Chapitre 4 Part III: This night is a long, long night
Bande-Son« Santana feat. Everlast Put your lights on »


Alors celle-là, il ne l'avait pas vu venir. Ni de loin ni de près. C'était fou. Hallucinant. Juste dingue en fait. Aux limites du surréalisme. D'ailleurs, il n'en revenait toujours pas. Complet explosé. Grave. Mouais, il devait sûrement délirer. Niqué en plein de la tête. Au point qu'il en arrivait à transformer ses rêves en réalité. Trop fort. De toute, c'était la même putain d'histoire à chaque fois. Quand il redescendait. BAM ! Il avait envie de se flinguer.

De se tirer une balle, puis surtout de le baiser. Ce frère qui lui résistait. Son grand frère. Cet homme intouchable, ce garçon irréprochable qui pourtant ce soir s'effondrait dans ses bras. OK. Next up. En d'autres termes et quitte à paraître vulgaire, il voulait juste lui défoncer son joli petit cul. C'est tout. Jusqu'à épuisement. Le coucher à terre et le prendre. Là, dans le froid. Sur leur lit de bitume. L'étreindre jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus, et jusqu'à se sentir enfin repu. Pas super classe. Quoique, honnête pour le coup. Mais néanmoins, pas clair dans ses intentions. Après tout, l'aimer ou bien le blesser ça ne faisait plus une si grande différence à ce stade.

L'esprit brumeux. Encore un peu, un peu beaucoup sous hypnotiques. Avec tout ce qui s'en suivait. Tout ça, et les effets indésirables aussi. L'excuse parfaite. Merci au manque, la drogue s'évacuant de ses veines par tous les pores de sa peau. Pour exactement le laisser finir dans cet état, celui dans lequel il se mettait rien que pour attirer son attention. Un état pathétique. État que son frère ne manquait pas de remarquer. Lui demandant presque aussitôt : « Pourquoi tu te mets dans des états pareils ? », la bonne blague. Du Matt tout craché. À croire qu'ils ne vivaient pas dans le même monde tous les deux. Et parfois, il le détestait pour ça. Pour ça et pour tout le reste. Parce-qu'il était son monde, son univers. Et que sans lui, sa terre ne tournait plus autour du soleil. Au point qu'il en arrivait à éprouver le besoin furieux de le cogner. Jusqu'au sang. Pulsion à laquelle il ne cédait jamais. Une pulsion qu'il refoulait. Au risque de se transformer en véritable bombe vivante.

Une bombe d'amour et de haine, de colère et de peine. De sorte qu'il avait préféré ne pas lui répondre. N'oubliant pas que la fin était proche. Se rappelant qu'il lui suffirait d'un rien pour exploser et pour tout leur faire péter à la gueule. Comme déjà dit "Tu sais que la fin est proche. Que je suis à un rien d'exploser, de tout te faire péter à la figure. Bientôt Matty. Comme une bombe à retardement. Bientôt…"

Et voilà que ce bientôt évoqué en début de show, Raw is war, devenait leur présent. Puisque s'il se mettait dans des états pareils, c'était bien à cause de lui. Seulement à cause de lui. De lui et de personne d'autre, en tout cas jusqu'à preuve du contraire. De ce frère aîné qui contre toute attente se retrouvait étroitement enfermé entre ses bras. Donc bon. Forcément, il fantasmait. Une voix dans sa tête lui répétant "Tu délires Jeff." Yeah. Comme pour mieux s'imaginer et s'inventer tout un tas de trucs impossibles. Sauf que. Tout avait l'air si réel. Son odeur. Le son de sa voix et la chaleur brûlante de sa peau. Puis son corps tremblant contre le sien, alors que sa langue fouillait sa bouche. Et toujours Matt pris dans ses bras. Si fort et si fragile à la fois. Matt tel qu'il le connaissait, le Matt qu'il fréquentait depuis sa plus tendre enfance dans leur intimité. Loin des caméras. Le seul, l'unique, le vrai.

Seulement, comment se résoudre à cette évidence ? Jeff savait tous les efforts que son frère faisait au quotidien pour le tenir à distance. Pour ne surtout pas se retrouver seul avec lui, dans la mesure du raisonnable. Leur évitant ainsi tension sexuelle et frustration. Soi-disant. Tu parles, tout ça pour camoufler sa peur.

La preuve lorsqu'il lui répétait encore qu'il ne pouvait pas : « Jeff, non...attends, je peux pas...» Trop tard. Autant qu'il se rende à l'évidence, maintenant qu'il le tenait il ne comptait pas le lâcher. D'autant plus que rien ne l'avait préparé à voir ce dernier débarquer. Pas plus qu'à le voir se blottir contre lui comme si sa vie en dépendait. Après qu'Amy l'ait frappé et laissé choir sur le sol, il se serait plutôt attendu à passer la nuit seul. Prostré dehors. Les couilles douloureuses et la lèvre fendue. Et il avait fallu que Matt se pointe. Qu'il se pose à côté de lui. Qu'il passe son bras autour de ses épaules et que pour l'achever, il se mette à caresser sa nuque. Avec une tendresse sans doute fraternelle mais un peu trop marquée. Un peu plus appuyée que d'habitude, une tendresse toute émotive.

C'est là qu'ils avaient commencé à discuter, lui l'envoyant chier et Matt lui avouant à demi-mot qu'il avait besoin de lui. En gros, qu'il lui manquait. La faute à qui ? Alors bien sûr qu'il s'était énervé et que le ton était monté. Alors non, il n'attendrait pas. Et sans lui laisser le choix, il l'embrassait. Lui volant leur premier baiser.

- Jeff, arrête. On peut pas faire ça, jeff… déconne pas, merde.

- Toi arrête ! Tu vois pas qu'on l'a déjà fait ? Tu comprends pas putain !

- Lâche-moi ! cria alors Matt en se débattant.

- Non. T'iras nulle part, lui intima Jeff en le retenant de force contre lui.

- Jeff, bordel ! Pas ici, pas comme ça...

- Tu fais chier Matt ! s'entendit-il gueuler à pleins poumons à l'intention de son frère, déconnecté de la réalité.

Pour sûr, il le faisait chier. Comme pas permis. Encore un peu, et il lui aurait bien collé une droite pour l'obliger à se calmer. Mais dans un éclair de lucidité, il réalisait ce qu'il s'apprêtait à faire. Le creux de son pantalon enfle, mouillé et déformé. Les doigts toujours emmêlés dans les boucles de son frère, si bien qu'il lui avait suffit de tirer sur ses cheveux pour le faire basculer en arrière. Le couchant sur ce maudit lit de goudron dans lequel il s'apprêtait à le sauter. Putain. Ça aurait été si facile. Trop facile. Avec Matt sous codéine, l'épaule maintenue dans ce machin qui ressemblait plus à une attelle qu'à une écharpe. Une courroie attachée sur des accolades réglables et en travers une ceinture de sécurité qui stabilisait son bras. Le problème, c'est que ça il ne l'avait découvert qu'une fois vautré sur lui. L'écrasant de tout son poids, pendant qu'il soulevait son tee-shirt. Réalisant qu'il lui faisait un mal de chien. D'où sa réaction. D'où le fait qu'il essaye de le repousser en lui hurlant de le lâcher.

De telle sorte que pris de remords, il se relevait. Restant là. Planté debout comme un pauvre con. Hébété. Même pas foutu de se sauver et incapable de détourner les yeux du corps de son frère. Une main plaquée sur sa bouche. N'arrivant pas à croire qu'il venait de faire ça. Se faisant juste peur. Pour la première fois…

- Putain… je suis désolé. Je voulais pas Matt, faut me croire. Je voulais pas ça, se justifia Jeff contrit.

- Ca va. Y'a rien de grave, répondit Matt encore couché sur le dos au sol. Grimaçant et se cambrant, les yeux clos et les paupières fendues. Se tordant sous la douleur en repliant une jambe.

- Matt… pourquoi tu t'es pas défendu ? Pourquoi !

- J'ai pas besoin de me défendre, t'es mon frère. Tu m'aurais pas fait de mal de tout façon. Aide-moi plutôt à me relever au lieu de te lamenter, souffla-t-il en se tournant sur le flanc pour essayer de se rasseoir.

D'un hochement de tête, Jeff lui faisait signe que oui. Et se rapprochant à nouveau, il saisissait son bras valide pour l'aider à se remettre sur ses pieds avec précaution. En pensant que c'était juste de la pure folie. Et en même temps il se demandait lequel d'entre-eux était le plus cinglé. Lui, qui embrassait son frère de force avant d'essayer de le… ça le dégoûtait. Il se dégoûtait. Tout, tout, tout l'écœurait. Ou bien Matt. Matt qui ne se défendait pas. Matt avec sa respiration pourtant saccadée, brusque et rude. Ses lèvres d'un bleu-violacé inquiétant et des flocons de neige s'accrochant à sa chevelure brune. Le visage déformé par la douleur et grelottant de manière compulsive.

Encore un peu, et il allait lui claquer entre les doigt : « T'es sûr que ça va aller Matt ? » Mais à peine avait-il posé sa question que des bruits de course se faisaient entendre.


Des bruits de course chargeant dans leur direction. Avec perte et fracas. Pour laisser Adam et Jason, aka Christian sur le ring, surgir de la nuit. Affolés. Éméchés, puant l'alcool à des kilomètres à la ronde.

- Putain les gars, on vous entend gueuler de l'autre bout de la ville. Qu'est-ce qui vous prend ? Demanda Adam.

- Un léger différend, c'est tout. Pas de quoi en faire un plat, se récrimina Matt pour tenter d'apaiser les choses.

- C'est ça, prend-moi pour un abruti Hardy, lui rétorqua son ami.

- Et si t'allais plutôt décuver ailleurs Copeland !

- OK. Pas la peine de le prendre sur ce ton, essaya-t-il de tempérer. On est potes toi et moi non ? Je te connais par cœur, essaye pas de me la faire à l'envers. Alors, c'est quoi votre putain de problème à tous les deux encore ?

- Je te l'ai dit Adam, y'a pas de problème. Jason, ça t'emmerderait de raccompagner Jeff jusqu'à sa chambre ? dit-il en s'adressant à l'autre homme. Pendant qu'Adam me raccompagne à la mienne, si tu veux bien...

Gentiment, comme seuls de vrais amis l'auraient fait, sans chercher plus loin ni poser de questions, quitte à faire semblant de ne pas remarquer les stigmates peints sur leurs figures, Adam Copeland et Jason Reso les avaient raccompagné à leur chambre respective. Lui assurant à lui, Matt, un minimum de sécurité. Tandis que Jeff lui jetait un regard désespéré. Marchant tous vers le hall de l'hôtel pour s'entasser dans l'ascenseur et ne se séparant que trois étages plus haut. Après que chacun des Hardys aient réintégré sa piaule.


Pas de quoi en faire un plat. C'est ce qu'il avait répondu à Adam, sur un ton cassant et caustique. Désagréable au possible. La peur au ventre. Peur qu'on découvre leur si effroyable secret, peur qu'on vienne s'en prendre à Jeff et qu'on les montre du doigts. En faisant d'eux des bêtes de foire. Alors bien sûr. Bien évidemment qu'il se devait de préserver leur réputation dans le milieu. Au moins ça. Sauver les meubles et tout ce qui pouvait encore l'être.

Et en parlant de plat, celui qui se trouvait sous son nez ne lui inspirait vraiment rien. Ni envie ni faim. Three o'clock in the morning. L'estomac en vrac. Les yeux cernés et rempli d'un sel auquel il interdisait de lui cramer les rétines. Se demandant en vain si leurs potes avaient vu. S'ils avaient compris. S'ils avaient remarqué le renflement suspect venant déformer le froc de son cadet. Comme s'ils pouvaient être passés à côté. Fais chier. Parce-qu'en vérité, Jeff bandait si fort que personne n'aurait pu l'ignorer. En sachant que c'était sans doute aussi flagrant que les traces d'eye-liner dégoulinant sur les joues de ce dernier. Sauf qu'au lieu de le dégoûter, il se mettait à imaginer sa queue vibrante et suintante. Tellement raide et rigide, que sous la tension de l'érection son frein menaçait de rompre.

N'importe quand. À tout moment. De se déchirer entre ses doigts. Bon Dieu ! Qu'est-ce qui lui prenait de penser à ça ? Avec autant de liberté. Fallait-il qu'il soit complètement détraqué… malsain au point de se demander ce que ça lui ferait de le toucher… de le caresser autrement que derrière la nuque… de le…

Alors, appuyant son coude sur la table, voilà qu'il calait sa tête dans sa main. Glissant ses doigts dans ses boucles distendues à cause de la neige fondue. Des doigts recroquevillés. Ses phalanges blanches de crispation…se retenant de hurler et de tout casser. Ne voulant surtout pas la réveiller. Amy. Amy qui dormait à quelques mètres de lui à peine. Dans le lit. Sans se douter de rien. Amy qui avait eu la délicate attention de lui ramener un plateau repas. Ce même plateau qui traînait sur cette maudite table devant laquelle il était maintenant assis depuis des heures. Incapable d'avaler le moindre aliment. La gorge nouée. Délirant et divaguant, soûlé par les effluves de cette si mauvaise fièvre qui ne le lâchait plus. Une fièvre parfaitement étrangère à sa blessure à l'épaule. Pour ne se sentir que plus soulagé de voir sa copine dormir à point fermé. Lui facilitant ainsi la tâche.

Pas besoin de mentir. Pas besoin de se justifier ni même de tricher. Pas plus que d'inventer des excuses bidons. Pas besoin de la tromper, ou de lui rendre des comptes. Pas besoin. Un peu lassé des reproches et des mises en garde à répétitions. Du style trop soumis à son frère, trop docile, trop. Tout court. Il paraît. D'après Amy en tout cas et s'il se fiait un minimum à ce qu'elle lui rabâchait à longueur de temps. En non-stop. Le braquant plus qu'elle ne l'aidait. Jusqu'à l'étouffer. Au risque qu'il finisse par se montrer encore plus agressif et distant avec elle qu'il ne l'était déjà. De ça, il se rendait bien compte.

Quitte à la repousser quand elle ne cherchait qu'à l'épauler, faire acte de présence. Ignorant s'ils pourraient mutuellement se pardonner. Chose pourtant souhaitable. Essentielle. Le contraire n'étant pas envisageable…