Un petit chapitre... Plus ça va et plus cette fic me plaît. Je trouve qu'elle ressemble vraiment beaucoup à un épisode de TOS : peu d'action, beaucoup de dialogues, une interaction très fidèle entre les trois personnages principaux, et des thèmes de réflexion intéressants. Ce chapitre est l'avant-dernier avant que les choses commencent à se gâter vraiment, vraiment, vraiment (surtout pour Spock). Je ne sais pas si beaucoup suivent encore cette histoire, mais au cas où, je continue cette traduction, avec l'aide vraiment très précieuse de OldGirl. En ce moment, j'ai beaucoup d'idées pour beaucoup de fics, mais peu de courage pour les écrire. Traduire est... reposant.

Chapitre 9 : Triumvirat

- Vous vous foutez de moi ? siffla McCoy. Bon Dieu, Jim, vous êtes vraiment gonflé.

- Docteur, puis-je me permettre de vous rappeler que la suggestion initiale provient de moi ? intervint Spock.

Que l'infirmerie fût vide lui semblait une très bonne chose, car il avait pressenti que le médecin en chef ne serait pas exactement ravi de ce nouveau développement.

- Vous, la ferme, espèce d'asperge suicidaire, rétorqua McCoy en menaçant Spock du doigt.

Ce dernier leva un sourcil.

- Qu'est-ce que je peux faire d'autre, Bones ? demanda Kirk sur un ton suppliant.

La ligne de conduite qu'ils avaient adoptée n'était pas celle qu'il aurait voulue. S'il l'avait pu, il aurait endossé tous les risques. La seule chose qu'il souhaitait était d'éviter à Spock tout danger. Les décisions qu'il prenait en tant que capitaine ne devraient affecter que lui. Cependant, dans le karma cruel que l'univers avait préparé pour lui, il savait pertinemment que c'était impossible.

- Spock a soulevé un point important, poursuivit-il. Nous pourrons probablement reprendre notre trajectoire initiale avant que les choses ne tournent vraiment mal. Et uniquement dans le cas où ils ne mentent pas au sujet de leurs pouvoirs. Franchement, je commence à croire que rien de tout ce dont ils nous ont menacés n'est vrai.

Il jeta un coup d'œil vers Spock et le regarda dans les yeux, comme pour s'assurer lui-même de la validité de son argument. Spock fit un infime signe de tête, un encouragement que seul Kirk était à même de percevoir. McCoy ricana.

- Oh, c'est clair, c'est un plan génial. Non, vraiment, bravo à vous deux, franchement, vous vous êtes surpassés sur ce coup-là, déclara-t-il sans cesser de faire les cent pas dans l'infirmerie déserte.

Il se frotta le menton avec la main, hochant la tête pour lui-même tandis que la nouvelle s'immisçait dans les moindres replis de son cerveau. Au fond de lui, il reconnaissait qu'il prenait la chose trop à cœur et qu'il n'avait pas réussi à apaiser les récentes émotions qu'il avait éprouvées. Sa réaction impulsive était en train de prendre le pas sur son raisonnement, et toute logique l'abandonna alors qu'une nouvelle vague d'indignation lui étreignait le cœur.

- Et dites-moi, s'il-vous-plaît, ce que vous ferez s'ils n'ont pas menti ? Et ce que vous ferez si Oreilles-Pointues a tort et qu'ils finissent par le tuer ? Vous êtes deux abrutis complets si vous pensez qu'ils vont l'assassiner à petit feu, faire traîner la chose – oui, c'est ce que vous espérez, mais merde, si ça se trouve vous vous plantez complètement ! Il pourrait mourir d'un seul coup, ou en quelques minutes ! Et alors, je répète, qu'est-ce que vous ferez ?

La fureur s'était emparée de lui, et transparaissait clairement non seulement dans son intonation, mais également dans les jurons qui se faisaient de plus en plus présents dans son discours. Kirk détourna le regard, déchiré entre l'accord qu'il avait donné et le réalisme inexorable du médecin. Son ami avait raison, mais le fait qu'il ait raison ne changeait rien à la circonstance.

- Bones, essayez de voir les choses de mon point de vue.

- Vous oubliez la seule autre possibilité, ajouta Spock. Nous condamnerions à mort, ou à la torture, des millions d'existences dans cette galaxie, si nous nous pliions aux menaces de ces aliens. Nous ne serions plus des émissaires de Starfleet, mais des messagers d'iniquité, le catalyseur de leur crime. Vous ne pouvez nier que cette alternative est non seulement peu enviable, mais également totalement inacceptable.

- Il y a forcément un autre moyen ! hurla McCoy en levant les mains au ciel.

Il s'arrêta soudain de marcher de long en large et claqua des doigts.

- Attendez ! Attendez, j'y suis. On va chercher leurs cristaux, et Spock et moi nous synthétisons une toxine et nous l'introduisons dans ces foutus trucs. Quand ils les utiliseront, ils en crèveront ! Qu'est-ce que vous en dites ?

- Nous ne savons rien de ces êtres, docteur McCoy, lui rappela Spock, le visage impassible. (Cette discussion à propos de son avenir et de celui du vaisseau devait être envisagée rationnellement, ce que le docteur avait, de toute évidence, beaucoup de mal à concevoir.) Il serait physiquement impossible de sélectionner les composants chimiques et les éléments qui garantiraient l'efficacité de notre tentative.

- Vous avez bien compris que c'est avec votre vie qu'on joue au ping-pong, hein, Spock ?

McCoy se passa les doigts dans les cheveux, fit une pause pour réfléchir, puis agita la main avec agacement envers ses deux amis avant de reprendre son va-et-vient.

Kirk, affamé et épuisé, s'assit sur le lit médical le plus proche. L'explosion de McCoy n'avait rien de surprenant. Le capitaine éprouvait la même colère, la même consternation que le médecin. Il n'avait pas mangé depuis un jour entier, et cependant n'en éprouvait pas le moindre désir. Son appétit avait été anéanti par le premier cri qu'avait poussé Spock, presque vingt-quatre heures auparavant. Ces hurlements étouffés continuaient à résonner dans sa tête, rebondissant sur les parties les plus vulnérables de son esprit, se heurtant à la vision du Vulcain impassible qui se tenait à son côté.

- Capitaine, fit remarquer Spock en se tournant vers lui, peut-être devrions-nous appeler messieurs Scott et Sulu. Ils nous ont expliqué avec une grande efficacité…

- Non, Spock, bon Dieu, j'ai compris, j'ai compris, dit McCoy fermement. Ce que vous dites n'est pas bête, je vous l'accorde. Je n'écarte pas la possibilité d'un mensonge. Votre foutue logique est sensée. Peut-être, peut-être que si on essaye de faire comme vous dites, tout va marcher comme sur des roulettes. Mais ce n'est qu'une intuition. Qui ne repose sur rien de solide. Ça ne vous ennuie pas, Spock ? Vous qui êtes tout le temps en train de réclamer à cor et à cris des faits totalement neutres pour pouvoir faire des déductions logiques ?

- Dans des situations où les faits sont sans ambiguïté, vous avez raison, c'est en effet ma ligne de conduite, McCoy. Malheureusement, il ne s'agit pas de l'une de ces situations. Il est évident qu'une partie de moi continue à déplorer cet état de fait, mais comme un ami me l'a dit un jour, parfois un sentiment, une intuition, sont tout ce à quoi nous pouvons nous raccrocher pour avancer.

McCoy cligna des yeux et se demanda s'il avait bien entendu. Comme toujours, le Vulcain se tenait parfaitement droit et ses yeux étaient dépourvus de toute malice. Vaincu, le médecin s'avachit légèrement il s'arrêta de marcher, et hocha lentement la tête. Comment pouvait-il, lui, la foutue victime, être le roc le plus solide dans cette pièce ? Il releva le regard vers Spock, et la rage qu'il avait éprouvée peu de temps auparavant se dissipa comme un brouillard. Il reprenait toujours le Vulcain sur son manque d'émotions, son empathie invisible… il en était même venu à croire que Spock était aussi éloigné d'un être humain qu'un demi-humain pouvait l'être. Cependant l'univers le remettait toujours à sa place dans des moments comme celui-ci, lorsque l'humanité de Spock se manifestait, rappelant au médecin à quel point le premier officier était un être complexe.

Spock n'était pas vraiment mystérieux, mais plutôt discret. McCoy ne savait pas grand-chose de son passé ou de sa vie sur Vulcain, mais il avait compris qu'elle avait été solitaire. Il avait rencontré son père, après tout, et on ne pouvait pas dire qu'il entretenait avec son fils une relation chaleureuse. Starfleet était apparemment la seule chose importante dans la vie de l'officier scientifique. Ce maudit vaisseau était la seule maison où ses deux moitiés, vulcaine et humaine, étaient les bienvenues. McCoy remettait souvent en question les décisions et les pensées du Vulcain, mais le désir de Spock de protéger l'Enterprise avait toujours été constant. Et pas seulement l'Enterprise, mais toute forme de vie. McCoy ne réalisait pas toujours que son admiration pour Spock dépassait de loin l'irritation qu'il faisait naître chez lui.

Spock reconnut quelque chose d'un peu différent dans les yeux du médecin… de la pitié ? Non, pas vraiment. Et plus le praticien le regardait, plus l'émotion se renforçait…

De la compassion. Spock en éprouva une certaine confusion, dans la mesure où ce regard avait été précédé par un nombre considérable de hurlements. A côté de lui, le capitaine le fixait de la même façon, mais, chez lui, un tel sentiment était plus fréquent.

En exposant son plan, Spock avait suscité chez Kirk une approbation inattendue. L'issue incertaine des événements dérangeait toujours le capitaine, mais ils n'étaient pas totalement dans le noir. Ils avaient une intuition, un pressentiment, qui était la seule option possible. McCoy soupira profondément et se frotta les yeux d'une main.

- Alors… Qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-il, l'air fatigué.

- Eh bien, répondit doucement Kirk, regardant ses mains, on devrait arriver dans dix-huit heures. Je pense qu'on devrait commencer à dévier de notre route dès maintenant.

Il releva la tête.

- Très bien, répondit doucement McCoy.

.

Kirk ordonna à tous les officiers, qu'ils dorment ou non, de se rendre à leur poste. Il avait besoin de préparer ses plus proches collaborateurs à ce qui les attendait. Suivi de Spock et de McCoy, il se dirigea vers la passerelle sans échanger avec eux un seul mot. L'anticipation de leur prochain mouvement tactique les accaparait trop pour laisser place à la discussion.

Précédant de peu ses deux amis, le capitaine entra sur la passerelle avec confiance, prêt à donner des ordres. Spock prit sa place habituelle derrière son fauteuil de commandement, les mains derrière le dos. Et s'il éprouvait une légère gêne, il n'en laissait rien paraître dans son regard.

Craignant que Spock n'explose soudainement en un million de morceaux, McCoy resta sur la partie supérieure de la passerelle, incapable de détourner le regard du Vulcain. Il avait accepté le fait que ce qu'ils s'apprêtaient à faire était la seule option possible, mais chaque fibre de son corps détestait cette idée.

- Ecoutez-moi tous.

Kirk prit une profonde inspiration, alors que tous sur la passerelle le fixaient avec une attention soutenue.

- Nous sommes des explorateurs avant tout. Si nous nous sommes aventurés dans cette zone reculée de l'univers, c'était avec l'espoir de trouver des formes de vies intelligentes et pacifiques, avec l'espoir de répondre aux mystères auxquels nous sommes confrontés – ou par pure curiosité. Ceux que nous venons de rencontrer sont hostiles et impitoyables, semblables à cette idée terrifiante nos ancêtres se faisaient de l'espace. Mais l'univers possède une beauté inimaginable, indescriptible – quelque chose que nous chérissons avec passion…

Chekov jeta un coup d'œil hésitait vers son ami Sulu. Tous deux savaient quelle allait être la conclusion de leur capitaine. Ils étaient totalement d'accord avec Kirk. Les yeux de Sulu brillèrent et un léger sourire réconfortant joua sur ses lèvres.

- … et nous croyons que nous pouvons tous coexister au sein de cette beauté. La dernière chose que nous voulons, c'est de voir menacer ce projet extraordinaire. Nous savons tous ce pour quoi nous avons signé en nous engageant à bord de ce vaisseau, et je crois parler pour nous tous lorsque je dis que l'exaltation que nous éprouvons à être ici est plus forte que notre peur. Pourtant, cette peur est réelle. Et légitime. Mais faire partie à Starfleet, cela va plus loin que de belles paroles creuses : aujourd'hui, nous pouvons nous prouver que nous sommes réellement du bon côté dans cet univers.

La détermination s'éleva de tous côtés, luttant contre la volonté perverse qui les dirigeait. Il était tellement réconfortant pour Kirk de savoir que son équipage était toujours fort malgré ces circonstances si dures, si éprouvantes. Il expliqua rapidement la théorie de Scott et pourquoi elle avait son approbation.

- C'est un risque, mais un risque que nous allons devoir prendre.

Après un instant, il conclut :

- Nous partons.

De nombreux sourires fleurirent. Tous étaient soulagés de suivre la voie la plus intègre. McCoy, frappé par les mots de son ami, laissa un vague sourire flotter sur ses lèvres. Il était médecin, et ne souhaitait pas voir ces aliens libres de leurs mouvements, capable d'exercer leurs manières assassines sur des âmes innocentes. C'était la raison pour laquelle il était tellement inquiet à ce sujet avant que Kirk n'annonce sa décision. Il éprouvait cependant également de la tristesse, car il aurait préféré que leur choix éthique ne s'accompagne d'aucun risque.

- M. Sulu, passez en distorsion 2. Quittez la trajectoire prévue de 35 degrés, vers 8,7.

Il aurait désespérément souhaité pouvoir utiliser chaque parcelle d'énergie du vaisseau pour partir d'ici aussi vite que possible, mais après tout, leurs hypothèses au sujet des menaces des aliens n'étaient justement que des hypothèses. Ils devaient y aller doucement, virer seulement légèrement, pour éviter à Spock tout risque.

- Tout de suite, capitaine, répondit Sulu.

Il reprit la main sur le pilotage et planifia leur nouveau trajet. McCoy se tordait nerveusement les mains et jetait des coups d'œil anxieux vers l'écran et vers Spock, s'attendant presque à le voir s'effondrer à tout moment. Kirk était assis droit dans sa chaise, l'esprit tournant à plein régime, les mains crispées sur les accoudoirs. Il était conscient de la présence du Vulcain derrière lui et lui était exponentiellement reconnaissant d'être là avec lui. Il avala avec difficulté, les yeux rivés à la large baie qui lui faisait face.

La fatigue dans les muscles de Spock ne lui posait plus aucun problème. Quelques heures auparavant, il avait eu l'impression qu'il ne parviendrait pas à rester debout plus de vingt minutes. A présent, l'anticipation lui permettait de tenir alors que le souvenir voilé de la souffrance qu'il avait éprouvée essayait de s'emparer de ses pensées. Il conserva le dos droit, refusant de se plier aux mauvais tours de son psychisme. L'idée que sa vie puisse s'achever bientôt lui traversa l'esprit, mais il la rejeta. Il avait déjà prédit que, lorsque la mort viendrait pour lui, il l'accepterait avec logique. Si elle était inévitable, comment pourrait-il regretter quoi que ce soit ? La situation était cependant différente, dans la mesure où il n'avait jamais imaginé avoir à prendre en compte le suspense auquel il était à présent confronté.

Mais cela n'avait aucune importance : sa vie n'était rien en comparaison de celle de l'Enterprise. De plus, il avait confiance en l'hypothèse de l'ingénieur Scott. Il ne servait à rien de redouter l'improbable. Il regarda sur l'écran les étoiles lointaines, qui laissaient des traînées dans le noir alors que le vaisseau tournait. Ils avaient quitté le trajet qu'ils suivaient précédemment. Il prit une profonde inspiration, puis expira – dans l'expectative.