Me voici de retour pour le troisième chapitre, un peu citronné pour le coup. Mais vous aviez vu le rating XD

Merci pour vos reviews, qui font chaud au cœur. Louisa, Julie3verseau, Eleb, Daelys, Usah, Mikan-Ichigo Hime, holybleu, Yumika, vos mots m'ont touchée, motivée plus que vous ne pouvez l'imaginer.

N'hésitez pas encore une fois à me dire ce que vous en pensez, c'est agréable de pouvoir échanger avec vous :)

Place donc à la suite.

Chapitre 3.

Tony resta un moment à fixer la porte qui venait de se refermer derrière la silhouette plus qu'avantageuse de Rogers, incapable de faire le moindre geste, se demandant encore ce qui venait de se passer. Qu'il soit attiré physiquement par quelqu'un, homme ou femme, il en avait l'habitude. Idem pour le fait de tenir des propos totalement ambigus à ladite personne. Il aimait séduire et être séduit, par une personne avant un sexe, bien qu'afficher sa part d'homosexualité était plus délicat, aussi rien de surprenant que ce beau gosse qui prenait manifestement grand soin de lui ait pu l'attirer. Ce qui l'était davantage en revanche, et qui pouvait s'avérer épineux, soit le fait qu'il ait été suffisamment à l'aise en sa compagnie pour être à deux doigts de lui déballer certaines choses intimes dont il ne parlait normalement à qui que ce soit. Rogers l'avait dit, il n'était pas journaliste, mais rien ne l'aurait empêché après leur entretien de vendre à prix d'or à un magazine people quelconque ses révélations. En tant que personnalité publique, Tony avait appris très tôt à se méfier de tout le monde. Un mal nécessaire quand on ne pouvait être certains des motivations de son entourage.

Nombre de ses conquêtes n'avaient été là que pour l'argent ou le prestige de le fréquenter. Il savait d'expérience combien la sincérité était rare, aussi se faire discret sur les choses importantes, tout en en montrant assez dans les futilités pour satisfaire tout le monde, était devenu un véritable mode de vie avec le temps. A tel point que c'était à présent une seconde nature et qu'il n'était même plus capable de se confier aux rares qui en étaient dignes, comme Pepper ou Jarvis. Pourtant, cet inconnu l'avait poussé, sans même sembler s'en rendre compte, à baisser sa garde avant d'en avoir conscience. Heureusement, il avait su se reprendre au tout dernier moment, mais il avait frôlé les limites. Comme si tout chez ce gamin inspirait la confiance. Il devait faire le bonheur des gens qu'il aidait au sein de son association et qui eux avaient besoin de se confier.

Dommage tout de même, songea le milliardaire avec ironie. S'il ne s'était senti à ce point sans défense à ses côtés, s'il avait eu la liberté de vivre ses désirs sans crainte des retombées, Rogers aurait été le genre de type qu'il aurait mis volontiers dans son lit. Mais si c'était pour qu'ensuite il se lance dans des confidences sur l'oreiller totalement imprévues, mieux valait éviter. S'il devait raconter sa vie à toute personne susceptible de lui faire prendre du bon temps, alors il était plutôt mal barré.

Qu'il y ait simplement avec cet homme-là en particulier et cet homme-là uniquement, des sentiments, ce qui aurait expliqué sa conduite lui qui avait été privé si souvent du réconfort des sentiments, Tony se refusait à seulement y penser. Il avait déjà été amoureux, d'accord, une seule fois et cela remontait à bien longtemps déjà, mais il n'était pas exactement contre le concept. Il se refusait en revanche à croire au coup de foudre, à l'amour au premier regard et toutes ces conneries du même genre. Alors ce Rogers n'avait rien fait d'autre qu'exciter sa libido pourtant pas le moins du monde frustrée et cela s'était traduit par une faiblesse inédite de sa part, qu'il aurait été criminel de mettre sur le compte d'une quelconque inclination.

L'amour, tout comme le couple, c'était quelque chose qui se construisait sur le long terme, de façon adulte, il le savait parfaitement et si lui ne se donnait pas cette peine c'était simplement par manque de temps, d'intérêt, aussi ne se sentait-il pas le moins du monde frustré à ce propos. Jamais jusque-là, il n'avait songé que s'il ne s'était donné la peine de construire quelque chose, c'était peut-être bien parce qu'avec une femme cela ne l'intéressait pas spécialement, alors qu'avec un homme c'était tout simplement exclu étant donné son statut. Le fait même d'y songer justement aujourd'hui, après cette rencontre, était bien assez déstabilisant pour qu'il évite en plus de se poser des questions douloureuses. Il avait appris à ne pas désirer ce qu'il ne pouvait avoir – ce qui se réduisait à pas grand-chose grâce à tout son argent – aussi ne voyait-il dans les hommes que des plans cul convenables. Ça lui avait toujours bien réussi, alors pourquoi penser à quoi que ce soit d'autre ?

Il en était là dans ses pitoyables pensées lorsque son assistante reparu dans la pièce. Immédiatement, elle eut une moue désapprobatrice en constatant qu'il n'était pas prêt.

- Tony, ils t'attendent en salle de réunion.

- J'arrive, soupira exagérément l'interpellé tout en se levant.

Il récupéra de justesse la chemise que la jeune femme venait de lancer dans sa direction. Contraint et forcé, il la passa en maudissant cette mascarade. C'était déjà assez pompeux toutes ces réunions, mais en plus il devait systématiquement se déguiser, jouer un rôle… D'aucun disait qu'il était un privilégié du fait de son argent, mais nombre d'entre eux n'auraient certainement pas supporté toutes ses contraintes. Lui ne voulait rien d'autre qu'enfiler un jean, un tee-shirt et passer la journée à bricoler ses moteurs, ses robots ou tous les autres projets qu'il avait en tête. C'était usant d'être toujours quelqu'un d'autre. Pas étonnant dans ces conditions qu'il ait choisi d'oublier grâce à un cocktail infaillible de son cru, fête, sexe et alcool. Même si sur ces derniers points, il affichait une tendance à se calmer depuis quelques temps. Les fêtes, remplie de gens pas sincères, commençaient à l'ennuyer, l'alcool était plus difficile à éliminer au matin à mesure que le cap de la cinquantaine approchait, quant au sexe, ces inconnus qui ne faisaient que passer ne lui donnaient plus autant de satisfaction qu'avant. Il était à un tournant de sa vie, il en avait trop bien conscience, mais se refusait à trop y penser, par peur de l'avenir, entre autre.

Au sujet du sexe, car il ne s'était pas fait moine pour autant, et à la perspective de cette énième réunion ennuyeuse qui l'attendait, il envisagea un instant de proposer à Pepper un petit coup vite fait dans l'ascenseur. Il n'était jamais meilleur pour les négociations qu'après ce genre d'activités et la jeune femme ne lui opposait que rarement un refus. Evidemment, il aurait pu admettre être un vrai salaud à traiter ainsi son amie, qui lui restait totalement dévouée. Cela lui arrivait d'ailleurs parfois et il se promettait alors de ne plus la toucher, mais la chair était sa faiblesse et quand il s'ennuyait mais n'avait pas le temps de sortir, il recommençait. Pepper n'avait jamais trouvé à se plaindre, d'autant qu'avec le temps, elle avait bien compris qu'elle n'aurait rien d'autre de sa part. Elle en avait pris son parti, ayant des liaisons de son côté et répondant présente quand il la sollicitait, comme dans tous les autres domaines de leur collaboration d'ailleurs. Elle n'initiait jamais rien, mais ne se plaignait pas davantage et c'était ainsi depuis la première semaine où elle était entrée à son service, ce qui donnait un sens tout particulier au terme d'employée dévouée.

Tony se souvenait parfaitement de leurs débuts, presque, eh bien presque vingt ans plus tôt, voilà qui ne le rajeunissait pas. Tout jeune diplômé du MIT puis d'une école de commerce quelconque à l'âge où ses congénères finissaient à peine le lycée, il avait passé les années suivantes à faire le tour du monde en véritable baroudeur, quoi que là encore l'argent de famille facilitait bien les choses. Pas d'obligation, pas de responsabilité, c'était la grande vie et depuis qu'il n'avait plus de compte à rendre à qui que ce soit après la mort de ses parents, il avait prévu de ne faire que cela, comptant sur Obadiah Stane, l'associé de feu son père, pour faire fructifier les affaires. Il n'y avait pas eu ensuite de déclic particulier, mais un jour pourtant, il s'était senti prêt à prendre les rênes de l'héritage familial – ce qui avait été judicieux étant donné la propension ensuite découverte de Stane à se remplir les poches en détournant l'argent de l'entreprise.

Pour prendre ses responsabilités, Tony avait besoin d'un bras droit efficace. C'est là que Pepper était entrée en scène. Tony se souvenait encore parfaitement de cette jeune femme nerveuse et timide, qui avait peiné à se vendre durant leur bref entretien. Mais Tony avait su voir au-delà de son manque d'expérience, soupçonnant sa grande motivation et ses capacités. Il n'avait jamais eu à le regretter ensuite.

Que de chemin parcouru ensemble depuis lors, réalisa-t-il avec une pointe d'amertume. Ils avaient l'un et l'autre bien muri, même si leur collaboration n'avait pas changé pour sa part. Un temps, il avait même envisagé la demander en mariage. Pas qu'il soit amoureux, mais cela lui aurait offert l'alibi parfait pour que personne ne soupçonne sa bisexualité. Ils étaient intimes si souvent et tellement complices que cela n'aurait pas changé grand-chose. Mais Jarvis, son fidèle majordome, l'homme qui l'avait quasiment élevé, lui avait fait comprendre combien ce serait dommage pour lui de s'enferrer dans un tel mensonge, et injuste pour Pepper. Pas que pour elle la situation actuelle soit plus satisfaisante, mais au moins n'avaient-ils pas la corde au cou et Tony se déculpabilisait en se disant qu'elle pouvait lui refuser ses faveurs à tout moment dès lorsqu'elle voudrait autre chose de leur relation.

Pourtant à cet instant, alors qu'elle roulait élégamment des hanches en le précédent dans le couloir, les jambes mises en valeur par sa jupe cintrée, et que le moment aurait été idéal pour un rapprochement stratégique, il n'éprouvait pas la moindre excitation. Pour la toute première fois, outre l'amie, il ne voyait dans la jeune femme qu'une sœur qu'il chérissait avec affection. Voilà qui était perturbant. Tellement troublant qu'il se contenta d'un beau sourire lorsqu'elle se retourna pour s'assurer qu'il ne faisait pas demi-tour, avant de lui emboîter le pas sans plus penser une seconde à se plaindre de la corvée qui l'attendait.

ooOoo

Steve rentrait chez lui en sifflotant. Après les hésitations en début de soirée suite à son entretien avec Stark, il n'avait pas espérer une telle sensation de paix. Heureux comme il l'était, il ne remarqua pas l'Audi rutilante garée au bas de son immeuble et pénétra dans le vestibule le pas léger. Si l'intimité et les sentiments le mettaient mal à l'aise, le sexe, surtout avec un partenaire doué, avait un pouvoir apaisant sur lui. Il n'était pas mécontent d'en avoir fait les frais cette nuit.

Un peu plut tôt, en quittant la Tour Star, il s'était senti étrangement démuni et n'avait été capable que de errer sans guère de but dans les rues encore bondées malgré l'heure. Se refusant à analyser ce qu'il avait éprouvé en compagnie du milliardaire, il avait tenté en vain de faire le vide dans son esprit. Mais cela s'était finalement soldé par une putain de prise de tête. Alors plutôt que lutter avec lui-même, il n'était pas bon à cet exercice, il avait pris la décision la plus rationnelle qui soit.

Sans s'annoncer alors qu'il avait annulé leur soirée quelques heures plus tôt, il s'était rendu chez Erik. Celui-ci, vêtu d'un simple pantalon de survêtement et d'un tee-shirt sans forme, prouvant ainsi qu'il n'avait pas eu l'intention de sortir après l'échec de leurs projets, l'avait accueilli avec une joie qu'il ne s'était pas donné la peine de dissimuler. Steve avait apprécié revenir dans l'environnement personnel de son ami, ce qui était finalement mieux que passer la soirée en sa compagnie dans un bar quelconque comme c'était prévu au départ. Steve avait découvert la semaine précédente un appartement modeste, mais décoré avec soin.

Mais ce soir qu'Erik était au mieux, qu'il ne demandait pas d'attention tandis qu'il leur préparait à boire, il se permit de se promener un peu dans la pièce principale, regardant avec intérêt tout ce qu'il l'entourait. Photographe à ses heures perdues, l'Allemand avait exposé sur ses murs ses plus belles œuvres et Steve eut ainsi la surprise d'y trouver des clichés oscillant entre érotisme et sensualité, représentant des corps d'hommes enlacés, jamais de vulgarité, juste de l'art dans sa plus belle représentation, sublimé par le noir et blanc utilisé. Il n'avait jamais imaginé son ami aussi doué et n'avait pu que le féliciter quand Erik était revenu de la petite cuisine avec deux bières, allemandes s'il vous plaît. Son ami avait fait le modeste, rejetant avec un haussement d'épaules les propos de Steve, qui avait parlé d'exposition, de site internet et autres moyens de faire connaître son travail. Erik ne faisait cela que pour son plaisir personnel et préférait consacrer l'essentiel de son temps à ceux qui en avaient vraiment besoin plutôt que songer à une hypothétique carrière chronophage. Steve avait reconnu là l'homme dévoué qu'il connaissait et avait simplement savouré le plaisir de découvrir une petite part de son intimité.

Ils n'avaient plus parlé ensuite, se contentant de boire avant finalement de flirter. Pour Steve c'était le moment idéal. Erik allait enfin mieux après le drame vécu récemment, ainsi n'avait-il pas sensation de profiter de la situation et lui-même avait trop de choses en tête dont il ne pourrait se débarrasser que d'une seule façon, celle-là qui ne demandait aucune réflexion.

Ils avaient fini dans la chambre d'Erik et le moins que l'on puisse dire, c'est que ces longs mois d'attente, à simplement se tourner autour en entretenant la plus fidèle des amitiés, avaient été récompensés. Steve avait découvert un amant attentionné et surtout imaginatif. Il avait eu sa part d'expérience et connu bien des amants, mais Erik l'avait touché, embrassé, à des endroits qu'il n'aurait pas crus capable de lui procurer autant de plaisir. Comme si son corps réapprenait à faire l'amour après tellement d'inconnus, car il y avait bien longtemps, depuis Bucky en fait, qu'il n'avait pas connu aussi bien celui qui s'apprêtait à devenir sien. Ça avait été par moment si inattendu qu'en perdant toute raison, il s'était promis de réutiliser ces gestes lors de ses relations futures. Lui qui avait pensé mener la danse comme à son habitude parce que c'était toujours ainsi, il avait apprécié être ainsi pris au dépourvu. Pourtant à l'ultime moment, quand il s'était pris à espérer découvrir un Erik actif, celui-ci s'était finalement allongé sur le matelas, cuisses ouvertes, en attente. Alors Steve avait repris ce rôle qu'on attendait à chaque fois de lui, celui-là même qu'il ne pensait jamais à refuser malgré ses vrais désirs, qu'il n'avait jamais songé confier à qui que ce soit dans la crainte de décevoir. Il avait pris Erik avec fougue, comblant leurs deux corps autant qu'il l'avait espéré bien des fois par le passé.

Quand Steve était ensuite reparti, repu et satisfait comme il ne l'avait pas été depuis une éternité, ils savaient à quoi s'en tenir. Cela n'avait été l'affaire que d'une nuit, une façon pour deux hommes dans la force de l'âge de se faire du bien et de concrétiser ainsi l'attirance qu'il y avait toujours eu entre eux, mais il n'était pas question d'entacher leur amitié par des sentiments absurdes. Et le lendemain, même si le jeu de séduction recommencerait parce que c'était justement un jeu, ils reprendraient leur routine et n'en éprouverait ni l'un ni l'autre la moindre frustration.

Une fois dans son appartement, Steve s'autorisa un dernier verre. Il n'avait nulle intention d'aller se doucher comme il le faisait pourtant après chaque plan cul. L'odeur d'Erik sur lui, mélange de musc et de virilité, avait un pouvoir réconfortant et surtout excitant, comme s'il n'était pas tout à fait redescendu sur terre depuis son orgasme. Il était installé sur le canapé, jambes croisées et yeux clos, la tête pleine d'image du corps d'Erik se donnant tout entier, un net progrès après avoir pensé bien trop longtemps à son goût à Stark. Stark à qui il ne songea effectivement plus un instant tandis qu'il frissonnait aux souvenirs des caresses reçues. Stark qui finit pourtant par se rappeler à lui au travers de brefs flashs où il se vit avec lui plutôt qu'avec Erik. Il en voulu au milliardaire pour venir lui gâcher ce qui aurait dû être un bon moment.

Bien décidé à ne pas laisser sa foutue imagination s'imposer, il se leva d'un bond et alla se planter devant la fenêtre. La vue n'avait certes pas grand-chose à voir avec celle découverte dans le bureau de l'industriel, mais qu'importe, c'était sa ville même dans ses coins moins reluisants et il l'aimait. Perdu dans ses pensées, partagé entre l'homme qu'il venait d'avoir et celui qu'il ne voulait surtout pas désirer, il ne vit pas la silhouette qui apparue furtivement à la lueur des lampadaires pour traverser la rue au pas de course. Il ne reprit contact avec la réalité qu'en sursautant lorsqu'on frappa à sa porte.

S'il ne fut guère surpris d'avoir de la visite au beau milieu de la nuit, c'était bien le genre de Bucky de passer sans prévenir après une sortie, il le fut davantage en découvrant l'identité du visiteur en question, incroyablement sexy dans un jean moulant et le même tee-shirt que plutôt, tâche incluse, mais qui ne le rendait que plus sexy encore dans l'esprit de Steve.

- Stark, bafouilla-t-il en s'écartant du passage plus par réflexe que réelle envie.

- Tony, rectifia l'interpellé, entrant sans attendre d'invitation formelle. Bel appart. Sommaire, mais commode.

- C'est ça que de vivre dans le monde réel.

- C'était pas une critique.

- J'en suis pas certain. Qu'est-ce que vous faites ici ?

Au lieu de répondre, Tony continua à faire le tour du petit appartement sans la moindre gêne, ce qui irrita le propriétaire des lieux, qui avait en horreur ce genre d'ingérences dans sa vie privée.

Finalement satisfait une fois sa curiosité rassasiée, Tony revint dans le salon et répondit à la question comme s'il ne s'était pas passé plusieurs minutes depuis qu'elle avait été posée.

- Aucune idée.

Steve eut la sensation au vu de son hésitation soudaine que c'était bien la première fois que l'autre homme reconnaissait une faiblesse quelconque devant un tiers. Il s'en sentit étrangement satisfait.

Et c'était la vérité. Tony ne comprenait toujours pas ce qu'il faisait ici. Après sa dernière réunion de la journée, qui s'était avérée aussi ennuyeuse qu'il l'avait prévu même si l'argent qu'il s'était vu promettre allait couvrir pas mal de ses recherches à venir, le milliardaire avait erré un moment dans l'étage de la tour qui lui servait d'habitation. Comme de plus en plus souvent ces derniers temps, tout son confort ne lui apportait plus le moindre réconfort. Il avait tout ce qu'il voulait d'un point de vue matériel et savait que c'était une chance dans un monde qui comptait toujours plus de laissés pour compte. Cependant depuis peu cela ne lui suffisait plus et il ne savait quoi faire pour combler ce vide en lui qui se manifestait de plus en plus souvent. Tout au fond de lui, il connaissait la solution, une simple franche honnêteté, autant vis-à-vis de lui-même qu'autrui, quant à ce qu'il désirait profondément, mais il était encore incapable de franchir ce pas qui aurait pu rendre tout possible ensuite.

Récemment, il avait entrevu une éclaircie dans cette grisaille, donnant parfois de son temps en toute discrétion, le plus souvent de son argent, à des associations de toute sorte. Lutte contre le cancer, femmes battues, animaux, environnement… il signait les chèques à tour de bras, finançant même un centre pour aider les vétérans blessés au combat… Tout pour se donner une légitimité dans ce monde dont il avait tant profité. Tout pour trouver un sens à sa vie, là où il n'y avait pas grand-chose. C'était dans cette optique qu'il avait pris ce rendez-vous avec Bruce Banner. Le droit des LGBT, voilà quelque chose qu'il n'avait encore jamais défendu, ironique en tant que bisexuel lui-même, mais peut-être justement par crainte des rumeurs si ça venait à se savoir. Il avait toujours soigneusement dissimulé cette part de sa personnalité, par lâcheté probablement, et n'avait toujours pas prévu d'assumer aujourd'hui, mais s'investir auprès de gens qui n'étaient pas différents de lui apparaissait enfin naturel. Alors il avait foncé. Et l'ironie qui semblait souvent régir sa vie avait placé sur sa route cet homme qu'il ne pouvait que désirer. La raison de sa venue ici ce soir, même s'il avait encore du mal à se l'admettre.

Il avait refusé le verre de scotch que proposait de lui servir Jarvis, lui soutenant qu'il allait parfaitement bien même si le ton n'y était guère. Le regard sceptique du majordome avait confirmé qu'il n'avait pas été convaincant, mais la conversation en était restée là. C'était l'avantage à rémunérer tous les gens qui vous entouraient, ainsi ils ne dépassaient que rarement les limites. Mais quand ils le faisaient, ça pouvait faire mal, Tony en avait fait les frais plus d'une fois.

Tony était un être secret et préférait de fait ce genre de relations plutôt que celles entretenues avec des amis qui ne savaient rester à leur place. Et puis, l'argent ne rendait pas moins sincère sa proximité avec Jarvis et Pepper, chacun savait simplement garder ses distances quand il le fallait.

Quand il avait compris que rien de ce qu'il faisait d'habitude ne pourrait venir à bout de cette morosité, il avait décidé d'aller faire un tour. Alors que Jarvis allait quitter la pièce, Tony avait demandé les clés de la nouvelle Audi. Il n'avait eu aucune intention de sortir à pieds, ne voulant en aucun cas avoir à faire aux gens qui le reconnaitrait forcément. Ce genre d'exercice était certes bon pour son égo et il s'y prêtait volontiers la plupart du temps, mais pas quand il était aussi las que ce soir. Parce que personne ne devait soupçonner quoi que ce soit, dans ces moments de doutes, se dissimuler à tout prix était vital.

C'était en prime l'occasion rêvée, la voiture était flambant neuve et n'avait pas encore été essayée. Des mois qu'il l'avait achetée et elle n'était pas encore sortie du garage depuis lors, ce qui confirmait qu'il n'avait définitivement pas besoin d'une nouvelle voiture, ce qui ne l'empêchait pas d'acquérir chaque nouveau modèle qui sortait, comme d'autres collectionnaient les timbres, sa passion à lui était simplement un peu plus tape à l'œil.

Il se voyait déjà filer sur l'autoroute, avalant les kilomètres à toute vitesse dans une tentative pitoyable de laisser ses soucis derrière lui. Plus d'une fois il avait roulé des heures durant, traversant une partie du pays, dormant ensuite dans un hôtel quelconque avait soit de rentrer à New York, soit prendre quelques jours dans sa villa de Malibu, parce que cela lui faisait toujours du bien, lui donnant une sensation de liberté comme il n'en éprouvait que trop rarement. Mais ce soir, c'était tout à coup la solitude qui s'était faite trop difficile à encaisser, ce qu'un road trip improvisé n'aurait rien arrangé. Alors une fois dans la rue, quoi que grisé par la puissance du moteur, il n'avait vu qu'un endroit où se rendre. Il s'était donc contenté de traverser une partie de la ville.

Lorsqu'il avait fait part de son intention de devenir un mécène pour La main tendue, Pepper s'était empressée de faire effectuer une petite enquête sur chacun de ses membres et de lui remettre ensuite un dossier complet. Tony avait apprécié l'initiative, aimant connaître les gens avec lesquels il était amené à collaborer. Et ce soir, c'était justement un détail de l'un des profils qui lui revenait à l'esprit. Une adresse située dans une rue pas des plus agréables à vivre, mais fallait-il s'attendre à autre chose de la part de quelqu'un consacrant son temps libre à aider autrui au lieu de penser à son petit confort ? Cela cadrait avec le personnage et Tony aurait finalement été déçu de le savoir habiter dans un quartier huppé. C'est ainsi qu'il s'était garé en face de l'immeuble où vivait Steve Rogers.

Il n'avait eu aucune intention de monter le voir, il voulait juste être là. Il n'avait même aucun moyen de savoir si l'autre homme était chez lui. Son appartement était plongé dans l'obscurité, mais peut-être, sûrement, était-il simplement au lit. Il n'y avait guère que Tony pour souffrir d'insomnie le maintenant éveillé, soit à bricoler, soit à se morfondre, quasiment chaque soir.

Alors il était resté là, les yeux rivés sur les fenêtres sombres, sans même s'interroger quant à ses actes, se contentant de s'imaginer la vie derrière ces murs.

Il avait perdu la notion du temps et n'avait aucune idée de l'heure qu'il était lorsqu'il avait finalement avisé Rogers rentrer chez lui. S'interrogeant sur ce qui avait bien pu le tenir dehors une bonne partie de la nuit, il avait fixé avec d'autant plus d'intérêt les fenêtres qui furent ensuite éclairées, appréciant deviner régulièrement la silhouette puissante derrière les rideaux qui n'occultaient pas grand-chose.

Il n'aurait probablement pas songé à quitter son poste d'observation, jusqu'à ce qu'il ne voit le visage pensif de Rogers à l'une des fenêtres. Il avait deviné la même solitude que la sienne, la même sensation d'être perdu face à ce qui l'entourait… Avant même de réfléchir plus avant et ainsi se mettre dans la tête que c'était stupide, il avait quitté l'habitacle rassurant de la voiture.

Et le voilà présentement en face de l'homme qui le troublait tant, à tenter d'expliquer sa présence ici de manière rationnelle, alors que lui-même ne la comprenait pas. Il réalisa tout à coup que les mots était bien inutiles, il avait de toute façon toujours été un homme d'action, autant donc ne pas perdre ses bonnes habitudes. Il aurait bien le temps ensuite de se poser des questions, de regretter aussi certainement.

Ce fut donc sans perdre une seconde de plus qu'il s'appropria les deux lèvres qui l'avaient tenté dès l'instant où leur propriétaire avait pénétré dans son bureau. Au diable ses résolutions d'être toujours discret, de ne pas ébruiter cet aspect de sa personnalité, il était ce soir prêt à tout risquer, simplement parce qu'il faisait exactement ce qu'il crevait d'envie de faire depuis des heures. Et le plaisir qu'il éprouva à ce simple contact le combla plus que les nuits de débauche qu'il avait pu partager avec bien des hommes.

ooOoo

Le baiser surprit Steve, ça il n'aurait pu le nier, pourtant pas un instant il n'envisagea le moindre mouvement de recul. Et ce fut tout naturellement qu'il étreignit le milliardaire, qui décidément n'avait pas fini de l'étonner. Il avait eu bien des hommes entre ses bras, dont un pas plus tard que deux heures plus tôt, pourtant jamais il n'avait eu l'impression d'être aussi indispensable pour quelqu'un. Comme si Stark s'accrochait à lui pour ne pas sombrer. Il aurait pu le repousser et le faire parler. Il aurait pu, mais son propre corps, pourtant comblé par l'étreinte précédente, n'était guère coopératif. Stark lui-même ne lui aurait de toute façon pas facilité la tâche tant il semblait n'avoir aucune hésitation quant à ce qu'il avait à faire. Alors Steve répondit au baiser avec toute la passion qu'il sentait monter en lui, soupirant de satisfaction en sentant la main de Tony se poser sur son entrejambe et entreprendre de le caresser.

Ok, voilà qui était inattendu ! Il avait toujours vu dans le milliardaire un incorrigible coureur de jupons, or il était clair à présent que celui-ci n'était pas novice dans l'art de l'amour ente hommes. Ses gestes étaient bien trop assurés pour témoigner d'une première fois. Tant mieux, ainsi le cadet aurait moins de scrupules. Il n'était généralement pas contre le fait d'être le premier, mais seulement quand les choses étaient claires au départ. Avec Stark, il y avait bien trop d'inconnues pour en prime avoir affaire à un puceau.

Et pour le coup, puceau le milliardaire était bien loin de l'être, comme en témoignèrent les initiatives dont il n'hésita pas à faire preuve. Se faisant la réflexion que c'était décidément la soirée pour lui à se laisser faire auprès d'amants habiles, Steve se retrouva allongé sur son canapé, pantalon sur les chevilles et membre dur entre les doigts habiles d'un Stark qui le caressait avec avidité. Il se cambra, désireux d'en obtenir plus, pourtant il avait bien l'intention de partager son propre plaisir. D'un geste assuré, il attira Tony plus près de lui. Rapidement, ils caressèrent de concert leurs deux érections, bougeant des hanches en parfaite synchronisation, mêlant leurs doigts aussi bien que leurs lèvres. Steve n'était généralement pas fan de ce genre d'exercice, quitte à se masturber autant le faire en solo. Il prenait généralement plus de plaisir avec une pénétration, en tant qu'actif le plus souvent, même si sur ce dernier point si on lui avait laissé le choix il aurait préféré l'autre rôle. Pourtant à cet instant, il n'aurait rien voulu d'autre que cette main sur lui, cette queue contre la sienne. Le sexe se Stark glissant contre le sien, ses doigts se nouant brièvement aux siens avant de recommencer à aller et venir… C'était plus intime que la plupart des sodomies qu'il avait pu connaître.

Tony rompit leur baiser dans un grognement pour enfouir son visage dans le cou de Steve, qu'il mordit tandis qu'il se répandait sur leurs deux ventres. Le souffle coupé, lorsqu'il jouit à son tour, Steve n'aurait pu dire si c'était à cause du plaisir qui brûlait ses reins ou de la douleur qui pulsait sur sa jugulaire. C'était bon en tout cas, aussi ne chercha-t-il pas plus loin.

Ils demeurèrent longtemps blottis l'un contre l'autre, leurs deux cœurs battant la chamade. Et plus d'une fois pendant ce temps, Steve s'interrogea sur la conduite à adopter… Généralement, il n'était pas pour les démonstrations d'affection quand la tension était retombée. Quand il s'envoyait en l'air, il n'y avait pour lui d'autre finalité que l'orgasme. Et il ne dérogeait jamais à cette règle, pas même avec Bucky malgré leur grande affection. Pourtant ce soir, il aurait voulu prolonger cette étreinte, parce qu'il se sentait étonnamment bien. Mais il n'était pas certain que son amant attende la même chose. Stark demeurait pour le moins mystérieux, parlant à peine avant de lui sauter dessus. Steve bien sûr aurait pu le questionner, mais à ses yeux il n'y avait pas pire tue-l'amour que ce genre d'interrogatoire qui paraissait rapidement désespéré. Dans la même situation, il avait déjà été à la place de celui à qui on mettait la pression et en gardait suffisamment un mauvais souvenir pour ne pas l'imposer à qui que ce soit parce qu'exceptionnellement il avait une faiblesse. Alors il se contenta de garder les mains sur les hanches de l'autre homme, résistant à son envie de les passer dans les cheveux humides.

Stark régla finalement la question pour lui en se levant et se rhabillant rapidement.

- Merci pour ça, dit-il d'un ton qui avait perdu son hésitation précédente. C'était pile ce dont j'avais besoin.

Aucune tendresse dans sa façon de s'adresser à lui et Steve sut qu'il n'aurait rien à attendre de plus. Sa déception à ce constat l'effraya tant il se sentait vulnérable, ce qu'il n'avait jamais connu par le passé. Pourtant, il ne pouvait rien reprocher à son amant, celui-ci ne lui avait fait aucune promesse, pars plus qu'il ne l'avait forcé à quoi que ce soit.

Il vit l'aîné fouiller dans la poche de sa veste et frémit à l'idée de le voir sortir une liasse de billets, mais il se vit finalement tendre une carte.

- Il y a mon portable, indiqua Stark. Ça peut s'avérer utile.

- Pourquoi ? s'enquit Steve plus sèchement qu'il n'aurait voulu.

- Je ne suis pas contre une autre rencontre de ce genre, mais je ne voudrais pas être le seul à me manifester.

- Ok, fut tout ce que put prononcer Steve tandis qu'il se débattait tant bien que mal pour remonter son pantalon.

- Bien, alors à plus tard j'imagine.

Et presque immédiatement, Steve se retrouva tout seul, se demandant encore ce qui avait bien pu se passer. Il se sentait cruellement démuni et s'il n'avait jamais souffert de solitude, à cet instant il aurait été le dernier habitant du pays qu'il ne se serait pas senti plus mal. Pourtant, il n'en voulait pas à Tony, qui ne s'était pas conduit différemment de la façon dont lui-même traitait ses amants d'un soir. A la clé, il y avait même la possibilité d'un plan cul régulier, voilà qui aurait dû le satisfaire. C'était pourtant loin d'être le cas. Aussi s'en voulait-il bien à lui, pour gâcher ce qui aurait dû être un bon moment. Ce n'était pourtant pas son genre de faire dans les sentiments et voilà que cet idiot était chamboulé comme l'aurait été une collégienne sans expérience. En prime, tout ça à cause d'un milliardaire m'as-tu-vu qui faisait de la séduction un sport national. C'était pathétique ! Et terriblement dangereux quant à son mode de vie qu'il n'avait jamais eu l'intention de modifier.

Il décida de mettre cet émoi sur le compte de la fatigue, espérant qu'il y verrait plus clair le lendemain. Il se traîna donc jusqu'à sa chambre et eut la satisfaction de s'endormir presque immédiatement.

ooOoo

- C'est simple, tu es amoureux, plaida Bucky, semblant aussi heureux qu'un gamin le jour de Noël.

- Va te faire foutre ! grogna Steve.

- Ah, mais j'y compte bien, j'ai justement un rencard tout à l'heure, s'amusa le brun. Mais ceci ne change rien au reste. Tu es amoureux.

- Et toi tu es stupide.

Repoussant ce cappuccino qui ne lui faisait déjà plus envie, Steve fit le tour de la salle du regard, enviant les clients qui l'entouraient, qui semblaient tous si sereins… Les deux jours suivants sa nuit en compagnie de Stark, il avait béni ses occupations qui l'avaient empêché de réfléchir. Aujourd'hui, c'était un autre son de cloches. Après sa séance de sport et avant sa soirée de permanence à l'association, il avait vu d'un mauvais œil ses quelques heures de liberté, craignant se laisser rattraper par ses démons. Parce qu'il avait eu beau faire, il n'avait pas réussi à se débarrasser de ses interrogations concernant le milliardaire. Alors il avait proposé une sortie à son meilleur ami. Après une séance de cinéma, ils avaient échoué dans ce café où Bucky l'avait interrogé quant à son air préoccupé. Ce n'était pas prévu, ça lui correspondait tellement peu mais en ce moment c'était apparemment une récurrence, il avait donc tout déballé. La séance de sexe et surtout son trouble. Il avait espéré trouver un peu de compréhension en retour, d'où sa déconvenue présente.

Il était vrai que Bucky n'était pas l'être le plus compréhensif qui soit. Il savait pourtant que cette mauvaise volonté chez son meilleur ami n'était pas de la méchanceté, il ne prenait tout simplement rien au sérieux.

- Bucky, dit-il en soupirant, tu crois franchement que je suis fier de ce que j'ai fait avec lui ? Alors essaie d'imaginer ce que ça a pu me coûter de te le raconter… J'ai besoin que tu le prennes au sérieux.

- Tu crois que je me fous de toi ? C'est pas mon genre les confidences, mais même moi j'ai mes limites. Je ne frappe pas un homme à terre. Je t'écoute et j'essaie de rationnaliser. Mais justement, est-ce que toi tu t'entends ? Depuis qu'on est ici tu arrêtes pas de parler de lui…

- Je te raconte juste qu'on a baisé ensemble l'autre nuit.

- S'il y avait que ça. Tu n'arrêtes pas de dire que Stark est plus intéressant que tu ne le pensais, moins prétentieux, qu'il est super tolérant, qu'il t'a fait bonne impression quand vous vous êtes rencontrés… Sans oublier que c'est un type que tu as toujours trouvé sexy en diable. Et vu ce que tu as ressenti quand vous étiez ensemble sur ton canapé, ça ne fait pas un pli.

- Mais…

- Tu peux continuer à te voiler la face, l'interrompit Bucky, c'est ton droit, mais tu ne peux pas me reprocher d'avoir ma propre opinion.

- Alors tu es vraiment sérieux ?

- J'ai l'air de plaisanter ? Si je voulais faire le clown, je me contenterais de te dire que je n'ai plus jamais l'intention de m'asseoir sur ton canapé, mais je sais aussi que tu n'as pas besoin de ça aujourd'hui.

Steve fut surpris de trouver oreille aussi compréhensive chez son ami et regretta simplement que leurs avis divergent à ce point.

- Eh bien, je ne suis pas d'accord avec toi, dit-il avec toute l'assurance dont il était capable. Et non, je ne me voile pas la face. C'est peut-être plutôt toi qui fantasme sur le fait de me savoir casé.

- Qu'est-ce que ça m'apporterait ?

- Une menace de moins. Je me souviens très bien que tu ne fanfaronnais pas il y a quelques semaines quand c'est moi qui suis rentré avec le mec que tu avais repéré.

Oui, c'était la défense la plus pitoyable du monde et même lui ne s'y serait pas laisser prendre. Bucky non plus évidemment, comme il le confirma l'instant d'après. Mais à situation désespérée…

- Le geek de la boîte de nuit ? Je me le suis fait le lendemain. Steve, personne ne me résiste plus qu'à toi. Je ne t'ai jamais considéré comme un concurrent. C'est peut-être toi qui as envie de te caser.

Se caser ? Steve n'y avait jamais songé. Si les hommes comme lui pouvaient désormais se marier dans tout le pays et pouvait même adopter, lui-même ne s'était jamais senti concerné. Il était fier de ces avancés dans les droits de certaines minorité, heureux de voir les discriminations reculer au moins un peu même s'il restait fort à faire, il avait lutté dans ce but et lutterait toujours, mais bien pour les autres seuls. Il était trop attaché à son style de vie. Il sortait quand il en avait envie, sans rendre de compte à qui que ce soit, et pouvait ramener chez lui un type différent tous les soirs s'il en avait envie. Il ne voulait rien d'autre. Et s'il avait effectivement conscience qu'un tel mode de vie montrerait ses limites quand il commencerait à vieillir, il était tout bonnement incapable de se projeter aussi loin.

Voir en Stark quelqu'un avec qui il pourrait se stabiliser, même se poser, était absurde. Il n'avait eu rien d'autre qu'un coup de cœur pour le milliardaire, conséquence compréhensible à son physique avantageux et ses talents une fois le pantalon baissé. Mais Steve n'avait aucune envie de le côtoyer davantage que pour quelques parties de jambes en l'air.

- Steve, je te connais, intervint Bucky après de longues minutes de silence. Tu es en train de te dire que tu ne le considères que comme un partenaire sexuel acceptable.

- Et ? Je dois admettre que personne ne m'avait fait grimper au rideau de cette façon juste avec sa main depuis pas mal de temps. Et je ne dis pas ça parce que je suis amoureux.

- Je veux bien croire qu'il est doué, mais apparemment Erik l'est aussi d'après ce que tu m'avais dit au téléphone. Avec lui tu as l'intention de recommencer ?

- Erik et moi, c'est différent, on est collègues. On n'a jamais prévu plus qu'une nuit.

- Ok, alors répond à une simple question. En dehors de moi, est-ce que tu as déjà fait l'amour deux fois avec le même type ? Et je parle pas de deux fois de suite la même nuit, hein. Ni à l'occasion par hasard parce que tu as pas reconnu le type après plusieurs années sans le croiser.

Steve, pensif, se mordit la lèvre en réalisant où son ami voulait en venir. Ça n'avait rien de rassurant. Bucky semblait s'être mis en tête de lui démontrer qu'il était bel et bien amoureux de Stark, or il avait la fâcheuse tendance à toujours parvenir à ses fins.

- Oh, marmonna Steve, ça a dû arriver à l'une ou l'autre reprise. Et il y a eu Stephen je te rappelle…

- Tu parles ! Strange est un connard sans cœur qui t'a mis en miettes chaque fois que tu lui as ouvert ton lit. C'est le contre-exemple parfait au contraire, l'illustration de ta tendance à te faire souffrir chaque fois qu'un truc cloche dans ta vie. Pour le reste, tu te vantes assez souvent d'être sans attache en te justifiant justement par ta capacité à enchainer les coups d'un soir. Toi et moi c'est différent puisqu'on est amis. Le sexe entre nous, c'est juste une façon de nous défouler parfois. Mais avec lui… Rien que le fait que tu envisages de le revoir montre bien qu'il y a quelque chose.

- Bucky, tu cherches trop compliqué. J'ai croisé un bon coup qui a manifestement l'envie de me revoir. Quelques soirées ça mange pas de pain. Et connaissant l'oiseau, je doute qu'il envisagea de me faire sa demande.

- Oui, enfin, apparemment tu le connais pas si bien puisque tu l'imaginais jusque-là comme le parfait hétéro de base.

- Touché. Mais sur ce point je t'assure que je me trompe pas, j'ai vu la vitesse avec laquelle il s'est tiré après avoir fait sa petite affaire.

Vitesse qui l'avait peiné, de même que la proposition qu'il ne se revoit que pour la bagatelle. C'était un détail que Steve préféra pourtant garder pour lui étant donné la réaction de Bucky face à ses récentes confidences.

Celui-ci termina son café et se leva d'un bond.

- Il faut que j'y aille, j'ai un dîner. A l'inverse de toi, je suis déjà sorti plusieurs fois avec celui-là et il en vaut la peine. Il a même de la conversation, s'amusa-t-il en enfilant sa veste. Tu sais Steve, il n'y a rien de mal à baisser sa garde. C'est peut-être même le bon moment pour le faire. Réfléchi à ça ! Allez, bonne soirée.

A suivre…