Le premier prix

Chapitre 11

Spock avait pris la direction des montagnes, pensant qu'il serait plus facile de s'y cacher et d'y trouver un abri.

D' autant que cette fois, je serai seul, songea Spock, refoulant sa tristesse lorsque l'image de son vieux selhat lui revint en mémoire. Mon pauvre I-Chaya

Lors de son kahs-wan, l'animal de compagnie l'avait sauvé en combattant un le-matya. Mais finalement, gravement blessé, le brave et vieil I-Chaya avait dû être euthanasié.

Spock marchait depuis plus de trois heures sous une chaleur écrasante. Il regrettait de n'avoir emporté ni eau ni goûter en quittant la maison ce matin.

Je n'aurai qu'à appliquer les techniques de survie que m'a apprises Père pour trouver l'eau et la nourriture…Et puis de toute façon, il est trop tard pour faire demi-tour.

Spock avait conscience qu'à cette heure, ses parents étaient au courant de son renvoi.

Comment réagissent-ils à la nouvelle ? Sont-ils en train de me chercher ? Se demanda le jeune garçon. Soudain prit de remords à l'idée de faire souffrir sa mère, Spock ouvrit le lien mental qui le reliait à Amanda et lui envoya par télépathie la pensée rassurante qu'il allait bien et qu'il rentrerait bientôt...

Une heure plus tard, Spock relevait la tête et observait le ciel rouge de Vulcain. Plusieurs nuages s'étaient formés, des nuages chargés en électricité. Spock accéléra le pas, cherchant autour de lui ce qui pourrait être une ouverture dans la roche. Il savait qu'une tempête de sable se préparait et qu'à tout moment, la foudre pouvait s'abattre sur lui.

Finalement, j'aurai peut-être dû faire demi-tour …Songea-t-il tout en s'enfonçant dans une fissure à travers la roche.

Le passage étroit emprunté par Spock débouchait sur une grotte. Pendant un court instant, Spock pensa qu'il pourrait y être à l'abri le temps que la tempête passe…Pendant un court instant… avant de se rendre compte qu'un jeune selhat sauvage et solitaire y avait trouvé refuge avant lui.

La bonne nouvelle était qu'à la différence d'un le-matya, les griffes d'un selhat n'étaient pas empoisonnées. La mauvaise nouvelle, c'était que le jeune selhat semblait aussi affamé que lui !

La peur, une émotion difficilement contrôlable, s'empara soudain de lui.

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En milieu d'après-midi, Spock n'étant toujours pas rentré, Amanda appela son époux à l'Ambassade.

« J'ai ressenti qu'il allait bien, mais je ne peux m'empêcher de rester inquiète…Je voulais lui dire de rentrer mais il a refermé le lien aussi vite qu'il l'avait ouvert…J'ai cru voir qu'il se dirigeait vers les montagnes, mais je ne suis pas sûre… »

« Il est inutile de vous inquiéter, Amanda. Comme tous les enfants de son âge, Spock a reçu l'entraînement nécessaire pour survivre en milieu hostile. »

Sarek ne semblait pas surpris par la décision de Spock. Ce n'était pas la première fois qu'il partait sans rien dire. Les jours où il n'avait pas cours, Spock pouvait passer la journée entière dans le désert de la Forge. Son fils était un enfant solitaire et aventurier. Sarek pensait que cela était dû à sa nature hybride, celle qui lui valait d'être rejeté par ses pairs. Spock se sentait mieux une fois dans le désert, la nature et les grands espaces l'attiraient depuis toujours. Là-bas, personne ne le jugeait.

« Amanda, nous devons lui faire confiance. Jamais Spock ne s'est montré imprudent. Je suis sûr qu'il sera rentré avant la nuit. » Dit-il pour rassurer sa femme. Au travers leur lien télépathique, Sarek avait perçu la peur de sa femme augmenter d'heure en heure. « Je quitterai mon bureau dans une heure, Amanda. Nous attendrons ensemble son retour. »

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L'animal sauvage continuait son incessant va-et-vient dans le fond de la grotte, répondant à chaque impact de foudre par un grognement toujours plus terrifiant. Le stress de l'animal augmentait à mesure que les impacts se multipliaient. Une chance pour Spock, le jeune selhat était davantage préoccupé par la foudre que par la présence d'un enfant vulcain et possible casse-croûte à moins de quinze mètres de lui.

Spock se tenait recroquevillé, non loin de l'entrée. Blotti contre la roche, il gardait en permanence un œil sur le selhat.

Cette position n'est pas la plus appropriée mais s'il m'attaque, je pourrais toujours m'enfuir, songea-t-il.

Deux minutes plus tard, Spock mesura combien cette idée était une idée absurde.

Au dehors, une violente tempête de sable accompagnait les éclairs. Dans un bruit assourdissant, un puissant vent de sable brûlant souffla l'intérieur de la grotte, par l'ouverture de celle-ci. Après un sursaut, Spock s'était jeté au sol et s'était couvert la tête à temps avec son sac à dos. Hélas, ses jambes nues étaient peu protégées par sa longue robe. Malgré qu'elle soit faite dans un tissu épais, sa robe fut soulevée par le souffle et du sable brûlant toucha ses jambes. Spock ne put retenir un cri de douleur.

Moins d'une minute plus tard, la foudre s'abattait de nouveau. Cette fois, du sable brûlant et chargé en électricité fut projeté plus en avant, jusque dans le fond de la grotte avant de s'enflammer. La boule de feu stoppa sa course sur le flanc gauche du malheureux selhat. Ce dernier hurla à la mort et se mit à se rouler par terre dans l'espoir d'éteindre les flammes qui consumaient sa fourrure. Hélas, le sol de la grotte était en partie recouvert de sable tout aussi brûlant. La queue de l'animal brûlait encore lorsque l'animal cessa de hurler…et de vivre.

A l'abri sous son sac à dos, Spock cherchait à reprendre son souffle, mais l'air se raréfiait en oxygène tandis que l'odeur de chaire brûlée associée à la douleur de ses propres blessures le rendaient nauséeux. S'il restait là, il mourrait asphyxié, mais s'il sortait dehors, il mourrait touché par la foudre ou par une autre boule de feu…

Spock se concentra alors sur le lien télépathique formé avec son père, bien des années plus tôt. Il projeta des indications sur l'endroit où il se trouvait et des images de la boule de feu et du selhat mort, gisant à dix mètres de lui. Mais rapidement épuisé, il perdit connaissance, sans savoir si son appel au secours avait été reçu...

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