Titre original: Whore's Son

Auteur: fireffly

Traduction: Ally-33

Note de la traductrice: L'histoire utilise les noms des acteurs de la série et non celui des personnages. Ainsi Jared est Sam et Jensen est Dean.

Bien qu'il n'y ait aucune scène vraiment explicite, les thèmes abordés sont assez matures et sombres, donc pas conseillésà tout le monde.

Cette fic est à la base un one-shot, j'ai personnellement choisi de la diviser en deux pour des raisons pratiques.

...

Fils de pute

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Partie 2

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"Tu lui es loyale." Fut finalement la seule réponse qu'il obtint.

"C'était ma mère."

"Qu'est-ce qu'elle a fait pour mériter cette loyauté?"

"C'était ma mère." Répéta-t-il avec plus de conviction, comme si ça expliquait tout.

Jared secoua lentement la tête, rejetant clairement cette réponse. "La dernière fois que je suis venu ici, tu étais couvert de bleu du visage à l'épaule. Un de ses clients si je me souviens bien. Je suppose que ce n'était ni la première ni la dernière fois que l'un d'eux levait la main sur toi, n'est-ce pas?"

Jensen haussa les épaules, il se sentait dériver vers une conversation qu'il n'avait pas envie d'avoir. "C'est arrivé quelques fois."

"Qu'est-ce qu'elle faisait pour te protéger?"

Jensen déglutit bruyamment. "Elle leur disait d'arrêter."

"Et ils le faisaient?"

"Parfois."

"Mais parfois ils ne le faisaient pas. Et elle ne faisait surement rien pour les arrêter." Jared continua avant que Jensen ne puisse le contredire. "Pourquoi ils te frappaient."

Jensen baissa la tête et ferma les yeux un moment. "Je ne sais pas. Je suppose que j'étais juste sur leur chemin. Normalement j'étais censé rester dans ma chambre." Il se rappela des règles et se force à relever la tête. "J'aurais dû y rester."

"Donc c'était en partie de ta faute."

Jensen hocha simplement la tête.

"Des mots, Jensen."

Un puits semblait s'être ouvert à l'intérieur de lui et il était incapable de le refermer. "Oui. Oui, c'était de ma faute. Je connaissais les règles. Leur apporter à boire s'ils devaient attendre qu'elle se prépare et partir immédiatement après. Être poli, répondre à toutes leurs questions et ne jamais oublier de dire merci. Mais je ne voulais pas les remercier, et je ne voulais pas avoir une conversation polit avec eux pendant qu'ils attendaient de baisser ma mère pour qu'elle puisse payer les factures. Je voulais qu'ils partent et qu'ils nous foutent la paix."

"Mais elle continuait de les inviter. Et elle te faisait leur ouvrir la porte."

Il ferma fort les yeux. "S'il vous plaît, arrêtez ça."

"Elle t'a déjà fait te prostituer, Jensen?"

Jensen le regarda brusquement. "Non! Jamais!"

"Jamais? Il y en a pourtant beaucoup qui pariaient cher pour une jolie petite vierge comme toi, en particulier un pré-pubère."

Jensen secoua vivement la tête. "Elle n'aurait jamais fait une chose pareille."

Jared rigola. "Oh que si, elle l'aurait fait. N'en doute pas une seconde. Cette salope t'aurait maintenu au sol elle-même si elle avait été sûr de pouvoir s'en tirer après ça."

"Vous ne la connaissez pas! Vous n'étiez pas là."

"Je peux te garantir qu'elle a essayé. Dis-moi un truc, mon garçon. Combien de fois est-ce qu'un de ses clients t'a fait des avances? Combien de fois est-ce que l'un d'eux a levé la main sur toi et en a profité pour tâtonner un peu ici et là?"

Jensen s'accrocha désespérément au bras du canapé en secouant la tête. "Ce n'était pas de sa faute, c'était à cause d'eux."

"Tu lui en avais parlé?"

Jensen ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son n'en sortit. Il l'avait fait. Beaucoup avaient essayé et beaucoup plus encore après qu'il ait atteint sa puberté mais il y en avait eu deux qui avaient fait un peu plus qu'essayer. Ils avaient forcé. Le premier l'avait coincé dans la cuisine, il avait eu les mains baladeuses et avait essayé de baisser son pantalon en lui promettant de l'argent, beaucoup d'argent. Il avait même promis de ne pas en parler à maman, ainsi Jensen aurait pu tout garder pour lui. Le second, l'un de ses professeurs lui avait promis de meilleures notes, il lui avait promis qu'il y serait allé doucement et qu'il lui aurait même appris comment faire. Et Jensen l'avait dit à maman. Il lui avait dit les deux fois. Elle lui avait simplement répondu qu'ils ne faisaient que plaisanter et qu'il suffisait de les ignorer, mais elle n'avait jamais cessé de les faire venir. Il lui avait parlé des autres fois. Ça n'avait été que lorsqu'elle avait sifflé au montant proposé en lui soulignant à quel point une telle somme aurait pu les aider, qu'il avait arrêté de lui en parler. En fin de compte, il avait juste appris à repousser les mains baladeuses et avec quels types il devait absolument éviter de rester seul.

Les lèvres de Jared se tordirent en un sourire sombre. "On dirait que je la connais plutôt bien, hin gamin."

Jensen secoua la tête, pas dans le déni, mais dans le refus. Il ne pouvait pas y croire, il ne voulait pas y croire. Il refusait d'admettre ce que Jared lui disait; même si, tout au fond de lui, il savait que c'était vrai.

Jared but ce qui restait de sa bière et tendit le verre à son nerveux. "Va m'en chercher une autre."

"Ou monsieur." Ce fut le conditionnement plus que l'habitude qui dicta les actes de Jensen. Son esprit était ailleurs, il s'imaginait des images de sa mère qui le vendait au plus offrant. Quand il revint au salon, Jared était confortablement assit et pleinement détendu. Il fallut à Jensen des efforts surhumain pour garder la tête haute et pour combattre toutes envies de courir et de se cacher très loin, parce qu'il savait que, peut importe ce que faisait Jared et quelque soit les raisons pour lesquelles il lui faisait subir cette interrogation, c'était loin d'être terminé. Et s'il fuyait, se serait fini et il se retrouverait seul. Alors, au lieu de se précipiter dans sa chambre, de verrouiller la porte et de se cacher dans le placard comme il l'avait fait sept ans auparavant, il posa un verre plein sur la table devant son oncle et reprit sa place sur le canapé.

Jared prit une grande gorgée du liquide froid avant de retourner son attention sur lui. "Alors, ta petite amie…"

Jensen aurait pu pleurer de soulagement. C'était l'un de ses sujet préféré. Il pouvait parler de Lisa toute la journée. Et durant la nuit. Et à n'importe quel autre moment. Il sourit. "Lisa."

"Lisa, c'est ça. Tu te l'es déjà tapé?"

"Tapé?" Il fronça les sourcils dans l'interrogation un moment, avant de comprendre. "Oh, vous parlez de sexe. Non. On n'a pas… pas encore."

"Non? Pourquoi?"

"On avait prévu de le faire pour mon anniversaire le mois passé, mais elle a changé d'avis et à préférer attendre le sien, c'est dans un mois. Et ça ne me dérange pas. Je veux dire ce n'est que deux mois et elle en vaut largement la peine."

"Alors tu te contentes de ce gars jusqu'à ce qu'elle veuille bien coucher?"

"Quel gars?"

"Celui aux funérailles. Celui que tu n'arrêtais pas de toucher et contre lequel tu te blottissais."

"Chris?" Jensen ne savait pas s'il était choqué ou amusé, il choisit de se positionner du côté de l'amusement. Chris aurait pété un câble si quelqu'un avait pensé ça d'eux. "Non, non, ce n'est pas du tout ça. Chris a toujours été mon meilleur ami, parfois même mon seul ami, depuis l'école primaire."

Le sourire de Jared aurait pu être déstabilisant si Jensen n'avait pas déjà subi une série de questions. "Oh, aller, vous étiez un peu trop proche et intime pour être de simples hétéros. Et même si ça ne t'a jamais traversé l'esprit, je peux te garantir que lui y a déjà pensé."

"Sérieusement, ça n'a rien à voir. Chris est mon ami. Juste mon ami. Il est comme un frère. Il ne me juge pas comme le fait la majorité des gens de cette ville. C'est la seule personne à qui je…" Il fit une pause. Il s'apprêtait à dire que Chris était la seule personne à qui il pouvait toujours tout raconter, mais c'était faux. Il y avait des choses qu'il ne faisait jamais avec personne et parler de maman était la principale. Et si Jensen voulait y réfléchir un moment, il n'avait jamais autant parlé de maman qu'avec oncle Jared. Quand il retourna son attention vers ce dernier, il réalisa que Jared attendait qu'il termine la phrase laissé en suspens. "C'est la seule personne en qui j'ai confiance. En plus, je ne suis pas gay."

"Tu as quelque chose contre l'homosexualité?"

"Non, bien sûr que non."

"Alors comment sais-tu que tu n'es pas gay?"

"Parce que je n'ai jamais pensé aux hommes de cette façon. J'aime les filles, surtout Lisa. Mais j'ai toujours aimé les filles."

Jared acquiesça légèrement et Jensen eut l'étrange impression d'avoir passé une sorte de test. Et il ne savait pas s'Il était soulagé d'avoir passé ledit test ou anxieux de ne pas pouvoir comprendre de quoi il s'agissait. Il se lécha nerveusement les lèvres. "Vous… vous êtes gay?"

Le sourire de Jared s'étira lentement sur ses joues jusqu'à faire ressortir ses fossettes, comme s'il avait capté une blague qu'il était le seul à comprendre. "Non."

Jensen hocha la tête en mordant sa lèvre inférieure, sans savoir quoi dire. Il voulait redemander à Jared s'il avait pris une décision, il voulait connaitre son destin, mais il avait peur de la réponse.

"Tu bois, Jensen?"

"Non monsieur."

"Tu te drogues?'

Jensen secoua la tête. "Non monsieur."

"Comment ça se passe à l'école?"

"Pas trop mal. J'ai eu deux tableaux d'honneur l'année passée et j'en ai loupé un de peu cette année. Je travaille dure et j'évite les ennuis autant que possible. Maman était toujours très énervé quand elle recevait des appels de l'école."

"Pourquoi ils l'appelaient?"

"J'ai été impliqué dans quelques bagarres. Ce n'était rien de très grave et je ne faisais que me défendre. Je n'ai jamais commencé un combat."

"Tu veux plutôt dire que tu ne faisais que la défendre, non?"

Jensen le dévisagea. Il ne savait pas quoi dire, ni comment Jared savait ça. Il aurait simplement voulu hausser les épaules, mais le regard de son oncle lui disait clairement qu'il ne s'agissait pas d'une question rhétorique. Il prit une grande respiration, exalta lentement et acquiesça, sachant qu'il valait mieux dire la vérité. "Oui, monsieur."

"C'est arrivé souvent?"

Il haussa les épaules. "Ça dépend. Il peut se passer un moi sans problème, tout comme ils peuvent me tomber dessus une à deux fois par semaine. Je suis plutôt une cible facile."

Jared sourit. "J'imagine oui."

"Ce n'est pas comme si je le cherchais. J'ai essayé de les d'ignorer. La majorité du temps je me contente de les dépasser sans répondre, mais parfois, ils arrivent à m'encercler."

"Et ils voulaient gratuitement ce qu'elle vendrait."

Jensen ravala la douleur que lui procurèrent ces mots cruels. "Quelque chose comme ça."

Jared prit une gorgée de sa bière en regardant son neveu. Personne n'avait jamais regardé Jensen avec autant d'intensité, il se tortilla inconfortablement sur sa chaise en baissant instinctivement les yeux. Il dut se rappeler à lui-même de regarder oncle Jared; chose qui ne fut pas facile face à un regard qui le détaillait ainsi. Jared reposa son verre sur la table et se rabaissa confortablement contre le dossier du canapé.

"Ils t'ont dit ce qui allait t'arriver si je ne te prenais pas en charge?"

Il y avait une menace claire dans ces mots que Jensen ne manqua pas. Il ne pouvait ignorer la peur qui montait en lui; et s'Il s'agissait là de la façon qu'avait Jared de lui expliquer pourquoi il ne le prendrait pas avec lui? "Je vais finir en famille d'accueil."

Jared leva un sourcil. "Tu penses que quelqu'un dans cette ville voudra adopter le fils d'une pute?"

La gorge de Jensen était tellement serrée qu'il aurait eu du mal à parler, même s'Il avait eu une réponse. Tout ce qu'il put faire fut de secouer la tête, en sentant une fois de plus les larmes lui piquer les yeux.

"Alors, dis-moi Jensen. Qu'est-ce qui t'arrivera si je ne te prends pas en charge?"

Jensen ouvrit la bouche pour répondre, le menton tremblant. Il pouvait le sentir, il savait qu'oncle Jared le préparait au rejet. Il força les mots hors de sa gorge. "Je… je ne sais pas."

"Si, tu le sais. Je suis sur que ta mère t'a raconté ce qui lui était arrivé après qu'elle se soit faite jeté dehors." Plus Jensen tardait à répondre, plus les yeux noisette s'assombrissaient. Quand Jared parla de nouveau, sa voix était aussi froide que la cage dans la poitrine de Jensen. "Dis-moi ce qui t'arrivera."

La respiration de Jensen était rapide et son cœur tambourinait dans sa poitrine. Les mots se précipitèrent bas et tremblants. "Personne ne voudra de moi."

"C'est vrai. Un autre gosse rejeté qui ne vaut même pas le temps qu'il faut pour encaisser un chèque d'aide sociale. Ils te jetteront dans le premier trou à rat venu, probablement un orphelinat ou une école de correction avec d'autres déchets qu'aucune maison décente ne voudrait prendre en charge et ils t'oublieront jusqu'à tes dix-huit ans. Tu seras abandonné à toi-même là où la seule loi est celle du plus fort."

Tandis qu'il battait frénétiquement des cils pour empêcher les larmes de couler, tandis qu'il essayait d'avaler la boule dans sa gorge et de respirer malgré ses poumons douloureux, Jensen ne put qu'acquiescer silencieusement de la tête. Finalement, quand il put de nouveau respirer, il expira lentement et essuya les quelques larmes qui lui avaient échappé. "Je sais. Maman me l'a dit."

"Vraiment?"

Jensen essuya encore son visage pour tenter d'éliminer toute trace de larmes et de peur. Oncle Jared lui avait déjà dit ce qu'il pensait des faibles, et pourtant il ne cessait de pleurer. Il avait l'impression de n'avoir fait que ça depuis que la police était venue lui annoncer pour maman. Il lécha lentement ses lèvres, en essayant de parler et de trouver les bons mots. "Elle m'a raconté ce qui lui était arrivé quand elle a été mise à la porte. Comment elle est tombée enceinte, qu'elle avait mal et tout le reste."

Jared secoua la tête. "Elle s'est faite jeter parce qu'elle était enceinte, pas l'inverse."

Jensen prit un moment pour analyser cette information. Il tenta d'ajuster ces nouvelles pièces du puzzle avec les vagues détails qu'il connaissait: le souvenir des murmures imbibés d'alcool d'un homme cruel et violent qui avait changé la vie de sa mère à jamais. Jared dut, sans aucun doute, remarquer sa confusion. Jensen souhaita immédiatement le contraire.

"Un camionneur lui a offert cent dollars pour écarter les jambes et neuf mois plus tard tu étais né. Elle avait quinze ans et était trop stupide pour faire attention à ses menstruations et quand elle s'en est rendu compte il était trop tard pour l'avortement. Comme je l'ai déjà dit plutôt. Elle était stupide."

La douleur que lui infligèrent ces mots était comparable à celle d'un poignard en plein cœur. La vérité c'est qu'il n'avait jamais été sûr de la chronologie des événements. Maman n'avait jamais pris la peine de réellement lui expliquer et lui n'avait jamais vraiment demandé. Il n'avait fait qu'émettre des suppositions en fonction de ce qui s'était passé après, quand elle s'était retrouvé à faire du stop sur la route. Mais ce que disait Jared avait du sens. Ça expliquait sa colère et parfois même sa haine envers lui. Mais il avait encore du mal à l'accepter. Il n'arrivait pas décider s'il préférait être le fils du client d'une partie de jambes en l'air rémunéré ou le fruit d'un viol. Il prit une grande respiration et posa la question qu'il n'avait jamais osé poser à maman.

"Pourquoi elle m'a gardé?"

"Tu n'as jamais compris pourquoi?"

Il secoua la tête.

"Les aides sociales sont plus élevées pour une mère célibataire."

Jensen ferma les yeux sous l'effet de la douleur. Il le savait, il l'avait toujours su. Sa mère avait bénéficié des aides sociales pendant plusieurs années, jusqu'à ce qu'ils commencent à poser trop de questions sur ses revenus supplémentaires et comment elle pouvait s'offrir du mobilier de luxe et des vêtements de marques, ou sur le nombre de jours d'école que Jensen avait loupée et le nombre de fois par semaine où il ne mangeait que des pâtes au fromage. Ils avaient entendu un peu trop de commentaire du propriétaire de l'appartement sur le flux incessant de visiteurs masculins. Mais ça lui avait été égal, elle avait économisé assez pour le premier versement d'une petite maison et s'était déjà faite une clientèle décente et régulière, donc elle n'avait plus besoin d'aide sociale. Bien sûr à ce stade, il avait été trop tard pour abandonner Jensen et sa famille n'en voulait pas. Elle était coincée avec lui. Et lui était coincé avec une mère qui aimait l'argent plus qu'elle n'avait jamais aimé son propre fils. Elle n'avait jamais voulu de lui. Ni durant sa conception, ni après sa naissance. Il ne lui servirait à rien jusqu'à ce qu'il soit en âge de prendre soin de lui, et surtout d'elle.

Jensen ouvrit les yeux et laissa son regard vide glisser lentement vers ses genoux. Des larmes silencieuses tombaient librement et son corps tremblait sous l'effet d'une douleur si vive et profonde qu'il pouvait la sentir déchirer son âme. Il y avait à peine une semaine, la vie était dure. Elle était dure, mais il avait encore ses illusions. Il avait été habitué à ce qu'il avait choisi d'accepter dans sa vie. Il avait eu une maison, une mère, une copine et un meilleur ami. Il n'avait pas eu besoin de choses inutiles comme la sécurité et l'amour-propre. Il pouvait vivre sans vérité ni honnêteté. Il avait été plus qu'heureux de vivre dans sa petite bulle de dénis. Mais maintenant cette bulle avait disparu. La vérité l'avait faite éclaté et s'était répandu de toute sa cruauté et sa laideur, les défauts et les échecs s'étaient affichés au grand jour et lui avait été enfoncé dans la gorge jusqu'à l'étouffement. Jamais dans sa vie il n'avait ressenti une telle agonie, aucun des passages à tabac qu'il avait connu ne lui avait jamais faits aussi mal. Et il n'avait jamais eu aussi peur. Si même sa propre mère avait été incapable de l'aimer, alors personne ne pourrait le faire. La crainte qu'il avait eu depuis l'annonce de sa mort, la réalisation que sa petite vie pathétique allait changer pour le pire, s'était concrétisé.

"S'il vous plaît, emmenez-moi avec vous?" Lâcha-t-il dans un gémissement à peine audible. Il n'eut aucune réponse, ni acceptation, ni refus, ce qui ne lui laissa d'autres choix que de relever la tête. Oncle Jared était toujours dans la même position, il n'avait pas fait le moindre geste, comme si voir la vie de quelqu'un s'effondrer sous ses yeux ne lui disait absolument rien, comme s'il ne faisait que regarder un film qui ne l'intéressait pas plus que les publicités qui l'entrecoupaient. Son expression était impassible, son corps était détendu et son calme était presque trop effrayant. Ça ne faisait qu'accroître la détresse de Jensen. Il frotta frénétiquement son visage pour tenter de faire disparaître les traces évidentes de larmes et de faiblesse. "S'il vous plaît." Supplia-t-il doucement. "Je pourrais cuisiner et… et je ferai le ménage. Je le faisais toujours ici. Je me suis toujours occupé d'elle. Je pourrais m'occuper de vous aussi. Je ne vous causerais aucun problème. Je ne vous dérangerais jamais. Je ne vous demanderai jamais rien. Je le jure."

La main que Jared avait passée derrière le canapé vint saisit le côté du visage de Jensen et son pouce essuya la traînée de larmes tandis que ses sombres yeux noisette immobilisèrent le garçon, le figeant sous une force trop puissante pour lui. Jensen aurait voulu trouver du réconfort dans ce geste, mais la dureté dans le regard de son oncle lui refusait ce luxe. Il ne put retenir une autre supplication. "S'il vous plaît."

Les doigts de Jared glissèrent dans ses cheveux pour s'enrouler autour sa nuque. "Qu'est-ce qui t'arrivera?"

L'âme même de Jensen sembla s'ébranler sous le poids se ces mots, des mots voués à représenter son avenir s'il ne trouvait pas un moyen de convaincre son oncle de lui accorder sa miséricorde. Il laissa échapper un sanglot, sachant qu'oncle Jared n'accepterait rien d'autre que ce qu'il avait demandé, que Jensen regarde la vérité en face, qu'il la décrive à haute voix, mais il était incapable de parler.

La patience de Jared atteignit visiblement ses limites. Il saisit fermement une poignée des cheveux du garçon et poussa son petit corps hors du canapé. Dans la seconde qui suivit, Jensen se retrouva agenouillé sur le sol entre les jambes écartées de Jared. Avant qu'il ne puisse même crier, oncle Jared tira sa tête vers l'arrière, dévoilant sa gorge, et regarda droit dans les yeux verts et terrifié. Il siffla des mots qui résonnèrent jusque dans l'âme de Jensen.

"Ils te passeront à tabac, Jensen, puis ils te violeront, encore et encore, jusqu'à ce que tu ne puisse plus le supporter. Alors tu prendras la fuite. Tu fuiras, exactement comme ta pute de mère l'a fait. Ensuite tu n'auras plus d'autre choix que de te pencher pour vingt dollars la baise. Tu ne serras rien d'autre que deux trous baisables pour quiconque daignera poser les yeux sur toi, jusqu'à ce qu'un connard quelconque te refile le sida ou qu'un mac te batte à mort. Peut-être que si tu as de la chance, tu crèveras d'une overdose à cause d'une merde bon marcher dans une ruelle pleine d'ordures et de pisse, où personne ne te trouvera jusqu'à ce que tu commences à empester les lieux avec les autres déchets autour de toi. Et quand l'inévitable arrivera, quand tu seras mort et en putréfaction, personne, absolument personne sur cette planète ne le remarquera et personne n'en aura rien à foutre."

Jensen sanglotait frénétiquement, les larmes se déversaient librement sur son visage alors qu'il visualisait sans mal tout ce que Jared disait. "S'il vous plaît. S'il vous plaît non. Je serais un bon garçon. S'il vous plaît. Je le jure. Je serais un bon garçon. Je vous le promets. Je vous en supplie. S'il vous plaît."

"Tu me supplies?"

Jensen hocha la tête, ignorant la douleur quand il tira sur ses cheveux encore piégés dans la prise de Jared. Il savait à quoi ça ressemblait, de quoi il avait l'air. Il savait à quel point il était pathétique de supplier à genoux, mais il était désespéré. La main libre de Jared vola à toute vitesse et s'abattit violemment contre sa joue, provocant une explosion de douleur et envoyant danser une multitude de petites étoiles devant ses yeux.

"Des mots, putain."

"Oui." Haleta Jensen, la douleur ne faisait que rajouter plus de larmes sur ses joues déjà mouillées. "Je suis désolé. S'il vous plaît. S'il vous plaît oncle Jared. Oui, je vous supplie. S'il vous plaît monsieur."

La main de Jared retourna se poser sur la joue rouge et palpitante. Jensen tressaillit, mais ne s'éloigna pas de la douleur à venir. S'il la méritait, alors il l'accepterait. Une gifle valait tellement mieux que d'être rejeté. Mais au lieu de le frapper, oncle Jared posa simplement sa main sur sa joue, recouvrant la marque rouge qu'il avait posé là et la caressa doucement avec son pouce, essuyant les larmes sur son passage. Jensen lâcha un sanglot de pure gratitude et se pencha dans le contact doux en pleurant de plus belle, la poitrine lourde, la respiration difficile. "Je suis désolé." Murmura-t-Il, plus à la main sur sa joue qu'à son oncle lui-même. "Je suis désolé."

"Si je dois te prendre avec moi Jensen, tu devras faire beaucoup mieux que ça."

Jensen enroula sa main autour de celle de Jared sur sa joue, il essayait de prendre le plus de force et de réconfort dans le contact si généreusement offert. Il hocha la tête. "Je le ferais. Je le jure, monsieur."

"Il y aura des règles. Des règles très strictes. Il y aura beaucoup de défauts que tu devras corriger. Et il y aura de graves conséquences si tu échoues."

Jensen acquiesça rapidement, ignorant la peur que lui procura cet avertissement et murmura. "Oui, monsieur."

"Tu devras m'obéir aux doigts et à l'œil. Tu ne t'opposeras jamais à moi. Ma parole sera la loi et mes désirs seront des ordres."

"J'ai compris."

Jared relâcha sa prise sur ses cheveux et posa sa main sur l'autre joue du garçon. "Et en échange je te donnerais une maison et je te protégerais. Tu seras à moi Jensen. C'est ça que tu veux? Tu veux être à moi?"

Jensen hocha la tête dans la prison réconfortante des larges mains, les sentant bouger contre sa peau. Il ferma les yeux pour se noyer pleinement dans le confort. "Oui monsieur. S'il vous plaît. Je le veux. Je le veux tellement."

Jared soupira bruyamment et Jensen leva les yeux, terrifié de rencontrer ce regard colérique qu'il avait vu quelques instants plutôt, ou pire encore, ce regard froid et indifférent. Il retient son souffle dans l'attente de la décision de son oncle. Plus le silence s'éternisait et plus il se sentait devenir fébrile, jusqu'à ce que Jared pousse un autre soupire. "Tu es un joli garçon. La rue ne ferait qu'une bouchée de toi."

Jensen baissa la tête. Il avait déjà entendu ces mots avant. De nombreux amis de maman - ses clients se rappela-t-Il - lui avait déjà dit la même chose, juste avant que leurs mains n'aillent où elles n'avaient pas le droit d'être et qu'ils essaient de prendre ce qu'il ne leur donnerait jamais. Mais peut-être que c'était réellement la seule chose qu'Il avait à offrir. Peut-être que c'était ce que voulait oncle Jared. Il ne savait pas s'il pourrait faire ça. Rien que d'y penser ça le terrifiant, mais pas plus que de se faire jeter à la rue et beaucoup moins que la violence, la honte et la souffrance que dépeignait la prédiction que Jared lui avait fait précédemment. Et puis Jared ne l'avait pas jeté. En fait, Jensen croyait dure comme fer qu'au fond oncle Jared voulait juste l'aider, qu'il voulait faire ce qu'il y avait de mieux pour lui. Donc si c'était ce que voulait son oncle, si c'était le prix à payer en guise de remerciements, Jensen pourrait le faire. Ça ne pouvait pas être si mal, plein de gens partout dans le monde le faisaient tout le temps. Ce serait réellement un petit prix à payer, considérant toutes les souffrances dont ça le protégerait.

Jensen ravala sa peur et son soudain dégoût de lui-même et se baissa pour frotter sa joue contre la cuisse de Jared. Ce dernier lâcha automatiquement son visage et laissa ses mains reposer sur le canapé près de ses genoux. Jensen hésita, ne sachant pas s'il s'agissait d'un bon ou d'un mauvais signe et ferma les yeux en attendant d'être repoussé ou insulté, mais Jared ne fit rien. Jensen se déplaça légèrement pour s'enfoncer plus profondément entre les jambes écartées et frotta doucement sa joue dans de petits cercles lents. En attendant, en espérant, en suppliant silencieusement un signe de son oncle. Il tourna la tête et posa un doux baiser sur le tissu recouvrant le côté du genou de Jared. Il resta immobile un moment, avant de poser un nouveau baiser avec un peu plus de pression.

"Tu es vraiment une petite pute, exactement comme ta mère."

La respiration de Jensen se bloqua dans sa poitrine, il recula rapidement, il tremblait, la honte semblait vouloir le consumer entièrement. Il avait merdé. Il avait complètement merdé et maintenant oncle Jared ne voudrait certainement plus de lui. Ce n'était pas ce qu'il avait voulu et à présent oncle Jared serait dégoûté de lui, il le détesterait et le jetterait dehors comme le déchet qu'il était. Jensen jeta ses mains sur son visage pour cacher ses larmes. "Je suis désolé. Je suis désolé. Je suis désolé." Répéta-t-Il encore et encore.

"Baisse tes mains."

Les mains de Jensen tombèrent sur ses cuisses tremblantes et il les ferma dans des poings serrés pour les immobiliser et ne pas désobéir. La tête baissée et les yeux fermés, il tenta de se cacher derrière ses cheveux. Du moins, jusqu'à ce que Jared passe sa main dedans et en saisissent une grande poignet au sommet de son crâne. Il tira sa tête en arrière ne laissant à son neveu d'autre choix que de lui faire face. Le souffle de Jensen se bloqua. Son cœur s'arrêta. Son sang cessa de circuler et il se figea, attendant les mots funestes qui viendraient inévitablement.

"On dirait que tu auras besoin de plus d'entraînement et de contrôle que je ne l'avais cru."

"Je suis désolé. Je ne voulais pas."

"Tu ne voulais pas?"

"Je… je croyais. Je veux dire…" Jensen ne savait absolument pas quoi dire, ni comment s'expliquer. Son visage se tordit dans une grimasse désespéré. "S'il vous plaît. Je suis vraiment désolé. S'il vous plaît, ne soyez pas en colère. Je ne referais plus jamais ça."

"C'est dans ta nature, Jensen. Tu ne peux pas t'en empêcher. Tu es le fils d'une pute. Et tu es une pute toi aussi."

"Non, je n'ai jamais…"

La prise sur ses cheveux se resserra en arrachant sans ménagement quelques-uns des fils délicats et en coupant Jensen dans sa phrase, le laissant haleter dans la douleur. "S'il vous plaît." Murmura-t-Il.

"Que tu sois encore innocent ou non, ce dont je doute fortement, c'est en toi, qu'est-ce qu'il te faut d'autres pour te prouver que tu n'es qu'une salle petite pute."

Les mots frappèrent Jensen de plein fouet. Ce n'était pas ça du tout. Il avait voulu lui offrir quelque chose. Il avait cru que c'était ce qu'avait voulu son oncle. Ce n'était pas ce qu'il avait voulu lui-même. Mais ça avait été son premier réflexe, sa première pensée. Ça avait été là seule chose qu'il avait trouvée pour montrer sa gratitude. Il secoua la tête, très légèrement, de petits mouvements de gauche à droite, sans jamais lâcher Jared des yeux, le suppliant silencieusement de lui dire que ce n'était pas vrai. Il haleta dans l'agonie et la confusion. "S'il vous plaît, ne dites pas ça."

"Je ne te mentirais pas, tout comme je ne t'autoriserais pas à me mentir."

Jensen sanglota. "Je ne veux pas devenir une pute."

"Tu l'es déjà. Tu l'as toujours été. Blâme ta salope de mère si ça peut te soulager, mais ça ne changera rien à la réalité."

"S'il vous plaît. Je suis désolé. Je ne referais plus jamais ça. Je ne ferais plus rien. Je vous le promets."

"Jensen, tu ne peux pas t'en empêcher. C'est ce que tu es." Il libéra les cheveux de Jensen et passa sa main sur sa joue, frotta ses doigts contre la peau mouillée, puis glissa facilement sur la courbe de sa mâchoire et jusqu'à atteindre son menton. Jared le saisit et regarda Jensen se briser et s'effondrer devant lui. "Mais peut-être…" Commença-t-Il avec douceur. "Peut-être, qu'il vaudrait mieux pour toi que tu sois ma pute, plutôt que celle d'un proxénète quelconque dans les rues."

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FIN