Voici un petit recueil d'OS sur Tomura Shigaraki pour le Harem Défi du Forum Francophone de My Hero Academia. Aux membres du forum : cet OS fait interagir Tomura Shigaraki et All for One. Cette interaction se fera en deux parties et voici la partie un. J'aurais pu techniquement les mettre dans le même chapitre mais je souhaite simplement les séparer pour une question de présentation.

My hero academia appartient à Kohei Horikoshi.

Bonne lecture.


La Reine Rouge

« Encore une page, je ne suis pas fatigué », dit Tomura.

L'homme, qui avait baissé le livre bleu pour regarder l'enfant, haussa un sourcil et grommela :

« Il est temps que tu dormes Tomura. Je t'ai déjà lu dix pages. »

Le garçon baissa alors les yeux, fit une moue triste et murmura d'une petite voix :

« Une demi page, alors.

-Non.

-Un tiers ?

-Non.

-Juste la partie au-dessus du dessin, alors.

-Vendu. »

L'enfant poussa un petit cri de joie et l'homme su qu'il venait de se faire avoir. La technique de la porte au nez : un grand classique de la manipulation. La première demande excessive entraîne un refus, le demandeur baisse ses prétentions et devant son effort, l'autre se sent obligé d'accepter la nouvelle requête. L'homme regretta d'avoir expliqué hier à Tomura cette méthode de négociation. Le garçon avait eu exactement ce qu'il désirait. La page entière lui importait peu, le demi ou le tiers encore moins. Ce qu'il voulait savoir, c'était ce qui était écrit au-dessus de la lithographie du livre. L'homme mit son erreur sur le compte de la fatigue et dit d'une voix calme mais ferme.

« Et après cela, tu dors.

-D'accord. », dit l'enfant en camouflant son sourire.

L'homme pensa que ce gamin prenait un petit trop ses aises… Tomura n'était là que depuis trois mois et s'était rapidement adapté à sa nouvelle maison, sa nouvelle vie et à la personne qui désormais s'occupait de lui. Il avait pris ses marques plus facilement que l'homme n'aurait pu l'imaginer. Et au contraire, c'était peut-être lui à qui il fallait un plus long temps d'adaptation. Il regarda alors le dessin de la page. Une petite fille aux cheveux blonds et à la robe bleue semblait être entraînée dans une course folle par une vieille femme habillée de rouge. C'était Alice et la Reine Rouge. Il lut :

« Juste à ce moment, je ne sais pourquoi, Elles se mirent à courir.

Ce qu'il y avait de plus curieux, c'est que les arbres et tous les objets qui les entouraient ne changeaient jamais de place : elles avaient beau aller vite, jamais elles ne passaient devant rien.

« Je me demande si les choses se déplacent en même temps que nous ? » pensait la pauvre Alice, tout intriguée.

Et la Reine semblait deviner ses pensées, car elle criait : « Plus vite ! Ne parle pas ! »

Alice regarda autour d'elle d'un air stupéfait.

« – Mais voyons, s'exclama-t-elle, je crois vraiment que nous n'avons pas bougé de sous cet arbre ! Tout est exactement comme c'était !

Bien sûr, répliqua la Reine ; comment voudrais-tu que ce fût ?

Ma foi, dans mon pays à moi, répondit Alice, encore un peu essoufflée, on arriverait généralement à un autre endroit si on courait très vite pendant longtemps, comme nous venons de le faire.

On va bien lentement dans ton pays ! Ici, vois-tu, on est obligé de courir tant qu'on peut pour rester au même endroit », dit la reine. (*)

L'homme referma le livre bleu et toisa l'enfant qui avait un regard perdu. Le garçon répéta d'une petite voix :

« On est obligé de courir tant qu'on peut pour rester au même endroit. »

Tomura replia ses genoux sur sa poitrine. Il était troublé par cette phrase (quel enfant ne le serait pas ?) et commença à se gratter doucement le cou. Et encore, l'homme comprit qu'il était foutu car bien qu'il eût une irrépressible envie d'aller se coucher, il ne se voyait pas laisser cet enfant passer une nuit blanche à méditer sur ces quelques mots. Il savait qu'il en était capable. Tomura pouvait rester ainsi le visage immobile et le regard vide durant des heures. Il entama alors une explication :

« Ecoute, la majorité des personnes voient le changement comme quelque chose de linéaire. »

L'enfant s'était immédiatement assis sur les genoux et était très attentif. Il n'avait probablement pas compris ce que « linéaire » voulait dire mais peu importait, il voulait une réponse. L'homme continua :

« Changer, c'est bouger d'un point à un autre, aller d'un endroit à l'autre. On change pour un mieux. On change pour progresser. Mais ce n'est pas toujours le cas. Parfois, on change pour rester à la même place.

-Mais comment ?

-La vie est sur Terre depuis longtemps. Elle l'était bien avant nous et le sera bien après. Et, crois-moi, ce monde a bien changé entre le tout le début et aujourd'hui. Les terres se sont écartées faisant sortir des volcans, les glaciers ont recouvert les continents et puis ont reculé, des comètes venues du ciel se sont écrasées à la surface détruisant tout sur leur passage... La vie s'est adaptée pour survivre. Elle a changé pour rester à la même place.

-Nous aussi ?

-Bien sûr, nous aussi. Les humains ont dû s'adapter.

-C'est les plus forts qui ont survécu ?

-Non, ceux qui avait changé suffisamment. Chaque être avait le potentiel pour survivre. Il fallait juste qu'il change assez. Ce n'est pas toujours utile d'être le meilleur et de courir loin. Parfois, il suffit simplement d'être assez bon pour rester à la même place. N'as-tu jamais remarqué la diversité autour de toi ? Ce sont tous ces êtres qui firent l'effort nécessaire. »

À cette phrase, le visage de l'enfant changea. Il était d'abord souriant car heureux des réponses obtenues et puis lentement passa de l'étonnement à la réflexion. À cette vision, l'homme se retint de soupirer :

« Poses ta question, Tomura. »

Tomura réfléchit encore un peu, prit sa respiration et demanda :

« Si tout le monde avait le potentiel pour survivre, pourquoi les humains sont-ils si seuls ? Il y a plusieurs plantes, plusieurs félins, plusieurs insectes mais pour nous... il y a juste nous. »

L'homme connaissait parfaitement la réponse à cette question. Il hésita à répondre et dit:

« Tu veux vraiment le savoir, Tomura ? »

L'enfant réfléchit un instant et puis murmura :

« Oui.

-Pour une seule raison. Parce que les humains ont assassiné et massacré tout ce qui pouvait menacer leur suprématie. C'est pour ça qu'ils sont seuls. C'est pour ça que nous sommes seuls. Nous avons détruit et assujetti le monde, au point que nous sommes arrivés à bout de créatures à dominer…

Et qu'il ne reste plus qu'à s'entre-dévorer, termina-t-il en pensée.

Tomura baissa les yeux. Il ne s'interrogeait plus à présent et avait un air triste. Il regrettait probablement d'avoir posé sa question. Il aurait peut-être préféré une histoire plus douce comme celle d'Alice et la Reine Rouge. L'homme s'en doutait.

« Tu sais, la vérité est comme une suture, c'est douloureux mais indispensable pour refermer les plaies. Mentir, c'est comme la morphine, ça te soulage mais ça ne te guérit pas. »

Etant donné que l'enfant restait silencieux, l'homme en conclut que ce qu'il venait de dire n'aidait pas vraiment.

« Les humains sont décevants, Tomura mais ça, tu le sais déjà n'est-ce pas ? »

Tomura fit oui de la tête.

« Je pense qu'il est temps de dormir. Non ?

-Oui, Bonne nuit.

-Bonne nuit. »

Tomura s'allongea sur le dos et ferma les yeux. L'homme déposa un instant sa main sur le petit visage. Puis, il se leva, sortit de la pièce et laissa l'enfant à ses songes.

Il descendit alors dans le salon et s'assit dans le fauteuil. Il regarda par la fenêtre. Une pluie battante tombait dans le jardin et le vent fort courbait les arbres aux troncs sveltes. En voyant ces gracieuses silhouettes s'agiter ainsi, il ne pu s'empêcher d'y reconnaître celle de cette femme, Nana Shimura. Il crut la voir alors s'avancer vers lui. Ce n'était pas la première fois qu'il avait cette vision et il savait pertinemment qu'il ne s'agissait pas d'un fantôme. Plutôt d'un rêve familier qui revenait de temps en temps. Il s'entendit dire à voix haute :

« Je vais commencer par lui apprendre à survivre. Et puis, on verra bien. »

L'homme cligna des yeux et la vision disparut, ne laissant que les arbustes ployant devant la tempête. Il se souvint alors à quel point Nana Shimura courrait vite. À quel point, elle n'avait jamais su rester en place. À quel point, elle n'avait jamais su rester à sa place. Et puis courir, pour aller où ? Elle n'avait fait que se précipiter vers sa propre fin… Il s'endormit dans le fauteuil en pensant à elle. Nana, Tu aurais peut-être vécu plus longtemps si tu t'étais laissée entraîner dans la course la Reine Rouge.


Merci de m'avoir lue !

(*) Lewis Carroll. Ce qu'Alice trouva de l'autre côté du miroir.