Samuel Winchester était un avocat très prisé dans la grosse ville qu'était Kansas City. Aussi le jeune homme de 28 ans avait décidé de prendre un repos bien mérité dans la demeure familiale à Lawrence. Ses parents étaient décédés dans un accident de voiture quelques années plus tôt, c'était désormais son grand frère Dean qui habitait la petite maison. Le brun avait donc prit une semaine en plein milieu du printemps pour rendre visite à son aîné. Le garagiste l'avait accueilli à bras ouvert. Parfois, il se sentait trop seul dans cette maison qui respirait tant la vie avant la mort de leur parents et avant qu'ils ne grandissent.

De bon matin, le jeune avocat avait décidé d'aller courir un peu dans le quartier pour se remettre en forme et pour profiter de l'air non pollué de sa ville natale. Le vent frais du printemps sur ses pommettes et sur sa peau nue lui faisait tellement du bien. Il avait attaché ses cheveux en une queue de cheval pour dégager son visage afin de ne pas être gêné pendant son footing. Il aimait parcourir les rues inanimées de bon matin et être le seul à fouler le sol. Cela le détendait beaucoup.

Soudain, au détour d'une ruelle, Sam entendit un cri plaintif. Il s'arrêta alors subitement dans sa course pour mieux écouter la complainte : c'était un gémissement de douleur d'un chien. Sans attendre une seconde plus, l'avocat enleva ses écouteurs et se précipita avec délicatesse vers l'animal. C'était une femelle assez jeune qui perdait beaucoup de son sang au niveau de son abdomen, elle avait été lacérée par un couteau. D'autres marques comme des morsures étaient présentes sur d'autres parties de son corps. La plainte de la chienne faisait mal au cœur de l'avocat qui ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la rancœur aux personnes qui avait pu faire cela. Elle se laissa facilement approcher par le brun et se laissa examiner avant de s'évanouir dans les bras de son sauveur.

« Ne t'en fait pas ma belle tout va bien se passer, je vais t'emmener chez le vétérinaire et tout ira de nouveau bien. Tu pourras de nouveau gambader avec tes amis. »

Le brun avait remarqué le collier qu'elle portait ; la chienne appartenait au chenil Crowley. Elle avait dû s'échapper. Il se promit qu'après son passage au vétérinaire, Sam la ramènera à son propriétaire. Le jeune homme courut jusqu'au vétérinaire pour sauver ce pauvre beauceron de la mort.

Dean avait fini par céder pour prendre sous son toit la belle Fortuna après de nombreuses complaintes de son petit frère. Ce dernier avait donné ce nom à la belle chienne qu'il avait secourut quelques jours plus tôt d'une mort certaine. Le garagiste avait pensé que cela aurait pu être pire, son frère aurait pu ramener un chat. Quoique vivre avec Fortuna depuis une semaine relevait d'un effort surhumain. La chienne obéissait seulement à Sam. Lorsque Dean se retrouvait seul avec elle, c'était le gros bazar dans la maison entre les meubles griffés, les objets renversés et les grognements à longueur de journée. C'était assez étrange comme situation et l'aîné Winchester avait laissé tomber bien vite pour comprendre Fortuna. Elle changeait complètement de caractère lorsqu'elle voyait le jeune frère et lui demandait plein de papouilles.

Mais aujourd'hui était un triste jour Fortuna devait retourner au chenil. Sam traînait au lit ce matin-là, voulant repousser le plus possible le moment fatidique de la séparation. Fortuna était venue le réveiller de bonne heures avec une petite léchouille sur le visage. Sam aimait ses réveils doux avec la chienne. Mais toute bonne chose avait une fin. L'avocat décida alors de passer une dernière journée avec Fortuna avant d'aller au chenil. Cette dernière se montrait tout particulièrement agacée, ce qui n'était pas dans son habitude lorsqu'elle était avec Sam. Le brun avait très bien deviné que le beauceron sentait qu'ils allaient retourner au chenil. Il ne voulait pas de problème avec le propriétaire de Fortuna. D'autant plus que c'était un homme assez abrupte et for peu aimable d'après Dean qui avait pu le côtoyer plusieurs fois au garage. Cela ne lui aspirait pas confiance toute cette histoire. Sam avait émis l'hypothèse que Fortuna avait été mordu par les autres chiens du chenil. Mais il n'avait pas le choix, ce chien ne lui appartenait pas.

Après une belle balade au parc en fin d'après-midi, il était temps de se rendre au chenil. Les deux acolytes avançaient à reculons prenant le temps pour se diriger à pied à l'endroit qui allait les séparer. L'établissement n'était qu'à cinq minutes à pied du petit parc mais ils avaient pris un bon vingt minutes pour arriver à leur destination. Fortuna n'arrêtait pas de pousser des aboiements plaintifs tandis que Sam la regardait avec un air triste de chien battu tout en la caressant derrière les oreilles.

Enfin, ils étaient devant un gros portail noir, cela ressemblait plus à une prison qu'un chenil. Le jeune avocat sentit des sueurs froides parcourir tout son corps. Fortuna essaya de le rassurer en câlinant sa jambe avec sa tête. Sam prit une profonde inspiration avant de sonner à l'interphone. L'atmosphère était lugubre, pas étonnant que la chienne ne voulait pas y retourner.

« Bonjour, je me présente Sam Winchester. J'ai recueilli une de nos chiennes dans la rue. Elle était gravement blessée...commença l'avocat.
- Ce clébard ? Cette tête de mule qui n'obéit qu'à Lucifer ? Non vraiment vous pouvez la garder. Cadeau! Allez oust l'élan ! »

Le jeune Winchester n'en revenait pas de la réponse de son interlocuteur et finalement il ne savait même pas à qui il avait parlé, sans doute au propriétaire. Il voulait bien savoir qui était ce dénommé Lucifer. D'un autre côté, il pouvait garder Fortuna pour lui. Heureux, le brun décida d'emprunter des rues différentes de l'allée pour rentrer à la maison familiale. Le beauceron lui donnait des coups de tête avec affection. Tout était si lumineux maintenant. Sam avait enfin un chien !

Sur le chemin au détour d'une ruelle, de la grosse musique punk résonnait dans toute la rue. Samuel devina rapidement la provenance de cette musique. Un peu plus loin dans la rue, un blond aux cheveux coiffés en piques s'activait à réparer quelque chose au niveau du bloc moteur de son van noir. Le punk avait un vieux jean troué bleu ciel avec une chemise à carreaux sans manche rouge et blanche et il avait des grosses rangers noires en cuir. Un perfecto noir était posé sur une glacière qui contenait sans doute plusieurs bouteilles de bière.

Plus le Winchester s'approchait plus il pouvait entendre l'inconnu chanter à tue-tête les paroles crachées par la petite radio au sol. Puis il avait remarqué un certain détail : le mécano bougeait incroyablement bien son petit fessier moulé dans son jean.

Ce fut Fortuna qui interrompit l'avocat en pleine séance de reluquage. La chienne se précipita d'un coup vers l'inconnu, toute folle comme si elle était contente de le retrouver. Le punk interrompit son action et s'essuya les mains avec un bout de tissu noir et blanc qu'il fourra dans sa poche arrière de son pantalon. Le blond s'agenouilla et ouvrit les bras en direction du chien.

« Ramsey, ma beauté ! s'exclama-t-il tout heureux. »

Une nouvelle fois, Sam était surpris. Qui était cet inconnu pour sa belle Fortuna ? Il allait de surprise en surprise avec elle. Le brun avait déjà remarqué qu'elle lui obéissait seulement à lui, alors qui était le blond ? Ce certain Lucifer ? Ce nom lui hérissait les poils, du bon ou du mauvais côté il ne saurait dire. Il voulait en savoir plus sur cette mystérieuse belle gueule.

Le punk se releva après de multiples léchouilles sur le visage de la part de la chienne. Il était tout sourire.

Sam pouvait encore plus le détailler et maintenant de face. Le mystérieux homme semblait de quelques années être son aîné. Il avait une belle barbe naissante d'un blond aussi doré et foncé que ses cheveux. Il avait un sourire narquois dont on ignorait sa signification. L'avocat ne savait si le punk voulait le tuer ou plutôt l'avoir dans son lit ou encore les deux. Le brun déglutit à cette simple pensée. Puis le blond avait aussi un tatouage sur son bras gauche. C'était deux poignards dans un cœur. Sa chemise coupée ouverte sur un débardeur vert faisait ressortir ses biceps.

Le supposé Lucifer se dirigea alors vers Sam. Il lui sourit naturellement avant de passer sa langue sur ses lèvres. Il était irrésistible.

« Dis-moi Samuel comment il se fait que tu te promènes avec ma chienne ? commença le punk. »

Le nommé ne savait comment réagir. Comment ce punk pouvait savoir son prénom ? Cette journée était décidément celle de la surprise. Il n'arrivait pas à trouver quelque chose à répondre à cet individu à part la vérité.

« J'ai trouvé Fortuna dans la rue gravement blessée et je l'ai conduite à la clinique vétérinaire avant de la garder chez moi. J'ai voulu la rendre à son propriétaire mais il n'en voulait pas. Ce type à l'air très louche...
- Sam, Sam. C'est moi son maître. Crowley n'est qu'un chien galeux qui a récupéré mon affaire. Tu la nommé Fortuna ? Ma foi, un meilleur nom que Ramsey, je l'avoue. Ce qui est bizarre c'est qu'elle n'obéit qu'à moi en temps ordinaire. Pourquoi elle t'a choisi ? Oh, on doit être lié tous les deux ! »

Pendant toute sa réflexion le blond avait posé son index droit sur son menton tout en faisant une petite moue. Samuel était étonné par tant de décontraction de la part de son interlocuteur. Il voulait tellement lui poser de question.

Au moment où le brun voulu s'approcher du blond, ce dernier se mit à augmenter le volume du petit poste et commença à faire des mouvements désordonnés en lançant ses pieds et ses mains devant lui. Il se défoulait et bougeait au rythme de la musique et des accords bien gras et stridents.

" I'm just a person like you
But i've better things to do
Then sit around and fuck my head
Hang out with the living dead
Snort white shit up my nose "

Le blond semblait comme possédé en dansant. Sam aurait dû avoir peur de cet étrange personnage mais pas du tout. Il le fascinait plus qu'il ne l'effrayait. Le jugement de Fortuna y était pour beaucoup. L'avocat était impressionné par la danse folle du punk et de la chienne qui semblait bouger en rythme. Cela se voyait qu'une forte relation de confiance s'était instaurée entre l'animal et l'homme. Ce denier était sans conteste le maître de Fortuna. Ils se comprenaient. C'était beau à voir. Sam se surpris à vouloir une relation du même genre avec un chien, son chien. Il était heureux que Fortuna, non Ramsey, ait retrouvé son vrai maître. D'un autre côté, il était aussi triste de ne plus la voir, c'était une chienne exceptionnelle.

Après la courte chanson de Mina Threat, le poste de radio se mit à cracher la célèbre chanson du groupe The Stooges- The Passengers. Sam resta devant le mystérieux blond ne sachant quoi faire. Ce dernier arrêta de danser avant de reprendre son souffle. Il quitta sa chemise à carreaux avant de remettre son perfecto. Le blond sortit deux bières de la glacière bleue, en donna une au brun. Samuel rencontra le regard glacial du punk et sentit sa température monter et soutint son regard pour savoir qui allait détourner le sien en premier. Ce fut finalement l'avocat qui détourna le regard et le dit-Lucifer s'appuya contre son van. Le cadet Winchester essaya de reprendre contenance pour enfin oser lui poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« Comment savez-vous mon prénom ? Lucifer, c'est bien ça ? »

Sam était adossé au mur tout en appuyant son pied droit sur la bâtisse décrépite. Le blond eut alors un énième sourire malicieux à la suite de la question du brun. Cela lui plaisait qu'il le vouvoyait et l'émoustillait vraiment ce garçon était vraiment intéressant. Personne n'avait eu la décence de le faire et Sam lui plaisait rien pour que cela et aussi son joli minois de petit avocat tout innocent. Ce que Lucifer ne savait pas, c'était qu'il était loin de l'être. Le mécanicien prit une grande gorgée de sa bière brune avant de répondre :

« Sammy, tu es le garçon qui a le plus réussit dans cette petite ville bien merdique. Le plus grand avocat de Lawrence puis j'ai fait des recherches sur toi, expliqua le dit Lucifer. Cela sera Luke pour toi, Sam. »

Le dit Sam avait encore plus de question maintenant. Il supposait que Luke était le vrai prénom du blond alors que Lucifer n'était qu'un surnom. Le brun avait une part de lui qui avait peur du punk devant lui mais d'un autre côté il avait envie de rester à ses côtés. Ce ressenti qui électrisait tout son corps était addictif, le danger l'attirait. Etait-il dans la drogue ? Un meurtrier ? Il ne pouvait se résigner à partir. Luke l'hypnotisait de trop. Cette sensation d'un possible danger et de braver les lois, le faisait sentir vivant comme si son destin était d'être avec Lucifer sur les routes et non avocat dans un bureau. Le duo apprécia la présence de l'autre sans se parler. Fortuna s'était allongée aux pieds de Sam et commençait à s'assoupir.

Au bout d'un moment, Lucifer se redressa et rentra dans son van pour ressortir avec un pantalon noir dans les mains. Sam observait attentivement les faits et gestes du blond sans en rater une miette. Lucifer enleva alors ses rangers et son vieux jean bleu pour se retrouver en caleçon dans la ruelle. Le Winchester ne put s'empêcher de regarder les fesses du blond dans le sous-vêtement rouge.

« Tu aimes ce que tu vois, Sam ? »

A cette réflexion, le concerné se sentit mal à l'aise et surtout sentit le rouge monter à ses joues. Luke continua alors à se changer tout en faisant exprès de faire quelques roulement de bassin pour enfiler son pantalon. Il remit ses rangers et les serra avant de refermer le capot de la voiture ainsi que la porte coulissante.

C'est à ce moment que le portable de Sam décida de se mettre à sonner. Le brun prit alors le téléphone de sa poche de jean et regarda qui osait l'appeler alors qu'il profitait d'une bonne fin de journée avec un inconnu. C'est sans surprise qu'il découvrit le nom de la personne qui l'appelait Dean.

« Sam ?
- Oui Dean qu'est ce qui se passe ? La maison est en feu ? se moqua le brun.
- Très drôle, Sam. Je me demandais juste où tu étais. Tu sais, il est déjà tard et on mange toujours ensemble le soir. A moins que tu aies prévu quelque chose.
- Dean, c'est bon je rentre.
- Non, non je voudrai pas te déranger avec la belle gonzesse avec qui tu es ! Alors brune ou blonde ? Ou elle est rousse ?
- Dean, se désespéra le brun. Je suis avec le propriétaire de Fortuna, Lucifer.
- Sam, pars tout de suite. Ce mec trempe dans le trafic de drogue ou d'organe ou pire encore.
- Dean, je rentre, ne t'en fait pas.
- Soit prudent.
- Oui, Dean. »

La conversation achevée, Sam vit alors Lucifer se repasser un coup de gel dans les cheveux en se regardant dans le rétroviseur de son van. L'avocat ne savait comment s'excuser et partir sans contrarier le blond. Il caressa une dernière fois Fortuna et se dirigea vers le punk qui lui faisait désormais face.

« Alors Sam prêt à aller prendre une bonne cuite ? s'enthousiasma Luke.
- Mh, à vrai dire je vais devoir te laisser et aussi Fortuna, je voulais dire Ramsey. Mon frère m'attend pour dîner.
- Comme c'est touchant, rigola le punk. Sam, Sam, cette excuse ne fonctionne pas avec moi. »

Lucifer se rapprocha de Sam, il était dans son dos. Le Winchester pouvait sentir le souffle du punk dans son cou et cela le faisait frissonnait, une agréable sensation. Le danger et l'interdit n'étaient pas loin et il frissonnait d'impatience. Il voulait toucher ce danger de plus près mais dans un autre temps, il voulait s'en éloigner. Tout n'était que contradiction. Samuel ressentait la prestance de Lucifer derrière lui et cela l'impressionnait. Il était clairement dominé par la grandeur d'âme du mécano et le brun aimait ça.

« Je dois partir, vraiment, mh Luke, reprit le Winchester.
- Sam, écoute on est destiné à de grandes choses tous les deux, je le sens, je le sais. Ne m'abandonne pas. Je te retrouverai toujours. »

L'avocat n'osa répondre et s'éloigna rapidement du blond, de son van et de Ramsey qui ne cessait de japper de tristesse. Elle savait qu'elle ne reverrait pas de sitôt son deuxième maître. Ce que Sam ne savait pas, Luke avait profité de leur proximité pour glisser un papier avec son numéro de téléphone ainsi que son adresse à Lawrence. Ce dernier avait bien vu dans le regard de Sam que cela n'était pas la première et dernière fois qu'ils se verraient. Il y aura beaucoup d'autre fois, oui, beaucoup plus. Personne ne pouvait résister à ses charmes.