à tes questions ?

- Plus que je ne l'aurais espéré.

- Alors…ai-je mérité mon histoire ?

- Bien entendu. Je vous conterai la plus belle d'entre toute, et je me fais fort de vous la narrer à l'instant.

J'approche un fauteuil, lequel soupire d'aise à me porter entre ses bras et commence ma narration. Et il ronronne de plaisir mon chaudron…il ronronne, il ronronne jusqu'à ne plus s'entendre ronronner. Puis, avant de le quitter, je chantonne un air dont je connais la portée de chaque note et tout doucement, ses paupières se baissent sur ses gros yeux globuleux. C'est avec tendresse que je l'emmène au doux pays des rêves…

La baguette magique:

Ah…l'accessoire par excellence de tout magicien, qu'il soit exceptionnel ou pas.

Elle doit être fabriquée les soirs de pleine lune, exclusivement, et au son de la cinquième symphonie de Beethoven, sinon, cela ne sera qu'une demi-baguette qui n'exaucera que des demi vœux ! Lors de sa fabrication, l'artisan en charge de cet exploit insère au cœur du bois, un rubis des montagnes de Callemort, (c'est un endroit très réputé pour ses mines de gemmes rouges), et un cheveu de la fée Mélusine, très connue pour ses principes de liberté féminine. Ces deux éléments seront coincés dans la vingt-cinquième fibre du bois en partant de la diagonale mesurée par le milieu de l'envers. C'est très facile, mais personne n'y parvient sauf l'artisan diplômé par le fameuse Ecole…etc…

Cet homme dûment formé, devra commencer son travail à l'âge de cent quatre ans, trois jours et deux heures précise, afin de contrer le mauvais sort lancé par les alchimistes, lesquels voulaient s'abroger le droit au monopole de la construction de la baguette magique au niveau international, mais les magiciens se sont unis pour trouver une parade et contourner ce mauvais sort bien « entortilloné » dans les traditions. Les filous ont encore ratés leurs coups et sont encore plus remontés contre les Maîtres de la magie !

Une bonne baguette devra savoir se lever face au danger, à la provocation et …accessoirement…devant une jolie petite fée peu farouche si l'envie lui en prenait. Mais ici, nous pénétrons dans le domaine privé et très nébuleux du comportement amoureux du magicien que j'aborderai un peu plus loin.

Le nom doit être gravé sur chaque instrument de magie et l'on peut, accessoirement, y ajouter un gri gri, un symbole que seul le Maître reconnaitra. Message subliminal je pense.

Sinon, la baguette magique n'est pas belliqueuse, elle ne blesse pas, mais par contre elle connait tout un répertoire d'insultes bien senties alors mieux vaut ne pas la provoquer sinon, vos oreilles s'en trouveraient meurtries !

Lorsque son propriétaire disparait de ce monde, la baguette le suit instantanément, ce qui fait qu'il ne subsiste aucun témoignage de cet accessoire si particulier.

Mais voici que celle du très réputé Maître chez lequel je me trouve, s'approche de moi. Oh…elle s'envole, exécute des pirouettes, sans cacahuètes, et me fais une large démonstration de sa grâce, comme de son excellence.

Une fois son petit numéro parfaitement exécuté, la voici qui se pose sur mes genoux. Comme c'est impressionnant vu de près !

J'ose à peine l'effleurer, la caresser. C'est si doux une baguette de magicien…

Mon index la parcourt du bas vers le haut. Elle se tortille sous l'effet du bien-être et la sensation de satiété de se savoir ainsi câlinée.

Sans doute, poussée par un excès de folie, je l'empoigne. Allez…au Diable la retenue. Mais comme l'on se sent soudain grandit par un tel pouvoir !

Je ne connais aucune formule magique mais je tente la traditionnelle et sans doute, très bête : « Abracadabra !».

Bien entendu, il ne se passe rien, ou plutôt si…je commence à entendre comme un curieux miaulement, avant de la voir tressauter. Non ! Se moquerait-elle de mes envies de conquêtes ? C'est fort possible et l'un dans l'autre, la voici qui se met à exprimer le fond de sa pensée :

- Comme c'est idiot et convenu…et bête…et stupide…et…

- Bon, ça va, j'ai compris ! Ceci dit, je ne suis pas de la partie alors pour les formules à sensation, il faudra repasser !

- Approche !

- Comment ?

- Colle-moi contre ton oreille. Personne ne doit entendre ce que je vais te confier.

Un peu déçue que vous ne soyez pas convié à ce petit secret mignonnet, je me résous à obéir. Elle me confie quelques mots que je lui restitue dans un souffle de vent juste assez pour les porter là où ils doivent aller et soudain, un éclair surgit de son bout, suivit d'une explosion toute petitoune. Ma première action de magicienne de pacotille ! Je suis très fière !

- Vous m'avez comblée !dis-je avec une grande émotion dans ma voix.

- Merci. Mais c'était bien parce que votre ignorance en la matière vous rendait d'humeur chagrine. Je déteste cela.

- Vous êtes trop bonne. Je vous en suis reconnaissante. Alors, il me vient à l'esprit deux ou…

- Oui, oui, je connais votre chanson, je l'ai entendu tout ce jour auprès des autres objets que vous avez visité. Que puis-je satisfaire pour repaître votre curiosité ?

- Eh bien…avant que de devenir une baguette aguerrie et visiblement porteuse de savoirs et de pouvoirs, comment se passe votre apprentissage ? Hum ?

- Mais mon enfant…une baguette naît compétente, vit dans la compétence, et meurt consciente de sa compétence laquelle l'a porté tout au long de ses envies comme de celles de son Maître.

- C'est incroyable ! Alors ainsi, c'est inné chez vous ?

- Tout à fait ! C'est nous qui offrons le savoir et non notre magicien attitré. Cependant, nous le lui laissons croire afin de combler sa fierté de mâle.

- Et…sinon…est-il vrai que vous n'êtes pas faites pour des mains de magiciennes ?

- Malheureuse ! Qui sait ce qui pourrait advenir de nous en cas de refus d'exécution de l'un de leurs commandements tordus.

- Et les magiciens n'en ont pas…eux ?

- Oh…comme vous êtes naïves. Le masculin comble le féminin. Jouirions-nous du même privilège entre les mains d'une femme ?

- Cela signifie-t-il qu'une sorcière ne pourrait en posséder ?

- Rarement, ou alors, c'est qu'elle a été pervertie par le Mal. En ce cas, sa cause est perdue…à tout jamais.

- C'est triste, dis-je en hochant la tête.

- C'est une vérité.

- Criante ?

-

- Oh…excusez-moi, c'est la fameuse répartie de Chaperon Rose. La mignonnette me sert, quelquefois, quelques bons mots en guise de plats de résistance !

- Ah…gagne-t-elle à être connue ?

- Cette femme-là…oui. Dites-moi…il paraitrait que vous jetez des sorts…

- Sur certains et certaines, oui. Ce n'est jamais à de mauvais desseins, mais plutôt pour remettre une personne sur la courbe du chemin.

- Sur le droit chemin voulez-vous dire.

- Sont-ce mes mots ?

- Non.

- Alors je reste sur ma courbe, parce qu'un droit chemin finit toujours sur un vide, alors qu'une courbe revient très souvent à son point initial après s'être enrichi du savoir dû à son parcours.

- C'est…époustouflant. Je n'avais jamais envisagé la chose ainsi. Pourtant une courbe n'est pas un cercle.

- Mais enfin, le cercle se referme dès lors que la mort se présente au seuil de la porte.

- Vous en savez des choses. En plus d'exécuter des tours…

- Des formules, très chère, des formules….

- Oui, des formules, veuillez m'excuser. En plus de tout cela vous êtes philosophe. Je vous envie et vous remercie.

Elle s'étire et s'envole. Après une dernière pirouette, la voici qui se repose sur son présentoir. Elle prend la pose se sachant admirée. J'adore !

Le miroir:

Dernier objet de grandeur du magicien…le miroir !

Dans les cas les plus fous, il se peut que le Maître ne possède même une psyché, mais il n'en existe pas beaucoup tant elles sont précieuses. Réservées à une élite, elles sont si rares qu'elles sont devenues des légendes.

Les miroirs sont généralement, en cuivre recouvert d'or, toujours pour une question de chaleur, mais les plus impressionnants sont en platine, recouverts de pierreries. Il faut être un personnage de grande renommée pour espérer en séduire un. A grand renfort de promesses, il se peut que vous soyez choisis par l'un d'eux. Un miroir ne s'achète pas, il se mérite.

La majeure partie d'entre eux, ont été fabriqués par les plus grands artisans de l'époque de la renaissance, c'est dire leurs raretés et leurs valeurs. De style baroque, ils aiment les fioritures et ne détestent pas les surcharges. Cela les faits sourire que de s'alourdir sous le poids d'une beauté tapageuse.

On les trouve rassemblés au « Conservatoire de l'Art des Apparences» et chaque magicien est autorisé à en posséder un selon son niveau de popularité.

Ici, j'ai affaire à un superbe miroir ouvragé. Il brille tant et tant que je finis par m'approcher. L'on dirait de l'or…je gratte un peu le métal :

- Aïe !

Zut ! J'ai égratigné le miroir aux alouettes :

- Je peine à réfléchir tant de bêtises !

Mince, il m'en veut. Je fais amende honorable en le comblant de compliments. Tout y passe, les gravures de son cadre, sa face pour l'instant trouble, mais que j'omets de remarquer…il devient soudain transparent et je me vois affublée d'un nez de cochon.

- Oh…vous êtes un tantinet farceur.

- Et qui vous dit que ce n'est pas votre véritable apparence ?

Soudain inquiète, ma main touche mon appendice, heureusement fidèle à l'idée que je m'en fais. Il rit et des vagues rident sa surface :

- C'est de bonne guerre, reconnais-je.

- Votre reflet est intéressant.

- Vous plaît-il ?

- Assez pour le réfléchir et m'en repaître à loisir.

- C'est assez plaisant. L'un de vos pairs à une renommée célèbre dans le conte de Monsieur Perrault au sujet d'une reine qui se veut la plus belle de son royaume…

- Celle-là ? Oh, ça n'a pas été un cadeau pour lui, croyez-moi !

- Je m'en doute bien. Alors votre rôle consiste-t-il à toujours dire la vérité ou le mensonge est-il admis dans le vaste programme de vos possibilités ?

- Je mens comme je respire, c'est bien connu. Si vous saviez combien de laideurs j'ai dû embellir !

- Oh…n'y avait-il donc aucunes petites fées, bien roulées ?

- Ahahah….bien roulées ça oui. Les fées Mélusine et tapisserie, ont mes faveurs et je renvoie d'elles bien plus que des reflets plaisants. Ma satisfaction se montre alors au-delà de leurs espérances !

- Qu'est-ce à dire ?

- J'entrevoie des visions que bien des magiciens m'envieraient.

- Mais comment faites-vous pour les voir puisque vous vivez ici ?

- Ce sont elles qui viennent à moi, trop heureuse de contenter leurs égos et leurs petites manies libertines.

- C'est…hum…très instructif. A part cela, votre présence en ces lieux sert-il à dessein votre Maître ?

- Celui chez qui je vis…oui. Sa fierté lui ferait prendre des vessies pour des lanternes et comme j'aime bien l'éclairer sur tous les points…

- Formidable ! Votre finesse d'esprit sied à mon admiration.

- Attention, la flatterie est ma gourmandise.

- Alors je vous offre celle-ci en guise de merci. Autrefois…au siècle précieux du dix-septième rang, l'on vous nommait : Le conseiller des grâces je pense que pareil titre n'est plus une gageure vous concernant, mais une évidence.

- Oh…pour votre mérite, voyez-vous comme je vous vois…

Je m'approche…oh…j'aime ce miroir, que dis-je, je l'adore, au-delà des mots et des convenances, mon admiration pour lui, ne cesse de croître et c'est en sa compagnie que je décide de souper alors qu'une douce musique s'élève dans l'antre du magicien.

Les livres volètent autour de nous, la cheminée réchauffe un plat en sauce au fumet odorant, que le chaudron à fait mijoter en somnolent.

Les chandelles sur les candélabres se sont allumées, par magie comme il se doit, la baguette ordonne aux plats de porcelaine, verres en cristal et couverts en vermeil de s'ordonner selon les commandements du savoir vivre et la nappe s'étale sur la table en faisant des effets de vague. La sphère de cristal se la joue boule à facettes façon « Fièvre du samedi soir » et le crâne chante en soulevant son couvercle !

Mon miroir se fait aguicheur, je minaude parce que j'en ai bien envie. Après tout, ce n'est pas tous les soirs que l'on dîne avec l'un d'eux, surtout s'il se montre aussi complaisant…non ?

Et c'est ici que s'arrête ce second chapitre, mais il me reste encore bien des secrets à vous délivrer, alors soyez au rendez-vous, pour la suite de mes confidences. Les magiciens adorent l'idée de se savoir admirés. De cette écriture, est née une franche admiration des Maîtres pour mon travail. Ils en sont très satisfaits, et moi aussi, c'est pourquoi je vous encourage à me suivre pas à pas sur le chemin lumineux de la compréhension et du savoir…..

A suivre…

· Cabalistique : qui présente un caractère obscur, énigmatique, sibyllin, mystérieux.

· Pentagramme: symbole de la sorcellerie néo-païenne pointe en haut. Inversé, il devient le symbole du satanisme.

· Margoulette : tête.