Cette fanfiction est un crossover avec le film italien Ulysse (1954) et certains amateurs pourront éventuellement y reconnaître des accents de Doctor Who.

Soyez conscient, avant de poursuivre votre lecture, que coller au canon de l'Odyssée pour construire cette petite aventure me conduit à contrevenir à un certain nombre de règlements de Starfleet, concernant le traitement réservé au Cyclope. Si cela vous ennuie fondamentalement car vous trouvez l'éthique d'Homère moralement trop discutable envers les formes de vies inconnues, ne poursuivez pas au-delà du premier chapitre.

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La Kirkissée : épisode 2

LE CYCLOPE

Une fanfiction Star Trek TOS par OldGirl NoraArlani | Fanfiction . net

Merci à Alienigena et ChiaraCadrich pour leur aimable relecture.

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— Passerelle à la salle des machines. Rapport d'avaries, Scotty ?

— Cette tempête magnétique n'a pas fait de bien à nos instruments, Capitaine ! Je vais devoir recalibrer toutes les bobines manuellement et ça va me prendre plusieurs heures si l'ordinateur principal ne se relance pas très vite !

— Et les systèmes de survie ?

— Très affectés, la moitié des ponts grelotte, on a perdu de l'oxygène dans certains hangars heureusement vides... Le Dr McCoy a déjà organisé un transfert dans les quartiers d'habitation vers les zones les plus sûres et les plus chauffées… Il se plaint également que les synthétiseurs sont entièrement déréglés et ne peuvent fournir ni boissons chaudes, ni médicaments pour ceux qui ont été blessés par la perte momentanée des stabilisateurs inertiels… Malheureusement, je ne peux pas m'en occuper pour l'instant…

— Ne vous inquiétez pas, Scotty. Continuez les réparations sur la propulsion, je vais voir ce que je peux faire pour le Dr McCoy… Kirk terminé.

La communication coupée, le capitaine James T Kirk se tourna aussitôt vers son premier officier qui stabilisait sa position verticale d'une main sur la console. Comme d'habitude, le Vulcain conservait son masque impassible. Seule une légère estafilade vert sombre, prolongeant son sourcil déjà dangereusement incliné, signalait qu'il s'était coupé en tombant la tête la première sur son analyseur de données, quand le vaisseau s'était mis à girouetter, comme un fétu de paille emporté dans la tourmente.

— Avez-vous une idée d'où nous sommes, M. Spock ?

— Pas encore, capitaine. L'attraction de cette étoile naine, ajoutée à la tempête magnétique de la Nébuleuse de la Boîte, nous a expédiés à l'équivalent d'une distorsion 7 dans un secteur encore assez mal connu par les vaisseaux de la Fédération… Toutefois, les dernières données des détecteurs avant la remise à zéro de l'ordinateur, indiquaient qu'il y a un système planétaire à proximité.

— Nous verrons cela, laissons le temps à M. Scott de réparer au moins l'impulsion. En attendant, allez faire soigner votre arcade sourcilière à l'infirmerie et profitez-en pour voir si vous pouvez être d'une quelconque utilité au Dr McCoy. Je descends à l'Ingénierie… M. Sulu, vous avez la passerelle.

— Oui, capitaine.

Kirk contourna son fauteuil de commandement anguleux pour se diriger vers l'ascenseur aux portes rouges où il entra d'un pas alerte, son premier officier sur les talons. Ce dernier n'avait pas dit un mot mais suintait la réprobation muette par tous les pores : juste en dessous de sa frange noire, son regard fulminait juste un peu.

Infirmerie, commanda le capitaine en s'agrippant à la poignée. Vous avez une remarque à me faire, Spock ? demanda-t-il en le dévisageant avec un léger sourire.

— Ce n'est qu'une simple coupure, capitaine, je pouvais tout à fait continuer à travailler...

— Je sais. Mais si vous voyiez la tête qu'elle vous fait… J'avais du mal à conserver mon sérieux.

— Capitaine... le Dr McCoy va encore me dire que je le dérange pour rien alors qu'il est débordé…

— D'où l'idée que vous lui proposiez vos services pour les synthétiseurs… Si tout se passe bien, il verra tout cela comme une simple expression de votre fierté… Une excuse pour ne pas lui demander directement s'il a besoin d'aide…

Kirk fit une légère pause, l'air assez content de son petit stratagème mais son vis-à-vis ne s'en laissait pas conter. Le capitaine poursuivit donc :

— Ne croyez pas que je ne remarque pas votre petite brouille depuis la mission de sauvetage de l'USS Beagle*. Je ne sais pas ce qui s'est passé là-bas et je ne veux pas le savoir, mais j'ai besoin que vous régliez ça maintenant ! Vous êtes arrivé, l'informa-t-il nuançant d'un sourire la fermeté de son propos précédent.

La porte de l'ascenseur s'ouvrit et le Vulcain parut hésiter sur son seuil, infime symptôme s'il en était de la lutte intérieure qui se déroulait en lui, à l'instant même. Il se contenta de répondre un "oui, capitaine" peu enthousiaste face à l'amusement de ce dernier qui ajouta, taquin :

— Et sinon, vous pourriez toujours demander à l'infirmière Chapel qu'elle vous donne ces soins… Vous seriez bien le seul à ne pas avoir remarqué qu'elle n'y verrait aucun inconvénient...

La brève lueur d'alarme très vite maîtrisée dans l'œil sombre du lieutenant commandeur Spock Je Vous Épargne Mon Patronyme, premier officier de l'USS Enterprise, acheva de dérider son capitaine. Techniquement, ce n'était pas comme si Spock n'avait rien remarqué, bien sûr. C'était juste que...

— Allons, allons, on croirait que je vous demande une chose insurmontable ! Choisir entre Charybde et Scylla ? Convenez que Christine est nettement plus charmante et plus douce que notre bon docteur, non ?… Salle des machines !

Les portes se refermèrent sur le commandeur et son expression insondable. Le capitaine était néanmoins content d'avoir pu en profiter pour faire passer son message. Il n'aimait pas que ses deux officiers les plus proches se battent froid depuis des jours.

Dans des situations comme la crise qu'ils venaient de traverser qui les laissait heureusement avec plus de peur que de mal, en tous cas pour l'instant, devoir prendre des décisions en tenant compte de leurs petites susceptibilités personnelles lui pesait particulièrement. Il n'aurait pas dû avoir à le faire toutefois. Et il n'aurait pas dû attendre si longtemps pour leur demander de mettre les choses à plat. Il avait juste pensé que ces deux-là étaient adultes et raisonnables… Mais à la minute où ils se retrouvaient tout seuls, c'était juste deux gamins indisciplinés qui attisaient naturellement l'un chez l'autre leurs facettes les plus… Argh.

Ils étaient en train de procéder à une observation scientifique planifiée autour d'une étoile naine, quand une poussée parfaitement imprévue, due à une panne matérielle dans les stabilisateurs, les avait déportés au-delà de la distance minimale de sécurité requise. Quand l'étoile avait commencé à les attirer inexorablement avec une force implacable, il avait fallu pousser les moteurs à plein régime pour échapper à son attraction. Rien d'insurmontable, jusqu'à ce que le bond induit par la distorsion maximale, les propulse au beau milieu d'une tempête magnétique déréglant copieusement leurs instruments…

Les emmerdes n'arrivent jamais seules. Elles vont toujours par trois, c'est d'ailleurs pour ça qu'on leur met un pluriel quand on en a l'expérience. Capitaine, capitaine, les stabilisateurs inertiels sont en panne complète, c'est la tuile, on venait juste de les remplacer ! La tuile ? Non Scotty, ne sentez-vous pas venir à plein nez le vent mauvais des emmerdes ?... Faites confiance à mon nez, il a de l'expérience.

En charge de la mission scientifique, le Pr Argolis embarqué depuis la dernière base stellaire, avait été d'une humeur massacrante en quittant la passerelle, clamant qu'il attendait mieux d'un vaisseau comme l'Enterprise qui venait de saboter une mission essentielle, qu'il ferait son rapport à Starfleet sur les manquements qu'il avait observés, et la légèreté avec laquelle on ruinait le travail d'une vie… Il s'était gagné juste une prunelle polaire de Spock, qui n'avait pas dit un mot, peaufinant son outil tactique de désapprobation muette.

Kirk restait philosophe. Il avait confiance dans son équipage. Son objectif immédiat n'était pas ce scientifique chagrin mais de faire le tour des différents points névralgiques du vaisseau car l'intercom fonctionnait par intermittence. Il afficha son air le plus avenant et le plus énergique en débarquant en salle des machines comme en terrain conquis, pour assurer fermement l'ingénieur Scott de sa plus totale, et indéfectible, confiance dans ses capacités.

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— … et si vous n'êtes pas foutu de faire en sorte que ce machin fasse bouillir de l'eau chaude, ce n'est même pas la peine !... Non ! Vous là, où allez-vous comme ça ? J'ai dit Pont D, les couvertures, bon sang de bois !... Christine ! Où sont les hypos que j'ai demandés il y a une heure ?

Venant de franchir le seuil d'une infirmerie aussi survoltée que le maître des lieux, Kirk repéra l'infirmière Chapel et s'avança vers elle, toujours pimpante dans sa tenue bleue qui mettait joliment ses yeux en valeur, comme… tout le reste. Une fois près d'elle, il murmura en la débarrassant galamment de la caisse de fournitures qu'elle transportait avec peine :

— Oh mon Dieu ! Du grand McCoy ! Mais à deux, on pourrait y arriver... Je l'immobilise et vous lui faites une triple injection de calmants, qu'est-ce que vous en dites ?

Les traits classiques un peu graves de la grande et belle infirmière en chef se réchauffèrent d'un léger sourire en coin, auquel Kirk réagit immédiatement par pur réflexe conditionné. Avec ses yeux intenses et cependant tout en retenue, elle était magnifique, et il n'était pas aveugle. Peut-être étaient-ce seulement son élégance naturelle et son intelligence pleine de compassion qui intimidaient suffisamment le capitaine pour qu'il se tienne le plus courtoisement du monde, comme il se doit. Il y avait certaines femmes à bord dont le regard sur lui était ainsi : profond et brillant d'une affection qui n'avait rien d'équivoque. Une part de lui, bien plus importante qu'il ne voulait l'admettre, y trouvait une réelle validation qui venait certainement combler un manque bien enraciné dont il n'aimait pas parler. Aussi sans qu'il s'en rende compte, le langage de son corps trahissait le plaisir qu'il avait d'être en sa compagnie à la façon dont il se tenait face à elle, empiétant légèrement sur le centimétrage réglementaire, et à celle dont ses yeux étincelaient de malice. Elle se pencha un peu vers lui pour répondre sur le même ton :

— Mhh, figurez-vous que Spock s'est déjà proposé deux fois, mais... vous savez comment est Léonard…

— ... Tyrannique ?

Elle lui envoya son coude dans les côtes et ses longs cils ourlés de noir balancèrent un tir de phaseur, pour corriger :

— Sous pression !

— Jim ! beugla McCoy avant de se reprendre pour pouvoir poursuivre d'un ton plus modéré. Si vous pouviez arrêter de… hum… "monopoliser" mon personnel…

Kirk n'arrivait jamais à croire qu'on puisse le surprendre à flirter gentiment pendant le service. Ses yeux clairs à la teinte nuageuse incertaine, s'arrondissaient toujours en affichant cet air innocent qui avait dû rendre certains de ses professeurs complètement dingues (à l'Académie et avant) et qui signifiait peu ou prou : "Qui, moi ? Qu'est-ce que j'ai encore fait ?"

Il s'avança vers son ami avec une grâce féline inconsciente ‒ du moins McCoy espérait qu'elle le soit ‒ et il posa le carton qu'il avait apporté sur un coin de paillasse disponible.

— En parlant de monopoliser, je cherchais Spock… Qu'en avez-vous fait ?

La physionomie du médecin de bord se fit soudainement plus boudeuse, le pli de ses lèvres plus amer, sans qu'il s'en rende forcément compte, ou n'ait cure de le dissimuler aux maintes paires d'yeux observateurs qui l'entouraient.

— J'ai envoyé ce grand machin superviser le rassemblement des personnes valides dans des zones où la température est encore supportable. Il n'est toujours pas revenu depuis le temps ! Qu'est-ce qu'il fiche ?

— Je crois qu'il essaie de réparer les synthétiseurs… Mais je venais vous dire que Scotty a pu rétablir une propulsion minimale, ce qui signifie que certaines de ses équipes vont pouvoir se mettre aux systèmes de survie.

— Eh bah, pas trop tôt ! Il y a des enfants à bord, Jim !

James T. Kirk était un de ces êtres tactiles qui pensaient que la sincérité, l'inquiétude ou la préoccupation passaient d'autant mieux qu'elles étaient véhiculées par une brève pression de la paume ou des doigts. Il trouvait qu'une poignée de main, une tape sur l'épaule, donnaient sans équivoque l'assurance à son interlocuteur bouleversé qu'il était entendu.

Bien sûr, il devait batailler sans cesse contre cette habitude depuis qu'il avait rencontré Spock dont les usages vulcains s'accommodaient mal de telles audaces manuelles. Comme du reste envers l'équipage féminin. Mais avec son plus vieil ami ? Cela n'aurait pas eu de sens.

— Prenez une pause, Bones, suggéra-t-il à mi-voix, placé à une distance encore moins réglementaire, afin de préserver la confidentialité de leur échange. Chekov a repéré tout près une petite planète de classe M, qui semble présenter une belle végétation et de l'eau potable. Il serait peut-être judicieux d'y envoyer un détachement pour récupérer quelques produits frais ? Ou des plantes médicinales qui pourraient faire l'affaire en attendant que les synthétiseurs remarchent ?

McCoy écarquilla les yeux un instant, semblant considérer sérieusement la proposition en se frottant la joue, pendant qu'il réfléchissait aux avantages.

— Vous ne faites pas confiance au gobelin pour réparer les synthétiseurs ? questionna-t-il avec une petite moue sarcastique.

— Hum… si. Mais... imaginez qu'il fasse un test avec sa maudite soupe de Plomeek ! Et que ça reste coincé là-dessus pendant trois jours ?

Les deux hommes partagèrent quelques secondes une connivence qui se communiqua à toute l'infirmerie, son personnel comme ses blessés. La rusticité de la soupe vulcaine, avec son goût de vieille betterave rance et de radis noir au Cayenne, n'était pas le mets le plus apprécié des "rudimentaires" papilles terriennes...

Le médecin devait bien reconnaître que la seule présence de son capitaine arrivait à le calmer de façon presque magique. Certes, il avait le chic pour ça... Il avait suivi cet homme-là, littéralement au bout du monde, et au mépris de sa claustrophobie la plus élémentaire. Une décision qui pouvait sembler aberrante mais qui ne reposait que sur son pragmatisme.

— Bon d'accord, céda-t-il. Je vais faire une liste de plantes. Emmenez des botanistes, prenez Sulu s'il le faut, il s'y connait assez. Mais comme j'imagine que vous allez descendre, alors surtout, Jim, faites-moi une faveur : ne touchez à rien ! Ne respirez aucun spore et évitez les jets de pistils… Je ne veux pas que vous me fassiez un choc anaphylactique avec la toxine inconnue d'une plante inconnue, alors que le vaisseau est en rade au milieu de nulle part… C'est bien clair ?

— Allons, Bones, vous n'êtes pas sérieux ! s'amusa-t-il en rosissant légèrement. Je ne vais tout de même pas me contenter de donner des ordres en me croisant les bras pendant que les autres travaillent...

Christine Chapel se posta devant son supérieur et déchargea d'autorité sa pile de cinq boîtes d'hypos directement dans les bras de McCoy qui les reçut avec embarras.

— Moi je parie que vous adoreriez ça… murmura-t-elle, charmeuse. Vos hypos, Léonard !

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Note

* Cf Saison 2, Ep. Bread and Circuses