Note: vérifiez que vous avez bien lu le chapitre 28 avant, comme j'ai balancé les deux en même temps vous avez pu l'oublier.

Épilogue:

C'était un vaste champ de blé, sous le ciel bleu traversé de grands nuages blancs gonflés comme du coton. Il s'tétendait d'un horizon à l'autre, doré et ondulant dans la brise qui soufflait du large. Le ronronnement lointain de la mer venait se mêler au bruissement des milliers d'épis lourds et mûrs, et ses vagues faisaient écho aux autres vagues, celles qui mettaient en mouvement l'étendue dorée.

C'était une colline, quelque part dans ce champ, pas loin de la falaise où venaient cogner les vagues, pas loin du ciel immense où nageaient les nuages. C'était une colline ronde au sommet herbeux, aux pentes douces couvertes du même manteau doré qui dansait sous la brise.

C'était une unique pierre longue et grise avec deux noms gravés.

Une ombre caressa la pierre qui attendait. Une deuxième la rejoignit peu après, là où il n'y avait eu que le soleil et le vent, et depuis si longtemps.

Le sorcier posa genou en terre et avança la main. Doucement, tout doucement, il caressa les deux noms gravés, côte à côte, simples.

James & Lily Potter

Il posa la paume sur la pierre. Elle était brûlante sous le soleil d'été. Il caressa encore les deux noms et il sourit.

- J'aime bien cet endroit, dit-il d'une voix douce.

La sorcière s'agenouilla près de lui. Elle suçait un épi de blé long et doré.

Elle sourit à son tour.

- Personne ne sait qui a proposé de les enterrer là.

- C'était une bonne idée.

- Il paraît qu'ils venaient ici quand ils étaient jeunes. En vacances, rien qu'eux deux. Romantique, non?

Il ne dit rien. Il écoutait le bruit de la mer. C'était doux.

La terre était chaude et l'herbe accueillante. La lumière pleuvait à travers les nuages moutonnants.

Le petit garçon sur la colline…

- Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant? demanda-t-il, une main sur le ventre et la nuque baignant dans l'herbe chaude.

- Je vais partir, dit-elle d'un ton catégorique. Je n'ai plus rien à faire ici, enfin à Poudlard. Je veux visiter le monde. Et toi?

- Je continuerai mes études de toute façon, fit-il. Mais je ne veux pas retourner chez les Dursley, et puis il n'y a plus aucun danger nulle part.

- Oh, ne crois pas ça, ronronna-t-elle en se tournant pour faire chauffer l'autre face. Les monde est rempli de gens qui rêveraient de t'assassiner.

- Oui, et ils n'y arriveront jamais parce que je suis plus fort que n'importe lequel d'entre eux.

Il n'y avait pas de suffisance dans cette phrase. C'était juste une constatation. Mais la sorcière se redressa pour le toiser:

- N'importe lequel? dit-elle.

- Moins une personne, peut-être, admit-il. Mais je ne pense pas que tu comptes me tuer, après tout ce que tu as fait pour me maintenir en vie.

- Uniquement dans le but de me débarasser de Lui, dit-elle. N'oublie jamais ça.

Il secoua la tête et sourit aux nuages:

- Tu me fais rire. Tu ne baisseras jamais totalement ta garde. Tu ne crois pas qu'il est temps de passer à autre chose? D'avoir… des amis?

- Crois ce que tu veux, cracha-t-elle. Je ne fais que me défendre. C'est la prudence la plus élémentaire.

- Comme tu le sens… dit-il.

- C'est amusant, fit-elle. Il y a une époque où j'aurais donné n'importe quoi pour porter leur nom. Que tout le mode sache que j'étais leur fille. Que j'étais aussi douée que toi. Aussi forte.

- Et…?

- J'ai vieilli. J'ai ma fierté. Pas toi?

- Je suppose que oui.

Il marqua une pause.

- Tu sais ce qu'elle m'évoque, cette colline? dit-il.

- Quoi?

- C'est assez flou. Je crois que ça parlait d'un oiseau… et peut-être aussi d'un raton laveur.

- Et je crois que c'est ton imagination. Ils voulaient être enterrés là, c'est tout. Ils ne t'y ont jamais amené.

- C'est un bon choix, je trouve. J'aimerais bien aller voir la mer, pas toi?

- Non, j'ai plutôt envie de dormir, dit-elle en enfouissant sa tête dans ses bras.

- Pas grave. J'ai toute ma vie pour y aller.

- Et après?

- Arès? dit-il. Il faudra bien que je parte d'ici un jour. J'ai deux mois de liberté devant moi. Ron part en vacances chez les grand-parents d'Ana. Hermione va en Guadeloupe un mois. Ginny et les jumeaux font du camping quelque part dans le nord, à un endroit où leur mère ne les verra pas faire leurs exprimentations. Qu'est-ce que je pourrais faire?

- Tu as pensé à ce que tu vas faire de ton pouvoir?

Il s'attarda à étudier un nuage en forme de grand chariot blanc.

- Je vais continuer comme d'habitude. Je ne m'en servirai pas excessivement, mais je ne l'ignorerai pas non plus.

- Non, ce n'est pas ça, dit-elle avec un petit sourire. Je voulais dire que tu es invincible.

- Et…?

- Pourquoi se plier à de stupides lois quand personne ne peut nous y obliger?

- Oui…?

- Tu ne comprends pas? C'est évident, voyons! Prend ta liberté! Venge-toi de ceux qui t'ont opprimé! Tu n'as de devoir à rendre à personne. Le Ministère anglais est faible et injuste. Les autres ne valent pas mieux. Ne t'asservis pas à eux! Deviens hors-la-loi!

Il prit le temps d'y réfléchir. Il fit peser le pour et le contre, et s'aperçut que le contre avait beaucoup de mal à faire le poids.

- Je ne sais pas, Morgane, dit-il. On vit dans une société. Je ne supporterais pas de me couper de ça. Même s'il y aurait des avantages.

Elle s'assit et le regarda. La large pierre grise les dominait. Le soleil descendait dans le ciel d'été. Des hirondelles pressées et de lunatiques alouettes traversaient la voûte claire.

- Je comprends… enfin, je crois, dit-elle lentement. C'est bizarre… Avant, tout était beaucoup plus simple. Je ne me posais pas de questions de morale, de conscience…

- Je dirais que c'est ce qui s'appelle avoir mûri, dit-il.

- Peut-être.

Elle regarda à l'horizon. Il regarda aussi. Le soleil s'en rapprochait doucement. Les ombres s'allongeaient dans le champ de blé.

- À quoi tu penses? fit-elle.

Il désigna l'horizon lointain, la limite incertaine où ciel et mer se confondaient en un même bleu.

- J'ai… quelque chose à faire là-bas, dit-il. Je ne sais pas encore quoi. Mais il y a une chose… Ou non, plutôt, des choses… Des millions de choses à voir. À faire. Je veux les voir à présent.

Elle le regarda avec des grands yeux tranquilles, et le soleil se reflétait en eux, et un paysage d'ailleurs, des milliers de paysages s'y lisaient. Ils étaient en elle aussi. Ces ailleurs à explorer…

- Bon, dit-il en prenant sa décision. Je vais partir. Il fera bientôt nuit.

Elle ne dit rien.

- C'était agréable quand même, fit-il en se relevant et en s'époussetant le pantalon. Je suis content d'avoir passé cette journée avec toi. J'aime beaucoup cet endroit.

Elle le regarda ranger les affaires du pique-nique sans rien dire. La sphère flamboyante du soleil rougissait à vue d'œil. Quelques centimètres à peine la séparaient à présent de l'horizon. De fins nuages s'étiraient et se coloraient d'un camaïeu de magentas impressionant.

Harry avait fini ses préparatifs. Il était prêt à y aller. Il agita sa baguette magique et son Éclair de Feu apparut. Suspendu dans un filet, il y avait sa valise et toutes les affaires dont il aurait besoin. Plus rien n'importait, à présent, sinon voyager loin et oublier.

Il enfourcha son balai. Le vent se levait. Les blés ondulaient dans la lumière rouge du couchant. Les cheveux de Morgane flottaient sur son visage pensif.

- Eh bien… fit Harry en frappant du pied pour décoller. À la prochaine.

- C'est ça. Bonne route, dit-elle.

- Passe de bonnes vacances.

- Et toi, prends garde à ce que je t'ai dit.

- J'y penserai.

Elle ne bougea pas lorsqu'il décolla. Elle était assise sur la tombe de Lily et James. Elle le regardait. Il s'immobilisa à un mètre du sol, embrassa une dernière fois du regard l'étendue du lieu, isolé hors du temps entre deux horizons. Il prit son essor.

- Harry! Attends!

Il s'arrêta. Morgane était en dessous de lui. Les cheveux lui battaient sur le visage. Même dans la lueur finissante du jour, il pouvait voir ses yeux verts le scruter.

- Quoi? fit-il.

- Est-ce que… Est-ce que je peux venir avec toi?

Le soleil s'évanouit derrière l'océan.

Harry sourit.

Alors…

… il lui tendit la main.

— Fin de 'Stratagème' —