I


Anya Wilds

Je soupire et réajuste mon sac sur mon épaule, marchant à vive allure dans le couloir. Je vais rater mon bus, et je serai obligée de rentrer à pied sous la pluie. Je n'aurais pas dû rester en classe quand le professeur Ohanzee me l'a demandé. Il voulait envoyer l'un de mes travaux pour le concours de jeunes talents amérindiens, et on en a parlé longuement avant que je n'accepte. Après tout, il y a peu de risques que je sois qualifiée, alors ça ne m'engage en rien, mais j'aurais vraiment aimé qu'il m'en parle à un autre moment.

Une bande de garçons chahute au bout du couloir. Je reconnais Embry Call, Quil Ateara et Seth Clearwater. Bientôt, Collin Littlsea les rejoint. Je n'aime pas trop leur petit groupe. Depuis quelques temps, ils sèchent les cours, prennent des stéroïdes et passent du temps en la mauvaise compagnie de Samuel Uley. Ce brusque changement semble avoir amené en eux une assurance telle qu'ils s'énervent sur tout le monde pour de stupides raisons. Certaines filles en sont folles. Ça ne fait pas d'eux des élèves populaires et aimés de tous, mais beaucoup savent de qui il s'agit lorsqu'on cite leurs noms, et les avis divergent.

Moi, je ne leur ai pas souvent parlé et j'espère que je n'aurais plus affaire à eux.

Je contourne le groupe. Les garçons se bousculent et rient fort, ignorant ainsi mon passage – Dieu merci ! Alors que je suis enfin au bout de ma peine, apercevant mon bus arriver, l'un d'entre eux me percute violemment.

Je perds l'équilibre et me retrouve par terre, des pigments hors de prix renversés sur mon précieux t-shirt Bon Iver.

- Putain c'est pas croyable, je rugis en me relevant, refusant rageusement la main que me tend l'auteur des faits.

La bande d'imbéciles bodybuildés rit de plus belle tandis que je tourne immédiatement la tête vers l'extérieur, remarquant que mon arrêt de bus est désormais vide.

- Super ! Merci beaucoup !

J'adresse mon regard le plus noir au sombre idiot responsable de tout cela - qui se révèle être Seth Clearwater - et me pétrifie lorsque mes yeux croisent les siens. Ses iris chocolat s'ancrent en moi et je me sens soudainement vidée de toute haine envers lui. Il est là, debout face à moi, il me regarde, je le regarde et nous ne disons rien. Ses pupilles sont dilatées. Mon coeur bat rapidement alors que je me sens irrésistiblement attirée par sa personne.

Alors c'est ça, l'effet qu'il fait à toutes les filles ? Je me sens rougir, pourtant ça ne m'arrive jamais.

Ses yeux brillent et un sourire ébloui apparaît sur ses lèvres.

- Sa... salut, il me dit avec un air béat.

Je lève un sourcil et recule. Il se fout de ma gueule, en fait ?

- Nigaud, je marmonne en m'éloignant.