Titre : Les Portes : « Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée »
Disclaimer : L'univers de HP et ses personnages sont la propriété de JK Rowling, je ne touche aucun argent en publiant ce texte.
Continuité : Noël 75 à Poudlard, Harry, sous les traits d'Orpheo Knight, passe quelques mois avec ses parents. Ce bonus se déroule pendant les vacances de Noël, c'est une bulle entre le chapitre 16 et le chapitre 17.
Personnages
: James Potter, Lily Evans, Remus Lupin, Sirius Black, Peter Pettigrow, Harry Potter/Orpheo Knight, Irina Norgoth, Meredith Adhonores + Henry Potter, Météra Potter.
Avertissement
: PG
Rappel
: James est en train de tomber amoureux de Lily. Lily a le pouvoir de lire l'avenir et sait donc qu'elle épousera James et aura un fils. L'idée ne lui plaît guère et elle essaie de trouver une échappatoire. On est à l'aube du rapprochement entre les Maraudeurs et les Mortes-Vivantes.
Note 1
: Originellement, il était prévu que dans la deuxième partie du chapitre 17, les Maraudeurs et Mortes-Vivantes se racontent comment leurs parents s'étaient rencontrés et étaient tombés amoureux. Mais je n'ai jamais réussi à insérer ce passage, alors j'ai coupé. Et puis il y a quelques mois, en cherchant un moyen de raccrocher un nouveau segment à l'histoire-mère, j'ai repensé à ce passage. Il a bien sûr subi un sacré nombre de transformations et d'ajustements, mais pour ce qui est de la base même des personnages : rien n'a bougé.
Note 2 : Le sous-titre du bonus est le dernier vers du poème de Nerval "El Desdichado".


.

Les Portes :
« Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée »

.

James aimait les histoires.

Il aimait les légendes des grands héros que sa mère lui racontait lorsque la nuit tombait et que le sommeil pesait lourd sur ses paupières. Elle lui narrait avec enthousiasme les gestes d'Arthur Pendragon, Lancelot du Lac et Morgan la Fay. Dans la lumière tamisée de la chambre, elle évoquait les combats d'Achille, la quête d'Orphée et le périple d'Ulysse. James, le visage à demi enfoui sous les couvertures, regardait les ombres dramatiques que la petite veilleuse projetait sur les murs. Et certains soirs, quand il n'avait pas le courage d'affronter les dragons, les chiens à trois têtes et les cyclopes, sa mère lui racontait les contes des belles endormies piquées au doigt, enfermées dans des donjons, condamnées à nettoyer, filer, cuisiner jusqu'à l'épuisement.

Si James aimait les héros bardés de courage et de victoires, les héroïnes persévérantes qui ne ploient pas sous le poids du destin et font face aux malheurs, la tête haute et les poings serrés, il affectionnait aussi, peut-être même encore plus, des histoires plus ordinaires aux protagonistes bien plus accessibles… Celles-là, c'était son père qui les lui racontait.

Quand Maman était ailleurs, occupée à sauver le monde, il n'y avait alors que la voix de Papa (et les commentaires de Cassandra) pour affronter la nuit ou combattre l'ennui. La voix de Papa, chaude et rassurante, emportait James dans un autre monde et un autre temps. Dans un univers vaguement déstabilisant, où les parents de James avaient son âge et étaient les héros de bêtises, facéties et autres malices.

– Papa, raconte-moi quand tu étais petit, quand tu avais mon âge.

– Mais je t'ai déjà tout raconté, riait son père.

– Raconte-moi quand Maman a gagné la coupe de Quidditch.

Raconte-moi quand tu es tombé dans le lac. Raconte-moi quand tu as découvert le passage secret. Raconte-moi quand tu as cassé le miroir de Grand-père. Raconte-moi…

Et son père riait davantage.

– Encore ? Tu n'en as pas assez ?

James n'en avait jamais assez. Bien sûr, il aurait aimé entendre d'autres histoires, écouter des aventures inédites. Seulement, chaque fois que James avait demandé à sa mère de contribuer à cet album d'anecdotes familiales précieusement collectées et soigneusement mémorisées, elle avait préféré raconter des histoires dont James était, ou serait, le héros. Quel petit bébé parfait il avait été, quel petit garçon dégourdi il était, quel homme valeureux il serait…

Un jour que le poisson ne mordait pas, que les nuages ne prenaient aucune forme amusante, James avait demandé à son père pourquoi sa mère ne voulait jamais lui raconter d'histoires de quand elle était petite. Son père n'avait pas ri, il avait poussé un long soupir et s'était redressé. James avait fait de même. Son père avait passé la main sur la tête de James. Il avait les mains larges et chaudes : des mains de Médicomage qui réconfortent et soignent.

– Quand elle était petite, avait dit son père, petite comme toi, James, Maman…

Il s'était arrêté, avait cherché ses mots. Il avait levé les yeux vers les arbres, plus haut encore, puis les avait reposés sur James.

– Tu sais que Maman n'a pas connu sa Maman, ni son Papa ?

James avait hoché la tête, puis il avait attrapé la main de son père et l'avait serrée dans les siennes, de toutes ses forces. Par crainte peut-être qu'un bras ne surgisse brusquement et n'attrape son père et ne l'emporte loin de lui. Ne savait-on jamais…

– Maman, quand elle était petite…, avait repris le père de James.

– Quand elle avait mon âge ?

– Oui, quand elle avait ton âge, elle vivait dans un orphelinat.

– C'est quoi un orphelinat ?

– Un endroit très triste où l'on rassemble tous les enfants qui n'ont pas de parents.

– Ni de Papa, ni de Maman ?

– Ni de Papa, ni de Maman, avait confirmé Papa.

James avait serré plus fort la large main de son père.

– Ce ne sont pas des souvenirs très heureux et ça fait mal à Maman d'y penser. Et puis je crois qu'elle a peur que ça te rende triste.

Depuis, les soirs où James ne se sentait pas le courage d'accompagner les rois dans leurs quêtes, de soutenir les princesses dans leurs combats, mais qu'il ne voulait pas que sa mère l'abandonne encore à la nuit, il lui attrapait la main – la serrait fort – et lui demandait :

– Maman raconte-moi une histoire de quand j'étais petit.

Et sa mère souriait. Un grand sourire qui réchauffait le cœur. Elle saisissait les lunettes qui glissaient de sommeil sur le nez de James, les repliait et les posait sur la table de nuit. Puis, elle s'installait sur le lit et posait sa main sur les cheveux de James.

– Un jour, quand tu étais petit…

– Petit comment ?

– Petit comme un Puffskein.

– C'est pas vrai !

– Je t'assure.

– Je ne te crois pas.

– Un jour que tu étais petit comme un Puffskein…

.

-o-

.

L'inspiration lui manquait.

James avait raclé le sujet de son devoir de divination aussi profondément qu'il l'avait pu, mais maintenant, il calait.

Connaître son avenir est-il une bénédiction ou une malédiction ? En vous appuyant sur des exemples précis vus en cours ainsi que sur vos connaissances personnelles, vous débattrez de l'intérêt de connaître son avenir. Votre devoir devra être organisé et éviter l'artificiel plan « Oui, mais non, enfin peut-être car ça dépend ».

James avait évoqué Achille – longuement –, Œdipe – encore plus longuement. Il s'était aussi intéressé au cas étrange de Hæmlich Loft, le sorcier qui n'avait jamais accompli son destin de héros prophétisé à force de consulter des voyants pour lui éviter les difficultés et les pièges de la vie. Et maintenant, James calait.

Il releva le nez de ses parchemins et grimoires et parcourut du regard la salle commune des Gryffondor où tous ses camarades de Maison s'étaient rassemblés. Les filles et les garçons. Les vacances de Noël avaient vidé le château pratiquement de tous ses occupants. L'école de magie et de sorcellerie n'avait jamais été aussi impressionnante. Les échos se répercutaient plus longuement, les torches éclairaient moins loin, les ombres étaient plus sombres et les armures plus grimaçantes. L'envie d'explorer et de marauder s'était assagie. On aspirait à des coins lumineux et confortables, à des instants paisibles et anodins.

Lily écrivait avec application dans un carnet à la reliure de cuir. Norgoth, allongée sur le ventre, un coussin sous le menton lisait un épais livre, tandis qu'Adhonores, pinçait les cordes d'une lyre. Elle ne semblait suivre aucune mélodie, mais plutôt accompagner ses pensées vagabondes : une note grave pour une pensée sérieuse, un arpège pour une idée plus légère. Sirius et Orpheo discutaient stratégie de Quidditch, ce qui attirait au détour d'un paragraphe l'attention de Norgoth. Les commentaires qu'elle réprouvait étaient accueillis avec un froncement de sourcil. Elle secouait silencieusement la tête et reprenait, agacée, sa lecture. Mais quand une suggestion lui convenait, elle hochait la tête, semblait vouloir même exprimer à voix haute son approbation, mais se retenait à chaque fois. Peter, aidé d'un almanach qu'il manipulait expertement, apportait sa contribution chiffrée et précise à la discussion. Remus paressait sur le canapé, le pied battant le rythme impossible que suivait Adhonores.

– James, tu soupires encore ! remarqua Sirius. Si tu continues, tu vas faire tomber le mur.

– J'aimerais surtout faire s'envoler ce fichu devoir de divination.

– Si c'était aussi simple, marmonna Peter.

– Je ne comprends pas pourquoi je dois débattre sur quelque chose d'évident, s'emporta James.

– Qu'est-ce qu'il y a d'évident ?

Ce ne fut pas tant la question qui surprit James que la personne qui l'avait posée.

Lily Evans avait arrêté d'écrire et braquait sur James ses yeux immensément verts. Et l'attention de James s'attacha à un millier de détails : les paillettes d'or dont le feu de la cheminée parsemait le regard de Lily, ses joues que la chaleur du foyer rosissait, les mèches de cheveux cuivrés qui s'échappaient de la queue de cheval rapidement faite, sans trop y penser, les lèvres un peu gercées, une tache d'encre sur le bout du menton, un grain de beauté… Et tandis que le regard de James avait rebondi sur tous ces fragments de réalité, Lily n'avait pas détourné le sien. James sentit le souffle lui manquer, écrasé par la force imperturbable de ces grands yeux verts. Le cœur affolé, il tourna la tête vers ses camarades et remarqua alors que tous avaient suspendu leurs activités. Lily et lui étaient le centre de toutes les attentions.

– Tu parles bien du devoir sur l'intérêt ou non de connaître son avenir ? demanda-t-elle.

James hocha la tête. Il n'y avait aucune hauteur, aucun agacement dans le ton de Lily, mais une curiosité sincère.

– Qu'y a-t-il d'évident ?

James chercha Sirius du regard qui haussa les épaules. Les autres Maraudeurs ne semblaient pas non plus bien comprendre pourquoi Lily avait rompu le silence entre les deux groupes. Depuis le début des vacances, Maraudeurs et Mortes Vivantes s'étaient souvent croisés, mais sans jamais s'adresser la parole.

James se racla la gorge, prit bien soin de fixer son regard sur le bout de sa plume et expliqua qu'il considérait évident que le mieux était de ne rien savoir.

– Pourquoi ? demanda Lily.

Eh bien, parce que tant qu'on ignorait de quoi était fait le lendemain et les jours et les années suivantes, l'avenir offrait une infinité de possibilités. Mais à partir du moment où on connaissait son avenir, il n'y avait brusquement plus qu'une voie. Ainsi Priam en essayant d'empêcher son fils Paris de causer la chute de Troie l'avait éloigné de la ville et n'avait en réalité fait que le précipiter vers ce destin. Ainsi Œdipe avait fait ce qu'on savait alors même qu'il essayait d'éviter de faire ce qu'on savait. James pouvait continuer ainsi longtemps : la liste était longue ! Mais il n'ajouta aucun autre nom. Il s'enorgueillit surtout d'être resté maître de la sienne, de voix, durant tout son exposé. Il avait même réussi à regarder Lily dans les yeux ! Une seconde et même peut-être deux.

Lily fronça les sourcils, sembla un instant considérer l'argument de James et secoua la tête.

– Je crois que l'infinité de possibilités n'est qu'une illusion que la divination dissipe.

James n'était pas réellement sûr de comprendre : Lily était-elle en train de dire qu'on n'avait aucun choix ? Qu'un seul avenir tracé et décidé ?

Le regard de Lily glissa vers la droite, vers Orpheo. Elle s'y attarda le temps d'un battement de paupières avant de fixer Norgoth.

– Je crois qu'on a qu'une vie, que l'on fait des choix, des rencontres, je crois que…

Elle s'interrompit. Elle observait son carnet.

– Oui, je crois que notre vie ne suit qu'un seul tracé, que les décisions que nous prenons excluent nécessairement tout autre possible, que les étoiles ne nous gouvernent en rien. Je crois que la divination est une pratique qui ne mérite pas qu'on s'y attarde.

La voix de Lily était étrangement trouble. Une fêlure avait couru le long de ses paroles et égratigné ses propos. Elle avait les poings crispés, la tête baissée. James avait envie de se lever et de courir prendre Lily dans ses bras, de colmater la fêlure, de lui desserrer les poings, embrasser les paillettes d'or... Avait envie, aurait aimé, mais ne fit rien.

– Ma mère avait lu dans ses cartes qu'elle épouserait mon père, intervint Remus.

Les regards se tournèrent vers Remus et Lily en profita pour respirer, desserrer les poings, détendre ses muscles. Quand elle releva la tête, elle croisa le regard de James qui ne l'avait pas quittée des yeux (le pouvait-il seulement ?). Ses joues rosirent.

– Elle était alors fiancée à un autre homme dont elle était très amoureuse, dit Remus. Ils devaient se marier dans quelques jours. Mais comme les cartes lui avaient clairement signifié qu'elle en épouserait un autre, ma mère a rompu ses fiançailles et est partie en quête de son futur époux. Ils s'aimaient pourtant, ma mère et son fiancé, mais ce n'était pas suffisant pour elle. Elle a finalement trouvé mon père et ils se sont mariés.

– Mais ? demanda Norgoth qui ne manquait jamais de percevoir les silences et les omissions dans une histoire, une conversation.

– Mais ils n'ont jamais été vraiment heureux ensemble, reprit légèrement Remus. La légèreté était factice, forcée, douloureuse. Mon père soupçonne ma mère de l'avoir ensorcelé. Ma mère regrette d'avoir rompu ses fiançailles.

Il n'était pas évident de prendre la parole après pareille histoire, Irina Norgoth n'éprouva pourtant aucune difficulté ou réticence à le faire.

– Je ne pense pas que ta mère aurait épousé son premier fiancé, décréta-t-elle.

– Qu'est-ce que t'en sais ? demanda Peter vivement.

– Une fiancée qui est amoureuse et sûre de son choix ne consulte pas les oracles quelques jours avant son mariage.

Peter ouvrit la bouche pour répondre quelque chose, mais la referma : il n'y avait rien à répondre.

– Je n'y avais jamais pensé, dit Remus, pensif.

– Ta mère cherchait probablement une échappatoire à son mariage, elle n'osait pas prendre la décision seule. Elle n'en avait probablement pas le courage. Elle a sauté sur la première sortie de secours qui lui est apparue. Une échappatoire en plus qui la déresponsabilisait : ce n'était pas elle qui changeait d'avis, c'était le destin qui s'en mêlait.

Remus hocha la tête : l'éventualité lui semblait tout à fait possible. Voire probable.

– Tu ne crois pas au destin ? demanda Orpheo.

– Notre vie est faite de choix : les nôtres et ceux que d'autres ont faits, répondit Norgoth. Je crois qu'on ne décide pas de tout. On ne vit pas seul mais avec d'autres personnes dont il faut prendre en compte les volontés, les attentes, les espoirs. Nous avons des responsabilités qui nous amènent à oublier ce qu'on aimerait et à faire ce qui est attendu. Mais je ne crois pas que les étoiles, qu'un dieu ou toute autre entité supérieure a déjà tout écrit, tout arrêté.

– En acceptant de laisser les décisions des autres tracer ta voie, tu prends une décision, intervint Sirius. Renoncer à décider est une décision. Une décision qui craint, mais une décision quand même.

Lily redressa la tête et planta son regard dans celui de Norgoth. Elle avait un petit sourire en coin qui avait l'air de dire « Tu te rends compte que c'est Sirius Black qui te dit ça ? ». L'ironie ne dût pas échapper à Norgoth car elle lui rendit son sourire.

– T'as de la chance, Remus, soupira Peter. Tu sais comment tes parents se sont rencontrés.

La déclaration de Peter prit tout le monde au dépourvu. N'avait-il pas écouté ce que Remus avait dit ? Une fois la prédiction réalisée et le mariage consommé, le couple s'était vite désuni. Où était la chance dans tout ça ?

Comme tous l'observaient avec des yeux élargis par l'incompréhension, Peter ajouta : « Je n'ai aucune idée de comment mes parents se sont rencontrés. » Il hésita et reprit : « En fait, je n'ai aucune idée de qui est mon père. Ma mère ne veut pas en parler : ça la fait pleurer. » Et Peter ne voulait pas faire pleurer sa mère, alors il ne posait aucune question et menait sa vie avec cette terrible interrogation : qui était son père ?

– Mes parents ont été mariés par leurs familles, dit Norgoth. On ne leur a pas demandé leur avis et je ne suis même pas sûre que ça les ait dérangés.

– Ils se connaissaient au moins ? demanda Orpheo, choqué.

Norgoth hocha la tête.

– Ils naviguaient dans le même cercle.

– A ce niveau-là, on ne parle pas de mariage, mais d'alliance, remarqua Sirius.

Pour la deuxième fois en l'espace de cinq minutes, Sirius surprit Irina Norgoth. Elle le regardait comme si elle le voyait pour la première fois. Elle ne l'avait probablement jamais cru idiot, mais pour la première fois il lui semblait sensé. Lily était également surprise. Quant à Adhonores… ? Même Merlin ignorait ce que pouvait penser cette étrange fille !

– Mon père avait contracté une alliance aussi, continua Sirius.

– Vraiment ? s'étonna Orpheo.

– Y a pas de titres de noblesse chez les sorciers, mais s'il y en avait, les Black ne seraient pas loin d'avoir les plus pompeux. Et les plus poussiéreux. On est là depuis un paquet de siècles !

– Je crois que je ne connais que les noms de trois de mes grands-parents, dit pensivement Remus. Et une arrière-grand-mère, ajouta-t-il.

– Tu ne connais pas ta chance ! maronna Sirius. Chaque fois que je le voyais, mon grand-père m'obligeait à réciter l'arbre généalogique familial. A chaque erreur, je perdais un dessert. J'ai passé un été chez eux une année. En deux mois, je n'ai mangé qu'une part de tarte aux fraises. Elle n'était même pas bonne ! Dure comme de la pierre !

– C'est pourtant difficile de rater une tarte, remarqua Peter.

– C'était la pâte…

– Tu nous disais que ton père avait contracté une alliance, interrompit Norgoth cherchant à ramener Sirius sur le sujet de conversation qui l'intéressait.

– Oui. Une sorcière avec un pedigree qui convenait à peu près aux critères de mon grand-père. Mais mon père est tombé amoureux de ma mère. Alors adieu l'alliance stratégique ! Bonjour le mariage d'amour ! Mon grand-père a refusé de venir à la cérémonie, a refusé de me voir jusqu'à ce que je prouve que j'étais bien un sorcier.

– C'est un marrant ton grand-père ! ironisa Lily.

– Ce qui est vraiment amusant, reprit Sirius, c'est que ma mère appartient à la noblesse moldue, petite noblesse, mais noblesse quand même. Cela n'a pas empêché mon grand-père de la considérer comme une parvenue qui avait réussi à mettre le grappin sur son fils héritier. Et je crois que dans la famille de ma mère, il pense la même chose de mon père.

– Elles doivent être gaies, les réunions de famille, remarqua Lily.

– Je ne peux pas dire, on n'en a encore jamais fait.

– Pour ma part, je remarque surtout que, l'air de rien, tu viens de nous dire que t'étais un double-aristo ! remarqua Orpheo.

– Ouais, je sais. L'air de rien, je viens de t'en jeter plein la vue avec ma généalogie de prince charmant, se gaussa Sirius.

– Quand on était petits, dit James, Sirius insistait pour être le prince et je devais être son cheval.

– Mon fier destrier ! corrigea Sirius. Ne te dévalue pas, James.

– Et tu acceptais ? s'étonna Orpheo.

– Quand on était petits, Sirius mesurait deux têtes de plus que moi, précisa James.

– Ça n'a pas beaucoup changé, remarqua Sirius.

– Remus, tape Sirius de ma part, déclara James.

Remus envoya un coussin à la tête de Sirius, ce qui fit rire/glousser/sourire l'assemblée. Barrez la mention inutile.

Et puis un jour, le grand-père de James avait surpris le jeu des deux garçonnets et avait piqué une colère.

– Comme quoi de son vivant, jamais un Potter ne serait le cheval d'un Black !

James expliqua alors à ceux qui l'ignoraient que les Black et les Potter, à la base, s'appréciaient fort peu.

– Ils peuvent pas se piffrer, oui ! dit Sirius avec emphase.

C'était le problème des vieilles familles : elles étaient là depuis tellement longtemps qu'elles avaient eu le temps d'accumuler, en plus de la poussière, un paquet de rancunes et de jalousies.

– Ma mère, dit Lily, est tombée amoureuse du frère de son fiancé.

Cette déclaration attira bien évidemment l'attention de tous sur Lily. Les paillettes d'or brillaient de nouveau dans ses yeux et un petit sourire espiègle étirait discrètement, presque malgré elle, les coins de sa bouche rose.

– Elle était décidée à ne rien dire et ravaler son amour. Seulement mon père a fait sa déclaration. Tenez-vous bien : le jour du mariage ! Ils étaient prêts à s'enfuir et planter toute la noce, vivre d'amour et d'eau rose. Mais mes quatre grands-parents les ont rattrapés et ont décrété que puisqu'ils avaient payé pour un mariage, ils auraient un mariage. Sauf qu'au lieu de mon oncle, c'est mon père qu'on a planté devant l'autel.

– Les invités ont dû faire une drôle de tête, remarqua Remus.

– Pas tellement. Mes grands-mères avaient saoulé tout le monde en attendant que le problème se dénoue.

– Et le fiancé, ton oncle, il a dit quoi ? Ça a dû lui foutre un sacré coup que son frère épouse sa fiancée le jour de son mariage.

Lily secoua la tête.

– Je crois en fait que ça l'a plutôt arrangé. Il s'est avéré qu'oncle Jon n'aime pas les femmes.

– Il est misogyne ? demanda Peter.

– Non, ce n'est pas ça, dit Lily.

– Alors c'est quoi ?

– Il est comme Oscar Wilde, répondit-elle de manière allusive.

– C'est qui ? Le frère d'Edgard, le Serdaigle de sixième année ?

– Il est homosexuel, traduisit Norgoth sans cérémonie.

Peter se pencha vers Remus et lui glissa quelques mots à l'oreille. Remus secoua la tête et murmura à son tour quelque chose dans l'oreille de Peter. Les yeux de Peter s'agrandirent de surprise.

Adhonores resta très vague sur la manière dont ses parents s'étaient rencontrés. Ils étaient tombés amoureux, elle était née, sa mère s'était éteinte, fin de l'histoire. Orpheo avait balayé tout aussi vite le sujet : ses parents étaient camarades de classe. Au début, plutôt distants, puis ils s'étaient rapprochés, étaient finalement tombés amoureux et ils s'étaient mariés.

– Classique, dit Peter.

– Un peu convenu, ajouta Sirius. Y avait même pas un rival à évincer ? Des parents à convaincre ? Des barrières sociales à franchir ?

– Peut-être un petit peu, concéda Orpheo.

– Et toi, James ? Comment tes parents se sont-ils connus ?

.

-o-

.

– Maman, comment tu as su que Papa serait Papa ? avait demandé James un soir alors que sa mère achevait de raconter les retrouvailles entre Pénélope et Ulysse.

Sa mère avait froncé les sourcils, surprise par la question de James.

– Que veux-tu dire, Puffskein ?

James dévisagea sa mère, surpris. Il lui semblait pourtant que sa question était claire et il ne voyait pas un autre moyen de la formuler. Météra regarda l'illustration du roi et de la reine d'Ithaque qui se retrouvaient après vingt ans de séparation.

– Puffskein, tu veux savoir comment Papa et moi sommes tombés amoureux et avons décidé de former une famille ?

James poussa un soupir de soulagement et hocha vigoureusement la tête.

Sa mère s'était installée plus confortablement sur le lit de James qui s'était enfoncé davantage sous les couvertures. Ils avaient regardé en silence le plafond sur lequel brillaient les constellations. Le cœur de James battait vite d'excitation : Maman allait lui raconter une nouvelle histoire. Alors pour se calmer, pendant que sa mère triait ses souvenirs, il avait cherché les nouvelles constellations que son père lui avait apprises.


Note : Mon pseudo, mes fanfictions ont dix ans. Je me suis demandée comment fêter l'événement. J'avais tout un tas d'idées mais finalement bien trop peu de temps pour toutes les réaliser. J'ai donc décidé de me concentrer sur un projet. D'ici une petite quinzaine de jours, vous verrez une nouvelle tête de l'Hydre s'afficher crânement sur la toile : Les Portes a gagné un prequel ! Ce segment, de sept chapitres, vous emportera en 1942 au temps des parents de James et de Sirius. Quand finalement tout a commencé.

Bien évidemment, il faudra accepter l'idée que le canon n'est pas respecté : tout ce qui a été développé au-delà du tome 5 (principalement la famille Black et les reliques) ne sera ou pas mentionné ou totalement différent.

Ce bonus sert donc d'intermédiaire entre la fic-mère et le prequel.

En espérant que certains accepteront de se laisser embarquer encore une fois...


EDIT : Le prequel est maintenant disponible ! Il se titre Les Portes : "Les Orphelins de Poudlard" (pour l'adresse, je vous renvoie à mon profil).