Je viens de me rendre compte que je n'ai pas publié ce chapitre qui dort dans mon ordi depuis au moins quelques siècles. J'ai peur de ne pas être très présente sur ff net dans les jours, voire semaines, qui vont suivre, pour des raisons personnelles. Sachez cependant que je n'oublie pas les histoires que j'ai en cours et que je suis toujours aussi motivée par l'univers Star Trek. Je suis désolée de ne pas publier aussi souvent que je le voudrais.

Encore une fois, un grand merci à OldGirl, sans qui je n'aurais jamais publié cette histoire (dans ce chapitre, j'avais carrément oublié de traduire un paragraphe...).

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Chapitre 6 – Du grain à moudre

Sur la passerelle, Kirk, anxieux, assis sur son fauteuil, balançait ses jambes d'avant en arrière et d'arrière en avant, avec une régularité méticuleuse.

La situation était pour le moins désastreuse. Ils étaient en route pour une pouponnière d'étoiles située bien en dehors de leur trajectoire officielle, ils s'apprêtaient à s'aventurer dans un secteur de l'espace totalement inconnu des cartes, et leur premier officier avait été blessé.

Tout le monde avait été secoué par ce qui s'était passé. L'entêtement de Spock, son intellect et ses sarcasmes subtils faisaient de lui l'un des officiers supérieurs les plus appréciés, et son presque meurtre avait glacé d'épouvante toute la passerelle. Le souvenir effrayant des yeux brûlants de l'alien, sa présence obscure – c'était quelque chose qu'ils n'oublieraient pas de sitôt.

Des années auparavant, Uhura avait conçu un ingénieux planning de tours de garde au cas où la passerelle aurait besoin d'être en activité constante à toute heure du jour et de la nuit. Il avait déjà servi à plusieurs reprises, et s'avérait une fois de plus extrêmement utile. Chekov et Uhura étaient au milieu de leurs quatre heures de sommeil. Lorsqu'ils reviendraient sur la passerelle, Kirk et Sulu devraient aller dormir à leur tour, mais il était hors de question pour le capitaine de quitter son poste maintenant. Normalement, lorsque cette rotation était utilisée, un des deux principaux officiers dormait (ou se reposait) pendant que l'autre demeurait aux commandes. Comme l'un d'entre eux était actuellement inapte au service, Kirk ne pouvait tout simplement pas s'en aller. Le vaisseau avait besoin de lui, parfaitement réveillé, sur la passerelle. Sans parler du fait qu'il ne serait pas vraiment capable de dormir tant qu'il n'aurait pas vu Spock, vivant, de ses yeux.

- Sulu ? demanda Kirk d'une voix rauque, mais qui ne tremblait pas. Il me faut le compte-rendu exhaustif de tout ce qui s'est passé dans le vaisseau. Demandez à Scotty son avis sur la panne qui a touché les moteurs et les panneaux de contrôle. Quand elle reviendra, Uhura dressera une chronologie des événements, et je demanderai à McCoy un rapport sur l'état de santé de Spock.

Bien qu'ils fussent au milieu d'un espace totalement étranger à la Fédération, il se devait d'envoyer un compte-rendu détaillé à ses supérieurs. Si quelque chose leur arrivait, à eux, à leur vaisseau, à leur mémoire, Kirk voulait être certain que, chez eux, on saurait ce qui attendait les visiteurs dans ce secteur. Spock avait eu raison. Ils ne pouvaient pas condamner de futurs explorateurs à faire face à la découverte pétrifiante dont ils avaient eux-même été les victimes.

- Bien, monsieur, acquiesça Sulu.

Il fit pivoter son siège vers le capitaine. Il semblait fatigué, et Kirk éprouva un bref soulagement à l'idée que le pilote serait le prochain à aller se reposer. Le dévouement de son équipage apportait constamment un peu de lumière dans ses ténèbres.

Il se leva de son fauteuil, en proie à une envie toute simple, et se dirigea vers la sortie.

- J'ai besoin de café, dit-il d'un ton las. Quelqu'un d'autre en veut-il, tant que j'y suis ?

La plupart des officiers acquiescèrent, mais le coin de la bouche de Sulu se releva dans un petit sourire.

- Avec plaisir, capitaine, dit-il. Noir, pour moi, comme l'âme de l'univers.

Une certaine mélancolie perçait derière l'humour. Kirk eut un petit rire sincère.

- Je vous l'apporte, mais ne soyez pas si mélodramatique, répondit-il.

- Pas de problème, chef.

Kirk entra dans l'ascenseur et s'apprêta à donner à l'ordinateur le numéro du pont où il souhaitait se rendre. Mais, alors que la porte se refermait, sa bouche l'imita. Il se rappela avoir été dans ce même ascenseur, une éternité auparavant, avec son premier officier, et il se souvint de ce que ce dernier lui avait dit juste avant de rencontrer cet extra-terrestre maléfique.

« Soyez prudent », murmura-t-il pour lui-même, comme si les mots le narguaient. Puis il souffla par le nez et autorisa son cœur à prendre le pas sur son esprit pour un instant. En tant que capitaine, il était constamment en représentation il était la façade de l'Enterprise. Mais là, dans cet ascenseur aux portes closes, il était seul. Il s'appuya contre le mur, ferma les yeux et commença à respirer lentement, régulièrement. Le silence était plus que satisfaisant. Il ne voulait pas s'effondrer, il ne voulait pas fondre en larmes, il ne voulait pas perdre le contrôle sur lui-même. Il voulait juste s'appuyer contre ce mur et respirer, pendant un bref instant. Et c'est ce qu'il fit, jusqu'à ce qu'il se sentît prêt à ouvrir les yeux et à aller chercher le café bien mérité qu'il avait promis à Sulu.

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Les sourcils froncés, McCoy referma le livre qu'il avait vainement tenté de lire et le posa non loin de lui, sans vraiment regarder où. Il se sentait épuisé, mais son esprit fonctionnait à plein régime. Il était inquiet pour Spock, mais également pour le vaisseau. Jim avait-il prévu le moindre plan ? Il n'avait pas vraiment l'intention d'aller gentiment chercher ces cristaux, n'est-ce-pas ? Ni de laisser ces créatures monstrueuses s'échapper de leur planète desséchée, se rendant ainsi responsable de la mort et de la destruction qu'ils allaient semer ? Il soupira et se prit la tête dans les mains, méditant sur leurs maigres de chances de se tirer de cette situation.

Un discret froissement lui fit brusquement relever la tête. Spock s'était légèrement tourné vers le côté. Un gémissement presque inaudible franchit ses lèvres.

- Spock !

McCoy faillit trébucher en se levant en toute hâte.

- Spock ?

Il plaça une main sur l'épaule de son patient pour le stabiliser et le regarda attentivement. Il était toujours très pâle, mais plus de cette blancheur cadavérique qui avait envahi sa peau la veille. McCoy jeta un coup d'œil au moniteur : ses constantes s'étaient stabilisées.

- Vous m'entendez ? demanda-t-il.

Le Vulcain cligna des yeux avant de les ouvrir lentement. Il prit une profonde inspiration, tout en enregistrant la position dans laquelle il se trouvait. Il était réveillé, mais probablement pas totalement lucide. Une sorte de brume voilait encore son regard. A la surprise de McCoy, il se redressa cependant sur les coudes et essaya de s'asseoir, mais le médecin se précipita et le repoussa sur le dos sans rencontrer aucune résistance.

- Où est-ce que vous allez comme ça ? demanda-t-il, tout en sachant que Spock ne répondrait probablement pas. Tout va bien, le vaisseau est indemne, le capitaine aussi. Vous devriez vous reposer encore un peu.

Il avait supposé qu'une part du subconscient de Spock avait besoin de savoir le vaisseau en sécurité, et son équipage en vie, en un seul morceau, avant de se rendormir. Peut-être avait-il raison, car les muscles du Vulcain se détendirent et il se laissa retomber sur le lit sans lutter contre le sommeil qui lui refermait déjà les yeux.

McCoy le fixa pendant quelques instants, se demandant si le moniteur reflétait réellement son état de santé, puis se rassit lourdement. Le soulagement d'avoir vu Spock éveillé avait pour le moment chassé toutes ses autres inquiétudes à propos de l'avenir. Il avait l'air d'aller bien…

Il sursauta lorsque sa principale collaboratrice apparut soudainement sur sa gauche.

- Bon sang, Chapel, qu'est-ce que vous faites ici ?

Il se retourna sur sa chaise, la regardant avec méfiance, comme s'il venait de croiser un fantôme dans un cimetière.

- Il est 08:00, docteur, répondit-elle, mal à l'aise, en le regardant avec sollicitude.

- Qu'est-ce que… ?

McCoy cligna des yeux et regarda ses pieds, comme s'ils pouvaient lui fournir une réponse sur l'inexplicable érosion du temps.

- Je devrais peut-être prendre le relais, Leonard. Allez dormir.

Bien qu'elle ne l'avouât que très rarement au principal intéressé, elle l'admirait énormément. McCoy était un homme sincère et généreux, ce qui n'était pas si courant dans ce vaste univers. Elle savait qu'il était épuisé, elle pouvait aisément lire la fatigue sur les traits de son visage et dans sa respiration légèrement saccadée. Quand le médecin était confronté à l'état précaire d'un patient, il avait pour habitude, indépendemment de la relation qu'il entretenait avec lui (ou avec son espèce), de monter la garde à ses côtés jusqu'à la fin de sa convalescence.

- Il vient de se réveiller pendant quelques secondes… Je ne devrais pas le laisser, conclut-il.

Dormir semblait un programme hautement attractif, mais la vision de Spock tombant à terre comme une poupée de chiffons l'avait empêché de fermer l'œil.

Christine sourit et secoua la tête. Elle-même était très attachée au premier officier, en raison de ses sentiments pour lui. Mais, malgré ce que McCoy ne cessait de répéter, lui-même aimait beaucoup le Vulcain. Elle contourna une chaise pour se placer en face du médecin, et il la regarda de ses yeux soulignés par de profonds cernes noirs.

- Que s'est-il passé, Leonard ? demanda-t-elle doucement.

Il soupira et se gratta la nuque.

- Vous avez eu le rapport que le capitaine a fait à tout l'équipage. Nous avons été attaqués par un être qui ressemblait à s'y méprendre au diable lui-même, et maintenant nous n'avons plus le choix : nous devons lui obéir en tous points, répondit-il avec tout le mépris possible.

- Le rapport du capitaine ne précisait pas ce qui est arrivé à Spock.

- Je vous l'ai déjà dit, je ne sais pas ce qui est arrivé à Spock, dit-il, à la fois las et agité. Cette… chose était en train de le tuer. Elle ne le touchait même pas, mais sa main répugnante était tendue vers lui et elle était en train de le tuer. Je ne sais pas quoi vous dire, Christine.

Son cœur battait douloureusement dans sa poitrine. Il ne savait que trop bien que sa colère envers la situation ne se dissiperait pas de sitôt.

- Pourquoi ? insista-t-elle. Pourquoi Spock et pas quelqu'un d'autre ?

- Je n'en sais rien, bon sang ! Je n'ai pas de réponse à vos questions ! Peut-être qu'il l'a choisi parce qu'il était différent. Peut-être qu'il a quelque chose contre les Vulcains, mais nous sommes si loin de la civilisation que je ne pense pas que cette race ait déjà été en contact avec un Vulcain auparavant, ou même avec des humains !

Il avait fortement haussé le ton. Se frottant les yeux, il se sentit submergé par trop de pensées différentes. La colère dans sa voix était nettement perceptible, mais Chapel savait qu'elle ne lui était pas destinée. En proie à la tristesse, elle se pencha vers McCoy, assis en face d'elle, pour le regarder. Sa tête reposait toujours dans sa main, et ses cheveux étaint en désordre, comme les émotions qui bouillonnaient en lui.

- Le capitaine a dit que c'était un hologramme, reprit-elle.

Elle ne pouvait pas le laisser seul, bien que son langage corporel le lui demandât. McCoy était un homme de cœur, et il avait besoin de laisser sortir tout ce qui s'agitait dans son esprit.

- Oui, absolument, confirma McCoy (il releva la tête, les yeux plus fatigués qu'auparavant). Il a même rapetissé une ou deux fois, ajouta-t-il en riant. C'est totalement ridicule, Christine. Pour l'amour de Dieu, un hologramme a presque tué Spock, par télékinésie, et nous nous sommes mis à ses ordres. Bon sang, mais qu'est-ce qui se passe sur ce vaisseau ? Qu'est-ce qu'on fabrique ici ? Il y a tellement de choses qu'on ne comprend pas – trop, probablement.

Il se massa les tempes, le dos voûté, sans plus chercher à conserver une posture droite.

- Peut-être que l'humanité n'est pas prête pour ça, conclut-il.

Il avait l'air perdu, défait. Le cœur de Christine se serra en entendant ces mots prononcés de cette façon. Elle aurait aimé pouvoir lui rappeler tout ce qu'il avait déjà accompli dans cet espace immence qu'il semblait mépriser. Au lieu de cela, elle posa une main sur son genou.

- Allez dormir, Leonard. Je m'occupe de tout ici. Je vous appelle dès qu'il se réveille.

Il acquiesça sans rien dire et se leva péniblement. Elle l'imita, le regarda franchir la porte pour sortir dans le couloir et se demanda brièvement s'il n'allait pas, lui aussi, s'effondrer. Du coin de l'œil, elle aperçut une forme sur le sol, près de la chaise. C'était le livre que McCoy avait abandonné, celui qu'il essayait de terminer depuis près d'un mois. Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley. Elle hocha la tête devant l'ironie de la situation, et le replaça sur l'étagère.

McCoy se sentait vide alors qu'il marchait le long du couloir, comme si son corps n'était qu'un simple moyen de transport pour les horreurs que la vie semblait prendre plaisir à lui apporter. L'esprit embrumé de fatigue, il croisa quelques membres de l'équipage pendant qu'il se dirigeait vers ses quartiers. Lorsque ses yeux se posèrent sur leur visage, il nota inconsciemment qu'ils semblaient tous légèrement surmenés.

- Bones ! s'écria une voix familière.

McCoy se retourna pour voir Kirk se diriger vers lui, une tasse de café dans chaque main. En temps normal, McCoy aurait fait quelques pas vers lui pour le rencontrer au milieu du chemin, mais pour l'instant, à moins que Kirk ne fasse une crise cardiaque dans la minute qui suivait, il n'avait honnêtement pas la moindre envie de bouger.

- Bones… Comment… Comment va-t-il ?

- Il s'est réveillé quelques secondes ce matin. Je pense qu'il va se remettre.

Kirk se détendit visiblement et les muscles de son visage se relaxèrent sous l'effet du soulagement. Ils restèrent silencieux un moment, éprouvant le manque de sommeil chacun de leur côté.

- Et vous, ça va ? demanda finalement le capitaine

- Je suis fatigué, comme tout le monde, répondit Bones en haussant les épaules. Chapel a pris le relais.

Kirk acquiesça, réalisant soudain que McCoy avait, tout comme lui-même, passé toute la nuit éveillé.

- Qu'est-ce que c'est que tout ce café, Jim ? Vous êtes sûr que c'est une bonne idée par les temps qui courent ? Pensez à votre cœur, plaisanta McCoy, sans y mettre cependant son enthousiasme habituel, en désignant les deux tasses du menton.

- Je crois que j'ai bien mérité une tasse de café, répliqua Kirk. L'autre est pour Sulu.

- Dormez un peu aujourd'hui, Jim.

- D'accord.

Le médecin lui lança un regard soupçonneux.

- Non, vraiment, Bones, je vais suivre votre conseil. Je ne serai d'aucune utilité pour le vaisseau si je dors debout. Faites-en autant.

- Entendu.

McCoy lança un nouveau coup d'œil au capitaine, l'esprit encore encombré de ses réflexions nocturnes.

- Est-ce que vous avez un plan, Jim ? demanda-t-il sans détours.

Kirk se redressa, quelque peu surpris, mais ne demanda aucune précision. Il secoua la tête avant d'admettre :

- Je ne sais pas.

Il avait passé et repassé dans son esprit tout ce qui s'était produit, pensé aux mots prononcés par l'alien, réfléchi aux éventuelles options de fuite loin de ce hold-up dans lequel ils étaient embarqués. Assis sur son fauteuil, regardant son équipage prendre du repos par rotations de quatre heures, en face de l'écran noir piqueté d'étoiles et de planètes lointaines, il n'avait trouvé aucune échappatoire. McCoy soupira, son petit sourire habituel, chaleureux, jouant sur ses lèvres.

- Vous n'êtes qu'un être humain, Jim. Personne ne s'attend à ce que vous nous tiriez de là d'un coup de baguette magique. (Kirk le regarda sombrement.) On a quelques jours, non ? On trouvera peut-être une solution ensemble.

McCoy avait beau espérer que Kirk parvienne à réparer toutes les aberrations de la galaxie d'un simple claquement de doigts, il savait bien que c'était impossible.

- Dites-moi juste qu'on ne va pas faire ce que ce crétin nous a demandé de faire, pour ensuite continuer notre chemin comme si rien ne s'était passé.

De maussades, les yeux de Kirk se firent plus tranchants que l'acier, au souvenir de la certitude qu'avait l'alien d'être dans son droit lorsqu'il pensait pouvoir le forcer à lui obéir.

- Je ne sais pas encore ce qu'on va faire, Bones… mais on va faire quelque chose, dit-il sur un ton de défi. D'une façon ou d'une autre, ça ne se passera pas comme il veut.

McCoy hocha la tête avec un sourire grandissant. Voir le côté « capitaine » de Kirk reprendre le dessus était toujours gratifiant, d'autant plus qu'il semblait avoir perdu tout espoir. Il posa la main sur l'épaule de Kirk et la serra pour l'encourager.

- C'est tout ce que j'avais besoin d'entendre.

Il le lâcha, tourna l'angle du couloir et continua vers ses quartiers, n'aspirant plus à rien d'autre qu'à son lit.