Bonjour tout le monde !

Aujourd'hui est un jour très spécial, puisque c'est l'anniversaire de Kaelyan ! Ma meilleure amie sur fanfiction, et l'une de mes meilleures amies tout court. Alors bon anniversaire ma Kae chérie !

Cette histoire, la première que j'écris entièrement sur le Seigneur des Anneaux, est centrée sur les personnages d'Aragorn et d'Haldir, et leur relation. Ceux qui voudront voir le Araldir verront le couple sans soucis (et je ne parle pas que de toi Kae !), mais ceux qui ne veulent qu'une relation amicale et fusionnelle ne verront que ça ! (Pour ceux qui découvrent mes textes, j'aime les relations ambiguës !)

Enfin, cette histoire est un pastis (plus connue sous le nom de format "5+1"), il y aura donc cinq autres chapitres après celui-là, que je devrais publier tous les vendredis dès la semaine prochaine.

Et le mot de la fin : #LGESR


1. Estel, ou la confiance offerte

Estel aurait pu se trouver sur les terrains d'entrainement, à perfectionner encore et encore ses mouvements d'épées, quand bien même il n'ait jamais affronté seul plus féroce qu'un gobelin esseulé. Ou alors, il aurait pu être dans la grande bibliothèque d'Imladris, à lire l'un de ces livres relatant des histoires d'un autre âge, et dont seuls les elfes immortels et le papier jauni avaient le souvenir.

Au lieu de cela, il arpentait furieusement les jardins de Fondcombe sans daigner saluer quiconque croisait son chemin, insensible à la beauté des lieux. Une aura meurtrière entourait le jeune homme, et les elfes – qui depuis longtemps n'étaient plus affectés par les affres des émotions soudaines – le laissaient passer avec circonspection.

Estel avait bien conscience de l'immaturité certaine de son comportement. Et si vingt ans n'était rien, eut égards à l'espérance de vie prolongée des Dúnedains, il n'en était pas moins un homme fait, que ce soit de corps, d'esprit ou d'âme. Toutefois, en l'état actuel des choses, il lui semblait tout à fait naturel de perdre quelque peu son sang-froid si chèrement acquis. Les confessions que venait de lui faire le Seigneur Elrond, remettant en cause son existence toute entière, perturberaient n'importe qui.

Son père était décédé peu de temps avant sa naissance, et il avait dès lors grandi à Fondcombes, élevé par sa mère. Après la mort de cette dernière, alors qu'il n'avait que sept ans, c'est le Seigneur Elrond qui avait pris en charge son éducation. C'était là une vérité incontestable, des faits qu'il avait toujours pris pour acquis. Et en soi, ce n'était pas faux. Enfant, il n'avait vu aucun problème à vivre parmi les elfes, quand bien il soit le seul humain dans ce cas. Et une fois devenu grand, il en avait simplement pris son parti, ses rares questions sur les raisons l'ayant conduit ici ne trouvant pas de véritable éclaircissement. Il n'en avait eu que faire : c'était chez lui, ici.

Et pourtant… Il avait fallu attendre son vingtième anniversaire pour qu'il ait les réponses à ses questions, et que le seigneur Elrond daigne lui confier la vérité sur ses origines.

Voilà la raison pour laquelle Estel – ou plutôt Aragorn, comme il venait de découvrir s'appeler – parcourait à pas vifs les jardins. Ce n'était pas tant la découverte d'un nom qu'il ignorait posséder, mais plutôt son appartenance à une ligné qu'au contraire il ne connaissait que trop.

Isildur. Il était le descendant d'Isidur. Le seigneur Elrond l'avait souvent encouragé à se renseigner sur l'histoire des royaumes humains d'aujourd'hui et de jadis, et particulièrement sur celle du Gondor – surement à dessein. Quelle ironie ! Il avait lu maintes et maintes fois ce livre, l'un des rares écrit de la main même d'Elrond. Il connaissait cette histoire par cœur, et aurait sans doute pu la réciter de mémoire, sans jamais se douter qu'elle aurait une telle importance. Isildur, le prince qui avait failli, en ne pas parvenant à jeter l'anneau unique dans les flammes de la montagne du destin, condamnant irrémédiablement la Terre du Milieu aux Ténèbres. Oh, pas tout de suite. Arda était en paix. Une paix toute relative, bien sûr, mais Estel – Aragorn, Valars ! – ne connaitrait probablement jamais ces ères sombres. Pourtant, en cédant à ses désirs coupables, en se montrant incapable de faire ce qui était approprié, Isildur avait lié ses descendants au destin de l'unique, sa faute rejaillissant sur chacun d'eux. Et sur lui. Lui.

La colère qui l'avait porté jusque-là l'abandonnant aussi vivement qu'elle l'avait saisi, il se laissa tomber sur un banc de pierre, las et abattu. La tête entre ses mains, il ruminait malgré lui cette révélation fracassante. Tout ce qu'elle causait aujourd'hui même, et tout ce qu'elle entrainerait dans le futur, qu'il soit proche ou lointain. Pris dans cette tempête infernale faite de haine de soi et de rancœur envers cet ancêtre qu'il maudissait, il aurait sans doute pu rester des jours entiers ainsi s'il n'avait pas été sorti de sa torpeur par le fracas d'un cheval arrivant au grand galop.

En voyant le soleil briller à l'ouest, il comprit avec stupeur que plusieurs heures s'étaient écoulées depuis qu'il avait quitté avec violence le bureau d'Elrond, claquant la porte dans un rare accès de rage. Il se releva en toute hâte et se tourna vers le sud du chemin, d'où semblait provenir les bruits. Effectivement, il pouvait voir la poussière soulevée par le cheval à chaque pas. Il comptait le laisser passer avant de regagner à son tour la cité, mais il eut la surprise de voir le cavalier s'arrêter à ses côtés. Malgré lui, il ne put s'empêcher de le détailler.

La première chose qu'il remarqua fut sa haute taille. Il était grand, même pour un elfe. Il avait également les yeux clairs, les cheveux blonds et les traits fins, caractéristiques communes pour les elfes – particulièrement chez ceux venant de la Lórien, comme l'indiquait son armure de galadhrim. Le port de tête était altier et, sans être tout à fait orgueilleux, semblait quelque peu dédaigneux. Toutefois, il modifia rapidement son jugement – ainsi que son altitude – en voyant les galons le désignant clairement comme l'un des plus émérites guerrier de son peuple, et plus encore en reconnaissant l'insigne de capitaine, brodé sur sa cape d'un rouge profond. C'est ce dernier détail qui lui permit d'identifier le cavalier. Sans jamais l'avoir rencontré, il connaissait le capitaine de la garde du Seigneur Celeborn et de Dame Galadriel, de nom comme de réputation. Le Seigneur Elrond avait plusieurs fois loué ses capacités de guerrier et de stratège et le tenait en haute estime, le considérant comme un homme de confiance.

Tandis que le cavalier mettait pied à terre, Estel vint à sa rencontre et s'inclina avec respect devant lui.

« Soyez le bienvenu à Imladris Haldir de Lothlórien, capitaine des Galadhrim, » salua-t-il en sindarin.

Le capitaine opina brièvement de la tête, semblant agréablement surpris de voir un humain le saluer de la sorte, et Estel remercia intérieurement Elrond de lui avoir appris – de force et à contrecœur au début – le sindarin, et de l'avoir initié aux formules de politesses typiquement elfiques.

« Vous me connaissez jeune homme, et pourtant je ne crois pas connaitre votre nom. »

« Et pour cause, nous ne nous sommes jamais rencontrés, » se justifia-t-il, ne prenant pas ombrage du jeune. Car jeune il l'était, et d'autant plus pour un elfe plusieurs fois centenaire. « Toutefois, le Seigneur Elrond m'a longuement parlé de vous et de vos exploits guerriers, qui sont un exemple pour beaucoup ici, j'en suis sûr. »

« Et j'en suis honoré. Toutefois, cela ne me renseigne pas davantage sur votre nom. Comment vous appelez-vous ? » insista-t-il.

« Estel, » répondit-il brutalement.

Définitivement, il ne se sentait pas Aragorn. Pas encore, et surement jamais, si on lui demandait son avis. Comment honorer ce nom, comment être fier de le porter, quand on exécrait tout ce qu'il pouvait signifier ?

« Estel, » répéta l'elfe. « C'est un plaisir de vous rencontrer. »

« Le plaisir est partagé. »

Toutefois, malgré le plaisir qu'il ressentait effectivement à cette entrevue, il ne pouvait s'empêcher de ruminer encore et encore ses sombres pensées, desquelles il avait brièvement été sorti par cette rencontre fortuite.

« Quelque chose vous trouble-t-il ? » lui demanda Haldir de Lórien d'un ton étonnamment concerné, semblant visiblement saisir son mal-être.

Et, pour une raison qui lui était tout à fait inconnue, Estel ressentit le besoin impérieux de se confier à lui.

« Le Seigneur Elrond m'a fait part de curieuses nouvelles concernant mon ascendance, » expliqua-il, sans pour autant entrer dans les détails. « Je me découvre ainsi un héritage dont j'ignorais tout jusqu'alors, et mon appartenance à une lignée maudite que tout mon être rejette. Alors si fait capitaine, je suis effectivement troublé. »

Ayant détourné les yeux le temps de sa tirade, Estel porta de nouveau son regard sur l'elfe en face de lui. Contrairement à ce qu'il pensait, il n'y vit aucun ennui, aucune contrariété du fait d'être confronté aux simagrées humaines. Au contraire. Malgré son visage impassible, il vit briller dans ses yeux une lueur de compréhension, loin de la pitié ou du dégout qu'il aurait pu attendre.

Gêné malgré tout de s'être confié à un parfait inconnu, Estel attendit que le blond ne reprenne la parole, ce qu'il fit sans tarder.

« En voilà des confessions pour le moins surprenantes. Me pensez-vous réellement digne de les recevoir ? »

« Le Seigneur Elrond vous fait confiance, » répondit-il rapidement, car c'était vrai.

« Et j'en suis honoré. Simplement, le tenez vous en si haute estime pour que sa seule foi en moi vous incite à en faire de même ? »

Estel ne trouva rien à redire. La vérité, c'était qu'il se sentait inexplicablement en confiance, et en sécurité à ses côtés. Mais comment avouer ça à un elfe millénaire ? Elrond, quoiqu'il ne fasse aucune distinction de valeur entre les hommes et les elfes, lui avait plusieurs fois confié être incapable de prédire les réactions des humains, du fait de la large part émotionnelle qui imprégnait leur volonté comme chacun de leurs actes.

A la place, il se contenta de banalités qui, si elles n'en étaient pas moins vraies, étaient néanmoins bien en deçà de la réalité.

« J'ai suffisamment foi en lui et en son jugement, ainsi qu'en votre réputation, pour savoir que vous ne trahirez pas mes confidences. »

Je vous fais confiance, voilà ce qu'il aurait désespérément voulu dire. Mais sans avoir eu à les prononcer, il sut que ses mots avaient été entendus.

Ils se sourirent brièvement, fugace instant de connivence suspendu dans le temps, avant que la nature ne reprenne brutalement ses droits. Avec une soudaineté qui n'avait d'égale que la quiétude du moment qu'ils venaient de vivre, Haldir remonta vivement en selle, et Estel fut saisit d'un violent frisson. Que venait-il donc de se passer ? Mais en voyant l'elfe prêt à talonner son cheval, Estel ressentit le besoin irrépressible de le retenir un dernière fois.

« Nous reverrons nous ? »

Et il n'avait que faire de la note de supplication qui teintait sa voix. Il devait savoir.

« Je l'espère de tout cœur Estel. »

« Ce n'est point mon vrai nom, » répliqua-t-il avec un sourire triste, alors que quelques heures plus tôt il n'aurait jamais cru qu'il puisse en être autrement.

« Je l'avais deviné. Estel n'est pas un nom commun pour un humain. »

Estel ne pu qu'incliner la tête devant la perspicacité de l'elfe.

« Ne me demanderez-vous pas mon nom ? »

« Non, » répliqua-t-il fermement. « Pas aujourd'hui du moins. Il nous faut préserver une part de mystère, n'est-ce pas ? »

« En ce cas, nous avons là la parfaite occasion de nous revoir, n'êtes-vous pas d'accord ? »

Le guerrier ne répondit pas, se contentant d'hocher brièvement la tête et de se remettre en route, cette fois-ci pour de bon. Et tandis que le cavalier s'éloignait en direction de la cité même de Fondcombe, Estel – Aragorn désormais, qu'il le veuille ou non – se surprit à penser avec force que cette rencontre, aussi bouleversante qu'inattendue, n'était que la première d'une longue série. Non, ce n'était pas la dernière fois qu'il le voyait.

« Nous nous reverrons, Haldir de Lórien, » murmura-t-il. « Dans un jour comme dans cent, que les mois ou les années nous séparent de notre prochaine rencontre, nous nous reverrons. »