... Moi qui pensais que ma solution était évidente, il semblerait que ce ne soit pas vraiment le cas. Du coup j'espère que ce n'est pas trop tiré par les cheveux. Voici le point de vue d'Uhura sur Spock (et Kirk), juste parce que j'avais envie. Cette histoire touche bientôt à sa fin. Comme d'hab, warning pour "science douteuse". Toujours pas de angst en vue, mais le chapitre suivant sera très difficile à écrire sans H/C...


Journée 7 – 1:00

Journal de bord personnel du capitaine, date stellaire 4162, 27

Parfois, je me demande ce que je ferais sans mon premier officier. (Voix féminine en arrière-fond. Petit rire étouffé de la part du capitaine.) Le lieutenant Uhura répond sans hésitation « des bêtises », et j'aurais tendance à être d'accord avec elle. Spock a eu l'idée brillante d'appeler à notre secours Amani, l'alien presque entièrement constitué d'énergie que nous avons secouru il y a deux jours. Peut-être sera-t-il en mesure de nous aider.

.

Bien sûr, Uhura s'était engagée dans Starfleet pour explorer l'univers, mais ce qui la fascinait par-dessus tout, c'était de tenter de communiquer (avec, il fallait bien l'avouer, plus ou moins de succès) de nouvelles espèces. Elle aimait les langues et avait une réelle facilité pour les apprendre (sauf le klingon, dont elle n'avait jamais réussi à retenir le moindre mot*), et appréciait les multitudes de façons dont les diverses formes de vie, à travers l'univers, se servaient pour communiquer entre eux et les uns avec les autres. L'utilisation de la vocalisation ne concernait que 55% des langages connus. Les gestes étaient presque aussi souvent employés. La communication télépathique, quoique plus rare, existait dans de nombreux recoins de la galaxie. Mais l'alien dont ils avait croisé la route l'avant-veille utilisait un signal électrique multicolore relativement complexe, qui lui servait à « parler » avec ses semblables et, sur sa planète d'origine, à effrayer certains prédateurs. Pour la jeune femme, il s'agissait d'une forme inédite de communication et elle s'était attelée avec enthousiasme aux problèmes de « traduction » que suscitait un tel langage.

Avec Charlène Masters, elle avait passé beaucoup de temps à « discuter » avec cet étrange nuage gazeux, qui s'était avéré être un explorateur unique en son genre, le seul de son espèce à s'être aventuré dans l'espace. Il n'avait pas de nom traduisible, mais la lumière qui émanait de lui lorsqu'il émettait le signal qui le représentait était légèrement bleutée, douce, apaisante, si bien que les deux lieutenants l'avaient traduite par « Amani » (un mot swahili pour dire « paix »**). Durant de longues heures, oubliant leur rhume, Uhura et sa complice avaient expliqué à l'extra-terrestre, non sans erreurs, approximations et corrections, le fonctionnement de la Fédération, et appris en retour de nombreuses choses sur la planète d'origine de leur nouvel allié.

Aussi, c'était tout naturellement vers elle que le commandant Spock s'était tourné lorsqu'il avait eu besoin de contacter Amani. La jeune femme avait aussitôt composé et envoyé un signal lumineux à travers l'espace (le moyen de communication le plus rapide, et cependant il mettrait probablement plusieurs heures à atteindre leur correspondant), et avait proposé au Vulcain de rester attendre la réponse avec lui afin de la lui traduire immédiatement. Le capitaine était arrivé peu de temps après, et pour finir tous trois étaient demeurés sur la passerelle. Uhura s'était refusé à paniquer lorsque le premier officier lui avait expliqué succinctement l'étrange chantage du gouverneur de Gault, mais l'idée d'avoir été infectée par un virus biologiquement transformé la répugnait profondément. Néanmoins, elle s'était astreinte à rester calme et professionnelle, et en avait été remerciée par quelques mots en Vulcain – langue qu'elle maîtrisait parfaitement et que son supérieur ne parlait que rarement sur le vaisseau – qui l'avaient étrangement touchée. Il était rare que M. Spock offre ce genre de commentaires.

Elle jeta à vers le premier officier un regard à la dérobée. Il était étrange de constater sur son visage par ailleurs tout aussi impénétrable qu'à l'ordinaire les signes indiquant qu'il avait finalement été contaminé à son tour : les yeux humides, le nez légèrement plus vert autour des narines à force de se moucher, un teint un peu plus soutenu qu'à l'ordinaire en raison de la fièvre. Sans parler de la petite toux sèche qui le secouait de temps à autre, ou de la façon dont il se mouchait (discrètement) toutes les deux minutes. Aucun éternuement, cependant. Elle ne pouvait pas en dire autant pour elle-même, car depuis plus de trois heures qu'ils étaient sur la passerelle, elle avait éternué un nombre incalculable de fois. Avoir appris que cette indisposition n'avait rien de naturel semblait avoir de façon purement psychosomatique renforcé ses symptômes.

- Lieutenant Uhura, suggéra le Vulcain à voix basse, je peux tout à fait surveiller les communications à votre place. Vous n'êtes pas de quart et vous avez besoin de repos. J'avais besoin de votre aide pour envoyer le message, mais je n'ai nullement besoin de vous pour attendre la réponse. Sitôt qu'elle sera en ma possession et que j'aurai à nouveau besoin de vos compétences linguistiques, je vous appellerai.

La jeune femme sourit. Qui, à bord du vaisseau, pensait encore que le premier officier était insensible et ne prenait pas en considération les besoins purement humains de ses coéquipiers ? Quiconque avait travaillé sur l'Enterprise sous ses ordres, en particulier ses équipes scientifiques, savait qu'il ne s'agissait que de préjugés. Peu d'officiers supérieurs se souciaient autant du bien-être physique et mental de ses équipes (alors même que Spock dirigeait simultanément quatorze laboratoires). Certes, les exigences du commandant plaçaient la barre très haut, mais il ne demandait jamais rien qui dépassât les compétences de ceux qui travaillaient avec lui et répartissait la charge de travail de façon parfaitement équitable, si bien que les résultats des laboratoires scientifiques de l'Enterprise dépassaient de loin ceux de tous les autres vaisseaux de la Fédération. Petit à petit, le Vulcain avait, sans même le vouloir, gagné la confiance, le respect et l'admiration de tous les membres des équipes scientifiques. Chekov, comme beaucoup d'autres jeunes recrues, l'adorait. Même le lieutenant Boma, qui pourtant avait déjà eu des démêlés avec le commandant, et avait même fait preuve d'insubordination à son endroit lors d'une dangereuse mission sur Murasaki 312***, avait fini par se ranger à l'avis général.

- Monsieur Spock, répondit doucement Uhura, sans vouloir vous offenser, vous avez l'air d'avoir davantage besoin de repos que moi.

De fait, selon les standards habituellement parfaits du Vulcain, il semblait épuisé. Un léger voile de sueur était apparu sur son front et les cernes sous ses yeux indiquaient assez son état de fatigue. Cependant, comme prévu, il balaya l'argument en se redressant sur son siège :

- Je suis parfaitement capable de veiller une nuit de plus, lieutenant.

Puis, plus doucement :

- Mais je vous remercie pour votre sollicitude.

La jeune femme ouvrit de grands yeux. Il était très rare que le Vulcain ne nie pas ses faiblesses (ce qui signifiait qu'il devait vraiment se sentir horriblement mal), et encore plus rare qu'il prenne en compte la sympathie des humains qui l'entouraient. Sentant qu'insister serait malvenu, Uhura fit un petit signe de tête et reporta son attention sur l'écran.

Une nouvelle demi-heure s'écoula. La passerelle était silencieuse. On n'entendait que le ronronnement régulier de l'ordinateur et, de temps à autre, un bip ou un bref sifflement émanant de l'une des consoles scientifiques. Et, par-dessus, le ronflement légèrement sifflant du capitaine, qui s'était endormi dans son fauteuil environ une heure et demie auparavant . Uhura et Spock, dans un accord tacite, n'avaient pas cherché à le réveiller. Il devait être mort de fatigue et un sommeil réparateur, même dans une position relativement inconfortable, ne pouvait lui faire que du bien. De temps à autre, le Vulcain jetait un bref coup d'œil dans sa direction, comme pour vérifier qu'il dormait toujours, qu'il n'était pas en train de s'étouffer dans son sommeil, ou de faire un cauchemar. Uhura trouvait cette attention tout à fait non-vulcaine parfaitement adorable.

La moitié (ou plus probablement les trois quarts) de l'équipage se posait des questions sur les liens qui unissaient les deux hommes. Elle-même avait été curieuse de voir Spock se laisser progressivement happer par le rayonnement solaire de James Kirk, qui attirait tout le monde à lui, hommes et femmes (et aliens), sans leur laisser le choix. Elle se souvenait du premier mois de Spock à bord de l'Enterprise, lorsqu'il n'était pas encore premier officier : il passait tout son temps libre seul dans ses quartiers ou dans un laboratoire isolé, sans parler à personne. Il avait fallu que Kirk vienne le chercher, lui ordonne presque de quitter sa chambre, de venir jouer aux échecs avec lui en salle de détente et de se mêler à l'équipage pour qu'il accepte, non sans réticence au début. Puis le charme avait opéré, et ces deux-là étaient devenus inséparables, un duo fonctionnant avec une efficacité presque effrayante. Quant à savoir s'il y avait entre eux, comme le pensait la moitié (ou plus probablement les trois quarts) de l'équipage, davantage qu'un simple lien d'amitié…

- Commandant, un signal !

Uhura désignait une faible pulsation électrique qui émanait de la console de communication. Spock se leva de son poste et s'approcha d'elle.

- Pouvez-vous traduire en simultané, lieutenant ?

- Je… vais essayer, répondit-elle en priant pour que l'ordinateur ait du moins enregistré le début du message.

Le signal lumineux émanait bien d'Amani. Il avait reçu leur appel à l'aide et serait ravi (si tant est que « ravi » puisse caractériser un nuage gazeux pour qui les sentiments, tels que les humanoïdes les concevaient, demeuraient une réalité abstraite) de leur rendre le service qu'ils leur demandaient. La quantité d'énergie nécessaire au fonctionnement des machines gaultiennes était pour lui ridiculement faible. Il faudrait simplement, ajoutait-il, créer un réceptacle afin de stocker ladite énergie.

Pendant que la jeune femme s'efforçait de traduire tant bien que mal la réponse d'Amani, le capitaine, mû par son instinct ou réveillé par la conversation des deux officiers, s'était réveillé, levé et approché de la console. Au fur et à mesure qu'elle délivrait le message à ses supérieurs, Uhura sentait se dissiper autour d'eux une tension dont elle n'avait pas réellement eu conscience jusqu'à présent. Lorsqu'elle eut terminé, Kirk poussa un soupir de soulagement.

- Uhura, transmettez nos remerciements à Amani et donnez-lui les coordonnées de Gault pour que nous puissions le retrouver là-bas. Spock, combien de temps nous faudra-t-il pour atteindre la planète ?

Il y eut un silence de quelques secondes, qui étonna la jeune femme. Ordinairement, le Vulcain fournissait ce genre de renseignement sans hésiter, dans l'espace d'un battement de cil. Uhura se redressa vers lui, presque inquiète de ce léger décalage.

- Si nous partons dans la prochaine demi-heure, en distorsion 8, nous pourrons être à Gault en fin d'après-midi.

Kirk plissa les yeux. Uhura n'était pas la seule à avoir remarqué le temps de réponse inhabituel du premier officier. Cependant, ce n'était pas à elle de lui en faire la remarque, aussi reporta-t-elle son attention sur la réponse qu'elle allait envoyer à leur nouvel allié. Elle voyait cependant du coin de l'œil le capitaine, qui scannait le Vulcain du regard. Ce qu'il lut sur son visage dut lui déplaire, car ses prochains mots furent :

- Spock, allez dans vos quartiers, je m'occupe du reste. Vous êtes déchargé de tous vos devoirs sur le vaisseau jusqu'à ce que nous soyons en orbite autour de Gault.

- Mais, capitaine, je…

- C'est un ordre, commandant.

Le Vulcain se raidit, fit un bref signe de tête et quitta la passerelle. Lorsque la porte de l'ascenseur se fut refermée, Kirk se tourna vers la jeune femme.

- Dès que vous aurez terminé de transmettre notre réponse à Amani, vous irez également vous reposer. Je suis désolé de vous avoir fait veiller si tard.

- Il n'y a pas de problème, capitaine, répondit Uhura en se levant de son siège. Le message est parti. Amani ne l'aura pas avant deux bonnes heures. N'hésitez pas à me réveiller s'il nous envoyait une réponse.


* Dans le reboot, Uhura parle klingon (et plein d'autres langues). Dans TOS, on sait qu'elle apprend très rapidement, mais rien n'est dit sur sa capacité à maîtriser d'autres langages. On sait juste qu'elle ne parle pas klingon, car dans les films elle essaye et... raconte n'importe quoi.

** Selon Google traduction, ce qui n'est pas forcément fiable, mais j'aimais ce mot, et Uhura parle Swahili (c'est dit à deux reprises dans TOS).

*** "The Galileo Seven", évidemment. Bona est le scientifique qui n'arrête pas de contredire Spock. J'aime imaginer qu'à force de fréquenter le Vulcain, il a fini par l'apprécier (car ce n'est pas vraiment canon, mais je suis certaine que Spock prend en compte les capacités et les limites de ses équipes scientifiques et les pousse à leur maximum, sans pourtant leur imposer un rythme effréné de travail, ce qui en fait au final un supérieur apprécié).