Un grand merci aux personnes qui prennent le temps de me lire

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Bonne lecture !

Le regard terrifié de la jeune fille à qui j'avais confié mon bien le plus précieux ne cessait de me hanter. Jusqu'à maintenant, captive de ce monde cruel créé par Sean Mendes, obnubilée par ma survie, j'avais oublié qu'avant d'être retenue par les Sans-Factions et de devenir une des leurs, j'étais une adolescente coquette et qui souhaitait plaire même si je faisais face à de nombreux complexes. A quoi est-ce que je ressemblais maintenant ? Je regardais les hommes assis avec moi dans le pick-up. Ils étaient musclés mais maigres, les visages étaient marqués par la lutte continue que nous imposait le système implacable de l'homme sadique qui avait droit de vie ou de mort sur nous. Est-ce que c'est à ça que je ressemble désormais ?

« On arrive », s'écria Mark, un homme à la stature imposante et qui était un fidèle parmi les fidèles de Mendes.

Je pris une profonde inspiration en voyant la silhouette inquiétant de l'ancienne mine se dessiner dans la quasi-obscurité. Bientôt je serai loin d'ici. Je devais garder espoir, j'étais proche du but.

Mendes nous attendait au milieu de la cour, encadré de plusieurs hommes lourdement armés. Un sentiment de peur m'envahit soudainement. Et s'il avait eu vent de ma rencontre avec la jeune Fraternelle ? Pire, s'il il l'avait organisée afin de me tester ? L'homme était suffisamment machiavélique et paranoïaque pour échafauder un plan aussi tordu.

J'essayais de garder un visage froid et impassible tandis que Mendes parlait avec Mark pendant que nous déchargions le grain volé à l'entrepôt quelques heures plus tôt. Du coin de l'œil, j'observais les deux hommes qui ne cessaient de jeter des regards dans ma direction.

Finalement, Sean marcha jusqu'à moi, Mark sur ses talons, « Il semblerait que je puisse te faire confiance, tu avais l'occasion de t'enfuir, Mark t'a laissée seule dans une zone que tu connais pourtant, tu n'en as rien fait », son regard perçant pouvait lire en vous comme dans un livre ouvert et c'était l'une des qualités qui faisaient de ces hommes des leaders hors paires : Ils sentaient le mensonge et la trahison à des kilomètres, pourtant, il semblait toujours ignorer mes intentions profondes, « je suis fière de toi, tu es un membre à part entière de mon armée maintenant», je ne disais rien, trop heureuse de passer une nouvelle fois entre les mailles du filet.

A l'horizon, les rayons du soleil commençaient à transpercer l'obscurité, annonçant ainsi le début d'une nouvelle et monotone journée dans ce trou. Mais aujourd'hui, contrairement aux autres jours, j'avais agi, j'avais renoué le contact avec mon monde, avec les miens, j'étais proche de la fin de cet épisode maudit

« Je te laisse quelques heures pour te reposer et ensuite je te veux en salle de tir », je sursautais en entendant la voix de Mark.

« En salle de tir ? », ce n'était pas le lieu qui me surprenait mais le fait que Mark semblait s'être auto-désigné comme mon supérieur.

« Mendes dit que tu peux nous servir de snipper », mes yeux s'écarquillèrent. Moi, snipper.

C'était à la fois un honneur et une preuve de confiance de la part de Mendes mais cela compliquait grandement mes plans puisque, par définition, le snipper se trouvait toujours à bonne distance des combats.

« On sait quand sera notre prochaine mission ? », lançais-je à Mark qui se dirigeait vers l'entrée de l'ancienne mine délabrée.

« Tu es bien pressée de combattre, petit oiseau », il avait articulé le surnom donné par Mendes avec mépris. Mark me détestait sûrement parce que j'étais la fille de l'homme qui les traquait sans relâche depuis de nombreuses années et aussi parce que le leader des Sans-Factions ne se méfiait pas assez de moi.

J'avais quelques heures devant moi et il fallait absolument que je mange quelque chose avant de reprendre l'entraînement. J'avais encore du mal à me repérer à l'intérieur de la mine et pour cause, je n'avais le droit de m'y promener librement que depuis quelques jours. J'étais étonnée du nombre d'hommes mais aussi de femmes qui s'activaient comme des abeilles au sein de cette sinistre ruche. Le plus surprenant dans le système de Mendes était le manque total de cohésion entre les membres de son armée contrastant ainsi avec le dévouement sans limites de la plupart des soldats à l'égard de la cause impossible défendue par son Leader.

Il ne fallait pas être un expert en armement pour se rendre compte que les Sans-Factions avaient une bonne dizaine d'années de retard sur les Audacieux mais contrairement à ces derniers, ils n'avaient rien à perdre et se battaient contre eux avec une rage quasi-animale. Dans sa folie, le leader des Sans-Factions avait mis sur pieds un système unique en sons genre et qui avait le mérite de ne former que des hommes et des femmes redoutables. Et pour cause, seuls les meilleurs survivaient ici, les autres mourraient avant même d'avoir eu la chance de tenir un jour une arme entre leurs mains.

La rumeur de ma nomination circulait déjà à en croire les regards en biais que je recevais en traversant les couloirs sombres du repère de Mendes jusqu'à la grande salle ou les gens s'écartaient sur mon passage. J'étais désormais considérée comme une proche de l'ennemi juré de mon propre père. Tu parles d'un destin merdique.

Seule à une table, mangeant en silence, je balayais la salle du regard et ceux qui me fixaient avec curiosité ou envie baissaient immédiatement les yeux lorsqu'ils sentaient mon attention se porter sur eux.

Tout en mangeant, je contemplais ce qui était une évidence : selon toutes vraisemblances, j'étais une traître or, le châtiment habituellement réservé aux traîtres était la mort surtout chez les Audacieux. Il fallait que je leur prouve dans quel camp et que mon arme ne serve jamais à tuer l'un des miens.

A quelques mètres de moi, un garçon à peine plus jeune que moi raclait le fond de son assiette.

« Hey », murmurais-je en le fixant. Il leva ses yeux fatigués vers moi et me regarda avec inquiétude. Il avait peur de moi, tout comme la Fraternelle quelques heures plus tôt. Si Uriah savait qu'on me craint comme la peste il ne le croirait pas.

Je lui fis signe de s'approcher. Il hésita un instant avant de se lever et de venir se planter en face moi, les yeux baissés comme un enfant.

« Tiens, tu peux finir mon assiette, je n'ai plus faim », je pris sa main frêle et plaça de force l'assiette entre ses doigts sales. C'était faux, j'étais affamée, sûrement autant que lui, mais j'étais en haut de la chaîne alimentaire maintenant et lui tout en bas.

« Quel est ton nom ? », ma question le choqua et pour cause, notre nom est notre bien le plus précieux dans l'obscurité de la mine de Mendes.

« Mikael », dit-il d'une voix tremblante.

« D'où viens-tu ? », Mikael semblait au bord des larmes mais je voulais comprendre d'où venaient les soldats de Mendes, de quel enfer ces gens pouvaient sortir pour s'enterrer dans cet endroit, se destinant ainsi à une mort certaine.

« Du Secteur 7 », Ah, le Secteur 7. Il s'agissait d'un des secteurs de chasse clandestins des Sans-Factions qui avaient pour responsabilité de nous fournir la viande que nous mangions tous les jours. Si les quantités exigeaient par Mendes n'étaient pas livrées, ce dernier procédait régulièrement à des expéditions punitives.

« Tu es venu de ton plein gré ici? », demandais-je tout en connaissant instinctivement la réponse.

Il me dévisagea avec curiosité avant de répondre avec fierté, « je veux devenir un soldat ».

Je lui fis signe de partir et il décampa sans demander son reste, les mains serrant l'assiette que je venais de lui donner.

Je pris la direction de la salle de tir tout en repensant à ce jeune garçon et la réalité de cet univers sordide que mon monde avait créé.

Dans le grand hangar vide et froid, mon pas résonnait et je pouvais voir Mendes qui m'attendait les bras croisés, un sourire satisfait placardé sur son visage déformé par trop de souffrance.

« Je veux que tu t'entraines à tirer sur des cibles en mouvement, il faudra que tu abattes des hommes qui sont en patrouille », il appuya sur une télécommande et des cibles de papier qui se trouvaient accrochées à un rail fait de métal rouillé se mirent à avancer, à reculer, à s'arrêter et à repartir.

Je pris mon arme avant de me mettre en position et de viser avec dextérité et assurance. Les premiers tirs furent maladroits mais je parvins à atteindre les cibles malgré tout.

« Tu dois viser un endroit précis, petit oiseau », Mendes se tenait à quelques mètres de moi et son odeur nauséabonde me piquait le nez.

Je pris une profonde inspiration avant de regarder à nouveau à travers le viseur de mon arme. Mon doigt était vissé sur la gâchette, j'observais les mouvements de la cible à travers la lunette et sans réfléchir je tirais. La balle vint se loger dans les jambes de l'homme de papier et je ne pus retenir un sourire de satisfaction.

Mendes soupira d'agacement. Pour lui, il s'agissait d'un tir raté mais pour moi, c'était une réussite.

« Je te veux en salle de tir tous les jours et je te déconseille de négliger tes aptitudes au combat en parallèle », siffla Mendes avant de me lancer la télécommande et me laisser.

Les jours qui suivirent je m'imposais jusqu'à huit heures de tir par jour sans compter des heures passées à entretenir une bonne condition physique et à taper sans relâche des sacs de sable. Je n'avais qu'une hâte : partir en mission. Il fallait que je me fasse voir des Audacieux, il fallait qu'ils comprennent que je n'étais pas une traîtresse. Je tirais de jour comme de nuit, sans relâche, jusqu'à être sûre de pouvoir atteindre n'importe quelle partie du corps d'une cible en mouvement et ce à plus de deux mille cinq cents mètres de distance.

Un jour, alors que je finissais l'entretien de mon arme, Mark vint se planter devant moi.

« On part en mission près du mur ce soir », son regard se posa sur ma main droite et mon doigt manquant mais il n'ajouta rien.

« J'imagine que je vais devoir neutraliser des gardes », fis-je d'un ton morne.

« Tu vas te placer sur le porte-containers désaffecté, et je veux que tu fasses en sorte que l'on puisse se rapprocher du dépôt de munition sans se faire tirer comme des lapins », je fronçais les sourcils en essayant d'évaluer la distance entre le mur et l'épave qui se trouvait à l'extrémité des champs des Fraternelles.

« Le bateau est bourré de caméras », ma remarque ne sembla absolument pas surprendre mon interlocuteur bien au contraire.

« Tes petits copains pourront te voir en pleine action comme ça », cracha Mark.

Je me raidis mais je gardais ma composition et mon visage impassible. Le regard perçant du soldat avait le don de me mettre mal à l'aise et pour cause, il connaissait mon désir de fuite.

« Ils sont à la recherche de quelque chose depuis quelques jours, Mendes ne fait pas encore le lien avec toi mais moi oui », je continuais à le fixer froidement tout en me demandant s'il valait mieux tout nier en bloque ou ignorer ses propos. Alors elle a donné mon médaillon. Mon cœur battait la chamade, je n'avais jamais été aussi proche du but.

« A quelle heure part-on ? », Mark laissa échapper un grognement visiblement frustré par mon manque de réactions.

« Sois prête à la tombée de la nuit », je repris le nettoyage de mon arme comme si de rien n'était mais au fond de moi j'étais en ébullition.

A la tombée de la nuit, une vingtaine d'hommes et de femmes lourdement armés étaient réunis dans la cour. Chacun écoutait attentivement Mendes mais c'est un autre plan que je m'apprêtais à suivre. Mark avait des doutes et s'il parvenait à faire entendre raison au Leader des Sans-Factions, je serai bientôt morte d'une balle entre les deux yeux. Autre problème, il fallait impérativement que je parvienne à faire comprendre à ma faction d'origine que je ne les avais pas trahis.

Une fois dernières consignes de Mendes données, notre groupe fut divisé en deux et je me retrouvais dans le deuxième pick-up qui se dirigeait vers l'épave. Mes mains étaient moites et je fixais les plans du bateau que m'avait fourni Mendes. Il me suffisait d'escalader la coque en me servant de la végétation puis de trouver un point stratégique sur le pont. Une fois les premiers tirs effectués, les Audacieux enverraient sûrement un groupe d'hommes sur place. J'espérais simplement qu'ils arriveraient avant les Sans-Factions. A mon grand désarroi, Sean avait demandé que trois hommes restent avec moi, dont Mark. Initialement, je pensais pouvoir «manquer » la totalité de mes tirs mais c'était désormais impossible. J'allais devoir tirer sur les miens.

Le pick-up nous largua entre deux collines, à environ un kilomètre de marche de l'épave. Je n'étais pas revenue aussi près du mur depuis que Mendes m'avais capturée. J'avais la gorge nouée. Soit je retrouve les miens ce soir, soit je meurs. L'envie de rentrer chez moi s'était intensifiée depuis que Mark m'avait dit que les Audacieux étaient à la recherche de quelque chose. Je savais qu'ils me cherchaient, je savais qu'ils ne m'avaient pas oubliées.

Je connaissais l'épave par cœur pour y être venue de nombreuses fois avec ma sœur. Nous avions plusieurs fois tentée de grimper sur le pont en escaladant la coque mais sans y parvenir. Elle me semblait encore plus haute que dans mes souvenirs et je savais que l'épais mur végétal qui couvrait le métal rouillé de l'ancien porte-containers était glissante et instable.

« Jack, Zain, je vous veux en poste ici ! », lança Mark les yeux rivés sur son GPS, « il faut se dépêcher, ils sont proches du mur, ils vont bientôt lancer l'assaut ».

J'acquiesçais silencieusement en lançant un dernier regard aux deux hommes qui restaient en bas. Je mis mon fusil dans le dos et j'entamais l'escalade qui s'avéra étonnamment facile. J'étais légère et très musclée et c'était sans difficulté que mes bras me hissèrent jusqu'au pont.

La vue sur la ville de Chicago était à couper le souffle et j'avais presqu'envie de pleurer en voyant les lueurs de ma cité. A ma droite, je pouvais sentir Mark m'observer et je savais que cela n'était pas anodin si c'était lui qui avait choisis de rester avec moi pour me superviser. Je savais que la concentration de caméras était plus importante à l'avant du bateau et il fallait absolument que je sois vue par le centre de contrôle même si on m'imposait de porter ce foulard ridicule.

« Il faut qu'on aille plus vers l'avant », Mark me regarda en fronçant les sourcils.

« C'est là qu'il y a le plus de caméras », il m'avait attrapé le bras et il était facile de voir à quel point il se méfiait de moi.

« Les Audacieux doivent surveiller des dizaines de millier de caméras, ils ne regarderont celles sur le bateau que lorsque j'aurais commencé à tirer », sifflais-je avec agacement.

Mark me dévisagea un court instant avant de me lâcher à contrecœur.

Je marchais le long du pont abandonné, sans lâcher le mur du regard. J'étais incroyablement nerveuse et je n'avais pas réellement de plan en tête. Je ne pouvais qu'espérer que la chance soit un peu avec moi pour une fois.

Je finis par me positionner tout à l'avant du bateau. Je posais mon arme sur le bord rouillé du bastingage avant de regarder dans le viseur. L'air était frais et il y avait une légère bise qui faisait bruisser les feuilles de l'épaisse végétation qui avait repris ses droits sur l'ancien monstre des mers.

Je cherchais le poste de contrôle et lorsque je le trouvais enfin mes jambes manquèrent de me lâcher. Au bout de mon viseur se trouvait Molly et avec elle, Marlene ainsi que quatre autres gardes. Ils semblaient calmes et ils parlaient comme si de rien, riant aux blagues des uns et des autres. Je fermais les yeux en priant n'importe quel Dieu de ne pas me faire manquer ma cible. Je devais les neutraliser sinon ils se feraient tuer par les hommes de Mendes. Je m'étais entraînée dur pour ne parvenir qu'à effleurer un mollet ou une cuisse même à cette distance. La seule donne que je n'avais pas pris en compte c'était qu'en face de moi, en bout de lunettes, il s'agissait de mes amis et non de cibles en papier et j'avais clairement négligé le facteur émotionnel.

Je jetais un coup d'œil en direction de Mark qui ne lâchait pas le GPS du regard. Son talkie-walkie se mit à crépiter et je savais que le jour que j'avais attendu depuis presque deux ans était enfin arrivé. C'est pas le moment de flancher ma petite Jo.

« Vas-y ! » m'ordonna Mark dont la nervosité était palpable. Je n'avais pas besoin de le regarder pour savoir que son arme était pointée sur moi.

Je regardais dans la lunette en cherchant Molly. Sans hésiter, je fis feu. La jeune fille saisit sa jambe et à en croire la façon dont elle s'écroula au sol, j'avais visé juste. Sans hésiter et profitant de la panique générale, je continuais à tirer sur les autres membres qui étaient en charge de la surveillance.

Il ne restait plus que Marlene debout et la seule vue de son visage terrifiée me donnait envie de pleurer et de prendre mon amie dans les bras.

« ça y est les chiens arrivent ! », je ne pris même pas la peine de regarder ce à quoi Mark faisait référence en imaginant les 4X4 tous feux dehors qui devaient se diriger vers nous à vive allure. Je visais le gras du mollet de Marlene et je tirais. Comme les autres, elle s'écroula au sol de douleur.

« Ils sont tous à terre », fis-je sans mentionner qu'aucun n'était mort et qu'ils en auraient au pire pour quelques semaines de repos.

« On dégage de là ! », je regardais les voitures qui arrivaient sur nous.

Je jetais mon arme par-dessus mon épaule avant d'enjamber le bastingage tout en prenant soin d'enlever mon foulard.

« On peut savoir ce que tu fais ?! », je le regardais en lui adressant un sourire narquois.

« Tu penses rester là à les attendre ? », c'était une question purement rhétorique et elle eut le mérite de faire bouger Mark.

La descente fut bien plus compliquée et arrivée au dernier tiers, un échange de coups de feu m'obligea à lâcher prise avant de m'écrouler au sole. Ma jambe ainsi que ma clavicule droite se brisèrent dans un grand « crac » lorsque j'heurtais le sol et je pouvais voir des lampes torches s'approcher de moi.

« Plus un geste ! », cette voix féminine, j'avais rêvé de l'entendre depuis deux ans et je faillis pleurer de soulagement. Les lumières pointées sur moi m'empêchaient de voir le visage d'Hayley mais c'était elle.

Derrière moi, Mark tira plusieurs coups de feu à couvert. Lentement, je parvins à dégager le fusil qui était toujours bloqué dans mon dos. Je ne distinguais que la silhouette de Mark qui faisait feu sur le groupe d'Audacieux mené par ma sœur. L'idée qu'il la tue avant que je ne puisse la serrer dans mes bras me fit oublier la douleur. Je visais l'homme avant de tirer et de l'abattre d'une balle en pleine tête.

« Votre arme à terre ! », c'était la voix de Quatre.

Je lâchais mon arme en la poussant dans leur direction avant de laisser mon corps se relâcher mollement dans la végétation humide.

Deux personnes s'approchèrent de moi et je reconnus la silhouette d'Hayley.

« Oh mon Dieu ! Quatre ! Quatre ! C'est Jo ! Il faut faire venir une assistance médicale ! », je sentis une larme ruisseler le long de ma joue en sentant les mains douces de ma sœur saisir ma main droite.

« Jo, ma Jo », murmura-t-elle en déposant un baiser sur mon front.

Sa voix était lointaine et je ne distinguais plus rien mais pour la première fois depuis deux ans je pouvais me laisser aller et je sentis mon esprit tomber dans le coma, trop heureux de pouvoir enfin se déconnecter. J'avais réussi, je pouvais me reposer, je pouvais pleurer, je pouvais m'autoriser à ressentir de la douleur.

NARRATEUR

En salle de contrôle, Max et Eric regardaient au ralenti les vidéos prisent quelques heures plus tôt sur le bateau.

« Elle a tiré sur chaque membre de l'équipe en poste sur le mur, elle les a tous neutralisés sans en blesser un seul grièvement, elle les a tous touché au mollet avant de descendre sans corde de l'épave et d'abattre d'une balle en pleine tête l'un des hommes de Mendes sauvant ainsi plusieurs des nôtres » Max énumérait rapidement les faits tout en essayant de se convaincre lui-même.

« A combien de mètres se trouvent l'épave du mur exactement ? », la voix grave d'Eric retentit dans la salle de contrôle.

« Presque deux mille huit cents mètres, Monsieur », s'hasarda un jeune novice.

« C'est une prouesse à cette distance », murmura Max qui observait les réactions d'Eric.

« Elle est droitière, pourquoi est-ce qu'elle tire de la main gauche », le jeune leader repassait en boucle les images de mauvaise qualité.

« Le rapport médical indique que son annuaire droit a été sectionné », Eric se tourna vers le novice.

« Comment ça sectionné ? », il fallut des efforts surhumains de self-control pour ne pas saisir le jeune homme et le plaquer contre le mur.

« C'est ce qui est indiqué, il s'agirait d'une vieille blessure », la voix du garçon tremblait et il regardait Max dans l'espoir que celui-ci intervienne.

« Je ne parviens à croire que ce snipper d'élite soir Joséphine Marshall. Ce qui est sûre, c'est que Mendes vient de perdre un atout de poids ».

Eric ne prit même pas la peine de commenter les propos de Max et se dirigea à vive allure vers l'infirmerie. Il fallait qu'il la voit, il fallait qu'il la touche, qu'il l'entende. A cet instant présent, il se foutait bien de savoir qu'elle était capable de tuer une fourmi à trois mille mètres.

Une fois hors de la salle de contrôle Eric se mit à courir. Les gens se poussèrent sur son passage et en arrivant devant deux portes en verre qui marquaient l'entrée de l'infirmerie il prit une profonde inspiration et entra. La réception était vide à l'exception de Quatre qui leva les yeux vers lui. Il n'avait pas reparlé au jeune homme depuis l'incident au pied du mur il y a deux ans. Il avait d'abord juré de le tuer en entendant son témoignage pathétique mais Hayley l'avait convaincu que c'était inutile. Il ne pouvait par risquer la vie de tous les transferts pour une seule personne, c'était la seule chose à faire et tu le sais. Depuis deux ans, il se répétait en boucle les mots de la sœur de Jo tout en maudissant la véracité de ses propos.

Quatre et Eric se regardèrent un long moment.

« Elle est bien amochée mais elle va s'en remettre », Eric ne répondit rien et il continua son chemin en direction de la zone réservée aux leaders.

« Tu ne peux pas la voir, elle se repose, elle est avec son père et sa sœur », le jeune leader s'arrêta dans son élan.

« Tu peux remercier le ciel qu'elle s'en soit sortie », murmura Eric en serrant les poings.

« Elle est forte », répondit simplement Quatre, « il le fallait pour survivre chez ses malades ».

Eric ferma les yeux et laissa échapper un grognement de frustration avant de se jeter sur Quatre qui esquiva difficilement le colosse.

« Assez ! », la voix autoritaire de Ben Marshall raisonna dans la salle d'attente et les hommes levèrent les yeux vers celui qui était considéré comme une véritable légende vivante.

« Je ne veux pas de violence ici ! », Quatre et Eric se redressèrent et saluèrent respectueusement le père de Jo.

« Elle revient de loin, elle va avoir besoin de temps », il s'adressait plus particulièrement à Eric dont il n'ignorait pas les sentiments.

Le jeune leader serra les dents sans rien ajouter mais malgré le soulagement de la savoir vivante et saine et sauve, il avait peur de la personne qu'il allait retrouver et à en croire ses exploits de ce soir, elle n'était plus la même.