La nuit était tombée.

Le porteur d'Overwatch était stationné dans la cour des New Houses of Parliament, surplombé par la Clock Tower.

McCree, Lùcio, Reinhardt et Dama étaient déjà retournés dans King's Row. Torbjorn, Winston et Tracer étaient restés à bord pour finaliser la discussion avec les autorités britanniques.

Quant à Genji, il avait salué tout le monde, et avait disparu.

Tracer rejoignit Torbjorn dans le coin salon et se fit une tasse de thé.

- Alors ? demanda le nain.

- Le Bibliothécaire finalise les détails, répondit Tracer, mais c'est plutôt bien parti. Le gouvernement a accepté d'étouffer l'affaire, il n'y aura aucune rumeur de meute omniaque, ou d'agression générale, rien ne devrait filtrer sur les réseaux ou sur les télévisions… Je crois qu'ils sont plutôt soulagés que ça se soit terminé comme ça.

- Tant mieux. Pour le monde, ce sera une simple émeute suite à une manifestation pour les droits des omniaques… Oui, désolé pour le « simple » émeute… Il est clair que la population omniaque a payé le prix fort, cette nuit.

- Au moins, l'idée que les omniaques peuvent devenir fous d'un coup ne devrait plus se propager.

- Je vais organiser un petit tour du monde avec la machine reconfigurée, cela immunisera la plupart des omniaques : de Santiago à Kyoto plus personne ne craindra ce genre d'attaque après ce… correctif.

- Comme une sorte de vaccin…

- On peut dire ça comme ça, effectivement.

- Ensuite enterre ce truc le plus profond possible, c'est vraiment un danger…

Tracer émit un long soupir de soulagement et s'étira. Un voile était passé devant ses yeux au moment d'évoquer les pertes omniaques, mais sa candeur naturelle reprenait le dessus.

- En tout cas on a assuré aujourd'hui !

- Surtout grâce à moi, no ?

La voix avait fait sursauter Tracer et Torbjorn, mais ils commençaient à être habitués aux apparitions de la Mexicaine.

- Toi, tu manques pas d'air de te repointer ici, dit Tracer en s'obligeant à rester assise.

- Hey, répondit Sombra, tu oublies un peu vite ce que j'ai fait pour vous ! Tu vas m'attaquer ?

- J'oublie rien du tout… Tu m'as sauvé la vie aujourd'hui, ça serait inconvenant que je te tue le même jour… Par contre, la prochaine fois qu'on se voit…

Elle frappa la table avec son mug aux couleurs de la reine.

- Héhé, tu vas m'assommer avec ton gobelet ?

- Tasse à thé, dit-elle avec un sourire mauvais. J'te tue avec ma tasse à thé !

- Tout un programme ! Et bien je ferai attention… Dis donc, Torbjorn, on a vidé toutes les bases de données de cet engin ! C'est pas très sympa !

- Simple précaution, répondit le nain avec un sourire. Pour information, je travaille aussi sur un détecteur anti-camouflage optique…

La Mexicaine répondit d'un sourire.

- Ma foi, dit-elle, tout cela était… intéressant. Bon, je crois que c'est l'heure de prendre congé.

- Est-ce que pour une fois tu pourrais quitter un lieu sans un effet spécial ? demanda Tracer.

Sombra sourit, passa une main devant son visage… et sortit par la porte en riant.

- Etrange personnage, n'est-ce pas ? dit Torbjorn, on ne sait pas trop si on a envie de lui taper sur l'épaule ou dans le nez.

Tracer réfléchit une seconde et déclara :

- Le nez. Définitivement : le nez.

Ils restèrent un instant silencieux, et Tracer finit sa tasse.

- Bon, déclara-t-elle, le thé de la victoire a vraiment bon goût, mais là j'ai besoin d'une pinte, ou deux, ou douze… Tu m'accompagnes ?

- Haha, j'envie ta fraîcheur, mais je crois que je vais rester ici pour récupérer un peu.

- Et bien moi j'y vais !

Elle sauta par la porte ouverte jusque dans la cour en contrebas.

- C'est ça, répondit Torbjorn alors que l'anglaise avait disparu depuis longtemps, cueille, cueille ta jeunesse… et moi… je vais dormir.

Le Fox and Bear avait connu des jours meilleurs, en terme d'affluence, et en terme d'état : il était complètement ravagé, les murs criblés d'impacts, et les quelques chaises et tables qui étaient en un seul morceau faisaient figure de miraculés.

De même, l'affluence se réduisait à un petit groupe, mais l'ambiance était bonne. Le juke-box avait été miraculeusement épargné, et la voix d'Elvis résonnait à travers les portes brisées du pub, au milieu du silence qui régnait sur le quartier en état de choc.

Franck était aussi le leader de la guilde des fous de bière. Il avait ressorti quelques bouteilles de sa réserve, et dégagé un coin du comptoir qui tenait encore à peu près debout.

Lùcio et Reinhardt discutaient musique, encore : l'Allemand parlait de la puissance de la Funk, le Brésilien le traitait de dinosaure. McCree semblait un peu trop imbibé, et, à la grande surprise de Tracer, Dama discutait avec Franck.

L'Anglaise resta un instant à observer ce tableau d'un omniaque assis au comptoir du Fox'. Ca avait l'air enflammé, mais courtois. Tracer sourit : elle pensait qu'il fallait toujours voir du positif, même dans les événements les plus sombres. Au moins celui-ci discutait-il avec un omniaque. Elle serait vraiment heureuse le jour où Franck enlèverait le signe « no omniac allowed », mais c'était un début.

- Et bien, lança-t-elle en s'approchant, on accueille une boite de conserve dans son établissement ?

Franck répondit en attrapant une pinte.

- Cette boite de conserve-là m'a sauvé la vie… d'une armée de boites de conserve…

- Ca fait réfléchir, non ? dit Tracer avec un grand sourire.

- Mais tais-toi donc !

Il remplit la pinte sans que Tracer ait besoin d'annoncer sa commande, et trinquèrent.

Les discussions, rires et tournées générales continuèrent longtemps.

McCree était sorti prendre l'air, et fumait sur les marches de l'entrée. Franck avait ouvert une bouteille de digestif vert-jaune, et Reinhardt évoquait ses souvenirs à propos d'une Polonaise…

Tracer rejoignit McCree sur les marches où l'Américain était installé tranquillement à siroter le contenu d'une bouteille incertaine.

- Mon Jaffa écossais préféré, dit-elle en le voyant.

- J'ai jamais compris tes blagues, répondit-il, mais je suis content de te voir

Elle s'assit à côté de lui, et ils restèrent un moment à regarder la nuit.

Des soldats et policiers s'affairaient autour d'eux, organisant le bouclage et le nettoyage du secteur.

Certains passaient sans les voir, d'autres les saluaient avec gratitude et respect, et d'autres encore semblaient leur en vouloir.

C'était l'une des choses étranges quand on était agent d'Overwatch : on était en dehors du système, et les autres forces de sécurité ne savaient pas trop comment les juger. Un peu collègues, un peu gêneurs, un peu héros, un peu inconscients, un peu justiciers, un peu irresponsables. On était à la fois partout chez soi, et nulle part à la maison. On était autre chose et, il fallait bien le reconnaître, on se sentait à la fois un peu rejeté, et un peu supérieur…

Ce soir Léna s'en fichait. Elle se blottit contre l'épaule de Jesse, réconfortée par la douceur et la tiédeur du poncho de l'Américain. Ils restèrent un moment sans mot dire, puis finalement, McCree regarda Tracer avec un sourire. Il toqua sa bouteille sur le verre de l'anglaise, la finit d'un trait, et la lança vers une poubelle à proximité, qu'il manqua.

La bouteille valdingua bruyamment, mais heureusement ne se brisa pas. McCree fit une grimace, se leva en titubant, ramassa la bouteille et la mit dans la poubelle.

- A un de ces jours, gamine. Ca a été un plaisir.

Il la salua du chapeau, et s'en alla tranquillement dans les rues.

Tracer resta un moment seule, perdue dans ses pensées. Elle regarda sa montre : son ami livreur de pizza arrivait dans trois minutes.

Finalement elle se leva, et déambula un peu dans les rues, pas vraiment ivre, mais un peu plus légère que d'habitude. Sans s'en rendre compte, ses pas l'emmenèrent sur la place de l'hôtel Alderworth.

Elle en fit le tour, et se retrouva devant la statue de Tekhartha Mondatta. Elle leva son verre.

- Paix, dit-elle.

Elle vida la pinte d'un trait, et sourit.

Quelques jours plus tard, le petit restaurateur du marché de nuit de Lijiang s'en tira avec une bonne publicité, un énorme pourboire, un excellent souvenir et une photo dédicacée par Tracer, Lùcio et Winston.