... La suite des emmerdes. Pardonnez ma vulgarité, mais c'est quand même un bon résumé.


Chapitre 13 : L'effet boomrang

Quelqu'un le secoua à plusieurs reprises, mais il était trop profondément inconscient pour en comprendre la raison, ou même y prêter attention. Une enclume lui écrasait la poitrine. Une nouvelle secousse, insistante.

Il ouvrit lentement les yeux pour se rendre compte qu'il fixait le plafond. Était-il tombé à terre ? Une brutale pulsation de douleur le poignarda au niveau de la clavicule et il inspira brusquement entre ses dents serrées. L'esprit redevenu lucide après son évanouissement, il cligna des yeux pour rencontrer le regard de Kirk, qui le scrutait avec une épouvante à peine voilée. L'émotion qui se lisait sur le visage de son ami lui glaça le sang.

Les yeux du capitaine revinrent se poser sur les marques suspectes qui striaient l'épaule du Vulcain. Il avait réussi à juguler sa terreur en voyant Spock ouvrir les yeux – il était en vie. Mais étudier cette chose sur son corps, savoir ce qu'elle signifiait…

- Vous avez vu ça ? demanda-t-il.

Il essaya d'empêcher sa voix de trembler, mais échoua lamentablement.

- Vu quoi, capitaine ? répondit Spock avec difficulté.

Il était confus et perturbé par l'attitude désespérée de Jim, ainsi que par le fait qu'ils étaient tous les deux sur le sol, mais il ne put retenir une grimace involontaire alors qu'un nouveau coup de rasoir lui entamait l'épaule. Kirk laissa la question de côté et ouvrit prestement son communicateur.

- Kirk à McCoy.

Le médecin, profondément endormi dans ses quartiers, ouvrit les yeux au son de la voix qui émanait de l'appareil. Il tendit le bras, heurta violemment la commode à côté de son lit, cherchant avec fébrilité son communicateur dans l'obscurité.

- Que se passe-t-il, Jim ? bafouilla-t-il, l'esprit bien plus alerte que son corps.

- C'est Spock.

La voix du capitaine se brisa en prononçant son nom. McCoy se rua hors de son lit et courut jusqu'à la porte tout en enfilant ses bottes à cloche-pied.

Après avoir indiqué au médecin où il pourrait les trouver, Kirk replaça rapidement son communicateur à sa ceinture et baissa doucement le col de l'uniforme de Spock pour inspecter la peau violacée. Les dessins empoisonnés semblaient former un texte qui prédisait sans ambiguïté le sort funeste qui attendait non seulement le Vulcain, mais également le vaisseau tout entier. Ils avaient tant compté sur un mensonge, mais comment pourraient-ils oser espérer quoi que ce soit à présent ?

- Jim…

- Vous vous êtes évanoui, Spock, expliqua-t-il, sans quitter des yeux les lignes bleues. Votre épaule… C'est… Je ne sais même pas comment vous le décrire…

Spock tourna la tête pour voir ce à quoi son ami faisait référence. S'agissait-il d'une plaie ouverte ? Etait-ce pour cette raison que cette partie de son corps avait été si douloureuse tout au long de la journée ? Il aperçut enfin les tourbillons colorés et les lignes électriques qui s'enroulaient vers son cou. Son sang se figea dans ses veines. Il n'avait jamais vu une chose pareille … Depuis quand était-il dans cet état ? Son esprit était déjà parvenu à la même conclusion que le capitaine : il avait sous les yeux la preuve fâcheuse que des heures sombres les attendaient. Sa poitrine se souleva et il regarda de nouveau le plafond, serrant les poings pendant qu'un nouveau tremblement agitait son corps.

- Vous avez mal.

Jim pouvait s'en rendre compte aussi clairement qu'il pouvait voir l'abrasion sur la peau de son ami. Ce dernier fit un bref signe de tête, retenant sa respiration en attendant que la douleur passe.

- Nous devons faire demi-tour, murmura Jim, plus sérieux que jamais, en proie à une colère et à un désespoir incontrôlables.

- Nous ne pouvons pas, Jim. Ne faites pas demi-tour.

Avant que le capitaine n'ait eu le temps d'exprimer son désaccord, McCoy arriva en trombe dans le couloir, les cheveux en désordre. Il plongea la main dans sa poche.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? s'écria-t-il en s'agenouillant à côté d'eux.

Il sortit son scanner et le voulut le passer au-dessus de la tête de Spock, mais il suspendit son geste en apercevant l'épaule du Vulcain, sous les mains tremblantes de Kirk. Sa mâchoire s'ouvrit, ses yeux s'agrandirent d'effroi. Les lignes bleues qui s'entrecroisaient sur la peau d'un rouge violacé, allumèrent un signal d'alarme dans son esprit.

- Qu'est-ce que c'est que cette…

Toute trace de fatigue avait disparu. Son esprit était parfaitement éveillé, parfaitement alerte, et parfaitement vide.

- Est-ce que c'était déjà là quand…

Il se mordit la langue. Il avait presque oublié que le capitaine était juste à côté de lui, et, évidemment, ce dernier, avec sa perspicacité habituelle, ne manqua pas le lapsus.

- Quand quoi, McCoy ?

- Je…

- Un événement sans rapport avec la situation présente a eu lieu cette nuit, le coupa Spock d'une voix tendue.

- Comment ça sans rapport ? Que s'est-il passé cette nuit ? demanda-t-il, sentant la fureur bouillonner dans ses veines.

Spock s'appuya sur son coude gauche pour se redresser, comprenant qu'il lui revenait de dissiper ce malentendu, mais la douleur explosa dans son bras tout entier et il retomba en arrière. Dans un même geste, Kirk et McCoy lui posèrent une main sur l'épaule, oubliant complètement leur dispute.

- Il faut qu'on l'emmène à l'infirmerie, déclara McCoy.

- Bien sûr. Allez, venez.

- Ne touchez pas son épaule, Jim.

Avec précautions, ils l'aidèrent à se relever jusqu'à ce qu'il se tienne debout, appuyé sur Kirk, le bras droit passé autour de l'épaule du capitaine, le bras gauche pendant, inerte, à son côté.

- Pouvez-vous marcher ? demanda Kirk, sans réaliser à quel point la réponse à cette question était importante pour lui.

- Oui.

McCoy resta prudemment à côté d'eux, prêt à soutenir le Vulcain si besoin. Spock s'efforçait de se concentrer sur sa marche, mais le poids de son bras gauche jouait en sa défaveur. Chaque mouvement, chaque pas, faisait naître une secousse douloureuse le long de son bras et jusqu'à sa poitrine. Le picotement de la paresthésie commençait à courir le long de ses nerfs. L'évanouissement le menaçait, et plus ils avançaient vers l'infirmerie, plus il était certain qu'il allait de nouveau perdre connaissance.

Kirk, de son côté, sentait Spock s'alourdir contre lui alors qu'il le traînait vers leur destination. C'était là, tout près, de l'autre côté du hall…

Au moment où la porte de l'infirmerie devenait enfin visible, Kirk chancela : Spock venait de perdre l'équilibre et de tomber à genoux. McCoy essaya de le stabiliser du mieux qu'il put, mais il était clair, étant donné la façon dont il prenait appui sur Jim, qu'il ne parviendrait pas à se relever. Merde, l'infirmerie était juste là ! Bones regarda la porte, reporta son attention sur Spock, qui haletait et s'était mis à trembler.

- CHAPEL ! Venez immédiatement avec un hypo d'épinephrine contre l'asthénie, tout de suite ! cria-t-il, et sa voix rebondit sur les murs.

L'infirmière apparut à peine quelques instants plus tard. McCoy se promit de la féliciter plus tard pour son extraordinaire efficacité. Son masque professionnel était parfaitement en place lorsqu'elle jeta un coup d'œil à la silhouette tremblante de Spock, et elle fit immédiatement demi-tour pour aller préparer son lit médical. Sans hésitation, McCoy pressa la seringue dans l'avant-bras de Spock.

- Allez, essayez de vous lever ! ordonna-t-il en s'efforçant de tirer le Vulcain en position verticale.

La solution comprise dans l'hypospray qu'il venait de recevoir fonctionna et envoya une petite décharge d'énergie à ses jambes. Son esprit commençait à fléchir de nouveau, mais il parvint à avancer à l'aide des deux hommes qui le soutenaient. Ce n'était vraiment pas loin…

Ils poussèrent la porte et parvinrent jusqu'à la petite pièce qui était réservée au Vulcain. Kirk se retourna pour l'aider à s'allonger. A présent qu'il n'avait plus à marcher, il sentit diminuer la pression qui pesait sur lui, mais sa poitrine se soulevait en respirations rapides, hachées, comme si ses poumons avaient soudainement été comprimés dans un étau. Spock avala et serra la mâchoire en fixant le plafond, profondément frustré. Il n'y avait aucune logique à la détérioration de son état et il ne pouvait prévoir la façon dont elle progresserait. Cette idée le rendait fou. Cet alien n'était pas responsable de son état. Ce n'était pas possible. Aucun être ne pouvait en contrôler un autre à son insu, comme un Créateur tout-puissant. Un nouveau pic de douleur lui transperça l'épaule, et il ferma les yeux, refusant de croire que cette créature était en train de le torturer à distance. Il y avait forcément une autre raison, il ne pouvait pas être à la merci de cet être – ce n'était tout simplement pas possible.

- Bones, vous pouvez l'aider ?

- Je ne sais pas !

Le médecin, assisté par Chapel, avait découpé la tunique du Vulcain, révélant ainsi la blessure dans son intégralité. Elle s'étendait en lignes inextricables jusqu'au bas de sa cage thoracique, les marques bleues courant le long de son bras gauche pour s'enrouler autour de son coude, descendant comme des griffes prêtes à se refermer sur son cœur. La couleur en était tellement vive que McCoy se demandait si on pouvait encore parler de peau.

- Spock, il me faut un échantillon sanguin, déclara-t-il sur un ton d'excuse en prenant la seringue que lui tendait Chapel.

Le Vulcain acquiesça à peine, concentré sur les carreaux du plafond. Il ne luttait plus contre l'inconscience à présent, mais contre son propre corps. Sa main se crispa involontairement lorsque McCoy introduisit l'aiguille dans sa veine.

- Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit, McCoy ? demanda Kirk pendant que le médecin redonnait la seringue, remplie de sang vert, à l'infirmière.

Spock voulut fournir des explications à la place du médecin, mais une nouvelle vague de douleur lui traversa l'omoplate. Il enfonça sa tête dans l'oreiller et serra les poings, essayant désespérément de bâtir un rempart mental contre la torture, mais, malgré ses efforts, il fut bientôt submergé. Le niveau du K2 commença à hurler sur le moniteur.

Chapel se pencha vers le lit et tendit un nouvel hypospray à McCoy, qui l'administra au Vulcain, mais les alarmes ne s'arrêtèrent pas. Visiblement, Spock luttait contre la douleur, le corps entièrement tendu, rigide, et agité de spasmes brutaux. Il poussa un gémissement, qui se perdit dans le bruit des alarmes. Une pellicule de sueur commença à se former sur ses tempes. McCoy essaya un autre hypo, mais rien ne semblait pouvoir aider. Les horribles sifflements émanant du moniteur ne faisaient qu'ajouter à l'anxiété de Kirk, qui se sentait totalement impuissant à la vue de ses deux amis, l'un essayant désespérément de soulager les souffrances de l'autre.

- Il faut que je l'endorme, siffla-t-il à Chapel qui accourait à son côté.

Elle se précipita vers un tiroir derrière eux, fouillant rapidement pour trouver ce qu'elle cherchait et le tendre au médecin. Il le prit et y jeta un rapide coup d'œil. Iophed'menta tv'Valliuniphor. Le sédatif le plus fort qu'il pouvait administrer sans risque au Vulcain. Il l'injecta immédiatement dans la peau livide et moite de Spock, et presque immédiatement, les muscles de ce dernier se relâchèrent lentement. Il s'enfonça plus profondément dans le lit, ses doigts frémirent alors que ses yeux se fermaient. Lorsqu'il fut totalement immobile, les alarmes se turent enfin.

McCoy entendait distinctement sa propre respiration, violente, chargée d'adrénaline, dans le silence qui venait de tomber. Kirk posa une main sur le bras inerte de Spock, et, sans regarder le Vulcain évanoui, il répéta sa question entre ses dents serrées :

- Que s'est-il passé cette nuit ?

McCoy leva les yeux vers le capitaine, puis vers Chapel, à qui il fit un signe de tête qu'elle comprit immédiatement, étant donné leur capacité à communiquer en silence. Elle laissa les deux hommes et retourna dans la pièce principale de l'infirmerie.

- Il a fait un cauchemar…

- Un cauchemar, McCoy ? s'exclama le capitaine avec colère.

Le médecin se rendit compte que la confidentialité n'était plus de mise, et il se frotta la nuque en regardant Kirk dans les yeux.

- Oui, en tout cas, c'est ce qu'il m'a dit. Mais son rythme cardiaque était dangereusement élevé, comme si… comme si son rêve l'affectait réellement. Physiquement, je veux dire. Mais il n'y avait aucune trace de… de ça la nuit dernière.

- Bones, commença Kirk, les phalanges crispées sur le montant du lit. Pourquoi ne m'en avez-vous pas parlé ? Pourquoi ?

McCoy avala péniblement sa salive et secoua la tête tout en se demandant s'il n'avait pas commis une erreur.

- Il m'a demandé de ne pas le faire, Jim. C'était son droit, en tant que patient. Il pensait que vous changeriez d'avis, que vous iriez chercher ces pierres si vous étiez au courant. Il pensait que ce cauchemar était simplement causé par un stress post-traumatique temporaire… Et je n'ai pas voulu tirer de conclusions hâtives.

- Eh bien, cette erreur va peut-être nous coûter la vie de Spock, aboya Kirk en s'emparant de son communicateur. Nous allons faire demi-tour, mais peut-être que ça ne sert plus à rien maintenant.

- Jim ! C'est exactement la raison pour laquelle il ne voulait rien vous dire! Nous ne devons pas faire demi-tour, pour une fois je suis d'accord avec Spock. Nous ne devons pas aller chercher ces cristaux, nous ne devons même pas nous approcher de cet amas d'étoiles ! Laissez-moi examiner Spock, je peux essayer de…

- On ne le sauvera pas comme ça, Bones ! Soit on fait demi-tour, soit on a le privilège de le regarder mourir ! Que décidez-vous ? cria le capitaine, montrant presque agressivement du doigt le visage immobile du Vulcain. Visiblement, vous avez fait votre choix cette nuit !

- C'est injuste de dire ça, Jim ! Vous croyez vraiment que j'ai envie que Spock y passe ? A une époque, James Kirk ne croyait pas à la possibilité de perdre, c'est le moment ou jamais de prouver que ça n'a pas changé ! Il doit y avoir une alternative, une option à laquelle nous n'avons pas encore pensé !

- Vous avez raison, McCoy, je ne crois pas à la possibilité de perdre. Je n'irai pas chercher ces cristaux pour ces aliens comme un bon petit toutou qui ramène le bout de bois qu'on lui a lancé, mais je ne vais pas non plus regarder Spock mourir sans rien faire ! Je n'ai pas encore de plan bien arrêté, mais je ne le laisserai pas souffrir pendant que j'y réfléchis. Nous allons donc faire demi-tour, et peut-être que cette ordure va le voir et me rendre mon premier officier. Ensuite, je ferai mon possible pour nous sortir d'affaire. Vous avez compris ?

Les yeux brûlant de colère, il haussa son communicateur.

- Kirk à Sulu. Faites demi-tour immédiatement, ramenez-nous à cet amas d'étoiles en distorsion 8.

- … Bien, capitaine.

Il referma l'appareil dans un claquement sec et le replaça à son côté dans un mouvement furieux. Puis, s'appuyant sur le lit, il baissa la tête et prit une profonde inspiration. La tension entre les deux hommes était presque palpable, et les violentes émotions que la situation avait fait naître semblaient prêtes à exploser. Kirk donna de petits coups de pied irrités sur le sol, parfaitement conscient qu'il devait se calmer, que cet éclat était indigne de leur amitié. Le premier officier lui disait souvent que l'émotion brute empêchait le raisonnement, et en ce moment, c'était bien de sa raison qu'il avait besoin.

- Je vous ai demandé très clairement de me dire s'il lui arrivait quelque chose, dit-il sur un ton plus calme, volontairement apaisé, sans relever la tête.

McCoy, de son côté, était plongé dans la contemplation de ses chaussures.

- C'était important pour lui que je ne vous dise rien. Vous savez bien comment ça se passe, Jim… vous aussi, vous prenez tout ce qu'il dit très à cœur. Une fois qu'il a prononcé une de ses phrases logiques, il n'y a plus moyen de discuter avec lui. Dieu sait que des fois, je déteste ce gobelin, mais… quand il a raison, il a raison.

Kirk serra les lèvres et poussa un profond soupir, donnant continuant à frapper machinalement le carrelage de son pied avant de relever la tête pour regarder son ami.

- Bones, depuis quand écoutez-vous ce qu'il dit ? demanda-t-il, moins tendu qu'auparavant.

- Ne vous inquiétez pas, ça ne se reproduira pas, marmonna le médecin tout en passant le scanner sur le Vulcain pour la énième fois.

Kirk expira doucement par le nez et replaça une main sur l'épaule de Spock.

- Qu'est-ce qu'il a ?

- Je ne sais pas, Jim. Je suis désolé, j'aimerais pouvoir vous le dire, mais je n'ai jamais rien vu de tel. Il est en train de mourir (les doigts de Kirk se crispèrent) mais je suis incapable de dire pourquoi. La moelle épinière est en bonne santé, ses organes fonctionnent normalement… Tout a l'air de partir en vrille quand il est en proie à une de ces attaques, mais une fois qu'il est revenu à lui, tout redevient absolument normal. C'est vraiment très déconcertant. Si on fait demi-tour, vous pensez vraiment qu'il ira mieux ? Ou bien est-ce que ça risque de s'aggraver ? Je n'ai aucune idée du temps que nous avons devant nous. Cet échantillon sanguin est mon dernier espoir. Ces… ces lignes, ajouta-t-il en désignant les marques qui se croisaient sur le torse de Spock. Ce n'est pas naturel. Il n'y a rien, dans le corps humain ou vulcain, qui puisse causer ce genre de choses. Cela vient nécessairement d'un facteur extérieur.

- L'alien ? demanda Kirk.

- Quoi d'autre ? demanda McCoy en haussant les épaules. Il était affaibli, certes mais en bonne santé, lorsque nous tenions le bon cap. On dévie un peu… et le voilà inconscient à l'infirmerie. Je n'aurais pas cru ça possible, et pourtant...

Kirk acquiesça. Ses émotions commençaient à refluer, laissant son esprit libre de réfléchir. Jusqu'ici, il n'avait jamais ressenti une angoisse si forte que lorsqu'il avait vu Spock s'effondrer à terre devant lui pour la seconde fois. Une part de lui était convaincue qu'il était déjà mort lorsqu'il était tombé sans aucune raison.

- Quand l'anesthésie cessera-t-elle de faire effet ?

- Etant donné sa physiologie, dans deux heures à peu près.

- Appelez-moi dès son réveil. J'ai des excuses à faire à mon équipage.

Il passa à côté de McCoy et franchit la porte, mais sa main s'attarda sur le panneau de fermeture. Il s'arrêta, demeura dans cette position pendant un instant et tourna la tête par-dessus son épaule, mais sans vraiment regarder dans la pièce.

- Je suis désolé, Bones. Pour ce que je vous ai dit. Je n'ai jamais voulu vous accuser de cela. J'étais juste… terrifié.

McCoy ouvrit la bouche pour répondre, mais sa gorgé était trop sèche. Il toussa légèrement et acquiesça, s'efforçant de garder pour lui les émotions qui menaçaient de le submerger.

- Je sais, Jim. Ne vous en faites pas pour ça.

Il entendit les pas de Kirk s'éloigner à travers l'infirmerie, décroître jusqu'à disparaître totalement, puis il se laissa tomber dans la chaise la plus proche et se prit la tête dans les mains. Colère, culpabilité et confusion se mêlaient en lui, formant un magma dans son esprit et descendant directement vers son cœur. Combien de fois devrait-il encore faire face à la mort du Vulcain ? Combien de temps pourrait-il tenir ainsi sans devenir complètement fou ? Chapel entra en silence et lui posa doucement la main sur l'épaule. A son tour, il posa ses doigts sur les siens.

- Vous ne pouviez rien faire d'autre, Leonard.

- C'est bien ce qui me pose problème.

- Ce n'est plus de votre ressort, reprit-elle doucement.

McCoy secoua la tête et lui tapota la main, avant de la laisser retomber sur ses genoux.

- Il n'était vraiment pas bien cette nuit. Et j'avais un mauvais pressentiment, malgré tout ce qu'il me disait. Je n'ai cependant pas informé le capitaine. Je n'ai pas réagi… Kirk a raison, Christine. Je l'ai peut-être tué.

- Qu'auriez-vous pu faire d'autre ? Qu'aurait pu faire le capitaine, s'il avait été au courant ? Nous aurions placé Spock en quarantaine dans cette même pièce, sous surveillance constante, et il aurait tourné en rond ici, et vous aussi. Et ça n'aurait pas empêché ce qui vient de se passer.

- Peut-être que, si nous avions fait demi-tour plus tôt, cela ne serait pas arrivé.

- Leonard, vous connaissez Spock mieux que moi. Vous savez qu'il est l'un des membres les plus intelligents de l'équipage. Il savait pertinemment ce que signifiait la confidentialité qu'il vous a demandée, et il a désobéi à cet alien en toute connaissance de cause.

McCoy jeta un coup d'œil fatigué au visage grisâtre de Spock, à sa tête inerte, légèrement tournée sur le côté. Ses paupières étaient livides, et par là même contrastaient avec la couleur discordante de sa peau, juste sous le cou. Parmi tout le monde sur la passerelle, tous ces corps, pourquoi l'avoir choisi, lui ?

Des humains… et… un Vulcain ?

- Vous ne pouvez pas vous reprocher cela, Leonard, insista Chapel. Spock connaissait les risques de ne rien dire au capitaine. Il savait ce qui pouvait lui arriver.

McCoy laissa échapper un rire sans joie.

- Le problème, avec cet imbécile, c'est qu'il ne sait pas ce qui est bon pour lui. Sa logique l'aveugle dès qu'il est question de survie. (Il hocha la tête et se passa la main sur le front.) Son espèce, et il ne fait pas exception, n'a de cesse de défendre la vie et la paix. Mais, je ne sais pas pourquoi, dès qu'il est question de lui-même, il ne fait pas preuve de la même logique que lorsqu'il est question des autres.

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Kirk fut accueilli sur la passerelle par des visages particulièrement soucieux. Tous savaient, avant que le premier mot ne franchisse ses lèvres, que leur brusque manœuvre ne pouvait signifier qu'une chose.

- Le commandant Spock ? hasarda Uhura.

Kirk se contenta de secouer la tête.

- Ouvrez la communication pour tout le vaisseau.

- C'est fait, monsieur.

Il se racla la gorge et s'assit sur sa chaise, puis, regardant les visages autour de lui – ses amis – il se prit à souhaiter que le danger qui pesait sur eux soit anéanti.

- A tout l'équipage de l'Enterprise… Nous sommes en route pour cet amas d'étoiles, et, par conséquent, pour cette lune, puisqu'il est devenu évident que ce vaisseau et son équipage sont menacés par un danger bien réel. En tant que combattants, nous refuserons évidemment de nous plier aux exigences de ces aliens. Cependant, pour éviter la mort de ce vaisseau et de ses occupants, nous retournons vers l'amas d'étoiles jusqu'à ce que nous puissions agir. Si vous avez la moindre idée, n'hésitez pas à venir m'en faire part. Toute suggestion est la bienvenue. Allons nous occuper de ces salauds. Kirk, terminé.

Il asséna un coup de poing sur le transmetteur.

- Est-ce qu'il est mort, capitaine ? osa demander Scotty, la voix tremblante.

Kirk se mordit la lèvre et secoua négativement la tête.

- Non, bien sûr que non. Il en faut plus que cela pour se débarrasser de notre M. Spock. Mais, ajouta-t-il plus doucement, il est immobilisé pour l'instant.

Il baissa les yeux vers ses mains, se rappelant comment la peau de son ami était devenue livide, juste avant sa chute.

- Peu importe le prix, capitaine, déclara Chekov dans le silence, un feu brûlant au fond de ses yeux.

Le jeune enseigne avait toujours eu un profond respect pour l'officier scientifique, et bien que l'idée de faire face à ces aliens soit totalement effrayante, rien ne pouvait justifier sa mort.

- Quand ils menacent un membre de l'équipage, ils doivent affronter tout le vaisseau.

- Et le vaisseau est prêt à riposter, compléta Sulu, partageant la détermination de son ami.

Kirk tourna la tête à droite, puis à gauche, pour rencontrer les yeux de tous les officiers présents sur la passerelle. Leurs visages reflétaient tous ce que Chekov venait d'exprimer, et Jim réalisa qu'il n'avait pas à éprouver de la culpabilité en leur ordonnant de se jeter dans la gueule du loup. Le vaisseau, l'équipage tout entier, étaient préparés à se lancer corps et âme dans la bataille qui se préparait. Son regard se posa sur le poste scientifique, vide.

- Ne vous en faites pas, nous allons riposter.