Au cas où certaines personnes traîneraient encore leurs guêtres par ici... Voici la suite, avec "un millier de plates excuses, ô patients Seigneurs" (référence à Aladin, car depuis la mort de Jean Piat - je vous jure j'ai failli pleurer - j'ai maté tous les Walt Disney de mon enfance, en déplorant qu'il n'ait pas fait la voix de Jaffar, parce que ça aurait été magique). Comme d'hab, OldGirl a fait un super boulot de relectrice. D'ailleurs, s'il y a de "vrais" gros mots dans la bouche de McCoy, elle est en partie responsable. :-D


Chapitre 14 : Moralité, mortalité

- McCoy à Chapel.

- Ici Chapel.

- Bon sang, où êtes-vous ?

- Au laboratoire d'hématologie, docteur. Comme vous me l'avez demandé. Vous vous souvenez ?

- Oh, oui, c'est vrai… et alors, qu'est-ce qu'ils disent ?

- Ils disent qu'il leur faut encore une heure d'analyse.

- Bon Dieu, mais qu'est-ce qu'ils font avec cet échantillon ? Ils lui payent un verre ?

- Les données ne sont pas simples à analyser, Leonard. Ce n'est pas vraiment le genre de choses sur lesquelles ils ont l'habitude de travailler.

- Etant donné le temps que ça leur prend, j'espère au moins qu'ils prennent en compte l'équation de la thermodynamique des particules et l'impact de la gravité dans un référentiel quadridimensionnel. D'accord, j'ai compris. McCoy, terminé.

Il reposa violemment le communicateur sur la table et lui jeta un coup d'œil mauvais. Le Vulcain, non loin de lui, était toujours étendu sans mouvement, le visage immobile. La vue de l'épaule de Spock avait ressuscité la rage du médecin, et cette rage lui obscurcissait l'esprit avec une ardeur renouvelée. Qu'on lui donne seulement l'occasion de mettre les mains autour de la gorge de ce maudit alien…

Exaspéré d'attendre sans rien pouvoir faire d'utile, McCoy cueillit au passage le PADD grossissant posé sur sa table de travail et s'inclina vers le Vulcain inconscient pour examiner méticuleusement les marques qui couraient sur sa peau. Il passa son pouce sur les curieuses lignes bleues, dont le dessin erratique sur le côté gauche du torse ne représentait aucun motif reconnaissable. McCoy n'avait pas vraiment eu la tête à noter où étaient situées lesdites lignes lorsqu'il avait endormi Spock, si bien qu'il ne pouvait en avoir la certitude, mais il avait l'impression qu'elles s'étaient étendues. Il remonta le long des marques jusqu'à la clavicule et se demanda pourquoi elles s'accumulaient toutes à cet endroit. Il se pencha un peu plus et passa en mode microscope sur son PADD, louchant sur l'écran à force d'écarquiller les yeux.

Il finit par remarquer une chose qu'il n'avait pas vue auparavant. Clignant des paupières pour humecter la rétine, il se pencha encore davantage. La peau, juste au-dessus de la clavicule, semblait… inflammée. Relevant la tête, il mit son PADD de côté et réfléchit à ce qu'il venait de voir. Puis, brusquement, il s'approcha de la peau pour examiner attentivement les chairs meurtries. Il n'y avait aucune autre trace d'inflammation. Uniquement ce point sur la clavicule, l'endroit même d'où semblaient provenir toutes ces étranges lignes bleues.

Or, une inflammation de la peau était nécessairement causée par quelque chose. Sans exception. Il n'existait pas d'inflammation spontanée, il y avait toujours une raison – un irritant, une allergie, une friction. Il rejoua la scène dans sa tête, Spock couvert de câbles, et se demanda quand la chose avait bien pu se produire. Le contact avec les câbles aurait pu être la cause de l'inflammation, mais pourquoi, dans ce cas, un seul point isolé ? L'apparition de ces lignes était-elle liée à cette irritation ? McCoy poussa un grognement de frustration. Il ne pouvait obtenir la réponse à ces questions. Tant qu'il n'avait pas les résultats de l'analyse du sang de Spock, il ne pouvait pratiquement rien faire, à part se tourner les pouces. Je suis médecin, pas le bon Dieu, à la fin !

Le temps s'était écoulé lentement, et en même temps bien trop rapidement, car chaque minute qui passait rapprochait le vaisseau de son funeste destin. Kirk posa son menton sur sa main et se tapota la joue. La rêverie dans laquelle il était plongé depuis une heure ne lui avait permis d'entrevoir qu'une seule option. Une option qu'il considérait avec mépris et dégoût, mais qui lui apparaissait bel et bien comme étant leur unique possibilité.

Le bruit chuintant de l'ascenseur annonça l'arrivée du chef ingénieur Scott. Un léger soupir quitta sa poitrine alors qu'il s'approchait du fauteuil du capitaine, les yeux fixé sur son dos. Il posa sur le bras du fauteuil une main agitée, dont les doigts refusaient de rester en place. Kirk, qui s'attendait à un salut, leva les yeux pour le regarder avec curiosité. L'Ecossais avala sa salive et reporta son attention sur l'écran, les yeux brillants.

- Que puis-je faire pour vous, Scotty ? demanda finalement Kirk.

Scotty soupira de nouveau et regarda ses pieds.

- Capitaine… commença-t-il avec un regard en biais vers son interlocuteur. J'avais tort, Jim. Et je suis désolé. Je… Je pensais sincèrement…

- Scotty, Scotty, l'interrompit Kirk avec un sourire, vous n'aviez pas tort. Nous avions tort, peut-être… mais cette erreur ne repose en aucun cas sur vos épaules. En fait, vous seul avez été capable de formuler une théorie logique face à l'impossibilité que nous avions sous les yeux. C'est admirable, mon ami. Je veux que vous gardiez cet état d'esprit tant que nous ne serons pas sortis d'affaire, d'accord ?

Il donna une petite tape sur le bras de son ami, et le fantôme d'un sourire joua sur les lèvres de Scotty.

- Bien, capitaine.

- Ici l'infirmerie. Capitaine ?

Jim et Scotty échangèrent un regard en entendant la voix de McCoy sortir du micro intégré sur le fauteuil de commandement.

- Ici Kirk.

- Il est réveillé, Jim. Et déjà en train de me prendre la tête.

Le sourire s'épanouit sur le visage de l'Ecossais, dont le sentiment de culpabilité s'allégea quelque peu. Kirk étouffa un petit rire. Tant que son premier officier troublait la tranquillité d'esprit de son médecin en chef, cela signifiait que les choses n'allaient pas si mal que cela. Une des constantes de l'univers était revenue en place.

- J'arrive, docteur. Scott, vous prenez les commandes ?

- Avec plaisir, capitaine.

Il lui sourit avec spontanéité cette fois. Kirk bondit de sa chaise, prêt à faire la leçon au Vulcain, ou à le border dans son lit le cas échéant. Des heures s'étaient écoulées depuis que le corps sans vie de Spock était tombé dans ses bras, dans ce couloir vide, et que le capitaine avait cru arrivée la dernière heure de son ami.

Bien évidemment, cette idée était totalement irrationnelle, mais Kirk s'était toujours dit que Spock était indestructible, invulnérable. Il avait déjà eu plusieurs os brisés, été attaqué par des créatures indigènes, envoyé à l'infirmerie un nombre incalculable de fois… et le Vulcain avait toujours paru encaisser les coups sans aucun problème. Il n'avait jamais montré aucun signe de vulnérabilité ou de faiblesse comment une telle chose avait-elle pu lui arriver à lui ?

Kirk fit un signe de tête à un membre de l'équipage qu'il croisa dans le couloir. Il réalisa qu'il avait confiance en Spock plus qu'en quiconque, au point de lui confier sa vie sans hésiter. C'était toujours son premier officier qui le tirait d'affaire. L'inverse n'était pas censé se produire.

- Bon Dieu de bon Dieu de bon Dieu, mais qu'est-ce qui se passe dans vos foutues petites cellules vertes ?

Le hurlement, qui provenait de l'infirmerie, résonna dans les oreilles de Kirk. Ce dernier haussa les sourcils en pénétrant dans la pièce, où l'attendait une scène familière : Spock essayait de se lever du lit où il était assis, pendant que McCoy, visiblement en colère, s'efforçait de le maintenir en position assise.

- Vous êtes insupportable, Spock. Insupportable. RASSEYEZ-VOUS ! aboya-t-il, appuyant sur les épaules du Vulcain.

- Docteur, vous n'êtes pas raisonnable. Il est évident que…

- MOI ? MOI, JE NE SUIS PAS RAISONNABLE ? Spock, nom de Dieu, vous réalisez que c'est votre second séjour ici en moins de deux jours ? Hein ? Vous savez compter jusqu'à deux ? Bordel de merde !

- Vous semblez avoir franchi un nouveau palier dans le relâchement du langage, docteur, ce qui…

- N'essayez pas de me dire comment je dois parler, espèce de dictionnaire ambulant !

Kirk, depuis l'encadrement de la porte où il s'était arrêté, se racla la gorge. Les deux hommes se figèrent et le regardèrent s'appuyer contre le chambranle.

- Que se passe-t-il, messieurs ? demanda-t-il.

- Votre cher et tendre premier officier est en train de me filer un anévrisme, voilà ce qui se passe ! Il veut travailler, Jim. Travailler. Avec ce genre de logique, je ne serais pas surpris qu'il croie encore au Père Noël.

- Docteur, il est hautement illogique de votre part d'effectuer cette comparaison, dans la mesure où le personnage du Père Noël est un concept typiquement terrien, et qu'il n'existe que sur votre planète. Etant né sur Vulcain, je n'ai pas été confronté à vos traditions ineptes. Capitaine, ajouta Spock en se tournant vers Kirk, tandis que McCoy levait exagérément les yeux au ciel, je comprends que ma situation pose problème, et je conçois que, logiquement, vous ne puissiez me renvoyer à mon poste, puisque je suis consigné ici. Cependant, aucune raison rationnelle ne m'empêche de travailler depuis l'infirmerie.

Le capitaine croisa les bras et interrogea du regard le médecin, qui boudait.

- Bones ?

- Il a complètement perdu la boule, Jim, dit McCoy avec un geste agacé. Il n'a pas mangé depuis plusieurs jours, son corps a été soumis à un stress intense, et franchement, il a juste… juste perdu la boule.

Son visage se crispa pendant qu'il inspectait le moniteur. S'occuper de Spock était pire qu'être malade soi-même. Il marmonna quelque chose, d'où émergèrent les mots « Vulcain », « épuisant » et « absurde », tout en parcourant avec impatience du regard des constantes qu'il avait déjà vérifiées vingt fois. Kirk soupira.

- Spock, je ne sais pas quoi vous dire. McCoy a…

- Je resterai à l'infirmerie, capitaine. Le docteur pourra observer l'évolution de mon état tout au long de la journée si cela permet à son esprit hyperactif de se calmer, mais malgré cela, je suis en état de travailler.

- Quel genre de travail êtes-vous si pressé de faire ? demanda Kirk, perplexe.

Il était vrai que Spock voulait toujours travailler, mais une telle requête, juste après les récents événements, semblait pour le moins téméraire.

- Je crois que mon temps pourrait être mieux employé à étudier des causes de mon état physique. Bien que l'évidence semble indiquer le contraire, je n'ai pas encore accepté l'idée qu'un être corporel ait la capacité de contrôler un autre être vivant à une telle distance. Si je pouvais résoudre ne serait-ce qu'une fraction du problème, cela pourrait s'avérer décisif dans l'issue probable de toute cette situation. Pas seulement pour moi, mais pour l'Enter

Il s'interrompit soudainement avec un hoquet de douleur. La souffrance le frappa à l'épaule, lui paralysa le bras, envoyant des pulsations jusque dans sa poitrine. Il agrippa le bord du lit et fixa le sol, concentré sur le contrôle de la douleur. Kirk quitta immédiatement le chambranle de la porte et se précipita vers son ami, mais McCoy l'arrêta en étendant le bras.

- C'est déjà arrivé quelques fois. Ça finit par passer, expliqua-t-il doucement.

En effet, quelques instants plus tard, Spock laissa échapper une expiration silencieuse et ses mains se décrispèrent.

- Est-ce que ça risque de se reproduire ? demanda Kirk, inquiet.

- Je n'en ai aucune idée, dit McCoy en passant un scanner sur Spock. Tout ce qui se produit, s'est produit ou va se produire reste un mystère total. Je n'ai aucun moyen de prévoir quoi que ce soit.

Déçu par les données qu'il voyait, il laissa de côté le tricordeur. Kirk cligna des yeux et passa en revue les options limitées qui s'offraient à lui.

- Vous avez eu les résultats de l'hématologie ?

- Ouais. Ils disent que la composition organique des atomes du sang de Spock est « extrêmement atypique » et « qu'on ne peut rien en déduire et rien prévoir ». Je recommande donc de virer tout le département d'hémato et de leur filer un simple boulot de laborantin à faire, puisqu'ils sont tous complètement crétins.

Kirk eut un petit rire sans joie. L'analyse de sang était leur dernier espoir. Il regarda Spock dans les yeux, tout en se demandait ce qui se jouait à l'intérieur du corps de son ami. Il était toujours trop gris, avec des poches sous les yeux, mais l'intensité de son regard n'avait pas faibli. Il prit une profonde inspiration avant de déclarer.

- Je crois qu'on devrait l'autoriser à travailler.

McCoy secoua cyniquement la tête et se frotta le front. Lorsqu'il parla, la chaleur avait totalement disparu de sa voix.

- Pourquoi ne suis-je même pas surpris ?

- Je comprends votre point de vue, Bones, je vous assure. C'est vous le médecin ici, et je ne veux pas vous contredire. Mais vous dites vous-même que tout ce qui risque de se passer est impossible à deviner. Nous n'avons rien de concret. Peut-être que Spock trouvera quelque chose. Après tout, nous savons tous les deux à quel point il est intelligent. Tellement que ça en devient agaçant. Mais ça semble valoir le coup, non ?

McCoy acquiesça. La tristesse avait pris le pas sur l'impatience qu'il éprouvait. Il se sentait défait, vaincu, non seulement dans ses arguments, mais également au cœur même de son travail. L'accomplissement qu'il trouvait souvent dans la pratique médicale était en train de diminuer à vue d'œil. Un homme était en train de mourir sous ses yeux et il ne savait même pas pourquoi.

- Oui, peut-être. Ce n'est pas comme si son état risquait de s'améliorer tout seul, alors après tout, pourquoi pas.

Le regard de Kirk s'attarda sur McCoy avant de se tourner vers Spock.

- Je ne veux pas que vous quittiez l'infirmerie, sous aucun prétexte, dit-il sérieusement. Pas sans McCoy.

Spock acquiesça. Il comprenait. L'expression du capitaine s'adoucit.

- Comment allez-vous ?

- En ce moment, bien, Jim.

- Parfait.

Le regard de Kirk s'était fait soupçonneux, mais Spock leva les sourcils comme pour signifier qu'il était parfaitement sincère. Le capitaine lui fit signe qu'il le croyait.

- Tenez-moi informé, conclut-il.

Ayant pu constater par lui-même que le Vulcain était « fonctionnel », il s'apprêta à quitter la pièce, mais McCoy se campa dans l'embrasure de la porte pour lui bloquer le passage.

- Attendez une minute, Jim. Quel est votre plan ?

Kirk écarquilla les yeux et se retourna vers Spock, pour voir reflété dans ses yeux le même regard interrogateur que celui du médecin. Ces deux-là semblaient avoir trouvé une sorte de terrain d'entente au milieu de leurs nombreux désaccords. Kirk ricana.

- Regardez-moi ça ! Depuis quand vous vous liguez contre moi, tous les deux ?

- Nous voulons juste nous assurer que vous avec gardé les idées claires.

- Vous pouvez parfois vous montrer impétueux, capitaine, renchérit Spock. Nous souhaitons seulement, logiquement, connaître votre plan d'action.

- Ecoutez-moi : chacun son travail. Laissez-moi faire le mien. Spock, le vôtre est de ne pas mourir. McCoy, de faire en sorte que Spock ne meure pas. Et mon travail à moi, c'est de m'assurer qu'aucun de vous ne meure, et que le vaisseau reste intact. Restons-en là, voulez-vous ?

Il fit un pas vers la sortie pour passer devant le médecin, mais ce dernier se glissa devant lui.

- Tout ça m'a l'air bien louche, monsieur le capitaine.

- Bones…

- Capitaine, le docteur et moi-même vous soupçonnons de vouloir retourner vers cette lune afin de faire exactement ce que je craignais.

- Spock…

- Merde, Jim, alors c'est vrai ? Vous avez l'intention d'y aller ?

- Messieurs, si vous voulez bien la fermer deux minutes et m'écouter ? Bones, arrêtez de me regarder comme ça, je ne suis pas si incompétent que vous le pensez. Je ne sais pas combien de fois je vais encore devoir vous dire que ce n'est pas ce que je compte faire. Pas exactement

Il regarda les deux hommes. McCoy croisa les bras, dans l'expectative. Kirk lui fit signe de s'asseoir, mais il refusa de bouger. Le capitaine soupira.

- D'accord, Bones, vous avez peut-être raison. Le scénario a bel et bien l'air voué à l'échec. Mais ça ne veut pas dire qu'on doit baisser les bras, si ? Ça ne serait pas très logique, n'est-ce-pas, Spock ? Nous devons continuer à essayer. Nous devons agir, faire quelque chose. Nous savons maintenant que la menace de cet alien est réelle, puisque Spock a été indéniablement touché physiquement. Nous pouvons en conclure qu'il peut également mettre à exécution sa menace concernant l'Enterprise. Or, je ne vais pas laisser un salopard d'alien complètement taré attaquer mon premier officier et tout mon vaisseau pendant que je fais les cent pas en attendant qu'il ait terminé. La seule option est donc de continuer vers cette lune, oui, et oui, nous irons chercher ces cristaux dont il a si désespérément besoin. Non, attendez ! J'ai dit ne me regardez pas comme ça, Bones ! Nous prenons ces cristaux, nous retournons sur D684, et quand nous rencontrons cette créature une seconde fois… Nous essayons de la détruire.

- Capitaine ?

La voix de Spock laissait entendre ce qu'il pensait de la santé mentale de son supérieur, mais Kirk leva la main en signe d'explication.

- Croyez-moi, j'y ai bien réfléchi. Et je ne pense pas que nous ayons une autre option.

Spock le fixa, totalement silencieux, les yeux ouverts en signe d'étonnement. Il était assis, droit et raide, sur le lit. Il y avait quelque chose d'étrange à voir Spock ainsi laissé sans voix.

- Réfléchissez-y à votre tour, continua le capitaine : nous savons qu'ils peuvent nous atteindre, nous blesser, nous tuer. Ce qui veut dire que vous allez mourir, Spock. Que nous allons tous mourir. Alors, si nous sommes tous fichus de toute façon, pourquoi ne pas essayer au moins de les emporter dans la tombe avec nous ?

Kirk se tourna vers le Vulcain et fit quelques pas vers lui.

- Je vous connais, Spock. Je sais que vous non plus, vous ne voulez pas les laisser s'emparer du vaisseau sans combattre.

- Capitaine… Vous insinuez que ces êtres sont capables de contrôler un corps télépathiquement – capables de me tuer. De tuer tout l'équipage. Qu'ils ont ce pouvoir.

- Bon sang, vous avez une autre explication ? A un instant T vous êtes debout, en train de me dire que vous n'avez pas faim, la seconde d'après vous ressemblez à un cadavre et vous ne m'entendez même pas crier votre nom.

Spock avala et laissa son regard glisser sur le mur.

- Je n'aurais aucune intention de laisser l'Enterprise être anéantie si je pouvais l'empêcher. Or, je ne vois aucune action que je pourrais effectuer personnellement pour sauver la situation, mais, continua-t-il en relevant les yeux, si vous êtes résolu, Jim, je vous ferai confiance. Cependant, je dois vous demander pour quelle raison nous sommes en route vers ces cristaux, si vous avez de toute façon l'intention d'attaquer ces créatures.

McCoy décroisa les bras. La sévérité inscrite sur son visage semblait se dissoudre au fur et à mesure que l'avenir incertain dans lequel il nageait devenait de plus en plus clair. Kirk secoua la tête.

- Je le fais parce que j'ai besoin de vous à mes côtés lorsque nous prendrons des dispositions contre eux, dit-il doucement, mais avec ferveur. Peut-être s'arrêteront-ils de vous attaquer lorsqu'ils comprendront que nous allons leur chercher ces cristaux. Ainsi, vous serez de retour sur la passerelle lorsque nous lancerons la première torpille.

Spock regarda McCoy, se demandant s'ils pouvaient accepter cette réponse. Le médecin répondit par un léger haussement d'épaules.

- Capitaine, reprit le premier officier, vous sous-entendez que vous allez récupérer les cristaux, bien que votre intention ne soit pas de les leur donner. Si nous n'avons aucune chance contre eux, ce qui est mon avis, ils finiront par récupérer les cristaux qui seront en notre possession. Et une fois qu'ils les auront… Je doute fort qu'une prolongation de ma vie soit un échange équitable. Logiquement, nous devrions faire demi-tour maintenant. Le temps que nous fassions demi-tour et que nous arrivions sur la planète, leur action continuera à faire effet sur moi, mais le vaisseau ne sera pas affecté.

- Oui, c'est peut-être la solution logique. Mais ce n'est pas ce que je vais faire. Je ne changerai pas d'avis.

Spock expira et tint de nouveau une conversation silencieuse avec le médecin. Ainsi que l'avait prédit McCoy, Jim ne pouvait se résoudre à sa mort, même lorsque la logique prouvait que cette fin était inéluctable. McCoy s'écarta de l'encadrement de la porte et marcha vers Kirk.

- Pourquoi n'irions-nous pas jusqu'à cette lune, pourquoi ne leur ferions-nous pas savoir que nous y sommes, mais sans récupérer les cristaux ? proposa-t-il. Pour autant qu'on le sache, ils peuvent seulement savoir où nous sommes, pas ce que nous faisons.

- Une suggestion intéressante, docteur, mais ils ont mentionné que ces cristaux étaient vitaux pour le fonctionnement de leur espèce. L'alien a fait preuve de sens exceptionnellement développés et il serait peu sage de présumer que cette espèce ne peut pas sentir à distance les cristaux en notre possession. J'imagine que telle était votre hypothèse, capitaine ?

- Oui, c'est ce que j'avais pensé aussi. Je crois que nous devons les récupérer pour que notre plan ait une chance de fonctionner.

- Donc, nous allons détruire les cristaux, c'est bien ça ? s'écria McCoy sèchement. Parce que ce serait vraiment stupide de se pointer au milieu d'une bataille avec un épieu quand l'adversaire a un tank en sa possession.

- Vous comparez mon vaisseau à un épieu, Bones ?

- Jim.

- Bien sûr, nous allons détruire les cristaux. Vous voyez que nous sommes sur la même longueur d'onde. Et mon vaisseau n'est pas un épieu. Nous avons des armes bien plus pointues, capables de détruire des civilisations.

- Dit comme ça, ça me semble un peu barbare.

- Si je dois choisir entre sauver la vie de quatre cents innocents membres de Starfleet et la vie d'une espèce qui veut tuer tous ceux qu'elle aperçoit, je choisis le premier sans hésiter.

Le concept était difficile à accepter pour le médecin en chef. Il était d'accord, bien sûr. Son vaisseau et ses patients en premier, et tout le reste ensuite. Mais l'idée de détruire volontairement une colonie entière, même s'il s'agissait de leur unique option, était un poids qui lui semblait lourd à porter. Il aurait volontiers arraché la tête de celui qui avait fait ça à son patient et ami, mais qu'en était-il des autres êtres tels que lui ? Combien étaient-ils ? Lui ressemblaient-ils tous ? Avaient-ils des enfants, une famille ? Ses lèvres se réduisirent à une mince ligne désapprobatrice.

- C'est tout ce que j'ai, Bones, dit Kirk en posant une main sur son épaule. Maudissez-moi pour ça si vous voulez, mais je ne vais pas sacrifier les nôtres pour une espèce capable de faire ça.

En parlant, il pointa l'épaule de Spock avant de laisser retomber sa main à son côté.

- Très bien, Jim. Je suis d'accord avec vous. Cependant, ça pourrait marcher, mais ça pourrait aussi rater. C'est un sacré risque que vous prenez là.

Kirk haussa les épaules.

- C'est tout ce que je peux faire, Bones.

Si un hologramme avait presque tué un Vulcain, quel pouvait être l'effet de la présence physique réelle d'un membre de cette espèce ? Que pouvait faire un groupe d'entre eux ? C'était en effet un sacré risque à prendre pour l'Enterprise, de parier qu'ils pourraient détruire entièrement cette espèce inconnue et s'échapper sains et saufs. Mais il s'agissait de leur seule option, et Kirk avait bien l'intention de lutter de porter ce coup de toutes ses forces. Il se retourna vers Spock.

- De quoi avez-vous besoin pour travailler ?