Chapitre 10 : Kash-naf t't'hylara

J'espère que ce chapitre vous plaira. N'hésitez pas à laisser un commentaire )

Bonne lecture !

Le capitaine entra sur la passerelle. Toute l'équipe y était déjà présente et travaillait consciencieusement. Il jeta un coup d'œil vers Spock, mais il était penché sur sa console, et ne lui rendit pas son regard.

- Capitaine sur la passerelle, fit Chekov, depuis la console de navigation.

Jim s'assit sur son fauteuil et ne put réprimer un bâillement. Il s'était retourné toute la nuit, rejouant la conversation avec Spock, incapable de trouver le sommeil. Une jeune enseigne s'approcha pour lui faire signer des documents qu'il ne regarda même pas. Après tout, c'était la paperasse habituelle, qu'il aurait pu réciter par cœur, dans toutes les langues de l'univers.

- Direction Altaïr III, facteur 6, monsieur Sulu. Calculez la meilleure trajectoire pour nous éviter les orages ioniques qui sévissent dans le secteur. Je ne tiens pas à avoir Monsieur Scott sur le dos, si notre vaisseau subit des dégâts.

- Bien Capitaine, répondit l'asiatique, un sourire sur les lèvres.

- Nous retournons sur Altaïr ?, s'étonna Uhura. Nous n'avions pas terminé la mission la dernière fois ?

- Si, cependant Starfleet a analysé ce que nous leur avons envoyés. Il s'avère que de nombreuses plantes ont un intérêt médical et scientifique fort important. Ils veulent que nous effectuions une étude plus approfondie.

- Capitaine, il serait sécuritaire de nous téléporter dans un lieu désert. Pour nous éviter de recroiser les indigènes de la dernière fois.

- Vous avez raison Monsieur Spock, je vous laisse choisir la zone la plus appropriée pour notre mission. Prenez en compte que nous camperons là-bas pour une semaine.

- Bien Capitaine, fit le Vulcain et se remettant directement au travail.

- Ha et Monsieur Spock, enchaîna Jim, Starfleet s'excuse fortement pour les incohérences du rapport sur Teseos.

Il perçut, plus qu'il ne le vit, le sourire de son Second.

….

La journée passa rapidement et Jim se retrouva à souper avec Spock et Bones au mess. Au synthétiseur, qu'il avait amélioré avec Scotty, il commanda une portion de frites et du steak. Puis sentant qu'il allait se faire réprimander par le docteur, opta aussi pour de la salade.

Il s'installa à côté de Spock et ne put s'empêcher de coller sa jambe à celle de son ami. Il pouvait sentir la chaleur s'en dégager. Spock resta impassible et continua à boire sa soupe comme si de rien n'était.

Jim vit le docteur lorgner son assiette d'un mauvais œil, mais il ne fit pas de commentaires, préférant lancer la discussion sur Altaïr.

- Alors comme ça, nous allons camper sur cette fichue planète ?

- Oui docteur. Heureusement vous vous y habituerez au bout d'une semaine, ironisa Jim en enfourchant une énorme bouchée de steak, au risque de s'étouffer.

- Et en quoi cela sert d'avoir un téléporteur ? Pas que j'aime cet engin de malheur, mais je le préfère largement à une planète remplie de sauvages qui tuent à coups de fléchettes empoisonnées.

- Tout simplement parce que l'atmosphère de la planète interfère avec la téléportation comme vous avez pu le constater la dernière fois. Il est logique d'user du téléporteur le moins possible, pour éviter au maximum les risques d'accidents, expliqua le Vulcain.

- Et les navettes ?, s'étonna le docteur.

- Je n'ai pas envie de les utiliser, fit Jim en haussant les épaules. Vous serez obligé de camper avec nous docteur. Considérer cela comme une vengeance pour m'avoir empêché de descendre sur Teseos. Et puis, un peu d'air frais ne vous fera pas de mal.

Bones s'apprêtait à répliquer à la pique, mais le Vulcain fut plus rapide.

- De plus, utiliser les navettes constituerait une perte de temps et d'énergie, ce que nous ne pouvons pas nous permettre. Nous serons bien plus efficaces en restant à terre tout au long de la mission, fit Spock, pour soutenir le Capitaine, bien que ce soit la stricte vérité.

Froissé, qu'il n'ait pas eu le dernier mot, McCoy finit rapidement son repas et quitta le mess sans un mot.

- Le docteur est fort énervé ces derniers temps, remarqua Spock.

- Oui, le manque de congé commence à lui peser. Et à l'équipage aussi. Je vais envoyer une demande à Starfleet pour qu'ils nous accordent une semaine de permission après notre mission. Cela fait bien longtemps que nous n'avons pas eu de repos et nous le méritons tous.

Ils poursuivirent leur repas dans un silence complet mais relaxant, leurs jambes toujours collées. Finalement, quand ils eurent terminé, Jim prit la parole :

- Une partie d'échec Monsieur Spock ?

- Avec plaisir Capitaine, fit le Vulcain.

….

- Echec et mat ! Certains de tes coups étaient illogiques, Jim, fit remarquer le Vulcain.

- Dans le but de te déstabiliser, mais apparemment ça n'a pas marché, répondit Kirk avec une petite moue.

- Une revanche ?, proposa Spock.

- Et comment !

Ils enchaînèrent plusieurs parties. Jim n'en gagna qu'une seule mais d'extrême justesse. Un coup de plus et Spock aurait gagné pour la énième fois.

- J'ai réfléchi à ta proposition, dit soudainement Jim, ne trouvant pas d'autre manière d'aborder le sujet.

Le vulcain le fixa attentivement, ne laissant rien paraître de la tempête intérieure et attendit silencieusement que Kirk poursuive.

- J'ai quelques questions à te poser.

- J'y répondrai au mieux, répondit Spock.

- Tu le sais aussi bien que moi, que Starfleet bien que cela ne soit pas interdit, ne voit pas d'un bon œil les relations personnelles entre officiers supérieurs. N'est-ce pas ?

- Oui Jim, dans le but d'éviter les implications personnelles qui pourraient menacer le bon déroulement des missions. Cependant, nous sommes tous deux assez professionnels pour ne pas mélanger travail et vie intime.

- Tu as parfaitement raison, concéda Jim. C'était la réponse que j'attendais. J'accepte de devenir ton compagnon Spock, fit Kirk un grand sourire sur les lèvres. Un peu plus et il serait capable de lâcher une larmichette.

- Est-ce vrai ?

Le visage de Spock, bien que toujours impassible, s'illumina soudainement. Des émotions passèrent dans ses yeux, mais trop rapidement pour que Jim puisse déterminer lesquelles. Un petit tressaillement sur le lien lui confirma la joie que ressentait Spock.

- Bien sûr !

Spock posa ses mains sur la table et agrippa fermement celles de Jim. Le capitaine pouvait sentir la chaleur qui se dégageait de la peau du Vulcain. Il entrelaça leurs doigts. Il se souvint que les mains des Vulcains étaient très sensibles, et ce moment lui apparût soudainement très intime. Son cœur rata un battement et il sentit ses joues le chauffer. Un silence chargé d'émotions s'installa entre eux.

Finalement, Jim brisa le silence.

- J'aurais juste un souhait, dit-il d'une voix rauque, comme s'il n'avait plus parlé pendant des jours.

- Je t'écoute.

- J'aimerais que nous gardions cela pour nous. Je ne me cache pas, mais les rumeurs vont bon train sur l'Enterprise et …

Spock l'interrompit, et répondit d'une voix douce :

- Je comprends, Jim. Moins Starfleet en saura, mieux cela vaudra. Mais ne t'inquiète pas. Si un jour, ils sont au courant, ils ne pourront pas nous éloigner. C'est interdit par la loi de séparer des T'hylara.

- Tu me rassures, répondit Jim, en serrant plus fort les mains de Spock.

- J'aurais également un souhait. J'aimerai effectuer une kash-nohv [fusion mentale] avec toi, dans le but de renforcer notre lien. Mais nous ne sommes pas obligés de le faire tout de suite.

- Non, vas-y ! s'exclama Jim. La seule fois où Spock avait fusionné avec lui, il y a plus de deux ans, il avait trouvé cette expérience très agréable. Il avait appris par la suite que la fusion était un acte relativement intime et qu'en-dehors d'un couple cela ne se faisait seulement qu'en cas de nécessité. Il n'avait donc pas demandé à Spock de renouveler l'expérience.

Si Spock fut surpris de l'impatience qu'il pouvait entendre dans la voix de Jim, il ne le montra pas. Il se rapprocha de lui et posa ses doigts sur des endroits précis de son visage.

- Ton esprit dans mon esprit, mon esprit dans le tien.

Jim fut happé dans un maelström de couleurs, de sons, d'odeurs et d'émotions. C'était si différent de la dernière fois. Il avait l'impression de flotter, entouré par le cocon doré de Spock, qu'il percevait plus proche qu'il ne l'avait jamais été.

Soudainement, des images de la vie de Spock défilèrent devant ses yeux à une vitesse incroyable. Il pouvait le voir, petit, poursuivre en riant aux larmes un animal qui ressemblait à un gros ours. Les scènes se succédèrent et Jim eu rapidement un condensé de la vie de son ami. Des moments de joie, de tristesse et de doutes. Les émotions à l'état pur de Spock étaient si violentes qu'il comprenait pourquoi son ami les gardait enfermées à double tour au plus profond de lui-même.

Puis il sentit le Vulcain s'enfonçer un peu plus profondément dans son esprit. A son grand étonnement, Jim pu voir le lien qui le reliait à Spock. Une sorte de fil doré, très fin, qui semblait si fragile, mais qui prit rapidement de l'épaisseur, devenant un solide lien. Il tendit le bras, dans l'espoir de le toucher, mais avant qu'il ne puisse le faire, il bascula dans la réalité.

Il cligna des yeux plusieurs fois afin de retrouver une vision normale. Il reprit doucement conscience de son environnement. Waouh, c'était magique pensa-t-il.

- En effet, répondit Spock, un léger sourire flottant sur ses lèvres. Notre kash-naf t't'hylara [lien mental des amoureux] s'est renforcé, bien plus que je l'aurais jamais pensé.

- Tu entends mes pensées ?

- Oui et également tes émotions, répondit le Vulcain. C'est fascinant !

- Ce n'est pas mon cas, avoua Jim déçu. Rien n'avait changé. Il sentait toujours la douce présence de Spock dans son esprit, mais rien de plus.

- C'est logique. Tu n'es pas télépathe, ton esprit va assimiler lentement ce qui s'est passé, expliqua Spock. Tu percevras les changements dans les prochains jours. D'ici là, je t'aurais appris à créer une barrière mentale pour nous protéger mutuellement.

- Pourquoi ?, s'étonna Kirk.

- Pour que tu puisses garder les pensées et émotions que tu ne souhaites pas partager. Même si nous sommes liés, tout être humain a besoin de son espace secret.

- C'est vrai.

- Il se fait tard, je vais laisser te reposer.

Spock s'apprêtait à se lever, mais Jim, surpris lui-même de son geste, l'en empêcha.

- Dors avec moi, osa-t-il demander. Pour cette nuit et pour toutes les autres, pensa-t-il, mais il ne lui révéla pas cette pensée.

Le vulcain plongea ses yeux dans ceux de Jim, comme s'il essayait de sonder son âme. Voyant qu'il ne répondait pas, il enchaîna :

- En tout bien tout honneur, naturellement.

- Bien. Cependant, je dois d'abord méditer.

- Fais-le ici, s'il te plaît. Je te promets que je ne vais pas te déranger.

Spock hocha la tête et alla chercher son matériel. Jim l'observa silencieusement pendant quelques instants, puis alla se coucher. Regarder Spock méditer avait quelque chose d'apaisant.

Peu de temps après, son ami le rejoignit dans le lit, se serrant contre lui, à la recherche de chaleur. Taluhk nash-veh t'dular [Vous m'êtes précieux], murmura le Vulcain à son oreille. Jim était trop fatigué pour comprendre le sens de la phrase, mais il sentait qu'elle débordait d'affection. Il poussa un soupir de bien-être. Pour la première fois depuis longtemps, il se laissa emporter rapidement par le sommeil, le sourire aux lèvres.