Si je pouvais insérer ici une petite émoticône qui lève les yeux au ciel, je le ferais... Je ne sais pas pourquoi je m'acharne à me dire que "cette fois, non, je ne commencerai pas d'autre histoire avant d'avoir fini la précédente" alors que je sais très bien que je n'ai aucun contrôle sur ce que j'écris. Me voilà donc empêtrée dans une nouvelle fic Star Trek TOS, née de l'impérieux besoin de renouer avec mes anciennes amours que sont : les sickfics (vous êtes super surpris, hein ?) et les situations merdiques dans lesquelles les personnages sont lâchés seuls au milieu de nulle part, avec quasiment rien pour s'en sortir, mais dont ils finissent quand même par se sortir, parce que bon, c'est les héros. Vous voilà donc prévenus.

Deux petites différences toutefois :

1) Je ne vais pas centrer cette histoire sur mon duo préféré McCoy-Spock, mais je vais laisser de la place à Kirk (je crois que lire la dernière fic d'OldGirl, qu'au passage je vous recommande chaudement, m'a complètement réconciliée avec lui) et parler un peu de sa relation avec Spock (et j'ai même prévu d'utiliser le terme "t'hy'la", sisisi j'vous jure, mais comme d'hab sans slash). Le titre de la fic est une référence évidente à la fameuse phrase prononcée par Spock à plusieurs reprises en parlant à Kirk : "I have been, and always shall be, your friend".

2) Les personnages sont "vieux" (d'où le titre grossier de ce premier chapitre) : l'action se situe juste avant le 6ème film, "The undiscovered country", et de l'eau a coulé sous les ponts depuis la mission de cinq ans. Je ne sais rien sur l'équipage de l'Enterprise-A (reconstruite après la destruction de l'Enterprise dans "The search for Spock) en dehors des six officiers principaux, donc j'invente, je recase des noms (Riley par exemple). Ce qui m'intéresse, c'est que les héros ne soient plus tout jeunes.


Chapitre 1 : « J'ai passé l'âge de ces conneries »*

S'il avait pris un peu de recul avant les événements qui l'avaient amené au bord de cette falaise, menacé par la longue lame sacrificielle d'un Gentacroze, Kirk aurait dû deviner que cette « mission », pour bénigne qu'elle parût, tournerait mal. Après tout, si on l'avait confiée à l'équipage de l'Enterprise-A, c'était probablement parce qu'elle était désespérée. Pour Starfleet, ils constituaient une sorte de dernier recours. Peut-être, se disait le capitaine sans amertume (comme le disait Spock, la vérité n'était ni triste ni cruelle, elle était, tout simplement), peut-être leur confiait-on depuis quelques années des missions impossibles pour la bonne et simple raison que leur disparition ne chagrinerait personne, ni au haut commandement, ni ailleurs.

Il savait qu'ils étaient trop vieux, tous, tant qu'ils étaient, pour vagabonder ainsi au milieu des étoiles. L'âge raisonnable de la retraite du service actif, pour un capitaine de la flotte, était aux alentours de la cinquantaine.** Kirk allait avoir soixante ans dans moins de trois mois, et Spock, McCoy et Scotty étaient plus âgés que lui. Jim n'était pas dupe : il savait très bien que ce n'était qu'une question de mois, peut-être même de semaines, avant que Starfleet ne désarme son vaisseau et ne mette tout son équipage à la retraite.

En attendant ce jour, ils continuaient. Des anciens officiers de l'Enterprise, seuls Sulu, à présent capitaine de l'Excelsior***, et Christine Chapel, qui avait fini par rejoindre le haut commandement**** (c'était d'ailleurs en grande partie grâce à elle que Kirk n'avait pas encore été rappelé sur Terre), avaient quitté le vaisseau. Quatre jours auparavant, Chekov, Uhura, Scotty, McCoy, Spock et Kirk lui-même étaient encore sur la passerelle, prêts à laisser les commandes pour une quinzaine de jours, le temps d'effectuer une « simple mission diplomatique » sur la planète Sindaliak tandis que l'Enterprise, sous la supervision de Riley, convoierait le très prisé alcool de Prickt jusqu'à Bételgeuse. Comme l'avait fait remarquer McCoy en râlant un peu, « nous sommes des explorateurs, pas des marchands », mais la compensation proposée – visiter la magnifique planète de Sindaliak et obtenir pour l'Enterprise-A une petite réserve de Prickt – n'était pas négligeable, aussi avaient-ils accepté.

Sur Sindaliak vivaient trois peuples différents, qui se partageaient l'unique continent encore habitable de la planète, autrement recouverte par des terres calcinées ou par des eaux abritant une faune extrêmement dangereuse. Il y avait eu, quelque trois cents ans auparavant, une terrible guerre qui avait failli détruire entièrement la population, et avait imprimé dans l'esprit des habitants une peur insurmontable pour tout ce qui, de près ou de loin, touchait à la technologie. Tous étaient « revenus en arrière », à un état de nature, et avaient décidé d'un commun accord de verrouiller à jamais l'unique centre technologique intact du continent. Leur dernière action avant de renoncer à leur incroyable savoir scientifique et technique avait été de créer trois torrents artificiels afin de diviser les terres rescapées en trois portions rigoureusement égales. Sur chacune de ces régions vivaient désormais, parfaitement isolés les uns des autres, les trois peuples de la planète – Gentacrozes, Slamens et Obturis – qui n'avaient de différent que la couleur de la peau. Puisqu'ils semblaient incapables de vivre ensemble, ils avaient décidé de rester chacun dans une zone géographique déterminée, sans aucun contact avec les deux autres peuples.

Un vaisseau de la flotte avait dû se poser en catastrophe sur Sindaliak quatre-vingt-trois années auparavant, au risque de violer la première directive, et le peu de surprise qu'avaient manifesté les Obturis en les voyant débarquer avait intrigué l'équipage de l'USS Constellation. Les habitants de la planète, malgré leur apparente « simplicité », avaient admis rapidement l'existence d'aliens. Ayant besoin de matières premières, ils n'étaient pas réticents à des échanges avec la Fédération, à la condition que leur dôme technologique demeure résolument clos, et un commerce s'était rapidement installé. Les trois peuples possédaient en effet un savoir-faire ancestral qui avait intéressé une bonne part de l'équipage à l'époque : ils brassaient un alcool « meilleur que tout ce qu'aucun humain n'a jamais goûté », avait à l'époque commenté le commandant du Constellation. De fait, le Prickt était rapidement devenu l'une des boissons les plus rares, les plus chères et les plus raffinées de l'univers connu. La Fédération commerçait avec les trois peuples, tant par souci d'équité que pour le plaisir de la variété (les Gentacrozes et les Slamens utilisaient un autre dosage de fruits, ou bien une technique particulière de fermentation, si bien que le goût du Prickt différait subtilement selon la région dans laquelle il avait été brassé).

Tout aurait pu en rester là si Starfleet n'avait pas constaté une baisse lente mais certaine de la population sur Sindaliak. La planète aurait dû, au contraire, se repeupler, mais le nombre d'habitants de chaque région demeurait désespérément bas et, depuis deux décennies, chutait de façon inquiétante. L'endogamie, selon toute probabilité, ne leur réussissait pas. Mais comment faire entendre raison à trois peuples fermement convaincus du bien-fondé de leur mode de vie ? Voilà pourquoi Kirk et ses plus proches officiers avaient été mandatés. Deux par deux (car les négociations s'effectuaient toujours ainsi, les habitants de Sindaliak ayant une tendance à l'agoraphobie), ils devaient s'efforcer d'amener Obturis, Slamens et Gentacrozes à s'entendre de nouveau, ou du moins à mener des négociations pour éviter que la population ne s'éteigne totalement.

Kirk pensait la partie perdue d'avance (et il n'était pas totalement certain du bien-fondé de cette mission, qui lui apparaissait comme une certaine forme d'ingérence incompatible avec le serment qu'ils avaient pris : après tout, ces gens étaient heureux ainsi, et essayer de changer aussi drastiquement leur mode de vie risquait de ne leur apporter que de nouveaux ennuis), mais il avait accepté, plus par curiosité de voir enfin à quoi ressemblait la fameuse Sindaliak que par réelle volonté de faire bouger les choses sur la planète. Il avait formé trois binômes (McCoy et Uhura, Scotty et Chekov, et enfin lui-même avec Spock) qui s'étaient téléportés chacun dans la ville principale des trois peuples. Aucun problème n'ayant jamais eu lieu sur Sindaliak, devenue éminemment pacifique, le capitaine avait donné sa bénédiction à Riley pour emmener l'Enterprise à l'autre bout de la galaxie pendant que les officiers supérieurs demeureraient sur la planète. Le vaisseau devait revenir quinze jours plus tard.

Spock et Jim avaient été envoyés dans la tribu des Gentacrozes. La petite ville (dix mille habitants) s'était révélée un véritable enchantement, et Kirk s'était immédiatement senti proche de ce peuple simple, qui vivait en harmonie avec la nature. Ils étaient affables, généreux, sans prétention et dotés d'une intelligence qui avait impressionné jusqu'à Spock. Ce dernier avait mené les négociations avec le sérieux qui le caractérisait (alors même que Jim n'était pas certain qu'il fût vraiment plus convaincu que lui par la mission), et avait tout de même ébranlé quelques certitudes en faisant appel – évidemment – à la logique des dirigeants. Jim, pour sa part, avait préféré les conversations à bâtons rompus dans les nombreux foyers qu'il avait visités, et dans lesquels il avait toujours été très bien reçu. Les Gentacrozes avaient logé les deux visiteurs dans une petite maison en bordure de la forêt, entourée d'un magnifique jardin dont les fleurs enchanteresses ravissaient les sens.

En bref, leur mission avait débuté sous les meilleurs auspices.

Maintenant qu'il était là, agenouillé sur le bord de la falaise, fermement maintenu par un adolescent qui se prenait très certainement pour un héros, Jim ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il aurait dû remarquer les regards hostiles de quelques jeunes gens dans les familles où il avait pourtant été accueilli comme un ami. Mais il n'avait rien remarqué, et Spock non plus, et voilà pourquoi ils avait été tirés de leur lit au beau milieu de la nuit et traînés sans ménagements le long d'un petit chemin qui s'enfonçait dans la forêt. Après une marche qui lui avait semblé d'autant plus interminable qu'il était pieds nus, encadré par une petite troupe de jeunes Gentacrozes armés de longues lames argentées, il avait fini par percevoir, de plus en plus proche, le bruit d'un torrent. Sachant que les cours d'eau qui séparaient les trois régions de la planète étaient sacrés et que nul n'aurait osé les franchir, il savait que leur voyage s'arrêterait là.

En effet, le plus proche de ses agresseurs l'avait brutalement mais efficacement envoyé à terre par un coup de pied bien placé à l'arrière du genou. Les trois lunes de Sindaliak, en conjonction, brillaient suffisamment pour que Kirk puisse voir, à quelques mètres sur sa droite, la falaise qui se terminait et plongeait probablement dans le torrent, invisible depuis l'endroit où il se trouvait, mais dont le bruit était devenu assourdissant.

Un jeune humanoïde, dont la peau légèrement rouge brillait à la lueur des torches, s'avança alors vers lui tout en tirant son poignard de la gaine où il pendait à sa ceinture.

- Pour avoir cherché à mettre fin à nos traditions les plus sacrées, nous vous condamnons à mort.

Kirk se retint de lui faire remarquer qu'il n'avait pas besoin de le dire pour qu'il comprenne. La façon dont il tenait son long couteau effilé était bien trop peu équivoque pour que l'humain se méprenne sur l'usage que comptait en faire son ravisseur.

- Peut-être pouvons-nous… commença Jim, mais un coup brutal asséné à l'arrière de son crâne par un autre adolescent le fit vaciller et le réduisit au silence.

- Nous refusons de parler avec ceux de votre espèce. Vous venez prêcher l'union alors que vous ne savez rien de notre histoire. Nous vous récusons et nous vous maudissons !

Le Gentacroze lui cracha au visage. Un peu mélodramatique, se dit Jim, mais efficace. Il se sentait trembler malgré lui. Ainsi, c'était de cette façon stupide qu'il allait mourir, bêtement, en pyjama, pour une mission qui ne lui tenait pas à cœur, sans aucune possibilité de s'en sortir, assassiné par des adolescents ? Il tourna la tête vers Spock, qui, maintenu par deux jeunes gens, les mains le long du corps, demeurait parfaitement impassible, comme à son habitude. Mais Kirk le connaissait trop bien. Le Vulcain allait nécessairement tenter quelque chose…

La lame se leva et brilla un instant au clair des lunes. Jim dut faire appel à tout son courage défaillant pour ne pas fermer les yeux.

L'instant d'après, Spock s'était dégagé de l'emprise de ses deux gardiens, avait effectué une double prise neurale d'une rapidité foudroyante et saisi le poignet du jeune homme qui tenait l'arme rituelle. Le poignard s'arrêta à quelques centimètres du cou du capitaine, dévia, remonta, effleura sa tempe et finalement disparut de sa vue. Kirk profita de la confusion qui s'ensuivit pour envoyer un violent coup de coude au Gentacroze qui le tenait, pivoter sur un genou pour se redresser et faire face à ses éventuels assaillants.

Je suis trop vieux pour ça, pensa-t-il en essayant péniblement de reprendre haleine.

Il se releva, pantelant, et regarda autour de lui. Leurs ravisseurs, comme hypnotisés par la lutte qui se déroulait entre Spock et son adversaire, demeuraient immobiles. Jim savait que cet instant de grâce ne durerait et qu'il devait mettre à profit les quelques secondes qui le séparaient de leur réaction. Ils étaient une dizaine, tous jeunes, et tous armés. Le capitaine chercha des yeux une pierre, un morceau de bois lui permettant de faire face, mais il ne trouva rien. Non loin de lui, Spock, que le Gentacroze avait à son tour saisi au poignet, forçait son adversaire à reculer vers le torrent, mais ne parvenait ni à l'immobiliser totalement, ni à lui faire lâcher son arme.

Nous sommes trop vieux pour ça.

Jim vit le poignard glisser le long des côtes du Vulcain, déchirer le tissu noir, et il sentit son sang se glacer dans ses veines. Spock esquiva le coup d'un mouvement souple, mais pas suffisamment rapide pour éviter que l'argent ne lui entaille profondément le bras droit. Le Gentacroze, avec un cri de triomphe, recula légèrement pour porter un nouveau coup. Les yeux de Jim croisèrent ceux de Spock, et il entendit distinctement la voix du Vulcain résonner dans son esprit.

Sautez après moi.

Le temps qu'il cligne des yeux, qu'il comprenne ce que son vieil ami venait de lui dire, Spock avait agrippé la tunique argentée de son adversaire et l'avait tiré en arrière. Surpris, le jeune humanoïde trébucha, chercha à rétablir son équilibre, mais la poigne du Vulcain l'entraînait toujours…

- Spock !

Pendant un instant qui sembla s'allonger à l'infini, les deux formes restèrent en équilibre sur le bord de la falaise Kirk se précipita, main tendue en avant, sans trop savoir ce qu'il comptait faire, mais déjà son ami avait disparu, entraînant avec lui l'adolescent qui avait juré leur perte. Jim scruta anxieusement les eaux tumultueuses qui bouillonnaient plusieurs mètres plus bas. Le Vulcain avait évalué la hauteur, mesuré les risques, et décidé, au vu de leur situation, du nombre et de la force de leurs adversaires, que le coup valait d'être tenté. Néanmoins, ne put s'empêcher de penser le capitaine en fouillant anxieusement du regard l'écume blanchâtre, il était tombé en arrière, incapable de viser entre deux rochers…

Derrière lui, un cri retentit :

- Empêchez-le de plonger !

L'angoisse céda la place à un éclair d'extrême lucidité, comme à chaque fois qu'il avait, par le passé, joué sa vie à quelques secondes près. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas senti aussi clairement l'adrénaline pulser ainsi dans ses veines, le faisant se sentir jeune de nouveau. Il ne se posa pas davantage de questions : visant le milieu du cours d'eau, il sauta, pieds en avant.


* Ai-je vraiment besoin de dire qu'il s'agit d'une réplique culte de L'arme fatale ? :-D

** A ce stade de la timeline, Kirk s'est déjà retiré du service actif pendant un certain temps, et ça ne lui a pas réussi ; il est redevenu capitaine six ans auparavant, en 2286.

*** On l'apprend dans le 6ème film.

**** On ne sait pas grand-chose sur la vie de Christine Chapel après son service sur l'Enterprise, j'ai donc inventé.