Moi: il faudrait que je termine mes histoires en cours

Mon cerveau: oh regarde un nouveau scénario!

Moi: ok pourquoi pas

Je suis incorrigible XD Enfin bref avant de lire cette histoire je vous conseille de jeter un coup d'œil à "Nuages blancs" pour pouvoir mieux comprendre.

Quelques allusions sexuelles là-dedans. Et un couple robot/humain. Et ça se passe après la saison 3, alors dépêchez-vous de finir la série avant d'aller plus loin ;)

Bonne lecture !


La nuit était tombée sur Iacon.

Allongé sur sa couchette, le regard perdu dans la contemplation du plafond, Optimus Prime n'arrivait pas à recharger.

Le héros de Cybertron ne se sentait pas tranquille. Comment le pouvait-il ? Avec la capture de Mégatron, les Décepticons ne se calmaient pas, loin de là. Au contraire, les attaques sur les territoires Autobots n'avaient fait qu'augmenter, et plus d'une fois leurs ennemis avaient tenté de libérer leur chef de prison. Heureusement, aucune de ses tentatives n'avaient réussi. Mais la population était au bord de la panique, craignant le retour de la guerre.

Et pourtant, se disait Optimus, n'avait-elle pas déjà commencé ? En tant que celui qui avait vaincu Mégatron, il était autorisé à participer aux réunions – plutôt tendues en ces temps difficiles – du Haut Conseil, bien que sa présence ne plaisait pas énormément à Sentinel. Parce que les blessures graves d'Ultra Magnus le clouait, inconscient, dans un lit d'hôpital, c'était Sentinel qui était chargé de le remplacer et de présider le Conseil à sa place. Autant dire que les grands pouvoirs qu'induisait cette position n'était pas pour déplaire au mech arborant un énorme menton.

Si seulement il pouvait arrêter de lui lancer un regard noir à chaque fois qu'il prenait la parole. Enfin bon, son ancien "ami" n'abusait pas de son pouvoir, c'était déjà ça.

Optimus chassa ces pensées et porta une main à son front. Il était épuisé, mentalement et physiquement, alors pourquoi ne pouvait-il pas arrêter un instant de réfléchir pour prendre un repos bien mérité ?

Sa bouche prit un goût amer, et il sut pourquoi. Il savait ce qui le tourmentait.

Prowl. Prowl lui manquait. Il n'arrivait toujours pas à accepter le fait que le cyberninja – son ami – soit mort. Disparu. Éteint pour toujours. Même si son sacrifice avait permis de restaurer l'AllSpark, cela faisait mal, tellement mal… À chaque fois qu'il y repensait, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait failli, failli à son devoir de chef d'équipe. Le prix de l'échec avait été la disparition d'un être cher…

Désormais, les restes de Prowl reposaient dans le sol de la planète Bleue. Le robot noir et doré avait toujours été profondément attaché à la Terre, et que son corps y demeure permettait de lui rendre au moins un dernier hommage.

La Terre… C'est là que se trouvaient Sari et Bumblebee. Parce que même si Sari désirait plus que tout découvrir le monde de ses origines, son père était déjà bien vieux ; la techno-organique avait préféré rester avec lui, pour profiter ensemble du temps qu'ils leur restaient, fusse t-il court ou long. Quant au petit robot jaune, il avait réalisé qu'il n'était pas capable de se séparer de son amie, ni de dire au revoir à un monde qui était devenu cher à ses yeux. Il avait été autorisé à rester sur Terre, en tant que protecteur de la planète et du pont spatial qui s'y trouvait. Oui, Bumblebee avait été assez courageux pour se séparer, serait-ce temporairement, de son monde natal.

Pas Optimus. Sa gorge se serra. Sa place était ici, sur Cybertron. Il avait des responsabilités vis-à-vis de sa planète… Mais s'il avait pu continuer son séjour sur Terre, l'aurait-il fait ?

Une partie de son processeur lui hurla que oui, il aurait pu rester, bon sang il aurait dû, que les Décepticons et le Haut Conseil aillent se faire voir, il aurait dû rester à ses côtés !

- Yuma… laissa t-il échapper dans un murmure, et prononcer son nom laissa un goût à la fois doux et amer sur ses lèvres.

Qui aurait cru que le chef d'une équipe de maintenance tomberait pour une pianiste oubliée, et vice versa ? Celle qu'il avait découvert au beau milieu de la nature automnale était rapidement devenue une amie proche, à qui il rendait souvent visite dans la forêt. Combien de fois s'était-il assis à ses côtés, l'écoutant jouer et se laissant bercer par sa musique ! Les mélodies créées par les humains étaient bien différentes de celles de Cybertron, mais elles n'en étaient pas moins magnifiques.

Il lui avait souvent posé des questions sur la Terre, les coutumes de ses habitants, et elle avait satisfait sa curiosité. Quand les demandes devenaient plus personnelles, elle n'en tenait cure ; elle semblait même heureuse qu'il s'intéresse un peu à elle.

« Il y a quelque chose d'agréable à ne plus être invisible, » lui avait-elle dit un jour.

Il y avait certains jours où elle perdait sa jovialité et semblait sur le point de tomber en morceaux ; elle enroulait ses bras autour de son corps, comme pour le cacher aux yeux du monde, et devant l'inquiétude du Prime face à une telle attitude elle lui expliquait que son apparence – le fait qu'elle soit grosse – faisait souvent d'elle un objet de mépris et de moquerie de la part de ses semblables. Optimus était plutôt confus par ces confessions, puisque les Cybertroniens avaient un sens bien différent de l'esthétique, comparé aux humains. Il la rassurait, lui disait qu'il ne comprenait pas pourquoi on la traitait ainsi, et qu'il trouvait dommage que les humains agissent de cette manière, parce qu'elle était une personne sympathique et adorable — ce qui avait fait rougir Yuma.

« Merci pour ces paroles, Optimus Prime. »

Au cours de leurs conversations, il avait découvert qu'ils partageaient la même passion pour l'Histoire ; c'est du moins l'explication qu'il fournit ensuite à son équipe pour justifier ses nombreuses absences de la base, qu'il quittait à chaque fois avec différents Pads. Il évitait de partir trop longtemps, parce qu'en tant que protecteur de Detroit et chef de son équipe, il avait des devoirs auxquels il ne pouvait pas se substituer. Mais ses amis étaient compréhensifs, et le laissaient s'occuper de son temps libre comme il le souhaitait.

C'était un tableau amusant à voir : une humaine et un robot de plusieurs mètres agenouillés côte à côte, entourés de livres et de Pads éparpillés un peu partout, qu'ils parcouraient et dont ils discutaient le contenu ensemble. Chacun découvrait avec joie le passé et le fonctionnement du monde de l'autre, parlant avec plaisir de ses propres connaissances. Yuma était une partenaire d'études patiente et curieuse ; elle lui rappelait le jeune cadet qu'il avait été autrefois.

Et face à son honnêteté, sa compagnie agréable, ses doux sourires et sa musique apaisante, il s'était peu à peu ouvert à elle. Il avait découvert qu'il aimait lui parler : quand il se sentait inquiet ou frustré, elle lui offrait une oreille où il pouvait déverser ses paroles sans être jugé, et même ses silences étaient réconfortants. À son tour il lui avait dévoilé des fragments de son passé, ses incertitudes, parfois ses cauchemars. Il arrivait qu'il s'assoit en tailleur, l'hispanique installée sur l'un de ses genoux, et lorsque sa gorge se serrait à l'évocation de tel ou tel souvenir, elle passait doucement sa main sur le métal en une caresse réconfortante.

À quel moment cette amitié se transforma en affection, puis en amour, nul ne saurait le dire. Aussi étrange que cela puisse paraître, Optimus était tombé amoureux d'une humaine – et il ne le regrettait pas. Pourquoi le devrait-il ? Ce doux sentiment qu'il ressentait envers elle était inattendu… et bienvenu. Sentiment qu'elle ressentait de même, et qu'elle exprima avec joie, par sa présence, ses paroles et ses gestes d'affection (ses petits baisers étaient incroyablement tendres…).

Il se rappela des petits moments passés ensemble, et, malgré la fatigue, cela le fit sourire. Puis un autre souvenir remonta dans sa mémoire, évocation qui fit battre un peu plus vite l'énergon dans ses veines.

Un jour, alors qu'ils se battaient contre Swindle qui s'était échappé du Steelhaven, le marchand d'armes avait utilisé une technologie particulière : le déplacement de masse, qui permettait d'agrandir ou de diminuer la taille des objets et même des êtres vivants. Une fois le Décepticon vaincu, les Autobots avaient confisqué cette technologie. Mais en attendant le retour de la Garde d'Élite… Ils n'avaient pas pu s'empêcher de l'utiliser un peu. Beaucoup. Puisqu'elle était sans danger, Ratchet avait accepté qu'ils en fassent usage, sans toutefois exagérer. C'était grâce à cette technologie qu'Optimus avait pu, de temps à autre, rapetisser jusqu'à avoir la même taille que Yuma – et ainsi la serrer dans ses bras.

Mais ce n'était pas un souvenir de ces moments-là.

C'était une réminiscence de leurs nuits passées ensemble.

Nuits intimes, et dont il emporterait le secret dans la tombe.

Nuits douces passées à explorer et à découvrir le corps de l'autre, nuits où ils avaient franchi une frontière, nuits où le monde extérieur disparaissait et où le métal et la chair ne faisaient plus qu'un.

Atrocement gêné, Optimus poussa un grognement et se cacha le visage entre ses mains. Oh, il ne regrettait pas d'avoir fait une interface – "faire l'amour" comme disaient les humains – avec une organique qu'il aimait plus que tout, non, cela paraissait seulement déplacé d'y penser maintenant.

Mais se souvenir d'elle lui fit l'effet d'un coup de massue, parce qu'elle lui manquait, elle lui manquait atrocement. Ses dernières paroles résonnèrent dans son casque, celles qu'elle avait prononcées alors qu'il allait embarquer pour Cybertron, afin de traîner devant la justice un Mégatron vaincu.

« Il est temps pour toi de partir ; ton monde t'attend. »

Par ces mots elle lui avait fait entendre qu'elle comprenait, qu'elle ne le forçait pas à rester sur une planète où il n'avait plus rien à faire. Il lui avait promis de garder le contact, de revenir un jour.

Oui, mais quand ? Car des années pourraient s'écouler avant qu'il ne soit autorisé à retourner sur Terre. Peut-être que Yuma avait dû le pressentir, car elle avait souri tristement et déposé un dernier baiser atrocement doux sur ses lèvres, avant de fredonner une chanson tirée d'un vieux film datant d'il y a un demi-siècle :

Recuérdame hoy me tengo que ir mi amor

Recuérdame, no llores por favor

Te llevo en mi corazón y cerca me tendrás

A solas yo te cantaré soñando en regresar

recuerdame, aunque tenga que emigrar

Recuérdame, si mi guitarra oyes llorar

Ella con su triste canto te acompañará

Hasta que en mis brazos estés

Recuérdame

Et Optimus se surprit en train de murmurer cet air nostalgique venu de l'autre côté de la galaxie.

Recuérdame…

Souviens-toi de moi…

O*O*O*O*O*O*O*O

- Qu'est-ce que tu chantes, Yuma ?

La question tira l'hispanique de sa rêverie. Elle croisa le regard azur de Sari, rempli d'une étincelle curieuse. Un sourire nostalgique étira les lèvres de la femme.

- Hé bien… commença t-elle en posant le plateau où elle avait préparé le repas à côté du canapé, c'est une chanson d'un vieux dessin animé du début du siècle.

- Quelqu'un a dit dessins animés ? s'exclama Bumblebee, détournant la tête de l'écran où il jouait une partie de jeu de combat. Si vous voulez en regardez un, j'en suis !

- Si tu es d'accord ? ajouta Sari avec un regard implorant.

Yuma sourit et secoua la tête, amusée de leur comportement enfantin. Mais à quoi s'attendait-elle ? Quand les deux amis l'avaient invitée à passer une soirée avec eux, ce n'était certainement pas pour faire un débat sur la philosophie de Nietzsche ou une discussion animée sur l'émancipation des peuples natifs d'Amérique. De toute façon, à cause de ses maux de crâne chroniques – d'où est-ce qu'ils sortaient, elle n'en savait rien et aurait bien aimé s'en passer – elle n'avait pas la tête à ça en ce moment. Non, soirée à la Tour Sumdac rimait avec détente. Et il n'était pas question qu'elle manque une si belle occasion de rire un peu avec ceux qui lui étaient chers.

On ne pouvait pas en dire autant d'Andrea. Sa soeur n'était plus la même depuis la mort de Prowl ; le cyberninja avait été un ami très proche, peut-être le seul qu'elle ait jamais eu. Même si le comportement de la cadette était très apathique, elle avait des émotions, comme tout être humain ; elle ne les exprimait pas de la même manière, c'était tout. Elle se rendait tous les jours sur la tombe de Prowl, et ce simple fait prouvait qu'elle n'avait pas fait son deuil. Mais ce qu'elle faisait là-bas ne regardait pas Yuma ; elle préférait laisser sa soeur en paix pendant ces moments d'intimité.

Elle secoua la tête. Ce n'était pas le moment d'y penser.

- Bien sûr que je suis d'accord ! Il n'y a pas d'âge pour regarder les dessins animés. J'espère seulement que tu as Coco dans ta base de données.

Sari se mit immédiatement à chercher, tandis que Yuma disposait les différents plats sur la table ; à la demande de la jeune fille, elle avait préparé des quesadillas et du chili con carne – mais la cuisine n'était pas le fort de la plus âgée, et plus d'une fois elle avait dû demander de l'aide au robot cuisinier et à la techno-organique. Elle espérait que le résultat serait malgré tout satisfaisant.

- Trouvé ! s'exclama joyeusement Sari.

Yuma, prise de court par son cri brusque, sursauta, ce qui fit rire Bumblebee.

- C'est vraiment facile de t'effrayer, toi !

- Pas vrai ! rétorqua l'hispanique.

- Si ! répliqua Bumblebee.

- Non !

- Si !

- Hey, ça suffit les chamailleries, bande de gamins ! les réprimanda Sari, à moitié pliée de rire.

- Gamin ? Moi ?! s'écria Bumblebee, faussement outré, portant une main à son châssis. Ah, tu me blesses Sari !

- Quel drama queen, soupira l'adolescente, et Yuma se retint de glousser.

Finalement, les trois personnes s'installèrent sur le canapé, Sari au milieu, Bumblebee à sa gauche et Yuma à sa droite, et le film commença.

Du coin de l'oeil, le robot jaune vit que Sari s'était laissé aller contre l'épaule de Yuma, et cela le fit discrètement sourire. L'adolescente voyait les Autobots comme une famille, et au fil du temps, Yuma et Andrea étaient elles aussi devenues une partie de cette famille. Si Bumblebee était un peu comme le grand frère de Sari, Yuma, dans ce cas, était à l'image d'une tante. Elle avait eu les larmes aux yeux quand Sari lui avait confessé qu'elle la considérait ainsi, et la techno-organique l'avait serrée dans une étreinte affectueuse, à laquelle Bumblebee s'était joint – il n'allait pas manquer une occasion d'avoir un gros câlin !

Ici, les liens du sang n'avaient aucune valeur ; c'étaient les sparks et les coeurs qui prouvaient que l'on était attaché aux autres.

Dommage qu'un de ces attachements fasse aussi mal… Il se mordit la langue pour faire taire cette pensée. Ce n'était ni l'endroit, ni le moment. Pour l'heure il passait un soirée agréable avec sa famille ; la mélancolie n'avait pas sa place.

Alors qu'ils en étaient à la moitié du film, Sari remarqua :

- Yuma, ne mange pas tout ou il ne restera plus rien pour moi !

La plus âgée se rendit alors compte qu'elle avait englouti plus de la moitié des plats à elle seule, tant elle était affamée. Elle s'excusa profondément et laissa le reste à Sari. Tout de même, elle avait un sacré appétit depuis plusieurs semaines…

Lorsque les crédits de fin défilèrent, Sari avait les larmes aux yeux. Avant que Yuma n'ait plus lui demander ce qui n'allait pas, elle lui sauta au cou et nicha son visage contre son épaule, lui expliquant que c'était l'un des plus beaux films qu'elle ait jamais vu, et qu'elle la remerciait de le leur avoir proposé. Yuma ne put s'empêcher de sourire jusqu'aux oreilles, et passa sa main dans les cheveux roux de la fillette… puis grimaça.

Sari fut brutalement repoussée, et s'apprêtait à rouspéter devant le geste incongru de l'adulte, mais Yuma ne lui en laissa pas le temps : elle se leva soudainement, fit un pas, se plia en deux et vomit sur le sol.

- C'est dégueu c'est dégueu c'est dégueu ! hurla Bumblebee, faisant un bond en arrière.

- Bee, ça arrive à tout le monde d'être malade ! le réprimanda Sari.

Elle se saisit d'un sopalin et commença à nettoyer, malgré les faibles protestations de Yuma. Sari la fit taire d'un regard, et lui ordonna de s'asseoir et de se reposer. Après un instant, Bumblebee se pencha vers elle ; un rayon rouge jaillit de son poignet et parcourut le corps de l'hispanique.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je regarde si tu as choppé un virus ou… Euh, fit-il en s'interrompant. Tu as un truc dans le ventre.

- Pourrais-tu être plus pré…

Le robot posa doucement un doigt sur son bas-ventre, et elle écarquilla les yeux.

- Sari, tu te souviens que tu m'avais forcé à participer aux cours sur la reproduction entre les humains ?

La rouquine ne put s'empêcher de ricaner.

- Oh oui, tu faisais une de ces têtes ! Pourquoi tu demandes…

La fin de la phrase mourut dans sa gorge lorsqu'elle tourna la tête et vit son ami pointant du doigt le ventre un peu plus rond que d'habitude de l'adulte. Elle cligna des yeux, une fois, deux fois.

- YUMA EST ENCEINTE ?!

La femme en question était bouche bée, clairement abasourdie, et grimaça face au hurlement strident de l'adolescente. Sari se précipita à ses côtés.

- Où quand comment ? Avec qui ?!

- Mais… mais je ne sais pas ! J'ai uniquement eu des rapports avec… avec…

- Avec qui ? demandèrent les deux amis de concert.

- Avec… Optimus…

Elle avait chuchoté si bas le dernier mot que Sari crut qu'elle l'avait imaginé. Bumblebee, lui, fixait Yuma avec des yeux de merlan frit.

- Tu. As fait. Une interface. Avec le boss ?

Elle se racla la gorge, extrêmement gênée, et se retint de préciser qu'elle en avait même fait plusieurs… Oh doux Jésus mais pourquoi devait-elle penser à ça ?

- Ratchet me doit cinquante dollars, murmura Sari, un grand sourire sur ses lèvres.

- Que – vous aviez parié sur Optimus et moi ?! s'exclama Yuma, à moitié outrée.

- Ben oui ! Doc m'avait expliqué qu'il y avait quelques, euh, "points communs" entre les Cybertroniens et les humains, et ça se voyait à des kilomètres qu'Optimus et toi étiez amoureux, alors…

- Sari, je ne veux pas en entendre davantage, gémit Yuma en enfonçant son visage entre ses mains

- Ho, c'est pas le plus important, là ! s'exclama Bumblebee, attirant l'attention des deux femmes. Un truc pareil n'est pas sensé se passer ! On n'est pas fait pour faire ce… ce genre de choses !

- Parce que vous naissez de l'AllSpark, nota Sari. Vous, les gars, n'avez pas de famille au sens biologique du terme. Vous n'êtes pas fertiles.

- Sauf que là on a le contraire sous nos yeux. En plus, que ça arrive entre deux Cybertroniens, d'accord, je veux bien, mais entre un Cybertronien et un humain ?!

- Ça chamboule toutes les lois de la biologie, ça oui. Vous n'avez vraiment pas l'équivalent d'un "bébé" sur Cybertron ?

- Euh… On a l'appellation "étincelant", mais c'est souvent péjoratif, ça désigne plutôt quelqu'un de jeune et d'inexpérimenté…

- Est-ce que je peux le garder ?

La demande tira les deux amis de leur conversation. Ils en avaient oublié jusqu'à la présence de l'adulte tant ils étaient confus, et, tournant leur regard vers elle, ils virent qu'elle caressait doucement son ventre, une petite lueur dans ses yeux – quelque chose comme un faible espoir, qu'elle semblait hésitante de croire pleinement.

- Est-ce que je peux le garder ? répéta t-elle en levant le visage vers eux, d'une voix légèrement tremblante, comme une enfant qui attendait fébrilement qu'on lui donne la permission pour faire quelque chose.

Les lèvres de Sari formèrent un petit "oh" de compréhension. Elle se souvint des conversations que Yuma avait eu quelquefois avec son père, celles qui étaient bien ennuyeuses et souvent assez déprimantes, puisqu'ils parlaient de leurs problèmes d'adultes, et de la nostalgie d'une vie écoulée. Sari évitait de s'attarder trop longtemps, préférant les laisser à leurs discussions de grandes personnes, mais parfois elle saisissait quelques paroles. Une fois, alors qu'ils la croyaient partie, ils avaient parlé d'elle, et elle avait rougi jusqu'aux oreilles en entendant son père se déverser en compliments à propos de sa fille. Yuma avait acquiescé, précisant en effet que c'était une incroyable petite.

« Et vous, Yuma, vous n'avez jamais pensé à avoir des enfants ? » avait ensuite demandé le professeur Sumdac.

Un sourire triste avait étiré les lèvres de l'hispanique.

« Oh, j'aurais bien aimé, Isaac. Mais m'avez-vous seulement regardé ? Aucun homme – ni femme d'ailleurs – ne m'a trouvé attirante, personne me n'a jamais proposé qu'on sorte ensemble, à cause de mon apparence. Oh, je n'aurais pas refusé de fonder une famille, même si élever des enfants est très difficile, je le sais. Mais je ne suis pas assez "jolie", apparemment. J'ai pensé à l'adoption, à aller dans une banque de sperme, mais j'étais fertile et il y avait des femmes plus malchanceuses que moi qui étaient prioritaires. Je me suis débattue quelque temps, puis j'ai abandonné. C'est désormais un rêve que je me permets d'avoir de temps en temps, mais il ne se réalisera pas. J'ai bientôt quarante ans ; c'est presque trop tard pour moi. Tôt ou tard je ne serai plus capable d'avoir des enfants. C'est comme ça, on n'y peut rien. »

Sari avait été frappée par le pessimisme qui teintait la voix de Yuma, devenue distante et vide de chaleur. C'était tellement différent de son ton d'habitude si doux et jovial. Isaac s'était raclé la gorge, mal à l'aise.

« Et, hum, avez-vous trouvé quelqu'un, au moins ? »

« Oui, » et Sari put entendre le sourire rayonnant dans sa voix. « Il m'offre de nombreuses choses qui ont été, pendant longtemps, hors d'atteinte pour moi. Tant pis si nous ne pouvons pas avoir de progéniture ensemble ; ce qu'il donne me suffit, et je n'ai jamais été aussi heureuse. »

« Optimus a lui aussi l'air d'être heureux avec vous. »

Et c'est ainsi que Sari avait appris qu'Optimus et Yuma étaient ensemble. Avec un sourire jusqu'aux oreilles, elle s'était précipitée à la base pour rapporter la nouvelle. Pendant des heures Bumblebee ennuya Prime avec de nombreuses questions, et finalement il abandonna et avoua que oui, lui et Yuma étaient en couple, voilà il était satisfait ? Le robot jaune et la techno-organique avaient sauté de joie, Bulkhead lui avait dit qu'il était content pour eux et Prowl et Ratchet avaient simplement souri.

Comment réagiraient-ils maintenant, face à la conséquence de cette relation ?

Sari poussa un soupir et prit une des mains de Yuma entre les siennes, les serrant doucement en signe de réconfort.

- Je ne sais pas, Yuma, je ne suis pas gynéco ni experte en médecine cybertronienne… Mais peut-être que quelqu'un peut nous aider.

- Oh doux Primus, soupira Bumblebee, devinant aisément à qui son amie faisait référence.

O*O*O*O*O*O*O*O

- OPTIMUS A QUOI ?!

Même si Bumblebee s'attendait à cette réaction, il ne put s'empêcher de grimacer tant Ratchet avait crié haut et fort. À voir sa tête, dire que le vieux médecin était choqué était un euphémisme.

- Je croyais qu'avoir un bras à moitié rouillé ne t'empêchait pas d'entendre, Ratchet.

Le regard noir qu'il lui lança le fit taire. Heureusement qu'un pont spatial les séparait ou le docteur lui aurait sûrement mis une baffe sur la nuque.

Ratchet reporta son attention sur Sari.

- Et vous êtes sûrs que c'est bien Optimus qui a enclenché le processus de reproduction ?

- Tu voudrais que ce soit quoi d'autre ? L'AllSpark ? Désolé Ratchet, mais Yuma nous a confirmé qu'elle a eu ces, hum, "interfaces" uniquement avec Optimus. Et tu sais qu'elle ne sait pas mentir, alors on aurait remarqué si c'était le cas.

Le docteur resta silencieux pendant un instant, puis poussa un long soupir et passa une main sur son visage.

- Est-ce que vous vous rendez seulement compte, dit-il en appuyant chaque mot, de l'ampleur de cette nouvelle ?

Sari porta une main à son menton, pensive, et Bumblebee pinça les lèvres.

- C'est sûr que ça va être une première dans l'histoire de Cybertron…

- Bumblebee, ce n'est pas la première fois que ça arrive.

Les deux amis lui lancèrent un regard incrédule.

- Excuse-moi ?

- Mais je croyais…

Ratchet les fit taire d'un geste.

- Ce n'est jamais arrivé entre un Autobot et un humain, ça je vous l'accorde. Mais il existe des rapports médicaux – quoiqu'extrêmement anciens – de Cybertroniens qui ont en effet créé un spark après une interface. Or, ce n'est plus arrivé depuis des centaines de millions d'années ; à vrai dire les médecins s'accordent aujourd'hui pour dire que notre espèce est devenue stérile au profit d'une source de vie plus fiable, c'est-à-dire l'AllSpark.

- Mais Yuma porte l'enfant d'Optimus… objecta Sari dans un murmure.

- J'avais compris, et c'est pour ça que j'ai du mal à y croire. D'après ces vieux rapports, les couples en question donnaient vie à un spark, que l'un des deux robots portait jusqu'à maturité, et le spark était ensuite placé dans un protoforme. Un spark est tout sauf organique, alors je doute que Yuma puisse en avoir un dans son ventre… Peut-être que les transfluides d'Optimus ont activé quelque chose dans son métabolisme ?

Sari grimaça et fit un geste peu ragoûtant.

- Je me serais passée de cette hypothèse, merci.

- Dis, Doc, tu ne pourrais pas simplement venir sur Terre et examiner Yuma ?

Ratchet plissa les optiques, clairement froissé.

- Gamin, est-ce que tu aurais oublié que nos soucis avec les Décepticons sont loins d'être finis ? Ce n'est pas parce que Mégatron a été capturé que les machines de guerre vont se calmer. Omega, et donc moi par conséquent, doit rester sur Cybertron pour protéger la planète en cas d'attaque. Alors non, je ne peux pas me permettre de m'absenter… même s'il s'agit d'aider une amie, ajouta t-il avec un soupir.

Il y eut un silence un peu inconfortable. Puis Bumblebee se rappela qu'Arcee était elle aussi la gardienne d'Omega Supreme, et qu'elle pourrait parfaitement s'occuper du géant si Ratchet venait à s'absenter. Mais il se souvint ensuite que la fembot avait été inactive pendant quatre millions d'années, et, surtout, que son processeur avait été manipulé sans aucun remord par Shockwave. Non, il ne pouvait pas lui demander une telle chose, pas après tout ce qu'elle avait traversé.

Apparemment Primus s'était penché sur ses pensées, car une quatrième voix s'éleva :

- Je pense que tu peux te le permettre, Ratchet.

Le médecin fit volte-face. Arcee se tenait debout à l'entrée du pont, les bras croisés et ses optiques fixant doucement son interlocuteur.

- Depuis quand es-tu là ? demanda Ratchet, sa voix dure, qui se déplaça pour masquer l'écran de Teletran-1, bien que ce dernier fût beaucoup plus grand que lui.

- Je n'ai pas bougé d'Oméga depuis ce matin, Ratchet. La prochaine fois que tu comptes passer un appel, pense à désactiver les hauts-parleurs.

Le vieux robot ouvrit puis referma la bouche, à court de mots. De l'autre côté de l'écran, Sari se mit une claque sur le front. Mais la fembot leur lança un sourire rassurant.

- Je ne dirai rien là-dessus, ne vous inquiétez pas. Mais je pense que tu devrais aller les rejoindre. Ce dont nous parlons à l'instant est tout simplement un miracle ; il vaudrait mieux que quelqu'un surveille le développement de cet enfant pour que cet événement ne se transforme pas en tragédie. Mais… as-tu des connaissances sur le métabolisme humain, au moins ?

Ratchet poussa un grognement irrité.

- Je ne suis pas un imbécile arrogant comme Sentinel. Je suis médecin avant tout, et même si j'étais sur une planète inconnue, ce n'était pas une excuse pour ne pas en apprendre plus sur la médecine humaine, quand bien même leurs corps mous sont radicalement différents des nôtres. Qui sait, peut-être que j'allais devoir m'occuper de quelqu'un.

Il préféra ne pas l'avouer, mais ce "quelqu'un" était Sari. Il était devenu très proche de l'enfant, et voulait être paré à toute éventualité s'il venait à lui arriver quelque chose.

Et voilà qu'une autre personne allait avoir besoin de son aide…

- Est-ce qu'Optimus est au courant ? demanda Arcee, le tirant de ses pensées.

Bumblebee et Sari secouèrent la tête, puis expliquèrent que Yuma craignait qu'il réagisse mal. Ratchet ne put s'empêcher de lever les optiques au ciel.

- Ce grand sentimental aime la demoiselle plus que tout. Bien sûr qu'une telle nouvelle va l'ébranler, mais il ne va jamais s'emporter envers Yuma. Tel que je le connais, il va sûrement se blâmer pour l'avoir mise enceinte.

- Il ne faut pas, répliqua doucement Sari. Yuma n'a jamais été aussi heureuse.

- Alors il faut qu'elle le lui dise, grogna Ratchet. Et vite. Avant que les choses ne deviennent encore plus compliquées qu'elles ne le sont déjà sur Cybertron.

Il ne croyait pas si bien dire.

O*O*O*O*O*O*O*O

Le lendemain

- Comment ça on ne peut pas exécuter Mégatron ?!

Optimus résista au besoin de se pincer l'arête du nez. Nul doute que tout robot avait des défauts, mais la stupidité de Sentinel devenait parfois extrêmement insupportable.

Cliffjumper devait partager la même opinion, car on le vit prendre une inspiration et serrer son Pad avec plus de vigueur.

- Ce que je veux dire, Sentinel Magnus, c'est que non seulement nous ne pouvons pas mettre le chef des Décepticons à mort sans déclencher un conflit interplanétaire avec ses fidèles, mais nous risquons aussi de nous mettre le Conseil Galactique à dos.

- Et en quoi un rassemblement d'organiques insignifiants devrait nous poser problème ? cracha le robot bleu.

- Ils sont tout sauf "insignifiants", Sentinel Magnus, répliqua sèchement Botanica. La voix de la fembot avait de quoi faire taire n'importe quel robot, y compris leur chef temporaire. Si vous aviez prêté un peu d'attention aux précédentes réunions, vous sauriez que le Conseil Galactique est l'une des plus puissantes coalitions qui existent. Coalition qui garde un très mauvais souvenir de l'expansion de notre territoire sur différentes planètes, quand bien même cet âge se déroula il y a plusieurs millions d'années. Ce n'est qu'après moult négociations et traités de paix que nous avons pu établir des relations tolérables. Relations qui se sont dégradées avec notre conflit contre les Décepticons ; notre guerre civile a touché de nombreuses planètes qui faisaient partie du Conseil. Ses membres craignent que l'exécution de Mégatron n'embrase une nouvelle guerre, dont ils risquent de subir encore une fois les conséquences.

- Sans oublier, ajouta Cliffjumper, que, jusqu'à récemment, ils étaient plutôt sympathiques vis-à-vis des Décepticons. En effet, leur devise était qu'ils souhaitaient seulement retourner sur Cybertron, et laisser les planètes organiques en paix. Mais ce point de vue n'a plus cours de nos jours, étant donné que Mégatron a tenté de détruire la planète Terre… Au final, ils considèrent qu'il n'y a pas un Cybertronien pour en rattraper l'autre.

- Alors que faisons-nous ? soupira Sentinel, ne cachant pas son irritation. On laisse Mégatron pourrir dans sa cellule ?

Il était facile de deviner, à son intonation, que cette idée ne lui déplaisait pas. Mais la voix d'Alpha Trion le coupa net dans cet élan de pensée :

- La justice de Cybertron n'est pas, et ne sera jamais arbitraire, même pour un Décepticon. Mégatron doit avoir un procès équitable. De plus, le Conseil Galactique a exprimé le souhait d'envoyer une délégation si un tel procès devait avoir lieu – une manière de montrer qu'ils veulent en effet que nous agissions de cette manière. De plus, amener Mégatron devant un tribunal pourrait d'une manière rassurer la population, prouver que nous avons la situation bien en main.

- Si ce psychopathe sort de sa prison, ses fidèles en profiteront pour le récupérer ! s'exclama Sentinel.

Et il n'avait pas tort.

- Pourquoi ne pas mettre un tribunal en place au sein même de Trypticon ? proposa alors Optimus, prenant pour la première fois la parole. Après tout, la prison est une ancienne forteresse ; elle sera facile à défendre en cas d'attaque, et nous n'aurons pas à déplacer Mégatron.

Il vit les différents membres du Haut Conseil réfléchir à sa proposition, tandis que Sentinel fronça les sourcils vers sa direction, comme à chaque fois qu'il exposait son avis. C'en devenait lassant…

Finalement, l'idée d'Optimus fut admise. Restait maintenant à préparer le procès, et à contacter le Conseil Galactique pour qu'il envoie une ambassade…

Puisque toute affaire judiciaire était du ressort du juge en chef Tyrest et de son tribunal, le rôle d'Optimus dans ce débat était terminé. Avec un soupir fatigué (ce genre de réunion était éreintant), il quitta la Chambre du Haut Conseil… et fut surpris de tomber sur Ratchet. Après s'être salués, le vieux médecin invita le plus jeune à le suivre. Cela attisa la curiosité d'Optimus, mais il jugea préférable de se taire pour l'instant. Il n'avait pas le droit de dire quoi que ce soit à propos des réunions du Conseil, et comme il n'avait pas de sujet de conversation en tête, le trajet se fit en silence.

Enfin, ils arrivèrent au hangar où se trouvait Oméga Supreme.

- Y a t-il un problème, Ratchet ? demanda Optimus, de plus en plus intrigué — et quelque peu inquiet.

- Non, Optimus, ne t'en fais pas pour ça. As-tu eu des nouvelles de Bumblebee ou de Yuma dernièrement ?

Il vit le Prime baisser la tête.

- J'ai reçu un rapport du premier… Et Yuma m'a envoyé un message il y a plusieurs jours.

Ratchet ne put ignorer le regard triste de son ami.

- Elle te manque beaucoup.

Optimus se contenta d'hocher la tête, évitant de croiser les optiques du médecin. Ce dernier lui saisit le bras.

- Allez, arrête de te morfondre et viens. Il y a quelqu'un qui désire ardemment te voir.

Le sourire du robot rouge et bleu, lorsqu'il vit le visage de l'humaine qu'il aimait affiché à l'écran, aurait pu illuminer le pont tant il était rayonnant.

- Je suis tellement heureux de te revoir, Yuma ! s'exclama t-il, ne cachant pas à quel point il était ravi.

- Moi aussi, mi corazon, répondit l'hispanique avec un sourire tout aussi éclatant. Cela fait plaisir de t'entendre.

- J'aurais voulu t'appeler plus tôt…

- Mais tu étais débordé. Je le sais et je ne le juge pas.

Le ton doux de son amante le rassura, mais il remarqua ensuite les cernes sous ses yeux, et son teint plus foncé que d'habitude.

- Est-ce que ça va, sweetspark ?

Il vit Yuma pousser un soupir, puis baisser la tête pour poser son front contre ses mains entrelacées, comme si elle priait. Lorsqu'elle releva les yeux, elle tremblait légèrement. Elle inspira profondément avant de lâcher :

- Je ne peux pas te le cacher plus longtemps, il faut que tu saches.

- Que je sache quoi ? demanda t-il, inquiet.

- Je suis enceinte. Je porte ton – notre – enfant.

Il y eut un lourd silence. Yuma n'avait pas desserré ses mains, et fixait nerveusement celui qu'elle aimait.

- …Pardon ? parvint-il finalement à articuler.

Ratchet leva les optiques au ciel.

- C'est si difficile à comprendre ? Vous avez fait une interface, et aussi improbable que cela puisse paraître, Yuma est tombée enceinte. Elle a un être vivant miniature dans le ventre, qu'elle et toi avaient créé ensemble.

- Mais… mais les Cybertroniens sont…

- Stériles ? Peut-être, mais ce n'est pas le cas pour vous deux. Et avant que tu ne le demandes, non, je ne sais pas comment c'est possible.

Optimus fixa le médecin, les optiques écarquillées. Puis il fixa Yuma, qui était en train de se mordre la lèvre. Puis il fixa le tableau de bord, contre lequel il s'était appuyé. Puis il fixa ses mains, qu'il approcha de son visage, comme si elles contenaient quelque chose d'incroyable.

- Tu… Nous… Toi et moi… avons créé… une vie…?

Ce n'était pas possible. C'était irréalisable. C'était illogique, inattendu, déroutant, ébranlant…

C'était un miracle.

- C'est notre enfant, Yuma ? Notre enfant à tous les deux ?

Sa voix avait tressailli, sa boîte vocale avait du mal à contenir son incrédulité et sa joie. Il vit toute trace de nervosité disparaître du visage de Yuma. À la place, son regard devint pétillant, montrant qu'elle partageait les mêmes sentiments, et elle hocha la tête.

- Nous allons être parents, Optimus.

Il ignorait tout de la parenté, il ignorait comment élever un enfant, tout un champ de données inconnues se présentaient à lui et ce fut effrayant et fascinant à la fois, il voulait y plonger tête la première, il voulait serrer Yuma dans ses bras et…

Un détail lui revint en mémoire.

Il était toujours sur Cybertron.

Ni Ratchet, ni Yuma ne put ne pas voir le visage d'Optimus perdre toute trace d'enthousiasme et ses épaules s'affaisser.

- Je ne sais pas… je ne sais pas si je suis autorisé à retourner sur Terre avant que le procès de Mégatron ait lieu. Il faut que je demande à Sentinel, mais s'il apprend ce qui se passe entre nous deux il sera furieux.

Maudit xénophobe, pensa Yuma avec amertume. L'idiotie ne connaissait-elle donc pas de frontières ? Pourquoi trouvait-on partout des personnes étroites d'esprit qui la forçaient à attendre, qui lui refusaient de partager son bonheur avec celui qu'elle aimait ?

Cependant, Optimus n'avait pas tort ; qui sait comment ses semblables réagiraient à une telle nouvelle ? C'était pour cette même raison que Yuma avait décidé de cacher sa grossesse : elle n'avait aucune envie d'être une bête de foire, un cobaye ou un animal à chasser, seulement parce que le fait qu'elle attende un enfant était inimaginable.

Elle ne souhaitait qu'une seule chose, la présence d'Optimus à ses côtés. Mais on ne pouvait pas quitter brusquement sa planète sans explication.

C'est alors qu'une idée germa dans son esprit. Elle était peu légale et pouvait apporter des ennuis si la vérité venait à éclater au grand jour, mais cela fournirait à Optimus l'excuse pour partir.

Ce dernier remarqua la lueur déterminée qui embrasa les yeux de Yuma. Oh doux Primus, nul doute qu'elle avait quelque chose en tête, et que cela pouvait tout aussi bien être un éclair de génie que de stupidité.

- Je sens qu'il y a quelque chose qui te brûle la langue.

- Oui, mais je ne sais pas si tu vas aimer.

Et elle leur exposa son plan, qui fit écarquiller les optiques d'Optimus, tandis que Ratchet dût se retenir de rire.

Il n'y avait pas de doute, la demoiselle avait des tripes.

O*O*O*O*O*O*O*O

Lorsque le rapport de l'éclaireur posté sur Terre – Bumblebee, une vraie plaie – arriva entre les mains de Sentinel, le robot le lut en diagonale. Après tout, il considérait que tout ce qui était en rapport avec cette planète organique était une corvée qui ne méritait qu'une fraction de son attention. Ce n'est que lorsqu'il lut le mot "Décepticon" qu'il s'arrêta de prendre ce rapport à la légère, et le relut avec plus d'attention.

Apparemment il restait des Décepticons sur Terre, ce qui lui fit serrer les dents. Il croyait pourtant avoir capturé tous ceux qui pourrissaient sur cette planète ! Ce maudit Lockdown avait dû omettre de préciser combien de ces saletés il restait là-bas, ou alors cet imbécile d'Optimus n'avait pas été assez vigilant. Quoi qu'il en soit, l'une de ces machines de guerre avait attaqué la porte stellaire, et n'avait pu être chassée qu'après une défense acharné de la part de Bumblebee et de la techno-organique. L'éclaireur était lourdement blessé, et avait demandé à ce que l'on autorise le médecin Ratchet à venir sur Terre pour le soigner. Il avouait qu'il ne suffisait pas pour protéger la porte à lui tout seul, et demandait également à ce que son ancienne équipe revienne sur Terre pour l'aider.

Quel incapable, pensa Sentinel, furieux de l'incompétence du robot jaune mais aussi déçu de ne pas avoir pu assister à la scène. Voir l'insecte se prendre une raclée aurait été bien amusant !

Cependant, l'éclaireur n'avait pas tort. S'il n'était pas assez fort pour garder la porte, cela présentait un énorme point faible pour Cybertron, et ça, alors qu'une nouvelle guerre menaçait d'éclater, il n'en était pas question. Pas tant qu'il était Magnus.

Il pouvait envoyer le médecin. Ce n'était pas un problème, Cybertron ne manquait de docteurs, et Arcee pouvait très bien contrôler Omega Supreme si jamais il le fallait. Mais il ne pouvait pas se séparer de l'ingénieur — Bulkhead. Ce grand idiot était un véritable génie sur tout ce qui touchait aux ponts spaciaux ; il s'occupait des principales portes sur Cybertron et veillait à leur maintenance et fonctionnement. Non, c'était un atout dont il ne pouvait pas se séparer, pas pour l'instant du moins.

Quant à Optimus… Sentinel serra les dents. Il supportait de moins en moins sa présence, et il est vrai que le renvoyer sur Terre serait un soulagement et lui offrirait un peu de tranquillité. D'un autre côté, il se demandait s'il ne valait pas mieux qu'il reste sur Cybertron pour qu'il puisse garder un œil sur lui… De toute manière Optimus ne pourrait pas partir avant que le procès de Mégatron ne soit terminé. D'abord parce que Tyrest aurait besoin de son témoignage, ensuite – et cela le fit grimacer – parce que le Conseil Galactique semblait vouloir faire plus ample connaissance avec le robot qui avait protégé une planète organique, en dépit des "préjugés" typiques de son espèce.

Il secoua la tête pour chasser ses pensées. Que ces vermines pensent ce qu'elles souhaitent. Restait à choisir quelqu'un pour accompagner le médecin, prêt à prêter main-forte pour protéger le pont spatial.

Sa décision fut prise après une courte réflexion, et il commença à écrire sa réponse.

O*O*O*O*O*O*O*O

Il allait tuer Sentinel.

Qu'Optimus ne puisse rejoindre Yuma qu'après le procès de Mégatron (et il doutait que cela prenne du temps), d'accord, il comprenait, mais envoyer Jazz avec lui ?! Ratchet était abasourdi par la stupidité du Magnus temporaire.

Oh, il pouvait faire confiance à Jazz, ce n'était pas un problème. Il ne risquait pas de hurler le secret de Yuma sur tous les toits. Non, c'était parce que retourner sur Terre allait rouvrir ses plaies. Sentinel aurait-il oublié que Prowl était mort sur cette planète ? Peut-être que le mech avait été trop aveugle pour remarquer qu'un lien profond s'était formé entre les deux cyberninjas. Ils avaient été comme deux frères. Et Jazz… Jazz n'avait pas fait son deuil, cela se voyait. Revenir à Detroit le ferait sûrement souffrir.

Pourtant, lorsqu'il en informa le robot blanc, celui-ci sembla bien accueillir la nouvelle.

- Je suis pas à l'aise, sur Cybertron, mec. Aller sur Terre… près de lui… je préfère ça.

Ratchet ne répliqua rien, mais posa une main réconfortante sur l'épaule du plus jeune. Ils s'échangèrent un sourire triste, puis commencèrent à préparer leurs affaires.

Le médecin soupira intérieurement. Le plan de Yuma – faire croire que la tour Sumdac avait été attaquée – avait été brillant de simplicité, mais n'était pas un franc succès. Au moins Sentinel avait promis qu'Optimus les rejoindrait sitôt que le jugement aurait été prononcé. Ce dernier, ainsi que la demoiselle, avaient eu l'air très déçus en apprenant la nouvelle, mais ils n'avaient pas exprimé leur frustration et avaient accepté d'attendre encore un peu, bien que cela ne leur plaisait guère.

Chose étrange, lorsque Bumblebee avait appris qu'Optimus assisterait au procès de Mégatron et ses généraux, il lui avait demandé s'il pouvait transmettre un message à Blitzwing. Ratchet avait trouvé cela bizarre, mais ni lui ni Optimus ne posèrent de questions — le gamin devait avoir une bonne raison.

Et à présent Ratchet et Jazz se tenaient devant le principal pont spatial de Cybertron. Bulkhead leur demanda de passer le bonjour à ses amis sur Terre de sa part, puis activa la machine.

Les deux robots s'avancèrent dans la sphère bleue, et l'instant suivant ils avaient quitté la planète.

Ce fut la pluie qui les accueillit.

L'eau tombait à grosses gouttes, elle s'écrasait sur leurs têtes avant de rouler sur le métal. Ratchet vit Jazz lever le visage vers le ciel, laissant la pluie s'écouler sur son visage – et il crut voir une ombre de sourire sur ses lèvres, comme si le cyberninja retrouvait une vieille amie. Puis Sari et Yuma s'avancèrent vers eux, les invitant à rentrer pour se mettre à l'abri.

Mais Ratchet n'aurait pas refusé de rester encore un peu dehors, à sentir l'orage. La pluie s'incrustait dans la moindre faille pour laver chaque recoin de son corps, comme une douche géante, et cela faisait du bien.

La Terre lui avait manqué. Il s'en rendait compte maintenant. Et il comprenait pourquoi Optimus était si impatient d'y revenir.

Patience, petit, pensa le vieux médecin alors qu'il rentrait à l'intérieur. Bientôt tu rentreras chez toi.

Pendant un long moment encore, la pluie tomba du ciel pour abreuver la terre.


Je ne sais pas si je vais continuer, mais je vais laisser ça là pour l'instant parce que ça fait déjà beaucoup x) En tout cas dites-moi ce que vous en avez pensé, et si en voir plus vous intéresse, ça me ferait très plaisir :)

À bientôt,

Cao