Jour 7 : Wings

Angela vient du grec « angelos », qui signifie messager des dieux. Il n'a pas forcément une paire d'ailes : il peut prendre l'apparence qu'il souhaite pour délivrer aux humains la parole des divins. Au fil du temps le messager change d'apparence, mais son rôle reste le même : celui d'intervenir sur terre.

Cela coupe le souffle, lorsqu'on voit l'ange descendre doucement vers soi, entouré d'un halo de lumière ; son message est celui de l'espoir, signe que la fin n'a pas encore sonné.

Hanzo, lui, a frôlé la mort tant de fois qu'elle ressemble à un souvenir, une connaissance qui le croise de tant à autre. Mais il la défit, la repousse jusqu'à ce qu'il sache qu'il ne peut plus combattre. Une seule fois, il avait été prêt à l'embrasser, durant cette nuit à Hanamura qui avait marqué un tournant dans son existence.

Ceux de son sang abandonnent uniquement quand ils savent qu'il n'y a plus aucun espoir.

Et à présent qu'il est étendu au sol, baignant dans son propre sang, il n'espère plus. Il sait que les autres le cherchent, mais en vain, ils arriveront trop tard.

Son adversaire est avachi plus loin, une flèche dans le crâne.

Never second-best.

Chaque souffle lui déchire les poumons et la blessure qui lui ouvre le flanc.

Il tente d'oublier la douleur, se concentre sur le ciel bleu qui s'étend à l'infini au-dessus de lui. Plafond turquoise insensible aux turpitudes des hommes et à leurs malheurs. Il n'en reste pas moins majestueux. Hanzo aimerait mourir yeux ouverts, fixant pour toujours ce beau bleu, sa couleur préférée.

Puis un oiseau aux immenses ailes dorées entre dans son champ de vision. Son regard se voile, tandis qu'une voix qu'il connaît bien appelle son nom.

Pourquoi tiens-tu à ce que je vive, pense t-il avant de sombrer dans les ténèbres.

O*O*O*O*O

On ne sait que l'on a dormi que lorsqu'on se réveille.

On ne sait que l'on est encore en vie que lorsqu'on ressent à nouveau.

Son esprit flotte dans la frontière entre conscience et inconscience. Il sait que le monde est à portée de main, mais il est incapable, pour l'instant, d'y accéder. Il sent qu'il est allongé, il entend le « bip » régulier de l'électrocardiogramme, et les pas qui se rapprochent de lui.

Un temps de silence.

Puis la même voix. Douce et fatiguée.

- Tu avais le regard d'un homme qui se considérait comme mort. Tu ne t'accrochais plus.

Que peut-il répondre à cela ? De toute façon, il ne le peut pas.

- Le corps ne peut pas guérir si l'esprit ne veut pas – plus vivre. Et toi… Tu étais aux portes de la mort, et pas une fois tu n'as appelé à l'aide. Pourquoi ? Tu crois que quitter ce monde se fera sans peine ? Peut-être bien pour toi, mais tu aurais laissé derrière toi de la tristesse.

Il aimerait répondre qu'il en doute, mais ses lèvres sont scellées, et le silence s'étire. La voix de l'ange reprend, cette fois plus faible.

- Les morts sont égoïstes. Les morts se fichent de la douleur qu'ils laissent en partant. Sauver des vies revient à sauver les proches du deuil. Et moi… j'ai déjà été trop endeuillée... Est-ce si difficile à comprendre ? Pourquoi penses-tu que tous regarderont ton tombeau avec indifférence ? Il y a… ton frère qui en serait meurtri, et peut-être que tu le sais.

Oui. Je ne suis pas idiot.

- Et… je veux que tu vives. Parce que cela ferait trop mal de témoigner de l'affection à un cercueil. J'ai encore besoin de temps, parce que je n'ai jamais été confronté à cela… Mais… Hanzo…

Il la sent se pencher vers lui, et murmurer à son oreille :

- Ich denke dass, ich dich liebe.

Il a eu le temps, au cours de sa vie et de ses vagabondes, d'apprendre quelques notions en langues germaniques. Et saisit, après un instant, le sens de la phrase.

L'électrocardiogramme s'emballe pendant quelques secondes, et il jure intérieurement. S'il était conscient, il aurait su cacher cela, contrôler ses émotions.

Au diable la contenance. Elle sait maintenant qu'il l'a entendue, ou du moins comprise, et même si cela l'importune, une envie remonte un instant en lui.

Il aimerait qu'elle se penche encore, pour poser ses lèvres sur les siennes.

Mais ce genre de scène ne se produit que dans les films. Il est probable qu'elle ait reculé, gênée par le fait que sa confession est désormais connue.

Alors tant pis. Il attendra le réveil. Il ira la voir. Il ne se sent pas digne de l'attachement qu'elle lui porte, mais cela fait longtemps que l'affection d'un vivant ne l'ait autant touché.

Il ignore encore ce qu'il fera, comment avouer que ce qu'elle ressent n'est pas à sens unique.

Or, les actes sont plus parlants que les mots.

En la revoyant, peut-être que, en la prenant dans ses bras, il arrivera à exprimer le même message.

Je pense que je t'aime.


Et c'était le dernier OS de la semaine healing arrow ! Merci d'avoir lu jusque-là, n'oubliez de mettre une review, et à bientôt, peut-être !

Cao :)