Comment vous dire que cette histoire m'amuse énormément à écrire, en fait ? Du coup, comme dirait l'autre, "les mots pour le dire arrivent aisément"... Ça ne casse pas des briques et ça me détend de mon autre histoire en cours, qui est tout sauf marrante. D'ailleurs, les reviews que j'ai reçues sur "Ce qui fait la nuit en nous" m'ont vraiment motivée tout au long de la soirée pour écrire, donc un grand et même immense MERCI à celles qui continuent à commenter (ici et / ou là) malgré mon irrégularité dans l'écriture. Je vous adore.

Au prochain chapitre, je contamine un membre du trio. C'est vrai, quoi, faudrait pas les oublier !


Deuxième journée – 20:00

Journal de bord du médecin en chef, date stellaire 4159,26

Quelques chiffres concernant l'épidémie de rhume qui a touché l'Enterprise : à 12:00 aujourd'hui, 49 membres de l'équipage étaient contaminés. A 16:00, leur nombre avait atteint 65. Au moment où j'enregistre ce journal, nous en sommes à 78 malades déclarés. Ce qui, je l'admets, est… beaucoup. Le capitaine a raison : ce virus est particulièrement virulent.

.

Chekov s'ennuyait. Il avait passé toute la journée confiné dans ses quartiers, et même si une infirmière était rapidement passée vers 12:00 pour vérifier qu'il allait bien, il commençait à trouver le temps long, à tourner en rond tout seul dans les six mètres carrés de sa chambre. Le rhume n'était même pas le problème principal, parce qu'après tout, ce n'était qu'un rhume, rien de bien méchant, le nez bouché, une ribambelle d'éternuements, deux ou trois quintes de toux, bref pas de quoi fouetter un chat – mais le fait de devoir passer plus de vingt-quatre heures dans sa cabine lui était insupportable. Il avait bien essayé de travailler, mais s'était vite trouvé incapable de se concentrer sans le bruit de fond de la passerelle, le ronronnement des machines, le murmure des conversations de ses coéquipiers…

Il détestait être seul. Enfant unique*, il avait grandi dans l'adoration des fratries et avait trouvé au sein de l'Enterprise la famille qu'il n'avait jamais vraiment eue. Ne pas être autorisé à quitter ses quartiers, en raison du risque de contamination, lui semblait la pire des punitions et, entre deux éternuements, il grommelait – en russe – contre les fermiers de Gault qui leur avaient refilé cette saleté, et l'obligeaient à rester seul.

Le sifflement caractéristique du communicateur intégré à son ordinateur le coupa dans son auto-apitoiement, et il s'empressa d'allumer l'écran.

- Bonjour, Pavel.

- Bonjour, Hikaru. Quoi de neuf ?

Sulu poussa un soupir.

- J'ai passé la journée à faire les cent pas dans ma chambre et à maudire Gault et ses habitants, répondit-il avec une petite grimace. J'ai appris que vous étiez malade aussi, alors je me suis dit que j'allais risquer un appel. Comment allez-vous ?

Le jeune Russe renifla et haussa les épaules.

- Je me demande si je ne préférerais pas être vraiment malade et obligé de dormir toute la journée.

- Vous préféreriez sincèrement être coincé au lit avec 39°C de fièvre ? demanda Sulu, incrédule.

- Si c'était le cas, au moins je ne me rendrais pas compte à quel point je m'ennuie ! gémit le pilote.

Il s'empara rageusement d'une boite de mouchoirs en papier placée sur son bureau et se moucha avec colère.

- Je comprends, compatit Sulu. Moi aussi, je m'ennuie. Scotty aussi.

Chekov ne répondit rien et jeta son mouchoir trempé à la poubelle. Il en avait déjà utilisé une bonne trentaine et commençait à se demander si le stock de l'Enterprise allait être suffisant dans les circonstances actuelles.

- Ce que je veux dire, reprit Sulu, c'est que nous ne sommes peut-être pas autorisés à rendre visite à des membres de l'équipage en bonne santé, mais quel mal y aurait-il à nous réunir, si nous sommes déjà contaminés ? Après tout, le même virus ne peut pas affecter deux fois une même personne.

Un sourire machiavélique apparut sur le visage de Chekov.

- Comme dirait M. Spock, ce que vous dites me semble parfaitement logique.

.

Il était presque 23:00 lorsque le lieutenant DeSalle** appela le capitaine en urgence.

Kirk prit l'appel immédiatement, légèrement inquiet. En l'absence de Scotty, l'Ingénierie était généralement orpheline, et il se demandait à quel nouveau problème ils allaient devoir faire face lorsque DeSalle lui expliqua qu'il avait besoin d'un certain nombre de codes pour régler un léger dysfonctionnement de la distorsion. L'ingénieur en chef, contaminé par "la plaie gaultienne", comme Uhura avait surnommé le virus, ne s'était pas présenté à son poste de toute la journée (une première, car l'Ecossais n'était jamais malade et préférait lire des rapports techniques plutôt que de descendre en permission***) et il était le seul à pouvoir donner à son équipe les quelques lignes en binaire nécessaires au réajustement de la distorsion. Kirk se mordit la lèvre. Il ne voulait pas déranger Scotty alors que ce dernier était indisposé et probablement en train de dormir, mais, d'un autre côté, s'ils voulaient conserver leur allure, la réparation devait être effectué le plus tôt possible.

Après quelques instants d'hésitation, il alla à son bureau et appela l'ingénieur, dont le visage apparut presque immédiatement sur l'écran. Il n'avait pas l'air endormi le moins du monde, mais Jim eut une petite grimace d'excuse.

- Scotty, je suis vraiment désolé de vous déranger à cette heure alors que vous n'êtes pas de service, mais DeSalle a besoin de trois lignes de code pour avoir accès à la distorsion. Le problème n'est pas important, s'empressa-t-il d'ajouter, connaissant la passion que l'Ecossais vouait à son vaisseau chéri. Il n'y a qu'un léger ajustement à faire et il peut s'en occuper sans vous, mais il lui faut les codes.

Jim s'attendait presque à ce que son interlocuteur bondisse hors de la pièce pour aller répare lui-même les dégâts, mais Scotty se contenta d'acquiescer de façon presque détachée, comme si le problème ne le concernait pas vraiment.

- Entendu, capitaine, je les lui envoie immédiatement.

Soit Scotty était beaucoup plus malade qu'il ne le laissait paraître, soit…

Kirk avait toujours été doué pour détecter les mensonges – un de ces « superpouvoirs » humains qui intriguaient Spock, au même titre que la capacité du capitaine à traduire en émotions nuancées le langage corporel ou à utiliser des métaphores. Dans ce cas précis, l'ingénieur en chef se tenait bien trop près de l'écran, comme s'il cherchait à dissimuler la pièce dans laquelle il se trouvait. Il paraissait relativement pressé de se débarrasser de son supérieur et, surtout, ne semblait pas préoccupé par le dysfonctionnement de la distorsion. Dans l'expérience du capitaine, qui avait lui-même allègrement menti et triché à de nombreuses reprises****, cela signifiait que son interlocuteur était en train de faire quelque chose sinon d'interdit, du moins de potentiellement répréhensible, et qu'il ne voulait pas être pris la main dans le sac.

Il était sur le point de lâcher l'affaire (après tout, il savait pertinemment que Scotty ne mettrait jamais, jamais, jamais le vaisseau en péril) lorsqu'un bruit étrange mais parfaitement reconnaissable retentit derrière l'Ecossais. Les yeux de Kirk se rétrécirent. Il ne pouvait plus prétendre n'avoir rien remarqué.

- Scotty… Auriez-vous l'amabilité de m'expliquer ce qui se passe dans vos quartiers ?

Son interlocuteur eut la décence de rougir et de paraître mal à l'aise.

- Oh, c'est juste que… que nous nous ennuyions et…

- Et qui, exactement, se cache derrière ce « nous » ? s'enquit Jim, partagé entre l'irritation et l'amusement.

Scott se décala légèrement vers la droite et trois officiers apparurent derrière lui, assis autour d'une petite table sur laquelle se trouvait une bouteille et quatre verres : Chekov, qui tenait un paquet de cartes dans la main et semblait légèrement saoul (mais après tout, le gamin qu'il était commençait à montrer d'inquiétants signes d'ébriété après un seul verre de bière) Sulu, dont la sternutation bruyante les avait tous trahis (étrangement, car il parvenait généralement à éternuer de façon totalement silencieuse, en pinçant ses narines entre ses doigts) et qui essuyait son nez, visiblement gêné et enfin…

- Vous aussi, Uhura ? s'étrangla le capitaine. Et dire que je vous croyais raisonnable et respectueuse du règlement !

La jeune femme eut un petit sourire penaud.

- Capitaine, je…

Un éternuement totalement imprévu la prit au dépourvu et elle eut tout juste le temps de plaquer sa main sur sa bouche. Un chœur de « à vos souhaits », auquel Jim se joignit machinalement, s'éleva dans la petite pièce.

- S'il y a quelqu'un à blâmer, capitaine, c'est moi, déclara fermement Scotty (toujours chevaleresque, il essayait de distraire l'attention du capitaine pour éviter qu'il ne réprimande Uhura). Mais techniquement, nous n'avons pas manqué de respect au règlement. Je veux dire, nous sommes tous malades et nous en avions tous assez d'être coincés dans nos quartiers, si bien que j'ai pris la liberté d'organiser une petite soirée pour nous remonter le moral.

Jim ne put réprimer un sourire. Il était parfaitement conscient que, malade dans les mêmes circonstances, il aurait fait exactement la même chose qu'eux. Il jeta un coup d'œil à McCoy qui, assis dans ses quartiers depuis une bonne heure, avait suivi toute la discussion d'un air amusé. Le médecin haussa les épaules et se pencha pour apparaître dans le champ de l'écran de l'ordinateur.

- Je suis certain qu'ils ne sont pas les seuls à avoir pris cette liberté aujourd'hui, et, comme vous le savez, le moral est un facteur très important pour la bonne santé. Si se réunir pour une innocente partie de cartes peut leur rendre le sourire, je leur donne sans hésiter ma bénédiction médicale !

Kirk, les yeux pétillants de malice, se retourna vers l'écran.

- Vous avez entendu ce qu'a dit le docteur McCoy ?

- Oh, oui, capitaine, répondit Chekov avec enthousiasme, et je suis bien content que vous lui ayez demandé son avis à lui et non à M. Spock !

A la mention du premier officier, le visage de Scotty pâlit légèrement.

- Euh, capitaine… si vous pouviez… garder ça pour vous ? Je ne suis pas certain que M. Spock soit aussi indulgent que vous.

Jim se mordit la lèvre pour ne pas manifester son amusement. Derrière lui, Bones éclata de rire.

- Motus et bouche cousue, Scotty, je vous le promets. N'oubliez pas d'envoyer les codes à DeSalle ! Bonne soirée à vous tous. Kirk, terminé.

Les derniers mots qu'il perçut distinctement furent ceux de Chekov :

- Au fait, saviez-vous que le poker a été inventé en Russie ?*****

Le capitaine ne put s'empêcher de ricaner et quitta son bureau pour revenir s'asseoir devant le jeu d'échecs en trois dimensions derrière lequel se trouvait le premier officier de l'Enterprise qui, assis à côté de McCoy, avait croisé les bras sur sa poitrine et ne semblait pas amusé le moins du monde par la situation.

- Eh bien, eh bien, monsieur Spock, s'écria Jim, faussement outragé, il semblerait que mes officiers aient bien plus peur de vous que de moi ! Qu'en pensez-vous ?

Le Vulcain ne daigna pas répondre, étendit la main vers la tour noire et la plaça sur le niveau supérieur du jeu.

- Echec et mat, capitaine.


* On sait du moins que Chekov n'a pas de frère (saison 3, épisode 7, "The day of the dove" - j'adore les titres de TOS...) ; j'en ai fait, dans le reboot comme dans l'univers original, un enfant unique pas très à l'aise dans une famille recomposée. Ce n'est pas totalement canon.

** DeSalle, tout comme Kyle dans le chapitre précédent, existe dans TOS et est responsable notamment de la plate-forme de téléportation. A l'exception des personnages hors-Enterprise (comme Fargun), tous les membres de l'équipage présents dans cette fic seront canon.

*** Je viens de revoir "Trouble with the tribbles" (TOS saison 2 épisode 15) et il est mentionné le peu d'appétence de Scotty pour les vacances : il passe son temps libre à relire des rapports techniques. Ma foi, chacun son truc, hein.

**** Hello, Kobayashi Maru ! :-D

***** Je n'ai pas pu résister. Dans TOS (et il y a un petit clin d'œil à cette caractéristique à la fin de Beyond, reprenant la citation TOS "le scotch a été inventée par une petite vieille à Leningrad"), Chekov n'arrête pas de dire que TOUT a été inventé, écrit, pensé en Russie. Ça saoule assez rapidement ses coéquipiers, y compris le capitaine, mais ça amuse énormément Sulu. Ma préférée est personnellement "Bien sûr, docteur, le jardin d'Eden est juste à côté de Moscou"... La tête de McCoy est assez géniale.