J'avoue qu'en ce moment, je me sens plus traductrice qu'"auteure", du coup j'avance davantage sur cette histoire que sur le reste... Such is life.

Chapitre 11 : Le brasier de mes terreurs*

Il était accroupi, un genou à terre, dans une couche de poussière d'un orange sanguin dont il ramassa une poignée, qui s'avéra rêche au toucher. Il la regarda filer entre ses doigts. Il n'était pas certain de savoir sur quelle planète il se trouvait.

La main à présent teintée d'un orange crayeux, Spock regarda autour de lui. Le ciel était sombre et menaçant, et formait un contraste frappant avec le sol criard. Le haut massif montagneux qui lui bouchait la vue lui rappelait Vulcain, mais Vulcain était une planète chaude et accueillante, une planète paisible, alors que celle-ci, bien qu'en apparence déserte, lui faisait courir des frissons dans le dos. Des nuages sombres s'amoncelaient au-dessus de lui, tourbillonnant en un épais magma annonciateur d'un funeste destin.

Au loin, Spock perçut un son chuintant, le bruit d'un vaisseau en train de prendre son envol. Son cœur commença à s'emballer alors qu'il scrutait l'horizon dans l'espoir dérisoire d'apercevoir l'objet en question. Quoi que ce fût, chaque fibre de son être le percevait comme une menace. Le vent se mit à souffler dans ses cheveux.

Le bruit s'intensifiait, faisant vibrer l'air et saturant l'atmosphère. Spock se retourna, cherchant en vain. Cette chose devait bien être quelque part. De quoi s'agissait-il ? Les montagnes devinrent floues autour de lui, alors qu'il pivotait sur ses talons dans tous les sens, cherchant désespérément à apercevoir l'objet mystérieux.

Le rugissement s'était fait proprement assourdissant et ses notes suraiguës lui déchiraient les tympans. La bourrasque, devenue continue, rabattait en arrière ses vêtements et ses cheveux, tout en charriant dans sa direction le sifflement de quelque chose qui s'approchait – et vite.

Penché en avant, recroquevillé sur lui-même, Spock essaya de se protéger la tête de ses mains. Le bruit strident, omniprésent, l'assaillait de toutes parts, au point qu'il n'entendait plus le son de sa propre voix, alors que, tête rentrée dans les épaules, il s'époumonait contre la tourmente.

Un projectile rapide et lourd l'atteignit alors en plein dans l'épaule gauche et son corps s'affaissa à terre. Tandis que l'onde de choc de la douleur irradiait dans tout le reste de son corps. Incessamment frappé par les rafales, le Vulcain se releva avec peine de cette terre ocrée ; il avait beau essayer de se concentrer, il ne parvenait pas à détourner son esprit de la violente douleur qui pulsait dans son épaule et du vent qui ululait à ses oreilles. Le hurlement de l'objet en approche s'était tu. En se cassant le cou pour scruter le ciel au-dessus de lui, le corps raidi sous l'effort, luttant pour rester debout, il ne put éviter la poussière qui s'insinuait sous ses paupières.

Il aperçut alors quelque chose entre les nuages lourds et menaçants, et ses yeux s'agrandirent. C'était l'Enterprise. Un réflexe le poussa à mettre la main à sa hanche, où il s'attendait à trouver un communicateur qu'il pourrait utiliser pour dire Téléportez-moi, ou bien fuyez immédiatement, très loin d'ici. Il n'était pas certain des mots qui sortiraient de sa bouche. Mais sa main, tâtonnant pour trouver l'appareil, ne rencontra que du tissu. Il baissa la tête et s'aperçut qu'il portait la robe vulcaine du kolinahr, le rituel auquel il avait refusé de prendre part, contre la volonté de son père.

Le hurlement inéluctable revint soudainement, porté par la tempête, et fut sur lui en quelques secondes, alors qu'un second objet l'attaquait, visant sa clavicule gauche. Il fut projeté en arrière et atterrit lourdement à terre, sur le dos. Un nuage de poussière sèche s'éleva autour de lui. Il sentit sa respiration lui échapper et l'angoisse faire vaciller ses sensations. Haletant, il se débattit, cherchant des yeux, sans parvenir à trouver la chose qui l'avait frappé. Chancelant, il se remit debout, malgré les éclairs de douleur qui parcouraient sa colonne vertébrale. Alors qu'il levait les yeux, il vit une explosion jaillir de la coque de l'Enterprise.

- NON ! hurla-t-il contre l'ouragan, tendant la main vers le vaisseau en perdition.

Il retomba sur les genoux alors qu'un projectile invisible lui défonçait la cage thoracique, faisant naître une nouvelle vague de souffrance à travers tous ses os. Il se recroquevilla sur lui-même, la douleur suffoquant ses pensées. Il regarda de nouveau le ciel, sans espoir, alors qu'une seconde explosion faisait sauter la passerelle et se propageait vers le cœur du vaisseau. Malgré la protestation véhémente de son corps, il se releva et se mit à courir. Il sentait que ses membres menaçaient de céder à tout moment sous l'intensité de la souffrance. Cependant, il continua à courir, comme s'il avait pu empêcher le massacre de son vaisseau. Il y eut un craquement à la base de sa colonne vertébrale, et quelque chose le frappa à la mâchoire. Il s'effondra au sol, et le sable s'incrusta dans sa joue. Le grondement de nouvelles détonations, de plus en plus bruyantes, résonnèrent à travers les cieux, et il vit, comme à travers un brouillard, la ligne d'explosions qui désintégrait le vaisseau jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une boule de feu tombant gracieusement dans l'atmosphère.

Tout son corps tressaillit dans ses vêtements trempés de sueur qui collaient à son corps. Ses poumons haletaient violemment, en quête d'un air qui lui échappait. Au sol, un léger trait de lumière marquait le mur opposé de sa chambre, projetant de légères ombres sur les murs. Son cœur battait la chamade contre sa cage thoracique, et il pouvait sentir son pouls résonner douloureusement à ses tempes. Jamais auparavant son cœur n'avait battu aussi rapidement. Une goutte de sueur coula sur son visage et sa poitrine se souleva avec effort, incapable de contrôler ses inspirations forcées. Il cligna des yeux à plusieurs reprises, en pleine confusion. Il était… sur une étrange planète. Le vaisseau venait d'être réduit en cendres. Il passa ses doigts sur la paume de sa main, et il aurait pu jurer que les coupures du sable étaient toujours présentes. La douleur avait semblé tellement réelle…

Non. Il se redressa contre le mur derrière son lit, fermant les yeux pour se concentrer sur le contrôle de ses poumons, comprimés et douloureux. Il plaça une main sur son flanc et sentit son cœur cogner à grands coups, comme s'il cherchait à sortir de sa poitrine. Tu es sur l'Enterprise. Tu es sur l'Enterprise. Il porta ses doigts à ses tempes et ferma les yeux, paupières crispées. Ce n'était pas réel. C'était un décor forgé de toutes pièces. Pas la réalité.

Il devait quitter ce lit, se lever, respirer. Il ne pouvait plus contrôler ni les battements de son cœur ni le rythme de sa respiration. Sortant ses jambes des couvertures, il essaya de se lever, mais il tomba au sol, en état de choc et en sueur. Il essaya de se mettre à quatre pattes, mais ses muscles ne lui obéissaient plus.

Pendant un bref instant, il entendit des coups frappés sur la porte. Quelqu'un criait son nom. Puis le bruit d'une commande que l'on actionnait – le code médical d'urgence qui permettait d'entrer dans n'importe quelle pièce du vaisseau.

McCoy se rua à l'intérieur de la chambre (s'il avait pu enfoncer la porte dans sa précipitation, il l'aurait fait). A peine ses yeux s'étaient-ils habitués à la pénombre que l'horreur le transperça. Spock était agenouillé à terre, les mains au sol, la respiration erratique. Le médecin traversa la pièce en quelques secondes et ses genoux heurtèrent le sol pendant qu'il attrapait le Vulcain par les épaules, l'esprit tenaillé par la peur.

- Spock, qu'est-ce qui se passe ? Spock, dites-moi ce qui vous arrive ! SPOCK !

Le Vulcain cligna des yeux pour dissiper le voile de confusion qui s'attardait dans son esprit. Il s'accrocha à l'avant-bras de McCoy alors que le praticien le forçait à s'asseoir contre le bord du lit.

- Docteur, commença-t-il, mais sa voix s'éteignit presque aussitôt (de son côté, McCoy était toujours en train de lui crier dessus). Docteur, tout va bien.

- Tout va bien ?! Votre rythme cardiaque est dangereusement élevé, Spock ! Qu'est-ce qui se passe ? Merde, dites-moi ce qui ne va pas ! s'écria McCoy en avisant la pellicule de sueur sur la peau du Vulcain.

Il le secoua par les épaules tout en répétant sa question. Il était évident qu'une sorte d'hébétude s'était emparé de Spock – et le médecin avait bien l'intention de l'en sortir coûte que coûte.

- Docteur McCoy, tout va bien, répéta Spock entre deux inspirations haletantes. Ce n'était… (Il déglutit alors que le rêve intense qu'il avait fait revenait envahir son esprit.) Ce n'était qu'un cauchemar.

- Quoi ? s'étonna McCoy d'une voix forcée, empreinte d'incrédulité.

Il regarda le visage du Vulcain, dont les yeux étaient toujours dans le vague, fixés au sol. Spock se contenta d'acquiescer, s'efforçant de respirer plus doucement.

- Bon Dieu, marmonna le médecin.

Il fouilla dans le petit sac qu'il avait déposé à ses pieds et en sortit un hypospray, dont il vida le contenu dans le cou du Vulcain. Spock se pencha en arrière, s'efforçant de réfléchir à la meilleure façon de respirer pour se calmer rapidement.

- Un hypospray, McCoy…? parvint-il à demander.

- Il faut absolument ralentir votre pouls, Spock. Croyez-moi, ça vaut le coup que vous ayez mal au cœur.

Il s'empara du poignet du Vulcain et le maintint entre ses doigts, comptant silencieusement les pulsations cardiaques. Normalement, en réaction à ce contact non souhaité, Spock aurait déjà dû lui lancer un regard meurtrier, mais il était trop distrait pour le remarquer réellement. Après quelques instants, McCoy fut satisfait du pouls qu'il percevait et relâcha son poignet. Puis, posant les mains sur ses genoux, il regarda Spock. Il avait besoin de contrôler les battements de son propre cœur, qui cognait à grands coups dans sa poitrine depuis que son moniteur d'urgence avait commencé à sonner.

Spock n'avait pas spécialement envie d'être vu par McCoy dans un tel état de vulnérabilité, mais il réalisa qu'il était un peu tard pour y songer. Il expira par le nez, notant au passage avec soulagement que ses poumons avaient cessé de le brûler. Il resta les yeux fixés sur le mur, pendant que sa poitrine se détendait et que sa respiration redevenait plus calme.

- Spock ?

Le premier officier se tourna lentement vers McCoy pour rencontrer son regard. L'inquiétude du médecin était clairement perceptible dans sa voix. Un tel comportement était hautement inhabituel pour un Vulcain, et les circonstances rendaient la situation encore plus troublante. Les menaces prononcées par l'alien rebondissaient dans la tête de McCoy.

- Racontez-moi votre rêve.

De nouveau, Spock détourna la tête. La frayeur qu'il avait éprouvée ne s'était pas dissipée elle s'attardait en lui, s'infiltrait dans son esprit… mais il se força à conserver un visage neutre et demeura aussi immobile qu'une statue. McCoy secoua la tête, profondément déçu.

- J'aurais dû vous donner un sédatif pour vous aider à dormir. C'est juste que je n'ai pas pensé que… Bon sang, j'aurais dû prévoir.

- Non, docteur, je ne l'aurais pas accepté. Ce qui vient de se passer n'est que… qu'une relation de cause à effet. Ces derniers jours ont été inhabituels, et il me semble logique de présumer que n'importe qui à ma place aurait pu être assailli par des cauchemars.

Se sentant progressivement redevenir lui-même, il prit une profonde inspiration. Il aurait préféré ne pas admettre devant le praticien qu'il avait été suffisamment troublé pour laisser un rêve envahir son esprit, et cependant, nier la vérité ne lui était d'aucune utilité.

- Ce n'était pas un cauchemar normal, Spock. Votre pouls était à presque 320 battements par minute. J'ai vraiment cru que vous alliez avoir une attaque ! insista McCoy, pour que Spock prenne la mesure de ce qui s'était passé.

Le Vulcain fut en effet décontenancé par le chiffre, bien qu'il sache quels dégâts un esprit non protégé pouvait infliger à un corps.

- Vous pensez que ça a quelque chose à voir avec les menaces de cet alien ?

Spock secoua la tête.

- Je l'ignore. Il est trop tôt pour spéculer avec précision.

- Si c'est ce dont il s'agit, ça risque d'empirer, fit doucement remarquer le médecin.

- Ce n'est que la première nuit, et je ne suis pas en danger. Je vous prie de ne pas en informer le capitaine.

- Quoi ?! Vous vous foutez de moi, Spock ? Vous avez une idée de l'inquiétude qu'il éprouve pour vous ? Pour l'amour de Dieu, vous…

- Docteur McCoy, c'est précisément pour cette raison que vous devez garder le silence, le pressa Spock. Si vous lui dites ce qui s'est passé, il va faire faire demi-tour au vaisseau et retourner sur le chemin de cette pouponnière d'étoiles.

Il s'appuya sur le matelas pour se remettre debout. McCoy se leva en même temps que lui, sans relâcher sa prise sur son bras.

- Spock, il vous a déjà dit qu'il n'obéirait pas à ces salopards, vous n'avez pas à vous en inquiéter.

- Je le sais, mais je sais également qu'humainement, il ne peut se résoudre à me voir mourir. Il chercherait à empêcher ma mort, quand bien même cela signifierait faire faire demi-tour au vaisseau, jusqu'à ce qu'il parvienne à trouver une alternative. Une alternative qui n'existe pas. Nous devons poursuivre notre route, sans nous soucier des conséquences. Peut-être chercher une autre solution, mais certainement pas faire demi-tour, encore moins vers cette lune.

- Si vos symptômes s'aggravent, si cela vient bien d'eux, le capitaine finira par le découvrir tôt ou tard.

- Je ne souhaite pas lui dissimuler des informations. Je vous demande simplement de… Je souhaiterais que ce qui s'est passé cette nuit demeure confidentiel. Entre vous et moi, docteur McCoy.

McCoy secoua la tête. Incroyable. Il avait couru comme un dératé jusqu'aux quartiers de Spock, pour le trouver par terre, haletant comme s'il sortait d'un marathon. Tout cela ne lui disait rien qui vaille.

- Ce que cette créature a dit… je n'arrive pas à me le sortir de la tête, Spock. Et je ne peux pas m'empêcher d'arriver à la conclusion que votre cauchemar doit être lié à ce qui vous est arrivé. D'abord votre malaise sur la passerelle, et maintenant ça… peut-être que vous vous êtes trompé. Peut-être que cet alien ne mentait pas sur ses pouvoirs.

Il regarda Spock dans les yeux, sourcils froncés en signe d'inquiétude et d'appréhension. Le visage de Spock demeura impassible.

- Combien de temps ai-je dormi ? demanda-t-il.

McCoy changea légèrement de position et se passa la main dans les cheveux.

- Trois heures. Jim est de retour sur la passerelle, et il va beaucoup mieux maintenant qu'il s'est reposé et qu'il a mangé. Hé ! s'écria-t-il en faisait claquer ses doigts et en regardant le Vulcain d'un air accusateur – quelque chose qu'il faisait très fréquemment ces derniers temps. Vous avez mangé après avoir quitté l'infirmerie ? Vous savez, comme je vous avais expressément demandé de le faire ?

Spock se prépara mentalement pour le sermon qui ne pouvait manquer d'arriver. S'il l'avait pu, il aurait tout simplement enfilé son uniforme et serait retourné travailler pour éviter d'avoir à s'occuper de ce problème.

- Etant donné le peu d'énergie qui me restait, retourner dans mes quartiers était ma seule potion. Je n'avais aucune envie de manger.

- Quoi ?!

McCoy se retourna et, tournant le dos à son patient, fit quelques pas. Il avait besoin de prendre de la distance s'il ne voulait pas le frapper.

- Je vous avais bien dit que vous aviez besoin de manger. Vous êtes peut-être Vulcain, Spock, mais vous êtes aussi humain. Vous ne pouvez pas refuser à votre corps les nutriments dont il a besoin, en particulier dans une situation comme celle-ci ! Qu'est-ce qui vous a pris ? Vous n'êtes pas censé être gouverné par la logique ?

Spock expira et s'assit sur le bord de son lit, incapable d'ignorer davantage la faiblesse de ses muscles.

- J'étais certain que manger me rendrait malade, expliqua-t-il calmement.

McCoy tapota son tricordeur médical contre la paume de sa main, frustré. Il scanna de nouveau le Vulcain dans la lumière tamisée.

- Lumières, 50%.

Une clarté plus prononcée éclaira la pièce. Spock cligna des yeux, se demandant quelle était la nouvelle ruse du médecin. Comme en réponse à cette question, ce dernier l'étudia sous tous les angles avec une attention soutenue.

- Si je peux me permettre, votre observation serait probablement plus intéressante à un autre moment, fit remarquer Spock dans un sarcasme à peine voilé.

- Vous avez une de ces gueules, Spock. A faire peur.

Spock haussa un sourcil avant de laisser ses yeux errer de nouveau sur le mur. J'imagine que ça décrit plutôt bien ce que je ressens, songea la partie humaine en lui.

- Et vous ne devez pas vraiment vous sentir mieux intérieurement, poursuivit McCoy.

Le deuxième sourcil du Vulcain rejoignit le premier. Le médecin pouvait-il lire dans les esprits à présent ?

- Je suis le médecin en chef du vaisseau, Spock. Et ça fait près de dix ans que je fais ce boulot. J'ai fait mes études avec Kurt Bo'yenga. Je ne vous en ai jamais parlé ? Kurt Bo'yenga, merde ! Un jour, j'ai dû pratiquer une opération d'urgence sur un Hyvoqridicalien à J'uSusuli, à savoir le trou du cul de l'univers.**

Spock fronça les sourcils. Il ne voyait absolument pas ce que venait faire l'expression « trou du cul de l'univers » en plein milieu de ce sermon.

- Ce que je veux dire, c'est que je sais ce que je fais. Je sais ce qui est bon pour vous. Vous, vous n'en avez aucune idée, mais moi si. Vous ne savez rien, je sais tout, alors laissez-moi faire mon boulot.

Son intonation trahissait son agacement, mais l'expression de son visage ne reflétait que de l'inquiétude. Spock aurait aimé le reprendre sur le fait que non, il ne savait pas « rien », mais il se sentait trop fatigué pour cela. Il remarqua, non sans un certain mépris, que le verbe « sentir » revenait dans ses observations beaucoup plus souvent qu'à l'accoutumée.

- Que voulez-vous que je fasse, docteur ?

- Je veux que vous preniez soin de vous. Votre corps a subi plus qu'il ne pouvait l'endurer, et vous ne vous rendez pas vraiment service en sautant des repas.

- Votre conclusion est logique, docteur. J'y remédierai dès demain.

Spock ne souhaitait qu'une chose : que le médecin s'en aille. Il ne mentait pas – il en était de toute façon incapable : il avait bel et bien l'intention d'essayer de se nourrir le lendemain. Cependant, pour l'instant, son seul besoin, un besoin vital, était de rester seul.

McCoy le regarda avec méfiance, sachant que normalement le Vulcain en faisait toute une montagne pour ne pas être d'accord avec lui, mais il se dit qu'il pourrait remettre le sujet sur le tapis une fois que Spock se serait reposé pour de bon.

- Vous avez besoin de dormir jusqu'à la fin de la nuit. Et si vous essayez de protester après ce que je viens de voir, c'est que vous êtes la personne la plus illogique que j'aie jamais rencontré. Donc, pas de protestation. Je vais vous donner un sédatif qui détendra chimiquement vos nerfs. Comme ça, pas de cauchemar, d'accord ?

- Oui, docteur McCoy, répondit Spock de façon neutre.

- Parfait.

Il lui injecta donc le sédatif, ignorant le léger regard de reproche sur le visage de Spock. Il n'avait pas le choix, ce fichu Vulcain avait besoin de dormir. Une impression de déjà-vu traversa l'esprit de McCoy : il avait fait la même chose à Jim quelques heures auparavant. En plein milieu d'une crise, les deux officiers supérieurs du vaisseau étaient à peine capables de se tenir debout – génial, vraiment.

Au moins, Jim avait repris du poil de la bête. Un exemple parfait de ce qui se passait lorsque vous suiviez les ordres du médecin : mangez des légumes et dormez, et tout ira bien. En tout cas, ça avait fonctionné pour le capitaine.

Mais en ce qui concernait Spock, l'histoire était un peu différente. Je peux le faire dormir et manger autant que je veux, songea McCoy, mais… peut-être que ça ne sert absolument à rien. Je ne sais pas si ça peut améliorer son état d'une quelconque façon à présent.


* En anglais : Flaming Yuk-eshu'a (mot vulcain signifiant "cauchemar". Le crédit du titre revient intégralement à OldGirl, que je remercie une fois de plus ici.

** Je précise que tous ces noms sortent de l'esprit de l'auteure, MabelOverture.