Titre : Les Portes : « Save the wizard, save the world ! »
Disclaimer : L'univers de HP et ses personnages sont la propriété de JK Rowling, je ne touche aucun argent. Le Docteur est une création de la BBC et de quelques autres. David Tennant n'appartient qu'à lui-même. Le laissez-passer A38 est une invention diabolique d'Uderzo et Gosciny.
Continuité : fin juillet 2007 (je rappelle que, dans cet univers, tout ce qui a été révélé au-delà du tome 4 n'existe pas. Toutefois, j'y ai fait une petite allusion bénigne...)
Personnages
: Harry Potter, Moïra Grindelwald/Carolis/Grindelis, Aurora Lagarde/Dawn.
Avertissement
: PG
Rappel
: Moïra a suivi Draco et Harry à travers les Portes Jumelles de Rowena Serdaigle jusqu'en 1995.
Note 1
: Ce bonus a été originellement publié en deux parties (1ère partie : « Harry Potter n'est pas anglais – David Tennant non plus. » ; 2ème partie : « Artemis, à votre service »).
Note 2
: Doctor Who est une série britannique culte (et grandissiment géniale) dont le personnage principal (le Docteur du titre) a été magnifiquement joué un temps par David Tennant.
Pour la petite anecdote, David Tennant a incarné Barty Crouch Jr dans le troisième film de Harry Potter.

NB : Moïra est téléphage en général et serieaddict en particulier. Et elle a toujours eu un petit arrière-fond de Mary-Sue. Ceci explique cela.


Les Portes :
« Save the wizard, save the world ! »

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Avec la délicatesse d'un cognard fou, Moïra se laissa tomber sur le lit. Les ressorts gémirent ; le dormeur aussi.

« Allez, debout le Chevelu ! » chantonna-t-elle gaiement.

Grognement.

Moïra se pencha par-dessus l'occupant du lit, l'écrasa au passage et saisit la télécommande de la télévision posée sur la table de nuit. Elle pressa le bouton de veille et dans une explosion de sons, le poste s'alluma. Harry s'éveilla en sursaut, main tendue, baguette au poing, prêt à attaquer tout envahisseur.

« Repos, soldat ! » dit Moïra entre deux bouchées dans un pain au sucre.

Harry cligna des yeux, chassa les mèches de cheveux qui lui masquaient le visage et saisit finalement les lunettes qui traînaient sur la table de nuit au milieu de tout un fatras de rouleaux, livres et comprimés.

« Moïra ? » s'étonna Harry.

Moïra avait recoupé ses cheveux en un carré court qui venaient lui chatouiller les joues. Elle avait un hématome violacé à la mâchoire et la lèvre gonflée.

« Tout en chair et en ecchymoses, répondit la jeune Auror. Tu gardes toujours ta baguette sous ton oreiller ? Tu es un bon petit gars. Le sergent-adjudant-caporal-chef Bâton-dans-le-Croupion serait fier de toi. » Et elle ébouriffa les cheveux de Harry. Un peu plus. Harry chassa sa main d'un geste agacé.

« Tu peux m'expliquer ce que tu fais dans mon lit ? grommela-t-il, la voix enrouée par le sommeil.

– Tu ne te souviens pas de la folle nuit de passion que nous avons passée ? s'écria-t-elle, outrée. Tu m'as déclaré ta flamme, juré passion et argent et on s'est marié.

– Bien sûr ! Et je me suis fait tatouer ton nom sur le cœur !

– La fesse droite en fait, sourit Moïra.

– Moïra !? gronda Harry.

– Harry chéri ? » Moïra battit des cils telle la bergère face au prince.

« Qu'est-ce que tu fous chez moi à… (Harry tendit le bras pour atteindre sa montre) A sept heures dix un dimanche matin !? s'exclama-t-il, outré.

– Sept heures douze, corrigea la jeune femme. Je suis venue t'apporter ton petit déjeuner. » Elle agita un sachet gras qui sentait bon le sucre sous le nez de Harry. « Tu pourrais d'ailleurs te montrer reconnaissant. »

Harry, tout de suite apaisé, se redressa, cala un oreiller derrière son dos et s'empara sans cérémonie du sachet.

« Ça ne pouvait pas attendre ? » marmonna-t-il pour la forme. Il extirpa avec précaution une brioche au sucre. Son ventre, affamé et impatient, grogna.

« Non. A sept heures quinze, il y a une interview de David Tennant et ma saleté de télé a rendu l'âme. Thé ou café ?

– Café. »

Harry mordit dans la viennoiserie et quelques grains de sucre tombèrent sur les couvertures. Il ferma les yeux et laissa sa tête reposer contre le mur. Son ventre ne grognait plus, il ronronnait.

« Tu n'es pas anglais ! » désapprouva Moïra. Elle matérialisa cependant une cafetière fumante. Harry rappela que David Tennant ne l'était guère plus, ce qui lui valut un regard si ce n'est noir au moins gris anthracite. Harry répondit par un sourire.

« Et maintenant ne dis plus un mot », prévint Moïra. Elle pointa la télécommande vers le téléviseur et augmenta le volume. « David parle. Quand David parle, Harry se tait !

– Harry comprend.

– Harry est un bon garçon. Maintenant mange en silence ! »

Harry mangea en silence ; Moïra beaucoup moins. Il lui fallait commenter les questions – totalement ineptes ! – de l'animateur, les réponses de l'acteur, ses mimiques et ses cheveux. – Oh ! Ces cheveux ! – Harry commençait à se demander si ce Tennant (qui lui était inexplicablement antipathique) était une sorte de Samson des temps modernes, plus charmeur que guerrier.

« Au fait ! fit Moïra profitant de la coupure pub, tu te souviens que c'est aujourd'hui la date ?

– La date de quoi ? » demanda Harry, la tête penchée en arrière et le sachet vide au-dessus de sa bouche grande ouverte. Il espérait récupérer quelques grains de sucre ou même des miettes. Moïra s'empara sans cérémonie du sachet et planta son regard charbon dans celui de Harry.

« La date, insista-t-elle, bien moins guillerette.

– De quoi ? » répondit Harry avec la même emphase.

Moïra plissa les yeux et pinça les lèvres.

« Tu me fais marcher, décréta-t-elle.

– Totalement, sourit Harry.

– C'est nul ! » marmonna-t-elle, boudeuse.

Le sourire de Harry s'agrandit.

« Tu es mignonne, Moïra. »

Moïra dévisagea Harry, perplexe d'abord, un peu embarrassée aussi, amusée finalement. Elle retourna son attention vers le téléviseur, le menton haut et un sourire en coin. « Bien sûr », dit-elle avec un contentement exagéré. Harry leva les yeux au plafond et poussa un petit soupir fatigué.

L'émission reprit mais David Tennant avait été remplacé par une jeune actrice moldue qui avait un petit air de ressemblance avec Hermione. Si Hermione avait eu l'air cruche et snob tout à la fois. Ce qu'elle n'avait pas.

« Ça fait trois semaines que Malfoy m'envoie des hiboux, reprit Harry. Hermione me le rappelle depuis une semaine. Ron est apparu hier dans ma cheminée, catastrophé : il pensait avoir loupé la date. Je crois que Sirius a voulu faire preuve de subtilité en réclamant mon aide pour trier de vieux cartons. Remus m'a offert dix jours en avance mon cadeau d'anniversaire : un retourneur. McGo a subitement eu envie de me proposer un poste comme professeur de Défense contre les Forces du Mal. Et Snape a "malencontreusement" (Harry mima avec ses doigts des guillemets) fait tomber sur mon pied un énorme bouquin sur les paradoxes temporels ! Donc, non, Moïra, je n'ai pas oublié quel jour on est aujourd'hui. Mais je commence à être un tout petit peu vexé du peu de confiance que l'on m'accorde. »

Moïra se pencha vers Harry et déposa un rapide baiser sur sa joue piquante.

« C'est toi qui es mignon, Orph'. »

Il lui marmonna de ne pas l'appeler ainsi. Elle lui répondit qu'elle le préférait en Orpheo et il grommela qu'il ne savait pas vraiment comment il devait le prendre. Bien, dit-elle. Il n'était pas convaincu.

Un silence confortable s'était installé entre les deux sorciers quand Moïra demanda avec nonchalance : « Dragon t'écrit ? ». Avec une tentative de nonchalance.

Harry se mordit l'intérieur des joues pour ne pas sourire. Moïra leva la télécommande et changea de chaîne, s'arrêta quelques secondes sur Plomberie et Déco, puis passa sur Le jardin de mes rêves, zappa ensuite sur Des briques et des dentelles et se décida finalement pour Cuisines et tendances. Elle voulait paraître détachée, décontractée et désinvolte et des tas d'autres adjectifs avec des préfixes en dé-. Elle voulait mais était tout le contraire.

« Malfoy ne m'écrit pas ! rectifia Harry. Il me fait parvenir des mémos par sa secrétaire. Nuance !

– Mais tu communiques avec lui ? » insista Moïra. Harry haussa les épaules.

« La dernière fois que nous nous sommes vus, personne n'a évoqué la possibilité d'utiliser un sort impardonnable. Je crois qu'on peut parler de communication.

– Il t'a parlé de moi ?

– On ne communique pas à ce point, tempéra Harry.

– Pourquoi ne t'a-t-il pas parlé de moi ? soupira Moïra. Il sait qu'on est partenaires, non ? Non ?

– Bien sûr qu'il le sait.

– Alors pourquoi ne t'a-t-il pas parlé de moi ?

– Moïra… »

Harry se passa la main dans les cheveux. Gagner quelques secondes pour trouver les bons mots.

« Malfoy et moi, nous ne sommes pas amis. Il ne va pas me parler de la manière dont tu lui as brisé le cœur en le plaquant du jour au lendemain sans donner la moindre explication.

– Il a le cœur brisé ? »

Le masque d'adjectifs en dé- tomba un instant et laissa voir dans la lumière bleutée de la télévision l'expression d'une jeune femme un peu perdue, un peu à la dérive. Elles étaient loin les bravades et les malices de la jeune Auror si sûre d'elle ! Bien loin.

Et le masque revint en place. Un battement de cils, une inspiration, et toute la détresse s'était effacée ; l'effronterie avait reparu.

« Moïra, tu veux savoir comment il va, tu lui envoies un hibou.

– Tu vaux rien comme meilleur ami, Potter, marmonna Moïra, boudeuse.

– Tu ne te souviens pas ? Tu m'as rétrogradé…

– Tu t'étais moqué de ma robe !

– … pour promouvoir Elias.

– Il trouvait que ma robe m'allait très bien !

– et pourquoi tu n'es pas en train de squatter la télé d'Elias, ton nouveau meilleur ami, au juste ?

– Il couche avec Judy !

– Ohh… Et ?

– S'il est capable de sortir avec cette nouille, je ne peux décemment pas le garder comme meilleur ami.

– C'est sûr. Donc, je reprends du galon ?

– Tout à fait. Tu devrais être honoré.

– Je le suis. La preuve : je te laisse me réveiller à sept heures du mat, un dimanche, pour regarder un talk show stupide sur un acteur de seconde zone qui joue…

– Attention, Orph' ! Un mot de plus et je t'arrache ta langue de Fourchelang ! »

Harry leva les mains en signe de reddition.

« David Tennant, un acteur de seconde zone ?! T'as gagné une soirée marathon. Et on verra, si à la fin, tu n'es pas amoureux !

– Je trépigne d'impatience. »

Moïra enfonça son coude dans les côtes de Harry. Harry se plia en deux et feignit une terrible souffrance, ce qui lui valut de se prendre un oreiller sur la tête.

« Tant que l'on est dans les sujets embarrassants du cœur, dit Moïra une fois que Harry se fut redressé. Tu te sens prêt à la voir ?

– Qui ? demanda distraitement Harry. Il essayait de remettre à peu près en ordre ce qui lui servait de chevelure et cela réclamait beaucoup d'attention.

– Parfois, je me demande si tous tes neurones ne se sont pas évaporés par cette affreuse cicatrice.

– Cela dépend des versions. »

Moïra leva les yeux au plafond.

« Dawn ! Je parle de Dawn, tête de chaudron ! »

Harry haussa les épaules, mais ne dit mot.

« Ça doit te faire bizarre. »

Harry haussa un peu plus haut les épaules.

« La dernière fois que vous vous êtes vus, vous avez failli vous envoyer les meubles au visage.

– On n'a pas failli, corrigea Harry. Il n'y a que l'évier qui n'a pas valdingué.

– Dawn a un sale caractère, convint Moïra.

– Tu veux dire qu'elle est carrément hystérique.

– Les circonstances ne jouaient pas en sa faveur. »

Harry hocha la tête. La fin de sa cinquième année avait été quelque peu agitée. Euphémisme. A l'image de toutes ses fins d'années. Des traîtres, des tentatives d'assassinat, Voldemort et ses sbires, des révélations, des combats, des coups de théâtre et de la poussière de magie pour relever le tout…

Harry se racla la gorge.

« Tu es restée en contact avec elle ? Avec Dawn ?

– Vaguement. Elle bosse beaucoup ; moi aussi. »

Moïra, lassée des couteaux qui coupaient tout, même les clous, changea de chaîne et s'arrêta, cette fois, sur un dessin animé : l'histoire d'un gamin élu pour combattre un mégalo qui voulait asservir le monde. Il était aidé dans sa tâche d'une je-sais-tout bien trop raisonnable pour son bien et d'un grand dadais volontaire mais pas très adroit. Harry sourit malgré lui.

« J'appréhende, avoua-t-il alors que le héros évitait une gerbe de flammes lancée par son meilleur ennemi : un balafré teigneux. J'appréhende de la revoir, » précisa-t-il.

Moïra lui jeta un regard en coin ; il l'observait de la même manière.

« Je ne suis pas partie sans raison, lui offrit-elle en contrepartie.

– Je sais.

– Tu sais ?

– Je commence à te connaître, Grindelis. » Un étrange sourire passa sur les lèvres de Moïra. « Il a besoin de savoir, continua Harry.

– J'ai besoin de temps.

– Malfoy attendra. Ça fait douze ans qu'il attend.

– Il ne me semblait pas vraiment attendre pendant les cinq ans où il a été fiancé à Greengrass. »

Harry passa le bras autour des épaules de Moïra.

« Il ne faisait que ça : attendre. Des fiançailles qui durent cinq ans, où as-tu vu ça, tête de louche ? » Moïra posa la tête dans le creux de l'épaule de Harry et ferma les yeux. « Si tu veux, on peut regarder le final de la première saison des aventures de ton docteur, lui offrit-il.

– J'étais sûre que tu aimais ! sourit Moïra.

– La fille est mignonne ! concéda-t-il. Et le vaisseau est cool.

– Trop cool ! T'as pas envie d'avoir le même ? »

Harry sourit et déposa un baiser sur le sommet du crâne de Moïra.

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-o-

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Harry recula d'un bond et regagna prestement le trottoir. Le chauffeur klaxonna son mécontentement et son impatience. Harry fit un signe de la main pour présenter ses excuses, le chauffeur répondit par un tout autre genre de signe. Harry ne s'en formalisa pas.

Le soleil était haut, le ciel était bleu, une brise agitait les branches des marronniers et les Parisiens se dépêchaient. Se dépêchaient pour quoi ? Harry l'ignorait. Ses quelques excursions dans la capitale française lui avait appris que, par essence, le Parisien était un être pressé. Pressé de partir, de rentrer, d'aller, de retrouver, de se perdre, de s'éloigner, de se rapprocher… Trop pressé pour les politesses, mais déjà moins pour les insultes et grommellements.

Harry allongea le pas, il lui fallait se dépêcher. Lui aussi. Paris avait cet effet sur ceux qui battaient son pavé. Pavé qu'elle n'avait d'ailleurs plus. Parisien de cœur, d'adoption, de naissance ou de passage, tous se pressaient dans ses artères, dans ses rues et ses tunnels. Tous avaient bien plus urgent à faire.

Aujourd'hui, Harry, par exemple, devait sauver le monde. Et cela ne pouvait se faire qu'aujourd'hui même. Et à un instant très précis. Il sortit de sa poche une montre gousset, laissa échapper un juron et accéléra le pas. Le fabuliste prétend que rien ne sert de courir, il faut partir à point. Certes. Mais le fabuliste ignore qu'avec un peu de magie, même en traînant au lit plus que nécessaire et sans vraiment courir, on peut tout de même arriver dans les temps. Harry se frotta les mains l'une contre l'autre, assouplit ses doigts, fit craquer ses phalanges. Et il inspira profondément. Avec la précision d'un chat, il enfonça ses doigts dans la réalité. Elle s'agitait, s'entortillait, elle cherchait à lui échapper, il affermit sa prise et commença à tirer.

Il amenait la réalité à lui, raccourcissait les distances, déformait l'espace jusqu'à ce qu'il n'ait plus qu'à faire un pas pour se retrouver exactement là où il voulait : au 77 de la rue Monceau, Paris VIIIème. Harry jeta un coup d'œil à sa montre : il était de nouveau dans les temps.

Sans se soucier du feu qui passait au rouge, Harry traversa d'un pas alerte la rue en dehors du passage piéton, et gagna le trottoir d'en face. Harry aimait vivre dangereusement. Et puis « à Rome, fais comme le Romain ». Le Parisien en l'occurrence.

En quelques enjambées, Harry se retrouva devant de hautes grilles en fer forgé. Sur le mur, une plaque annonçait : « A.R.T.E.M.I.S. Institut privé d'épéistes depuis 1569 ». Harry chercha comme signaler sa présence et il avisa une mention écrite en petits caractères : « Seul le bon mot vous ouvrira les portes. » Pourquoi faire compliquer quand on pouvait faire simple ? Harry dit l'alohomora et les lourdes grilles de fer tournèrent sur leurs gonds.

Harry traversa une vaste cour aux dalles irrégulières, polies par les ans et les pas des sorciers pressés. Du coin de l'œil, Harry repéra un cercle de voyage gravé dans la pierre et gardé par deux sorciers (un homme et une femme) vêtus de rouge et d'une immobilité de soldat de plomb. Le cercle était interdit d'utilisation depuis quelques semaines : une sombre histoire de complot ourdi par les Forestiers, un groupe d'activistes extrémistes de Brocéliande.

Harry gravit les marches du perron, jeta un nouveau coup d'œil à sa montre… Encore quelques secondes… Trois, deux, un… Harry poussa la porte vitrée de l'institut.

A l'accueil, avachie sur son comptoir, une jeune réceptionniste achevait de faire sa nuit. Elle portait sur son visage fatigué et mal maquillé les traces de sa soirée. Elle souhaita la bienvenue à Harry en langue sorcière internationale. C'est-à-dire en latin. La phrase était mécanique, un peu avalée, difficilement servie.

« Bonjour, mademoiselle, répondit Harry, tout sourire, j'aimerais solliciter l'aide d'Artemis pour une mission. »

L'hôtesse tendit un formulaire, une plume et désigna la salle d'attente. Harry la remercia, elle répondit en lui souhaitant une bonne continuation. En allemand. Vraiment pas réveillée !

Pliés au-dessus d'une table bien trop basse et coincés dans des fauteuils design et inconfortables, des sorciers remplissaient leurs formulaires. Ou essayaient de les remplir. Entre le mal de dos grimpant et les termes techniques incompréhensibles, les fronts se plissaient et les visages se défaisaient. Les formulaires étaient volontairement abscons, la salle d'attente inconfortable, le personnel désagréable. Cela constituait la première phase discriminante : seuls les sorciers qui avaient réellement besoin des services d'Artemis s'accrochaient, les autres finissaient par baisser les bras et tenter une autre approche. Les Aurors procédaient de la même manière. Harry n'eut donc aucune difficulté à remplir les pointillés et cocher les cases. Il avait également apporté tous les documents nécessaires, même les plus inutiles (tel que le laissez-passer A38, une rareté).

La voisine de gauche de Harry, une jeune fille jupe en jean, collants troués et doc Martens Union Jack, se pencha vers ce dernier.

« Sorrytodisturbyou,Sir,butIcouldn'tnotnoticeyouhavefinishedwith… »

Elle parlait à toute allure et surtout elle parlait en français. Harry l'interrompit pour lui demander de reprendre beaucoup moins vite. « Oh, you're Bristish ? » Un sourire gercé étira ses lèvres bleuies par le maquillage. Elle coinça une mèche blonde derrière son oreille, se racla la gorge et reprit en anglais. Les mots avaient du mal à venir et étaient écorchés syllabe après syllabe. La jeune sorcière aurait aimé, si ça ne le dérangeait pas trop, avoir quelques précisions sur des termes techniques qui lui échappaient. Harry assura dans un sourire que ça ne le dérangeait pas du tout (au contraire même) et révéla les réalités dissimulées derrière les grands termes mystérieux et fuyants.

Des têtes se lèvent, des sourcils se froncèrent. Un sorcier en costume trois pièces demanda à Harry s'il comprenait vraiment tout ce que cela signifiait. Harry répond que oui. Et voilà que tout le monde l'accable de questions, Harry ne sait plus où donner de la tête.

Une sorcière moulée comme une amphore dans son tailleur noir arriva au petit trot sur ses talons hauts. Elle s'empara du formulaire de Harry et intima à ce dernier de bien vouloir la suivre immédiatement. Les sorciers de la salle d'attente poussèrent des exclamations d'agacement et de déception. La jeune femme ne s'en soucia pas. Harry lui emboîta le pas après avoir jeté un coup d'œil à sa montre.

On le mena dans une petite bibliothèque douillette aux fauteuils profonds et moelleux et on le pria d'attendre le temps que l'on examine son dossier. Il était libre de prendre les livres ou les magazines et journaux étalés sur la table basse. Il y avait dans le bar des rafraîchissements et dans la corbeille des viennoiseries. Désirait-il autre chose ? Harry répondit que non et la sorcière ressortit et faisant claquer des talons sur le parquet craquant. Harry s'empara d'un magazine (Mélusine, numéro spécial astro) et étendit les jambes.

Harry allait découvrir s'il était plutôt magie traditionnelle ou magie moderne quand on ouvrit à nouveau la porte. Une autre sorcière, tout aussi en tailleur et talons, l'invita à le suivre. Ils traversèrent des couloirs, montèrent des escaliers, en descendirent d'autres et finalement s'arrêtèrent devant une porte vitrée sur lequel était écrit : « Garde R. Clément ». La sorcière toqua trois fois, puis tourna la poignée. Elle n'entra pas, mais s'effaça sur le côté pour laisser passer Harry. Elle referma la porte derrière lui sans dire un mot. Harry jeta un dernier coup d'œil à sa montre. Parfait.

La pièce dans laquelle Harry avait été introduit était spacieuse et claire. Les hauts murs blancs réverbéraient la lumière estivale qui se déversait sans retenue par les hautes fenêtres. Hautes fenêtres qui dévoilaient une vue verdoyante sur le parc Monceau. Classe ! La décoration était minimaliste, fonctionnelle et élégante. Le meuble principal était un très grand bureau de bois sombre sur lequel s'entassait des piles de dossiers ainsi que, chose étonnante, un ordinateur très moderne, très blanc, très design. Ce fut de derrière l'écran que provint une voix bienveillante : « Je vous en prie, entrez, monsieur Potter. Je suis à vous dans quelques secondes, le temps de… Voilà ! »

Il y eut un petit « cling » et un jeune homme apparut de derrière l'écran.

La beauté du sorcier prit Harry par surprise. Des cheveux blonds courts dans la nuque, plus longs sur le front, des yeux gris acier, des traits réguliers, un peu juvéniles et un charisme écrasant. La respiration de Harry se bloqua et sa belle assurance s'évapora.

« Enchanté, Mr Potter, je suis Raphaël Clément. »

Le jeune sorcier sourit et tendit la main. Harry se racla la gorge, le regard fixé sur cette main tendue, incapable de décider s'il pouvait ou non vraiment la serrer.

Détraqueurs, dragons, acromantulas, furies et vouivres, tant que vous voulez ! Harry le Survivant partait au combat, baguette à la main et sourire tranquille aux lèvres. Face à Raphaël « Gueule d'Ange » Clément, adieu Auror de deuxième ordre Potter ! Harry se sentait soudain gauche, médiocre et stupide. Flash-back de la période ingrate de l'adolescence où son corps avait grandi en dépit du bon sens et où toute la coordination s'en était trouvée bouleversée.

Harry cligna des yeux et serra finalement la main du sorcier. Il marmonna quelques politesses sans être certain que ce fût les bonnes.

« C'est moi qui vais m'occuper de votre dossier et superviser son suivi », reprit Clément en désignant le fauteuil placé face au bureau. Harry s'y installa, trop content de savoir enfin quoi faire de tous ses bras et jambes encombrants.

« Cela signifie qu'il a été approuvé ? » demanda Harry, la voix un peu râpeuse. Il s'éclaircit la gorge et reposa sa question.

« Pas encore, sourit Clément. Le conseil des Lames se réunit le lundi matin, c'est à ce moment qu'il est décidé si les dossiers seront ou non approuvés. Et si oui, qui en aura la charge. Vous serez…

– Je sais déjà quelle Lame je veux, coupa Harry. J'aimerais qu'Aurora s'occupe de cette mission. »

Clément leva les yeux du dossier qu'il parcourait et les planta dans ceux de Harry. Harry sentit une nouvelle fois sa respiration se bloquer, mais, cette fois, il était sur ses gardes. Il ne tressaillit pas, ne cilla pas. Il avait sous contrôle tous ses muscles, le moindre de ses nerfs.

« Mr Potter, on vous aura mal informé, dit Clément, la voix plus basse d'un demi-ton, le débit plus lent et le regard caressant. Les requérants ne sont pas habilités à choisir leur Lame, c'est une décision qui relève de l'autorité du Conseil. Je peux vous garantir que le Conseil…

– Je n'en doute pas, coupa une nouvelle fois Harry. Mais c'est Aurora qu'il me faut. Ce n'est même pas que j'ai envie que ce soit elle, c'est juste qu'il le faut. Et personne d'autre. »

Clément s'enfonça dans son fauteuil. Quelque chose comme un sourire étira un coin de sa bouche.

« Très bien, dit-il finalement. Recommençons depuis le début, Mr Potter. Qu'est-ce qu'Artemis peut pour vous ? »

Et ce fut comme si la pression de l'air avait chuté. Harry pouvait respirer à nouveau régulièrement, il n'y avait plus comme cette sangle qui lui enserrait les poumons. Plus de tressaillements nerveux, plus de gorge nouée, plus d'emballement cardiaque. Et un sorcier, quoique fort beau, des plus ordinaires comme interlocuteur.

Harry s'assit plus profondément dans son fauteuil et étendit ses longues jambes. Il se sentait mieux.

« J'aimerais que Lagarde s'occupe de ma protection. »

Clément haussa un sourcil.

« Mr Potter, en toute franchise, il ne me semble pas que vous ayez besoin de l'aide d'Artemis pour assurer votre protection. » Le sorcier tendit le bras vers le clavier de son ordinateur et enfonça quelques touches. « Vous êtes détenteur de la prestigieuse décoration des Fondateurs, membre honorifique du Grand Ordre de Merlin, Auror de deuxième classe spécialisé dans la défense des arts obscurs. Vous avez un permis de recours à la Magie Rouge et à la Magie Noire. Vous avez été formé à Poudlard sous la direction du plus grand sorcier moderne, Albus Dumbledore et l'Auror charge de votre instruction était le Chaman Nanabush. Rien que ça ! Je réitère ma question, Mr Potter : qu'est-ce qu'Artemis peut pour vous ? Surtout s'il s'agit de sauver le monde. Vos mots. »

Clément poussa vers Harry le formulaire que ce dernier avait rempli. A le question : « Pour quelle mission souhaitez-vous solliciter Artemis ? » Harry avait répondu : « Pour sauver le monde. » Un peu mélodramatique, il était vrai, mais pas si loin de la réalité si on y réfléchissait quelques secondes. Et Harry avait passé douze ans à y réfléchir.

« Je ne sollicite pas une protection pour Harry Potter Auror mais pour Harry Potter élève à Poudlard. » Clément se redressa, sourcils froncés et oreilles grandes ouvertes. Harry prit cela pour une invitation à poursuivre. « C'est la version de moi de quinze ans que je souhaiterais qu'Aurora protège.

– Dois-je comprendre que vous sollicitez une rétro-protection ?

– Je ne sais pas ce que c'est.

– Une protection dans le passé pour assurer le présent ou l'avenir.

– Alors oui, c'est ça. Je demande une rétro-protection.

– Elles sont rarement accordées, prévint Clément. Il va me falloir un certain nombre de pièces pour monter un dossier pareil. » Le sorcier prit un stylo sur le reposoir et commença à annoter le formulaire. « Influer sur la continuité temporelle réclame quelques précautions, reprit-il. Cette protection que vous demandez avez-vous souvenir de l'avoir vécue ou bien souhaitez-vous en pourvoir votre vous plus jeune afin de vivre plus facilement certains événements ?

– La première.

– Bien.

– La dernière est possible ? s'enquit Harry.

– Non, sourit Clément. Le passé est advenu, nous ne pouvons pas le modifier. Mais tout le monde ne le sait pas et nous recevons régulièrement des demandes pour influer sur la continuité spatio-temporelle. Nous les refusons systématiquement. Evidemment.

– Evidemment.

– Donc, si cette protection appartient à vos souvenirs, cela signifie que votre dossier va être accepté. C'est plutôt encourageant. Continuons. Vous vous doutez bien que nous ne pouvons pas agir sur votre seule parole. Tout Harry Potter le Survivant que vous soyez. Nous avons besoin de preuves. »

Harry posa sur le bureau un épais dossier et le poussa vers Clément. Avec des gestes lents et précis, Clément souleva la couverture et étala devant lui le contenu du dossier. Il y avait des coupures de journaux, des lettres, des photos, des déclarations sur serment, des accréditations et l'almanach de Poudlard de 1975.

« 1975 ? Votre histoire personnelle n'est pas simple, Mr Potter.

– Vous n'avez pas idée ! »

Après cela, la conversation ne s'éternisa pas : Clément avait besoin d'étudier le dossier en premier lieu. Il recontacterait Harry plus tard, dans la semaine. Restait-il sur Paris ou bien comptait-il rentrer en Grande-Bretagne ? Harry avait l'intention de prendre une semaine de vacances, il restait donc en France. Il irait peut-être faire un tour du côté de Brocéliande. Clément hocha la tête mais ne fit aucun commentaire.

Paris et Brocéliande étaient les deux grands pôles magiques de la France et chacun comptait bien l'emporter sur l'autre et régner sans partage sur l'hexagone. Brocéliande mettait en avant son historicité magique, quand Paris rappelait qu'elle était centre culturel et politique, monde moldu et magique confondus.

Les deux régions n'avaient pas la même façon d'envisager la Magie et chacune professait une manière très différente de vivre sa sorcellerie.

Brocéliande promouvait une magie traditionnelle aussi bien druidique que runique. Technologies et sciences moldues y étaient très mal considérées. Voire discréditées. On cultivait amoureusement les mystères et les traditions de la grande époque de Merlin.

A l'opposé, Paris cherchait à moderniser le monde magique, encourageait la recherche, le métissage avec les pratiques moldues. Il fallait vivre avec son temps et les sorciers ne pouvaient se permettre de se couper de 99,77% de la population mondiale. A Paris, pas de robes ni de chapeaux pointus. Les sorciers avaient des ordinateurs, un réseau de communication en ligne et une base de donnée accessible à tous (il fallait juste en faire la demande au Ministère de la Communication et des Echanges). Artemis étant implanté à Paris suivait la tendance moderniste. D'où les tailleurs, les talons hauts, les costumes trois pièces et les ordinateurs.

Harry, en tant que sorcier britannique, était naturellement porté à prendre parti pour Brocéliande. Il avait, certes, été élevé dans le monde moldu, mais il trouvait qu'il y avait quelque chose de contre-nature à mélanger magie et électronique. Il ne s'émerveillait pas devant le moteur de recherche sorcier (codex[point]sor) qui en quelques microsecondes trouvait un sortilège pour ranger alphabétiquement sa bibliothèque, le nom d'un obscur sorcier du XIème siècle qui avait autorisé le vol sur balais ou la recette de la potion d'invulnérabilité (durée limitée à sept secondes). Il était même plutôt horrifié. Mais il semblait que plus Brocéliande s'enferrait dans la glorification du passé et plus Paris courait vers le futur et le métissage. Les tensions entre les deux pôles magiques étaient telles que l'on redoutait les affrontements.

Et pendant ce temps-là, les autres régions de France, particulièrement celles du Sud (bastion de Beauxbâtons), sans évoquer celles outre-mer, cherchaient s'émanciper et profiteraient d'une guerre ouverte entre les deux têtes pour s'échapper sur les côtés et proclamer leur indépendance.

Le monde magique français était en crise.

Clément le contacta cinq jours plus tard. Harry avait eu le temps de flâner dans la forêt de Brocéliande. Il avait trempé ses orteils dans le lac de la dame du même nom et avait acheté quelques T-shirt souvenirs (« J'ai dragué la Dame du Lac », « Excalibure is my precious » et, son préféré, « Merlin is my father »). Brocéliande était, certes, traditionaliste mais pas prête à ne pas profiter de son tourisme.

Le rendez-vous avait été fixé dans un café du cinquième arrondissement, le Pardaillan. Clément était déjà installé à une petite table dans le fond et attendait en lisant le journal préféré des sorciers parisiens : L'Envol. Il se leva quand Harry se présenta devant lui. Ils échangèrent quelques politesses d'usage puis Clément appela un garçon d'un signe de main ; un serveur se présenta presque immédiatement. Harry n'avait pas eu le temps de se renseigner sur le menu, mais, de toute évidence, son hôte avait faim ; alors, pour ne pas faire attendre ce dernier, Harry commanda le plat du jour sans savoir ce que ça pouvait être. Clément demanda la même chose, un pichet de vin et une bouteille d'eau pétillante. Il ajouta une salade de saison à leur commande et le garçon repartit très vite.

« J'aime beaucoup ce bistrot, commenta Clément. Aurora m'a appelé tout à l'heure, elle sera un peu en retard : une réunion qui s'éternise.

– Mon dossier a donc été validé ?

– Vous en doutiez ? sourit Clément. »

La conversation dévia sur le Quidditch. Les Français étaient beaucoup moins passionnés par ce sport que les Britanniques, il lui préférait l'Oplon sportif, surtout s'ils étaient Parisiens. Mais Clément aimait bien le Quidditch. « La mère de mon père est écossaise. J'allais tous les étés lui rendre visite et elle était une fervente supportrice de Quidditch. » De toute évidence, Clément ne voulait pas aborder le sujet qui l'intéressait tant qu'Aurora ne serait pas là.

Harry mangea peu : il appréhendait ces retrouvailles. La dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés dans la même pièce, c'était lors d'une fête que Moïra avait organisée. Ils avaient échangé quelques mots creux près du buffet, creux et un peu vachards. Jusqu'au moment où c'était le mobilier qu'ils s'étaient échangés. Divergence d'opinion. Ron parlait plutôt d'amour vache ; Ron s'était retrouvé avec des sabots et des cornes ce soir-là.

De son séjour dans le passé, Harry ne gardait aucun souvenir : tout avait été soigneusement effacé. Il avait bien essayé de soutirer des informations, mais rien : Malfoy, Moïra, Remus ou Sirius restaient muets sur le sujet. Mrs Finnigan, la mère de Seamus, lui avait divulgué quelques informations, pas grand chose. Harry n'osait pas trop prospecter de ce côté, il était évident que le sujet était douloureux pour la sorcière.
Finalement, tout ce que Harry savait, il le tenait de lui-même : il y avait cette Aurora Dawn et il allait en tomber amoureux. Point barre et débrouille-toi avec ça !

Harry et Aurora ne s'étaient pas du tout entendus durant leur cinquième année. Aurora était une jeune sorcière rigide, ambitieuse, compétitrice et emportée. « N'essaie pas, réussis ! » était probablement sa devise personnelle. Oh, elle avait des qualités !... Moïra l'assurait ; Harry les cherchait encore. Comment son lui du futur (qui n'était maintenant plus si éloigné) avait pu tomber amoureux de cette névrosée, son lui du présent l'ignorait et ne pouvait même pas l'envisager.

Alors oui, Harry appréhendait ces retrouvailles.

Quand elle entra dans le bistrot, Harry ne la reconnut pas immédiatement.

Elle était vêtue comme une Parisienne moldue et rien ne laissait deviner la sorcière qu'elle était. Elle se laissa tomber sur la chaise libre, salua rapidement Clément, se plaignit de la longueur de la réunion, de la chaleur et du poids de sa besace et du vide qui lui tenaillait l'estomac. Elle piqua une frite dans l'assiette de Clément et lui vida son verre d'eau.

« Tu ne m'as rien commandé, Raph' ? » demanda-t-elle en piquant une nouvelle frite.

– Une salade, comme tu me l'avais demandée.

– Super ! » s'exclama-t-elle en s'emparant d'une nouvelle frite.

Clément fit signe au garçon qui apporta immédiatement la salade. Harry attendait en silence qu'on le présente. Aurora se jeta sur sa salade.

« Potter, c'est ça ? » demanda-t-elle après avoir avalé un morceau de tomate. Elle attrapa les lunettes posées au sommet de son crâne et les plaça à l'endroit prévu : sur son nez. Ses cheveux dégringolèrent autour de son visage. « T'as pas changé ! » remarqua-t-elle.

Harry ne répondit rien, serra juste un peu plus le poing sur le manche de sa fourchette. Clément laissa échapper un petit sourire.

En 1995, Aurora avait refusé d'être impressionnée par Harry Potter le Survivant, ce qui avait quelque peu vexé Harry à l'époque. Douze ans plus tard, Aurora ne voyait toujours rien d'extraordinaire à être assise en face de Harry Potter l'Auror. Yep, elle ne lui épargnait aucune vexation.

« Toi, en revanche, fit Harry, plus acide qu'il ne le voulait, le jour et la nuit ! » Acide et ironique.

Aurora sourit. Elle avait toujours été particulièrement imperméable à l'ironie.

« Il paraît que tu as requis expressément ma présence pour une mission de protection. Toujours incapable de faire le boulot seul, à ce que je vois. »

Harry envisagea à cet instant la possibilité de créer un paradoxe temporel et de laisser sa version de quinze ans se démerder sans lui. Sérieux.


Fin.