USS Odyssée, Date temporelle 7214.2

Non sans une certaine appréhension, Johanna appuya sur le bouton de la sonnerie. Elle entendit la voix du capitaine Byrd l'inviter à entrer. Elle obéit et entra en se mettant au garde à vous, à la manière de Starfleet, le dos bien droit, le regard fixe et les deux mains dans le dos.

- Enseigne White au rapport, monsieur.

- Repos, enseigne. Vous pouvez vous asseoir.

Elle obéit.

- J'ai étudié votre dossier avec attention. Vos résultats à l'Académie sont impressionnants et votre expérience sur le Wells vous qualifie pour ce poste, mais vous manquez d'expérience pratique.

- J'en suis consciente, capitaine.

- Laissez-moi terminer. Les techniciens qualifiés pour la console temporelle sont rares et c'est ce qui vous vaut une place dans le staff. J'aurai avec vous les mêmes exigences qu'avec un membre du staff plus expérimenté. N'attendez de moi aucun favoritisme et je n'accepterai aucune excuse.

- Oui, monsieur. Mais si vous me le permettez.

Il acquiesça d'un signe de tête.

- Le technicien à la console temporelle n'est pas nécessaire dans le staff. C'est un poste nouveau dans Starfleet et seul les vaisseaux de l'Agence en ont. Vous pouvez m'avoir sur la passerelle sans m'avoir dans votre staff. Alors le fait que mes qualifications soient rares ne devraient pas être prises en compte pour ce poste et si mon expérience est insuffisante, alors je ne vois pas pourquoi j'aurais ma place dans le staff.

Contre tout attente, Simon Byrd sourit.

- Bien dit, enseigne. En fait, j'ai beaucoup d'officiers d'expérience dans mon staff et j'ai besoin de le contrebalancer avec quelqu'un qui a un point de vue plus jeune.

- Seulement ça.

- Bien sûr que non. Il y a vos notes et vos qualifications. Vous savez qu'un membre du staff est très souvent appelé à être sur les équipes d'exploration et bien qu'il y a toujours des officiers de sécurité pour assurer la protection de l'équipe, un officier qui est, en plus, un expert en art martiaux a un avantage sur les autres.

- Je ne suis pas si douée.

- S'il vous plaît, pas de fausse modestie. À neuf ans, vous me surpassiez déjà sur le tatamis quand votre père donnait ses cours de karaté aux officiers du Hawking.

Elle sourit.

- Vous vous rappelez de ça?

- Quand mon orgueil est mis à mal, ajouta-t-il en souriant, je ne l'oublie jamais.

Il se leva et tendit la main. Elle se leva à son tour pour accepter la poignée de main.

- Bienvenue à bord, enseigne.

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USS Odyssée, Date temporelle 8139.5

L'Odyssée était secoué sous les tirs ennemis. Johanna avait entré des coordonnées temporelles dans le cas où ils auraient à s'enfuir dans le temps, sinon elle se sentait inutile pendant que les autres en avaient plein les bras.

Soudain, le vaisseau fut violemment secoué, le pilote tomba et percuta une console. Elle se précipita vers lui. Son cœur battait, mais il était inconscient.

- Lieutenant-commandeur White, dit le capitaine Byrd, prenez son poste. Passerelle à infirmerie, urgence médicale.

Johanna se précipita. Cette fois, elle allait pouvoir donner un coup de main. Elle se débrouillait normalement bien en simulation, au poste de pilotage.

- Manœuvre d'évasion delta, ordonna Byrd.

Elle programma la manœuvre et pilota l'Odyssé vers le vaisseau ennemi alors que le tacticien le bombardait de torpilles tashyoniques.

Les explosions se multipliaient.

- Capitaine, dit l'OPS. On vient de perdre le Perséus.

Une autre explosion secoua le vaisseau.

- Ça, c'était le Harmony.

Les vaisseaux de l'agence tombaient l'un après l'autre et rien ne semblait atteindre l'ennemi.

Une tir plus violent faillit la projeter hors de son siège.

- Ingénierie à passerelle. Ils ont touché les moteurs de distorsion. Le noyau est en surcharge. Je ne peux pas l'éjecter.

- Nous avons combien de temps?

- Environ cinq minutes.

- À tout l'équipage, cria le capitaine, évacuez les vaisseau. Tous aux nacelles!

Elle continuait de manœuvrer le vaisseau.

- Vous aussi, lieutenant-commandeur.

- Il faudra protéger les nacelles de sauvetages pour qu'elles puissent s'éloigner suffisamment. Vous aurez besoin de mon aide.

- Allez-y! C'est un ordre.

Elle quitta la passerelle avec un dernier regard pour le capitaine Byrd qui s'était installé au poste de pilotage.

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San Francisco, Terre, 2432

Johanna White était assise dans le bureau du commodore Roberge, surprise d'être en vie. Tout s'était passé si vite. Un vaisseau de l'agence avait lancé une alerte temporelle de niveau 1 et tous les vaisseaux s'y étaient rendus, ils étaient tombés dans un piège krenim. L'Agence avait été détruite, ses officiers décimées, tous ses vaisseaux avaient été détruits et très peu de ses membres avaient survécu.

Johanna avait dérivé pendant des jours dans une nacelle de sauvetage avant d'être secouru par un vaisseau de Starfleet de l'époque où elle se trouvait, le 29e siècle. La trentaine de survivants récupérés avaient été acheminés au QG de Starfleet et mis en contact avec les officiers de la SFI travaillant à l'élaboration de technologie temporelle pour l'Agence. Ils avaient utilisé un prototype pour ramener les survivants à leur époque respectives.

À son retour, Johanna s'était installée chez Kirt en attendant une nouvelle assignation. Elle avait attendu quatre mois sans avoir la moindres nouvelles. Puis, elle avait été demandée au QG de Starfleet.

On l'avait fait entrer dans un petit bureau et quelques minutes plus tard, le commodore Roberge avait fait son apparition. Elle avait beaucoup vieilli depuis leur dernière rencontre. Johanna s'était souvent demandé comment Léa Roberge restait à ce point intouchée par le temps. Elle vieillissait certes, mais en douceur. Mais après l'attaque, les années l'avaient subitement rattrapée.

Johanna se leva prestement.

- Repos, commandeur.

Elle se rassit.

- Je viens de passer les derniers mois à éplucher des dossiers et à multiplier les rencontres. Ce que j'ai à vous raconter est classifié.

- Je comprends, commodore.

- Nous savons que les Krenims ont planifié leur attaque et ils l'ont fait avec les armes du temps. Ils voulaient détruire l'agence, il n'y a aucun doute là dessus.

- Et ils ont réussi, ajouta Johanna.

- Ils ont réussi en manipulant le temps, reprit Léa d'un ton tranchant. Nous nous devons de répliquer de la même façon.

- Je ne comprends pas. Comment ont-ils manipulé le temps?

- Ils étaient dix fois moins nombreux et pourtant, ils ont évité chacun de nos tirs et anticipé chacune de nos manœuvres. Il n'y a qu'une explication à ça.

- Ils savaient ce que nous allions faire.

- Ils le savaient au moins quelques minutes à l'avance et adaptaient leur stratégie en conséquence.

- Je ne connais aucune technologie qui peut faire ça. Même le voyage dans le temps a ses limites.

- Ils ont mis la main sur quelque chose qui leur a donné un avantage et je sais quand c'est arrivé.

Johanna parut surprise.

- De quelle façon?

- Les données des senseurs de vaisseaux ont été transférée sur l'ordinateur des les nacelles de sauvetage au moment de leur expulsion du vaisseau. C'est une procédure normale. Les scanners de plusieurs vaisseaux ont pu évaluer la provenance temporelle de cette petite flotte en scannant leur faille spaci-temporelle et devinez quoi?

Johanna était tout ouïe. Elle sentait que sa marraine s'apprêtait à lui révéler quelque chose de grave.

- Ils venaient directement du 24e siècle, précisément dans l'orbite de Jerida VII, date stellaire 72861.5.

- L'attaque des Krenims sur le Hawking!

- L'attaque où ta mère est morte, confirma Léa. Ils ont obtenus quelque chose de cette bataille, je ne sais pas quoi, mais ils sont repartis immédiatement attaquer l'Agence trente-quatre ans plus tard dans sa trame temporelle.

- Pourquoi sont-ils allés détruire l'Agence si loin dans le futur?

Léa la regarda droit dans les yeux.

- Selon toi.

- Quand on utilise les armes du temps, il faut toujours être prudent. Il devait y avoir un élément au sein de l'Agence qu'ils ne pouvaient risquer d'atteindre à cette époque.

- C'est exact, ajouta Léa.

- Mais il est trop tard maintenant, marmonna Johanna.

Léa sourit.

- Voyons, Johanna, c'est moi qui t'ai formée : je pensais que tu avais déjà compris que quand on utilise les armes du temps, il n'est jamais trop tard.

- Dans ce cas, il faudra enfreindre les règles.

- C'est exactement ce que nous allons faire et vues les circonstances, nous n'avons pas le choix. Starfeet refuse d'envoyer plus de vagues, déjà que des vaisseaux des trois première vague devront continuer d'être envoyées sachant comment cela se terminera juste pour éviter un paradoxe. Notre meilleur chance de sauver l'Agence est donc de la restaurer en utilisant les mêmes armes que nos ennemis.

Là-dessus, Johanna était d'accord. Léa lui tendit un padd.

- J'ai étudié cette bataille pendant longtemps, j'ai fait des simulations de combat à répétition, j'ai tout vérifié et j'ai trouvé une stratégie gagnante. Il faut à tout prix éviter qu'un des vaisseaux krenim ne reparte. Il faudra au minimum deux vaisseaux incluant le Hawking pour que ça réussisse.

Johanna prit le padd et y jeta un bref coup d'oeil.

- Et comment comptez-vous envoyer un vaisseau?

- Le Newton doit être envoyé en première vague vers le 29e siècle bientôt. C'est là que je vais avoir besoin de ton aide.