Le premier prix

Chapitre 8

Sa'Nahr et Savalon avaient rejoint leurs collègues sur l'estrade d'où seraient annoncés les résultats du concours. Tous les élèves et leurs parents s'étaient approchés, formant un cercle devant eux. Tous, à l'exception de Sarek et d'Amanda, cherchant séparément leur fils dans la foule.

« Où peut-il être ? » Demanda Amanda tout en se massant les tempes. Sarek venait de revenir près d'elle et posait maintenant un regard inquisiteur et inquiet sur elle.

« Amanda, qu'avez-vous ? » Demanda Sarek.

« Ce que j'ai ? Vous me demandez ce que j'ai ? Notre fils est introuvable et je perçois sa détresse par télépathie, bien qu'il fasse de nombreux efforts pour me le cacher et pour …s'extraire de ma tête ! Ne ressentez-vous donc rien ? »

Sarek fronça les sourcils, ce qui fut la seule réaction physique à la réalisation qui venait de faire jour dans sa tête. Sarek ne percevait plus le lien télépathique qu'il avait formé avec son fils durant sa petite enfance. Pourquoi ne s'en apercevait-il que maintenant ? Spock et lui n'avaient jamais été si proches que durant ces dernières semaines, et pourtant ce lien familial s'était bel et bien étiolé avec les années. Un fait très regrettable au vue de l'usage que nous pourrions en faire aujourd'hui, songea Sarek.

« Venez-vous asseoir, ma femme. La chaleur et la fatigue n'arrangent rien à votre état. J'ai parlé à la jeune T'Len. Elle m'a dit que Spock avait suivi l'un des professeurs à l'intérieur de l'école. Il n'est pas nécessaire de nous inquiéter. »

Sitôt ces mots prononcés, Spock apparut dans le champ de vision de Sarek.

Sa pâleur était encore présente mais ses tremblements étaient eux, parfaitement maitrisés. Zigzaguant pour éviter tout contact physique avec un camarade ou un adulte, Spock fendait la foule pour rejoindre Amanda et Sarek. Ces derniers étaient assis à l'ombre, près d'une fontaine apportant un peu de fraîcheur à Amanda. A la vue de Spock, elle avait relevé la tête et souriait faiblement. Cependant, son sourire s'effaça lorsque Sa'Nahr, du haut de l'estrade, prononça le nom de V'Rin, vainqueur du concours organisé par l'école et de ce fait, choisi pour représenter l'école de Shi'Kahr au concours National. Amanda et Sarek se regardèrent un bref instant. Plusieurs murmures s'élevèrent dans la foule, tandis que de nombreux parents se tournaient vers Sarek et Amanda, la surprise et l'incompréhension se lisant sur leurs visages.

Spock avait stoppé net sa progression, tournant le dos à la foule, il ne pouvait voir les visages à la fois surpris, déçus et désolés de T'Len et de son père.

Lorsque V'Rin fut invité à monter sur l'estrade par Savalon, Spock ferma les yeux, inspira profondément et se remit en marche pour se cacher dans l'ombre de la fontaine.

Cela n'était pas dans les habitudes des Vulcains d'applaudir. Les Vulcains préférant manifester leur appréciation en s'inclinant légèrement, en ayant un regard appuyé ou en opinant de la tête. V'Rin fut lui, bien moins modéré. Il se redressa de toute sa hauteur et gravit les quelques marches, toisant ses camarades vaincus d'un air suffisant.

Amanda avait tendu la main en direction de Spock, lequel finit par se redresser et s'approcher, les mains jointes dans le dos.

« Spock, je suis désolée que tu n'aies pas gagné. Mais saches que je suis quand même fière de toi. » Déclara Amanda.

Spock ne dit rien. Son père le dévisageait, perplexe.

« Avais-tu connaissance du résultat ? Est-ce pour te le dire que l'un des professeurs t'a convoqué ? »

Spock hocha la tête avant de fixer V'Rin, se voyant remettre un parchemin des mains du Directeur. Spock serrait les poings, contrôlant difficilement la rage qui le rongeait de l'intérieur en repensant à la situation injuste dans laquelle il se trouvait.

« Ta déception est compréhensible, mon fils. Cependant, comme toute émotion, elle doit être maîtrisée…tout comme l'animosité et la jalousie. Il faut savoir accepter la défaite et être, comme le disent les Humains, un bon perdant.» Ajouta Sarek, critiquant aussitôt l'attitude de Spock et traduisant mal son silence.

Car Spock, tenant sa promesse faite à Savalon et Sa'Nahr, avait décidé de garder le silence.

Ainsi, Spock se tut lorsque T'Len vint lui dire son incompréhension à le savoir arrivé second derrière V'Rin, mais le félicitant tout de même pour cette deuxième place. Il se tut lorsqu'elle lui dit au revoir et qu'elle le reverrait en classe, dès le lendemain.

Il se tut lorsque des adultes vinrent saluer du Ta'al, Sarek et Amanda, leur souhaitant « Paix et Longue Vie ».

Il se tut lorsque Savalon lui-même le salua.

Il se tut lorsque V'Rin, venu à sa rencontre, exhiba fièrement son parchemin et le pass prépayé pour prendre la navette, laquelle l'emmènerait à Raal dans un mois.

« Alors, Spock ? Tu ne me félicites pas ? » Lui avait demandé le jeune vulcain d'un sourire narquois.

Et là encore, les mâchoires scellées, Spock s'était tut.

Peu à peu, la cour de l'école se vida. Sarek et Amanda, suivis par leur fils, montèrent à bord du jet familial dont seuls les moteurs coupèrent le silence gênant qui s'était installé.

Sitôt rentré, Spock partit s'enfermer dans sa chambre, ce qui accentua l'inquiétude d'Amanda et la déception ressentie par Sarek, vis-à-vis de la façon dont son fils réagissait à la défaite.

« Cette attitude est inacceptable. » Lança-t-il soudain. Il s'apprêtait à suivre son fils lorsqu'Amanda le retint par le bras avant de l'implorer de laisser son fils tranquille, au moins pour ce soir.

« Sarek, je vous en pries. Laissez-le digérer sa défaite. »

Sarek soupira. Sa façon à lui de marquer son mécontentement face à l'usage d'expressions dépourvues de sens et de logique. Ce à quoi sa femme répondit en lui caressant la joue : « Oui je sais…le système digestif de Spock n'a rien à voir là-dedans… »

oOOOo

Une fois dans sa chambre, Spock alluma son ordinateur. Il ouvrit le fichier « Projet Satellite », prit une profonde inspiration et après une minute d'hésitation, cliqua sur l'icône « supprimer ».

Assis devant l'écran, Spock voyait défiler les programmes qu'il avait lui-même créés, les formules mathématiques et les textes durement écrits, s'effacer, ligne par ligne…jusqu'à ce que ses yeux fatigués se ferment et qu'il s'endorme à son bureau. Lorsqu'il se réveilla, tard dans la nuit, il fit face à un écran noir.

« Kroykah. C'est fini. »