La suite des palpitantes aventures de Spock et Lucy... Après des recherches intensives sur Memory Alpha, je me suis rendu compte qu'en fait les Vulcains ne sont pas seulement "sensibles" au chocolat, mais également aux produits sucrés. Ce n'est pas 100% canon, mais je suis partie de ce principe pour ce chapitre, aussi fluff que le précédent (après avoir repris et posté la trad du chapitre 4 de "Trepidation", j'avais besoin d'un peu de douceur dans ce monde de brutes...). Pour ce qui est des questions que vous vous posez (peut-être) sur la vie de Lucy avant d'arriver sur Vulcain, je vais distiller des petites infos ici et là, mais j'adopte le point de vue de Spock et il ne sait pas tout (euh... c'est juste qu'il a fallu que je trouve une explication pour coller avec le double canon, et que c'est tellement pas crédible que j'ai presque honte de l'exposer ici). Au prochain chapitre, j'ai pensé que je pourrais introduire I-Chaya (le sehlat de Spock dans TOS), pour rester vaguement canonique.

Moi qui pensais que Lucy n'intéresserait personne... Un immense merci à celles qui laissent des commentaires. Je ne sais pas trop quoi dire d'autre.

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Cinq ans

Allongé dans son lit, Spock s'obligea à compter lentement jusqu'à cinq cents, avec l'intention de faire ensuite le compte à rebours jusqu'à zéro. Il avait hâte de se lever, tout en sachant qu'étant Vulcain il n'aurait pas dû avoir hâte, et il essayait de contrôler cette excitation par un exercice basique de discipline vulcaine. Compter lentement, sans penser à autre chose qu'aux chiffres qui résonnaient dans son esprit.

Et surtout, ne pas penser au cadeau qui l'attendait, ni à celui qu'il avait lui-même préparé.

256, 257, 258, 259, 260…

Il y avait passé beaucoup de temps, et se demandait si Lucy l'apprécierait. Le montage lui avait demandé beaucoup de minutie, mais il avait réussi à fabriquer quelque chose de satisfaisant à partir des matériaux qu'il avait amassés. Il avait repassé plus de dix fois dans son esprit, une à une, toutes les étapes de la construction, et s'estimait satisfait.

301, 302, 303, 304…

Il se retourna sur le côté droit. Il n'était pas encore l'heure de se lever. Il devait attendre encore un peu. Il essaya d'imaginer ce que sa sœur et sa mère avaient bien pu prévoir pour lui cette année, mais l'imagination, ainsi que le disait Lucy, n'était pas vraiment son point fort. Il ne parvint pas à évoquer la moindre image. Il ne s'attendait à rien, et, ainsi, s'attendait à tout. Ce n'était peut-être pas plus mal.

333, 334, 335…

Il bâilla. Il avait eu des difficultés à s'endormir la veille au soir, essayant d'anticiper le moment où Lucy déballerait son cadeau, qu'il avait enveloppé avec soin dans du papier coloré – du papier bleu, parsemé d'étoiles, pour rappeler le premier présent qu'elle lui avait fait.

368, 369, 370…

Il y avait ensuite eu beaucoup d'autres dessins. Pas beaucoup mieux réussis, au niveau de la perspective, des proportions et de la logique, que le premier, mais il les avait tous appréciés. Lucy, qui avait probablement hérité de l'imagination qui lui faisait défaut, les représentait tous deux, en combinaison spatiale, explorant l'univers. Elle en rouge, lui en bleu, selon une routine invariable. Les dessins de la petite fille, extrêmement inventifs à défaut d'être réalistes, étaient vite devenus la base de leurs jeux (des jeux logiques, comme la petite fille le lui avait expliqué un an auparavant), sur le toit, sur la terrasse, ou dans le jardin, bien à l'abri du regard des adultes.

412, 413…

Spock avait compris que Lucy était née le même jour que lui. Deux années avant lui, mais le même jour. La coïncidence l'avait frappé et il avait demandé pour quelle raison sa sœur n'avait pas été présente durant les trois premières années de sa vie, et où elle était pendant ce temps.

Le silence qui avait suivi sa question lui avait fait comprendre qu'il n'aurait peut-être pas dû la poser. Sarek avait jeté à Amanda un regard interrogatif, comme il lui en jetait parfois, un regard que Spock avait du mal à comprendre parce qu'il ressemblait peu à son père – parce qu'il n'était absolument pas Vulcain. Sa mère avait pris une inspiration, probablement pour répondre, mais Lucy l'avait devancée avec sa vivacité coutumière. Elle avait fourni une réponse illogique, expliquant qu'elle avait vécu sur Terre parce qu'Amanda ne savait pas qu'elle existait. Spock, qui savait comment naissaient les enfants, avait voulu répliquer qu'il était impossible qu'une mère ignore l'existence de sa fille, mais Sarek lui avait fermé la bouche d'un regard.

Lorsque son père ordonnait quelque chose, même sans l'exprimer clairement, il obéissait.

Mais Spock n'aimait pas ne pas savoir.

455, 456…

Il était donc revenu à la charge lorsqu'il s'était retrouvé seul avec Lucy, qu'il avait bombardée de questions. Visiblement, la question ne la passionnait pas, ou peut-être l'embarrassait, ou la rendait triste (Spock avait toujours du mal à savoir quelle était l'émotion principale de sa sœur à un instant donné, car elle semblait toujours déborder de plusieurs dizaines d'émotions en même temps, ce qui devait être épuisant), car elle détourna la conversation en racontant à son petit frère qu'elle était arrivée sur Vulcain à bord d'un vaisseau spatial. C'était plus logique que son absurde explication – et aussi beaucoup plus intéressant. Lui-même n'était jamais monté dans un vaisseau, il se l'était fait décrire dans ses moindres détails. Ça lui avait été bien utile pour fabriquer son cadeau.

Il bâilla de nouveau.

470… 471…

472…

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- Spock ! Spock, ça va ?

Il se redressa brusquement dans son lit et esquiva instinctivement la petite main qui s'approchait dangereusement de son épaule pour la secouer – sans parvenir à éviter cependant que l'un de ses doigts n'effleure la peau de son cou. Il tressaillit. Lucy, semblant réaliser ce qu'elle venait de faire, recula précipitamment et cacha ses mains dans son dos.

- Pardon. Je t'ai fait mal ?

Il secoua négativement la tête, clignant des yeux pour en chasser définitivement le sommeil, et mortifié de s'être rendormi alors qu'il était en train de compter dans sa tête en attendant de se lever. Il supportait que Lucy le touche parfois, lorsqu'ils faisaient une activité ensemble (jouer, ou lire, ou dessiner, par exemple), mais jamais par surprise, et elle faisait son possible pour respecter cette règle. Les sentiments qui l'assaillaient par vague au moindre contact étaient difficilement supportables, surtout lorsque sa sœur était en proie à des émotions fortes, ce qui était le cas en ce moment.

- Tu m'as fait peur ! s'écria-t-elle, un peu inutilement, car il avait ressenti sa peur – et ce n'était pas un sentiment qu'il était pressé d'expérimenter à nouveau. J'ai cru que tu étais mort. (Entre autres caractéristiques humaines étranges, Lucy avait un don certain pour l'exagération.) Qu'est-ce qui t'arrive ?

Elle le regardait d'un œil scrutateur, comme si elle pouvait lire sur son visage pour quelle raison, pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, il ne s'était pas réveillé à l'heure. Son horloge interne lui indiqua qu'il lui restait 19,56 minutes pour se préparer s'il ne voulait pas être carrément en retard.

Etre en retard n'était pas vulcain. Etre en retard était inenvisageable.

Il envoya immédiatement promener les draps et se précipita vers la chaise où il avait, la veille, soigneusement posé ses affaires.

- Maman m'a demandé d'aller te réveiller, poursuivit Lucy sans cesser d'inspecter attentivement le visage de son frère. Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Tu es malade ?

- Les Vulcains ne peuvent pas être malades, répondit Spock en éludant la véritable question.

Il ne pouvait décemment pas avouer qu'il s'était rendormi parce qu'il avait eu, la veille, du mal à trouver le sommeil. Les Vulcains dormaient en moyenne deux heures par nuit, et, même si les enfants avaient besoin de davantage de repos, Spock était largement au-dessus de la normale en raison de ses ascendances humaines. Il n'allait pas, en plus, ajouter à cette faiblesse celle de laisser ses émotions l'empêcher de dormir.

- Tu ne vas pas t'habiller ? demanda-t-il à sa sœur, qui était encore en chemise de nuit, pieds nus et complètement décoiffée (encore que cela ne voulût rien dire : Lucy était presque toujours décoiffée, même lorsqu'Amanda venait de lui brosser les cheveux pendant un quart d'heure).

La petite fille haussa les épaules avec une désinvolture presque choquante (du moins, pour un Vulcain).

- Bof, de toute façon, je ne serai pas à l'heure.

- La logique voudrait que tu te dépêches quand même, pour arriver le moins en retard possible, fit-il remarquer en enfilant son pantalon.

Il avait déjà passé sa tunique et mis ses chaussettes, son esprit entièrement tourné vers l'efficacité. Lucy pouvait bien faire ce qu'elle voulait, il était inconcevable que lui, Spock, arrivât en retard.

- Mouais, répondit Lucy en bâillant, visiblement pas convaincue.

Spock ne prolongea pas la discussion. Il lui restait 15,92 minutes pour se laver le visage et les mains, se coiffer, prendre son petit déjeuner, se laver les dents, se chausser, et il doutait de parvenir à faire tout cela dans les temps.

Contre toute attente, cependant, il arriva exactement à l'heure, ce qui lui valut un sourire amusé de la part de sa mère lorsqu'elle le déposa au centre d'apprentissage, à la minute précise où il était supposé y entrer.

- Tu vois, il n'y avait pas de raison de s'inquiéter.

Spock lui jeta un regard offensé. Il ne s'était certainement pas inquiété.

En revanche, il avait complètement oublié son anniversaire et celui de sa sœur.

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La mémoire lui revint assez rapidement, cependant, et il ne put se défendre d'une certaine impatience qui l'accompagna tout au long de la journée. Un de ses professeurs le rappela même à l'ordre lorsqu'il laissa errer ses pensées vers l'école parfaitement humaine où Lucy passait ses journées. Qu'y faisait-elle en ce moment ? Peut-être pensait-elle à lui, attendait-elle le moment où ils allaient enfin se retrouver, anticipait-elle sa réaction face à son cadeau…

Mais le soir, lorsqu'il entra dans la maison familiale, ce fut pour trouver Lucy vautrée de tout son long sur le canapé, plongée dans la lecture d'un livre qu'elle affectionnait particulièrement. Elle lui dit à peine bonsoir. (Lorsque sa sœur était plongée dans une activité qui l'accaparait totalement, il était inutile d'essayer de la distraire. Elle pouvait parfois, pour une petite fille survoltée, hyperactive et incapable de faire une seule chose à la fois 82,3% du temps, faire preuve de capacités de concentration incroyables.) Spock monta directement dans sa chambre, essayant d'ignorer la pesanteur soudaine de son estomac, refusant de mettre des mots sur la… chose qui bouillonnait indistinctement en lui.

Chose n'était cependant pas un terme approprié. On lui avait appris l'importance du langage. Il ne pouvait se contenter d'une telle approximation.

Déception. Il avala douloureusement sa salive et secoua la tête, comme si ce geste avait eu le pouvoir d'en chasser les mauvaises pensées.

- Spock ! Tu peux venir ? J'ai un truc à te dire !

Il faillit rétorquer à sa sœur qu'elle n'avait qu'à monter lui parler, si elle voulait vraiment le voir, mais il se retint. Une telle attitude n'était pas digne d'un vrai Vulcain. Il se redressa, sortit de sa chambre et descendit l'escalier.

Durant les 3,3 minutes qu'il avait passées dans sa chambre, les stores avaient été baissés et une obscurité relative s'étendait dans le salon. Il s'arrêta sur la cinquième marche de l'escalier, interdit. Sa vue aiguisée lui permit de distinguer ses parents, assis sur le canapé. La main de sa mère effleurait celle de son père dans un contact à peine perceptible, mais bien réel. Lucy n'était nulle part. Spock se demanda avec méfiance si elle n'avait pas décidé de se cacher pour lui faire une surprise. Il lui avait pourtant déjà expliqué qu'il n'aimait pas les surprises, mais elle persistait néanmoins à bondir hors de cachettes ridicules avec un cri strident pour essayer sinon de lui faire peur, mais au moins de le faire réagir. Peine perdue. Spock ne bronchait pas. Elle semblait cependant ne pas désespérer d'y arriver un jour. Son frère trouvait ces efforts futiles et sans intérêt – et il n'aimait pas sentir son cœur s'emballer légèrement lorsqu'elle jaillissait soudainement devant lui en hurlant (sans jamais le toucher, cependant), avant de s'écrouler à terre, morte de rire pendant qu'il haussait un sourcil désapprobateur.

Cependant, faire rire Lucy était une chose qu'il aimait, alors il lui pardonnait ses tentatives pour l'effrayer.

Une forme lumineuse apparut soudain dans l'encadrement de la porte qui séparait le salon de la cuisine.

- Bon anniversaire, Spock ! s'exclama la voix de Lucy.

Le jeune Vulcain reconnut alors sa sœur, qui portait un petit monticule surmonté de cinq bougies qui illuminaient son visage. Elle souriait de toutes ses dents – elle en avait, en ce moment, dix-huit, car elle en avait perdu une la semaine précédente et une autre la veille. Spock s'en était étonné, mais apparemment, pour un humain, une telle perte était normale.

- Allez, viens souffler tes bougies ! ajouta impatiemment la petite fille.

Spock s'avança. Le poids dans son estomac avait disparu comme par magie. Lucy tendit les bras pour que son frère fût plus près.

- Pourquoi est-ce que je devrais souffler ? demanda le jeune Vulcain. Ça risque de les éteindre.

Sa sœur se mit à rire.

- C'est le but ! C'est comme ça qu'on fait sur Terre. Il y a cinq bougies, parce que tu as cinq ans, expliqua-t-elle.

Spock se retint de rouler les yeux. Parfois, Lucy lui expliquait les choses comme s'il était attardé.

- J'avais compris, répondit-il en prenant une profonde inspiration.

- Bravo ! hurla Lucy lorsqu'il eut, d'un seul coup, éteint les cinq bougies.

- Ce n'était pas très difficile, fit remarquer Spock.

Mais déjà sa sœur ne l'écoutait plus. Elle s'était assise par terre après avoir posé le gâteau sur la petite table, pendant que Sarek rallumait la lumière et qu'Amanda prenait un couteau pour le couper.

- Ca a été un cadeau difficile à faire, dit Lucy. Ça fait une semaine que je fais des essais avec Maman.

Spock fronça les sourcils.

- Pourquoi, difficile ?

- Parce que les Vulcains n'ont pas de chance, répondit sa sœur, qui semblait réellement avoir pitié de lui. On ne peut pas mettre de sucre, ni de chocolat, ni de miel dans ton gâteau. Alors, pour que ça ait bon goût, ça a été très compliqué.

Le jeune Vulcain hocha la tête, comprenant la difficulté de l'opération. Jusqu'ici, il n'avait jamais mangé de gâteau de sa vie. Il n'en avait d'ailleurs jamais éprouvé le besoin. Mais la part que sa mère venait de poser sur son assiette lui paraissait plus tentante que n'importe quelle nourriture.

- Je peux goûter ? demanda-t-il.

- Non, c'est juste pour regarder, répondit Lucy avant d'éclater de rire. C'était une blague, Spock, une blague !

Il prit sa cuiller et coupa un morceau du gâteau, qui était moelleux à l'intérieur et légèrement croustillant à la surface, puis le porta à sa bouche et mâcha lentement. Le goût était merveilleux. Encore une fois, « merveilleux » n'était pas un adjectif vulcain, mais les Vulcains ne faisaient pas de gâteau.

Ils ne savaient probablement pas ce qu'ils perdaient.

- Ça te plaît ? demanda anxieusement Lucy.

Spock hocha vigoureusement la tête en enfournant une deuxième bouchée sous le regard amusé de sa mère. Il lui sembla que même les traits austères de son père s'étaient adoucis.

Deux minutes plus tard, il ne restait plus une miette de gâteau dans son assiette.

- Comment se fait-il que ça soit aussi bon ? s'enquit-il.

Sa sœur rosit de plaisir face au compliment de son frère, immédiatement repris en écho par Amanda et même Sarek, qui paraissait tout aussi tenté que son fils par une deuxième part.

- Si je te disais ce qu'il y a dedans, le prévint Lucy, tu ferais la grimace.

- Ça m'étonnerait. Les Vulcains ne font pas la grimace, répondit-il mécaniquement en louchant sur le reste du gâteau.

Sa mère aperçut son petit manège et proposa généreusement une deuxième tournée, qui fut chaleureusement acceptée par tous.

- C'est une sorte de pain d'épices. On a mis de la cannelle, de l'anis, de la muscade, de la cardamome, des clous de girofle, et même du gingembre !

Spock, qui allait attaquer sa deuxième part, resta la cuiller en l'air, sceptique. Aucun des ingrédients cités ne l'attirait.

- Est-ce que c'est… une blague ? demanda-t-il avec hésitation.

De nouveau, sa sœur éclata de rire.

- Non, ce n'est pas une blague, c'est la magie des gâteaux, expliqua-t-elle. Tu mets des tas d'ingrédients qui ne sont pas bons à manger tous seuls, mais quand ils se retrouvent ensemble, ça devient délicieux.

Elle s'interrompit brusquement, comme si elle réfléchissait à quelque chose d'important – cela lui arrivait souvent : au milieu d'un flot de paroles illogiques et parfois inanes, elle prononçait une phrase d'une évidence, d'une clarté, d'une réalité absolue. Spock était fasciné (dans le bon et le mauvais sens du terme) par la capacité de sa sœur à passer d'un extrême à l'autre sans la moindre transition. Mais cette fois, quoi qu'elle eût pensé, elle garda sa réflexion pour elle.

- Moi aussi, j'ai un cadeau pour toi, murmura le jeune Vulcain lorsqu'il eut terminé le deuxième morceau de pain d'épices.

Ses parents se tournèrent vers lui, Amanda avec une surprise heureuse, Sarek avec attention, pendant que Lucy le fixait, rayonnante de bonheur.

- Qu'est-ce que c'est ? Ça se mange ?

- Non.

Spock se sentit soudain mal à l'aise à être ainsi le centre de l'attention générale, et il souhaita ne pas avoir évoqué le sujet à voix haute. Amanda, percevant probablement son embarras, vint aussitôt à son aide :

- Ton cadeau est dans ta chambre ?

- Oui.

- Eh bien, pourquoi est-ce que tu ne vas pas l'offrir à ta sœur pendant que Sarek et moi nous préparons le repas de ce soir ?

Il s'empressa d'accepter la proposition.

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- Ferme les yeux, ordonna Spock à Lucy pendant qu'il s'agenouillait devant son lit. Et ne triche pas, ajouta-t-il en se retournant vers la petite fille, qui pressa aussitôt ses mains sur ses paupières pour prouver sa bonne volonté.

Le Vulcain tâtonna sous son matelas, où il avait caché son cadeau, en proie à une sensation dérangeante qu'il ne parvenait pas à expliquer. Et si Lucy n'aimait pas le présent qu'il avait fabriqué ? Si elle le trouvait laid, ou mal construit, ou…

- Alors, tu te dépêches ?

Il saisit la boite en carton qu'il avait enveloppée de papier bleu et la posa devant sa sœur, puis se recula précipitamment. Lucy ôta immédiatement ses mains de son visage (il était certain qu'elle avait triché depuis le départ en regardant à travers ses doigts écartés) et s'assit par terre pour ouvrir le paquet. Elle batailla pendant 24,3 secondes avec le nœud du ruban, puis plongea la main à l'intérieur de la boite.

- C'est toi qui as fait ça ? demanda-t-elle après avoir observé avec attention le cadeau de son frère.

- Oui.

Il ne savait pas identifier l'émotion dans la voix de sa sœur, et cela ne fit qu'ajouter à son malaise. Etait-elle contente ? Déçue ? Il n'en avait pas la moindre idée.

Puis Lucy leva les yeux du vaisseau miniature qu'il avait mis 18,7 heures à construire et son regard croisa le sien.

- Spock…

- Oui ?

- Est-ce que je peux te faire un bisou ?

Pris de court, il ne sut que répondre et se contenta de lui demander, un peu stupidement :

- Pourquoi ?

- Parce que ton cadeau est merveilleux. Personne ne m'a jamais offert quelque chose d'aussi génial.

Merveilleux.

Le mot le traversa, l'enveloppa comme une couverture chaude, et fit totalement disparaître la sensation désagréable qu'il avait éprouvée une minute auparavant. Il n'était cependant pas certain que cela fût suffisant pour laisser Lucy l'embrasser – il n'acceptait un contact si… direct que de la part de sa mère, et uniquement dans des circonstances très particulières.

Face à son absence de réaction, la petite fille fit comme si elle n'avait pas posé la question, et enchaîna :

- Tu sais, ton vaisseau est un peu comme mon gâteau. Il est fabriqué avec des tas de choses inutiles, mais qui deviennent très utiles une fois qu'elles s'emboîtent.

Spock hocha la tête en signe d'approbation, et il espérait que Lucy comprendrait qu'il ne voulait pas seulement dire qu'il était d'accord avec elle.

Elle comprit. Elle se leva, fit deux pas vers lui, et déposa sur sa joue un souffle léger, moins qu'une caresse. Il eut à peine le temps de percevoir, dans cet effleurement, un tourbillon de sentiments qui pourtant ne demandaient qu'à jaillir librement, et ce simple aperçu de bonheur pur lui fit tourner la tête.

La voix de Lucy le ramena presque aussitôt à la réalité.

- Tu crois que Maman et Sarek nous auront laissé une troisième part de gâteau ?

Très franchement, il l'espérait.