Le premier prix

Chapitre 13

Le médecin était entré dans la chambre sans un bruit. Il fixa un instant la silhouette de son jeune patient avant de se tourner vers celle de sa mère, recroquevillée dans un fauteuil, la tête reposant sur un oreiller posé en travers de l'accoudoir.

« Elle s'est endormi. Je lui ai dit que ce fauteuil n'était pas confortable. Un lit aurait été plus adéquat pour dormir. Son lit. Mais malgré mes recommandations, elle n'a pas voulu rentrer chez elle.» Lui dit l'infirmière ajustant l'inhalateur posé sur le visage de Spock.

« Elle est sa mère et elle est humaine. » Dit-il comme si cela expliquait l'illogisme d'Amanda.

« Comment va l'Ambassadeur Sarek ? »

« Il est entré en transe. Il en sortira avant son fils. Il n'a été que très légèrement intoxiqué par les fumées. »

L'infirmière lut une dernière fois les constantes affichées sur un écran situé au-dessus du lit de Spock avant d'abaisser la lumière.

« On dit partout que cette enfant hybride est très intelligent. Je ne comprends pas son imprudence. On ne part pas dans les montagnes sans eau et sans un minimum d'équipement.» Déclara-t-elle soudain.

« Il sera sans doute parti sur un coup de tête. Un trait de caractère fréquent chez les humains… » Répondit le médecin après avoir tapé quelques notes sur sa tablette.

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Le sauvetage de Spock avait eu lieu plusieurs heures auparavant.

Comme ses congénères Vulcains, Sarek ne croyait pas en la chance mais en la logique et en l'occurrence, en cette statistique qui était que la foudre ne tombait jamais deux fois au même endroit.

Ainsi, le jet de Sarek rapidement rejoint par celui de la sécurité civile de Shi'Kahr survola le désert puis les chemins de montagnes empruntés par Spock sans recevoir un seul impact de foudre. Cependant, s'ils étaient bien parvenus à destination, leurs appareils avaient parfois évité de justesse les tornades de sable, dont les trajectoires étaient hélas imprévisibles et aléatoires. Heureusement, le moment d'atterrir venu, la tempête s'était éloignée de leur position.

Sarek savait quel chemin Spock avait pris. Lui-même connaissait bien cette zone, l'ayant parcouru mille fois dans sa jeunesse en compagnie d'un jeune et fougueux I-Chaya.

Cinq vulcains dont un médecin composaient l'équipe de secours. Ils posèrent leur appareil au côté de celui de Sarek. Ce dernier était déjà sorti et observait les alentours. La grotte dans laquelle Spock s'était réfugié devait se trouver dans un rayon de 300m. Des grottes, Sarek en connaissait une vingtaine mais il ne fut pas difficile de repérer celle où se trouvait Spock, une fumée noirâtre s'échappant encore de l'entrée.

Sarek n'avait pas attendu que les secouristes aient fini d'enfiler leurs masques de protection pour se faufiler à l'intérieur de la grotte. L'odeur de chaire brûlée pénétra ses narines dès ses premiers pas dans l'étroit passage. Ses pas l'amenèrent tout droit vers la forme du selhat, gisant au milieu de la grotte. Il vacilla et perdit un instant sa concentration avant que l'un des secouristes appose un masque à oxygène sur son nez. Le médecin, muni d'un tricordeur, indiqua rapidement l'endroit où il convenait de chercher. Deux minutes plus tard, l'un des sauveteurs soulevait dans ses bras le corps d'un enfant.

« Nous l'avons. Il faut partir. » Annonça-t-il.

« Attendez ! » S'écria le médecin. « Je perçois d'autres signaux de vie très faibles, par ici ! »

oOOOo

Sarek sortit de transe grâce aux puissantes gifles administrées par un vulcain dont il reconnut immédiatement les traits.

« Savalon ? Que faites-vous ici ? » Demanda-t-il, surpris de savoir le jeune professeur de Spock ici, au milieu de la nuit.

« Je suis allé à l'Ambassade mais vous étiez déjà parti. C'est votre secrétaire qui m'a dit où vous trouver. Il m'a également appris ce qui était arrivé à Spock. J'ai donc décidé de venir ici et d'attendre votre réveil. Je pense vous devoir la vérité…concernant la cause du renvoi de Spock.»

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Sarek ne doutait pas qu'il serait sorti de transe rien qu'en écoutant le récit de Savalon, tant celui-ci eut sur lui le même effet qu'une gifle.

Bien sûr, Savalon avait exprimé des regrets quant à sa connivence coupable avec le Directeur. Il dit à Sarek avoir pris conscience de son erreur après avoir appris le renvoi de Spock, son meilleur élève. Cela avait d'ailleurs motivé sa démission et son retour dans sa ville natale. Ne voulant pas manquer son vol de nuit pour Da-Leb, Savalon partit sans attendre le réveil de Spock et donc sans s'excuser auprès de lui.

Sarek savait que Spock serait une nouvelle fois déçu par le comportement de Savalon, même si ce dernier avait finalement décidé de dire la vérité, un acte servant surtout à soulager sa conscience.

Mais à présent, que devait-il faire de cette vérité ? Devait-il porter cette information à la connaissance de tous ? Devait-il en parler à Amanda ? Savalon avait affirmé que Spock avait gardé le silence pour les protéger tous les deux, mais Sarek savait que Spock avait surtout voulu protéger les sentiments de sa mère. Et cela le satisfaisait. Sarek était assez grand pour se défendre lui-même. Et cela ne serait pas la première fois qu'on s'immisce dans ses affaires et qu'on critique ses choix. (Celui d'avoir épousé une humaine et celui d'avoir eu un enfant avec elle, un hybride comme héritier de son clan !)

Il quitta sa chambre pour rejoindre celle de son fils. Amanda et Spock dormaient encore. Sarek ramassa la couverture qui était tombé au sol et la reposa délicatement sur les épaules d'Amanda. Une partie de la chevelure blonde de cette dernière masquait son visage, enfoncé dans l'oreiller. D'un geste expert, Sarek libéra son visage, replaçant une mèche de cheveux derrière l'arrondi de son oreille.

Il se redressa et retraversa les couloirs de l'hôpital, presque désert à cette heure. Il avait décidé de visiter une autre chambre, dans une aile annexe à celle où se trouvait Spock.

Lorsqu'il en revint deux heures plus tard, un large panier dans les bras, Amanda était réveillée et le regardait avec curiosité.

« Amanda…Je dois vous parler… » Dit-il en chuchotant. « Peut-on sortir dans le couloir quelques instants ? »

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Le soleil s'était levé et éclairait déjà la pièce où se reposait Spock. Ce dernier fut tiré de son réveil par les cris plaintifs d'une boule de poil, posée sur les genoux de son père.

Sarek avait pris la place de son épouse, laquelle était partie visiter le service maternité de l'hôpital.

La curiosité de Spock fut plus forte que la douleur qu'il ressentait au niveau de ses jambes. Il quitta précipitamment son lit pour se poster devant son père, lequel offrait à présent son doigt au bébé selhat assis sur ses genoux. Spock ne put se retenir de caresser la tête de l'animal, de la taille d'un ours en peluche. Son poil était si doux et si fin. Sa fourrure était d'une couleur plus claire que celle d'I-Chaya et bien entendue, ses griffes et ses dents n'étaient pas encore impressionnantes.

« D'où vient-il ? » Demanda Spock, qui eut vite fait d'oublier son mutisme à la vue du bébé selhat. Sarek se détendit à son tour, soulagé d'avoir enfin une discussion normale avec son fils, compte-tenu des évènements de ces deux derniers jours.

« Te souviens-tu du selhat sauvage de la grotte ? Eh bien, il se trouve que ce n'était pas un jeune mâle mais une jeune femelle qui a mis bas il y a environ trois mois. Comme toi, elle a pensé trouver refuge dans cette grotte au fond de laquelle elle a caché son petit. Les secouristes l'ont trouvé derrière un rocher. »

« Mais sa mère est morte ! Que va-t-il devenir ? » S'inquiéta Spock qui continuait de caresser le petit animal.

« Ta mère et moi y avons déjà réfléchi…et nous nous sommes dit que nous pourrions le garder. De toute façon, il est trop jeune pour survivre seul dans la nature. Comme I-Chaya, il pourrait être domestiqué… »

Spock se retint de sourire. Une minute plus tard, la porte de sa chambre s'ouvrait sur une Amanda rayonnante, un biberon d'eau à la main.

« Ce n'est que de l'eau mais je suis sûre que cela suffira à le faire patienter. »

« J'ai pu parler au vétérinaire qui l'a pris en charge cette nuit. Il nous fournira des préparations de lait lyophilisées adaptées à sa race et à son âge. » Expliqua Sarek tout en tendant l'animal à Spock. Ce dernier revint s'installer sur son lit et prit le biberon offert par sa mère.

« Comment allons-nous l'appeler ? » Demanda le jeune garçon.

« Nous aurons tout le temps d'y réfléchir une fois rentré à la maison. De même que nous reparlerons de ce qui s'est passé hier…et avant-hier. Je vais signer les papiers pour ta sortie. » Annonça Sarek tout en quittant la chambre.

Une fois son époux parti et devant la mine inquiète de Spock, Amanda vint s'asseoir au bord du lit. Elle passa un bras autour des épaules de Spock, redressa le petit selhat affamé qui mordait vigoureusement la tétine de son biberon, avant de murmurer à son oreille : « Nous savons tout…Savalon est venu tout avouer à ton père. Nous savons pourquoi tu n'as pas gagné…et nous comprenons pourquoi tu as gardé le silence… » C'est à ce moment que Spock repéra les yeux vitreux de sa mère, signe qu'elle avait pleuré.

« Je suis désolé. Je n'aurai pas dû agir comme je l'ai fait.»

« Ce n'est pas grave. Tout se termine bien…et puis sans ta présence dans cette grotte, ce petit selhat n'aurait jamais été secouru. C'est quelque part…une belle récompense. Peut-être pas aussi bien que la visite du Sanctuaire de T'Jin mais …c'est tout de même un beau premier prix ! »

Spock acquiesça, souleva le petit animal qui s'était enfin endormi et le plaça à hauteur de ses yeux.

« Sa fourrure est couleur sable. Nous pourrions l'appeler Sand ou Dune…ou encore Tornade ou Twister* ! » Proposa Spock.

« Mais …Ce sont des mots anglais ! Tu ne préfères pas lui donner un nom vulcain ? » S'étonna Amanda.

« Non…Je voudrai qu'il ait un nom d'origine Terrienne. Mais il sera malgré tout vulcain…» Répondit Spock en installant confortablement le bébé selhat dans son panier.

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À suivre …dernier chapitre et épilogue.

Sand (sable), Dune, Twister (tornade)*